Une semaine sous le signe de la haine raciste en France – Faïza Zerouala

Plusieurs faits à caractère raciste et islamophobe ont marqué l’actualité des derniers jours. De l’attentat des Yvelines aux menaces visant une mosquée dans l’Hérault, en passant par un courrier haineux adressé au maire de Trappes ou des tags « remigration » à Paris, les pressions et les violences de l’extrême droite sont quotidiennes.

La semaine avait commencé dans le recueillement, avec des rassemblements en hommage à Pengo Bossio Wangi, tué à Trappes (Yvelines) le 23 octobre dans un attentat raciste, où cinq autres personnes, dont une fille de 12 ans, ont été blessées.

Dans plusieurs villes de France, les participant·es endeuillé·es et parfois terrifié·es ont partagé leur angoisse face au climat ambiant. Des personnes racisées et musulmanes y ont exprimé leur peur d’être à leur tour victimes. Beaucoup y ont dénoncé la banalisation du racisme dans les médias, en particulier sur CNews.

Mais ces derniers jours, plusieurs autres événements, de gravité diverse, ont de nouveau émaillé l’actualité, démontrant s’il le fallait encore à quel point les pressions et les violences de l’extrême droite sont quotidiennes. Loin de perdre en vigueur, la haine s’exprime désormais de manière assumée dans l’espace public.

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© Photo illustration Armel Baudet / Mediapart

À Lodève, une mosquée prise pour cible par des menaces islamophobes

Mardi 27 octobre, des inscriptions tracées à la peinture rouge ont été retrouvées à la mosquée de Lodève (Hérault), commune située au pied du plateau du Larzac. Sur la boîte aux lettres, un tag « Islam dehors » et une enveloppe cartonnée avec l’inscription « la valise ou le cercueil »,une menace utilisée lors de la guerre d’Algérie. Un oiseau mort, de l’huile et des œufs cassés ont également été retrouvés devant le lieu de culte musulman.

Mejda, une consultante en communication de 33 ans qui a grandi à Lodève, raconte à Mediapart les raisons qui l’ont poussée à coorganiser, dans la foulée de cette découverte, un rassemblement en soutien à la communauté musulmane. Tout a commencé lorsque son frère, âgé de 18 ans, est rentré effrayé de la mosquée après la prière accomplie après le coucher de soleil. « Il m’a dit “On a peur avec mes copains”, explique la jeune femme. Alors j’ai posté un message sur le groupe Facebook local pour appeler à un rassemblement spontané. »

Pour Mejda, il était « indispensable de médiatiser la situation, de se mobiliser et de montrer que nous n’avons pas peur ». Près de deux cents habitant·es de la commune se sont joint·es au rassemblement. Le même jour, l’association gestionnaire de la mosquée a transmis un communiqué aux fidèles du lieu de culte. Elle y assure comprendre l’inquiétude de la communauté, mais appelle à agir avec « prudence et responsabilité », pour ne pas interférer avec l’enquête judiciaire, ouverte après les faits, mais aussi pour éviter toute « récupération politique ».

Lahcen Atfaoui, membre de la cellule de gestion de la mosquée de Lodève, rappelle à Mediapart que ce n’est pas la première fois que l’édifice religieux est visé. Trois semaines auparavant, des jets d’huile et d’œufs avaient déjà été constatés aux alentours. Par le passé, ces événements étaient « pris à la légère » en raison du caractère isolé de Lodève, souligne-t-il. Mais à présent, les fidèles « ont peur » au vu du contexte. Des consignes de vigilance interne ont d’ailleurs été transmises.

Des plaintes ont été déposées par la mosquée et une enquête a donc été ouverte par le parquet de Montpellierpour dégradation du bien d’autrui commise en raison de la religion et menace matérialisée de crime contre les personnes commise en raison de la religion. Une qualification importante et à la hauteur de la situation, selon Medja. « Au moins, ils n’ont pas simplement qualifié les faits de simples dégradations », affirme-t-elle.

La jeune femme reste toutefois très inquiète. « La mosquée de Lodève n’est pas du tout sécurisée. Il n’y a aucune caméra de vidéosurveillance et, en plus de ça, quand les fidèles prient, les portes sont toujours ouvertes. » Mejda se rappelle avec effroi du précédent Aboubakar Cissé, tué en pleine prière en avril 2025 dans une mosquée à La Grand-Combe, dans le département voisin du Gard. « Nous sommes encore traumatisés par ce qui s’est passé. On n’a pas envie de ce climat-là ni d’importer un climat de peur dans les mosquées », dit-elle.

Mejda souligne aussi qu’il n’est pas anodin que ces faits se déroulent six mois avant l’élection présidentielle. « Le climat va se durcir » dans cette période préélectorale, craint-elle. De son côté, la Grande Mosquée de Paris a condamné « avec la plus grande fermeté » les menaces de mort et les inscriptions racistes retrouvées autour du lieu de culte de Lodève. Et s’inquiète plus largement du « degré de violence de la haine antimusulmane en France ».

À Trappes, le maire Ali Rabeh visé par un courrier raciste

Vendredi 30 octobre, quelques jours après l’attentat perpétré dans sa ville, le maire Génération·s de Trappes, Ali Rabeh, a reçu un courrier raciste. Repérée dans un centre de tri postal à Montigny-le-Bretonneux (Yvelines), l’enveloppe comportait notamment les expressions « Maire antisémite Ali Rat-Bey alias le Bey des cochons » et « Mairie raciste islamiste ». Cette dernière contenait également une poudre blanche, qui s’est finalement révélée être du talc. Une enquête a été ouverte pour retrouver l’expéditeur de cette lettre postée depuis les Côtes-d’Armor.

Depuis une semaine, le maire de Trappes n’a eu de cesse de pointer la responsabilité de certains médias et de certaines personnalités politiques, dans la montée de la haine envers les minorités. « L’extrême droite a donné la direction et tout le monde s’est mis en ordre de marche », déplorait-il encore dans l’émission « À l’air libre » il y a quelques jours.

Contacté par Mediapart, Ali Rabeh indique avoir reçu « beaucoup plus d’insultes racistes » cette semaine que d’ordinaire. L’élu précise n’avoir pas eu le fameux courrier « entre les mains ». Mais, poursuit-il, « c’est malheureusement habituel ». Et d’ajouter : « Je porte plainte lundi. Cela montre qu’il y a bien d’autres Kevin en sommeil [en référence à Kevin Tessier, l’auteur de l’attentat de Trappes et de La Verrière – ndlr], et qu’à chaque fois que l’extrême droite hystérise le débat, certains se sentent autorisés à passer à l’acte. »

Pour Ali Rabeh, « le plus odieux n’est même pas le racisme grossier des extrémistes sur X, c’est le racisme insidieux » de certain·es autres, qui se prétendent progressistes, mais épousent en réalité les idées de l’extrême droite. Il vise notamment la sphère du Printemps républicainet des autoproclamé·es défenseurs et défenseuses de la laïcité. « Ceux-là me mettent une cible sur le dos, en donnant le sentiment que je suis forcément suspect et dangereux », dit-il.

À Paris, des tags appelant à la « remigration »

Samedi 31 octobre, plusieurs inscriptions racistes et xénophobes ont été découvertes sur les façades de différents commerces de la capitale, faisant « la promotion de la “remigration” », a indiqué le maire socialiste de Paris, Emmanuel Grégoire, annonçant avoir saisi « la procureure de la République au titre de l’article 40 » du Code de procédure pénale et « déposer plainte afin que les auteurs soient identifiés et poursuivis ».

Ce concept raciste de « remigration » est né dans les franges identitaires et néonazies et désigne un projet d’épuration ethnique par des déportations de masse. Il a été forgé dans les années 2010 par le Bloc identitaire et repris par l’essayiste Renaud Camus, l’eurodéputé frontiste Aymeric Chauprade ou encore Éric Zemmour.

La Ville de Paris a fermement condamné ces tags, estimant qu’ils participaient à la diffusion d’un discours raciste et constituaient une incitation à la haine raciale : « Quelques jours après l’attentat raciste de Trappes et alors que plusieurs rassemblements organisés par des mouvements d’ultradroite droite en faisant la promotion ont été interdits ce week-end, ces inscriptions sur les murs de Paris sont d’une gravité particulière. »

C’est en effet ce week-end que la capitale et le département des Hauts-de-Seine devaient accueillir un colloque et une manifestation autour du concept de « remigration ». Les deux événements ont été interdits par les préfets concernés, sur demande du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, après que des élu·es et organisations de gauche se sont mobilisé·es. 

Le militant néofasciste Jean-Eudes Gannat a indiqué sur X que le colloque s’est tout de même tenu dimanche 1er novembre dans une brasserie parisienne, « en dépit de la manifestation d’extrême-gauche ». Selon les images postées par Jean-Eudes Gannat, des dizaines de participant·es y ont applaudi Martin Sellner, le militant identitaire autrichien qui a contribué à définir et à populariser le concept de « remigration », ainsi que l’ancien sénateur zemmouriste Stéphane Ravier.

Dans l’après-midi, BFMTV a également fait savoir qu’« un rassemblement d’extrême droite [se tenait] devant [ses] locaux », dans le XVe arrondissement de la capitale. « CMA Media n’en avait pas été informé. La direction a immédiatement saisi les autorités et reste mobilisée pour assurer la sécurité des équipes et l’accès aux locaux. Les forces de l’ordre sont sur place », a-t-elle précisé.

Source : Mediapart – 01/11/2026 https://www.mediapart.fr/journal/france/011126/une-semaine-sous-le-signe-de-la-haine-raciste-en-france

Monsieur Lisnard, la mémoire des victimes du 17 octobre 1961 mérite le respect, pas votre mépris – Azzédine Taïbi, maire de Stains

« Non mais je m’en fous madame, j’en ai rien à foutre, j’en ai rien à cirer, j’étais pas né, depuis il y a eu l’indépendance de l’Algérie. » Ces propos, tenus par David Lisnard, président de l’Association des maires de France, à propos des massacres du 17 octobre 1961, sont indignes.

[Ajoutons que David Lisnard est maire de Cannes, ex-LR et chef du parti Nouvelle Energie, candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2027]

Une réponse d’Azzédine Taïbi, maire de Stains, ainsi qu’un large ensemble de maires.

Pour la reconnaissance du crime d’État du 17 octobre 1961

Stains, le 20 octobre 2026

Monsieur le Président, Monsieur le Maire, Cher collègue,

C’est avec une immense indignation, une profonde colère et une véritable consternation que j’ai pris connaissance des propos que vous avez tenus au sujet des massacres du 17 octobre 1961, tragédie de notre histoire nationale au cours de laquelle des Algériennes et des Algériens manifestant pacifiquement furent massacrés par la police française sous l’autorité du Préfet Maurice Papon.

Interrogé sur ces événements, vous avez cru pouvoir répondre : « Non mais je m’en fous madame, j’en ai rien à foutre, j’en ai rien à cirer, j’étais pas né, depuis il y a eu l’indépendance de l’Algérie. »

Avant d’ajouter : « J’ai des potes algériens, heureusement mes potes d’origine algérienne ils ont bien compris qu’on était passé à autre chose. »

Je veux vous le dire sans détour : ces paroles sont indignes. Indignes d’un maire de la République, indignes du président de l’Association des maires de France, indignes d’un responsable politique qui aspire à exercer demain les plus hautes responsabilités de notre pays.

Monsieur Lisnard, depuis quand le fait de ne pas avoir été né au moment d’un crime exonère-t-il du devoir d’en reconnaître l’existence, d’en respecter les victimes et d’en transmettre la mémoire ?

Oseriez-vous déclarer, à propos de la rafle du Vélodrome d’Hiver des 16 et 17 juillet 1942 : « Je m’en fous, je n’en ai rien à foutre, je n’étais pas né, j’ai des amis juifs et ils sont passés à autre chose » ?

Je veux croire que non, car vous savez comme moi qu’une telle déclaration provoquerait une indignation et un tollé parfaitement légitimes.

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© Photo jean Texier / Mémoires d’Humanité – Archives départementales de la Seine-Saint-Denis

Alors, Monsieur Lisnard, pourquoi ce mépris lorsqu’il s’agit des victimes algériennes du 17 octobre 1961 ? Est-ce parce qu’elles étaient algériennes ? Parce qu’elles étaient arabes ? Parce que nombre d’entre elles étaient musulmanes ? Leur vie, leur souffrance et leur mémoire auraient-elles moins de valeur que celles des autres victimes de notre histoire ?

Je vous pose solennellement ces questions, car je refuse qu’au sein de notre République puisse s’installer une quelconque hiérarchie entre les victimes, une mémoire à géométrie variable ou une distinction fondée sur l’origine, la nationalité ou la religion lorsqu’il s’agit de défendre la dignité humaine.

Je considère que la mémoire de la Shoah, celle des crimes de l’esclavage, des persécutions, des massacres coloniaux et de toutes les tragédies de notre histoire doivent être respectées avec la même exigence morale, sans confusion entre les événements, mais sans jamais transiger sur l’égale dignité des êtres humains.

Votre attitude me choque d’autant plus que vous présidez l’Association des Maires de France, institution qui devrait incarner le rassemblement des élus locaux autour des valeurs fondamentales de notre République.

Or, à mon initiative, 61 maires de France, issus de sensibilités politiques différentes, viennent précisément de signer un appel solennel demandant à l’État français de reconnaître pleinement sa responsabilité dans les massacres du 17 octobre 1961, d’inscrire cette date au calendrier des commémorations nationales, de poursuivre l’ouverture des archives et de rendre enfin aux victimes et à leurs familles la place qui leur revient dans notre mémoire collective.

Une très grande majorité des maires de gauche et de l’écologie, mais également d’autres maires du comité directeur de l’AMF soutient notre déclaration.

Ces 61 maires auraient-ils donc tort de considérer que la vérité historique, la justice et la dignité humaine méritent notre engagement ? Estimez-vous, en votre qualité de président de l’Association des maires de France, que notre démarche ne mérite que votre indifférence ?

Je respecte naturellement votre liberté de pensée et vos convictions politiques, même lorsque je ne les partage pas, mais je ne peux accepter qu’un désaccord politique, une polémique télévisée ou une stratégie électorale puissent conduire un responsable public à traiter avec une telle vulgarité et une telle désinvolture la mémoire de femmes et d’hommes massacrés par des représentants de l’État.

Quant à l’argument consistant à invoquer vos amis d’origine algérienne pour justifier votre attitude, permettez-moi de vous dire combien je le trouve affligeant. Avoir des amis algériens ne dispense ni du respect dû aux victimes ni de la responsabilité morale qui incombe à tout élu de la République.

On ne passe pas à autre chose lorsque la vérité n’a pas été pleinement reconnue. On ne construit pas la réconciliation sur le déni, pas davantage que l’on ne construit la fraternité sur le mépris.

Je refuse cette conception de la France qui voudrait que l’on choisisse les pages de notre histoire que l’on accepte de regarder et celles que l’on préférerait effacer. Je refuse que les descendants de l’immigration algérienne soient sommés d’oublier leurs morts pour prouver leur appartenance à la communauté nationale.

La France que j’aime, celle que je défends chaque jour dans l’exercice de mon mandat, n’est pas celle qui détourne le regard devant ses fautes, mais celle qui trouve dans la vérité le courage de les reconnaître, dans la justice la force de les réparer autant qu’il est possible et dans la fraternité la volonté de ne jamais les reproduire.

C’est pourquoi, Monsieur Lisnard, je vous demande solennellement de retirer vos propos, de présenter des excuses publiques aux familles des victimes et de réaffirmer sans ambiguïté votre attachement au devoir de mémoire et à l’égale dignité de toutes les victimes.

Je vous invite également, en votre qualité de président de l’Association des maires de France, à prendre connaissance de l’appel que j’ai initié avec mes 60 collègues maires et à engager un véritable dialogue sur la reconnaissance du crime d’État du 17 octobre 1961.

Soixante-cinq ans après ces massacres, je ne vous demande pas, pas davantage qu’à quiconque, de porter une culpabilité héréditaire.

Je vous demande simplement de reconnaître que notre République doit assumer son histoire, respecter ses morts et demeurer fidèle aux principes qu’elle proclame.

Vous dites que vous n’étiez pas né en 1961. Je ne l’étais pas davantage. Mais nous sommes vivants aujourd’hui, nous sommes tous deux élus de la République et nous avons, à ce titre, le devoir de ne pas laisser mourir une seconde fois les victimes dans l’indifférence et l’oubli.

La mémoire n’est pas une affaire de génération. Elle est une affaire de civilisation.

Et la dignité humaine n’est pas une option politique : elle est le fondement même de notre République.

Je veux croire, Monsieur Lisnard, qu’au-delà de nos différences politiques, vous saurez retrouver le sens de cette exigence républicaine et la hauteur que commandent vos responsabilités.

Sans quoi vous ne pourriez rester Président de l’AMF et je demande publiquement votre démission.

Veuillez recevoir, Monsieur le Président, l’expression de mes salutations républicaines.

Azzédine TAÏBI

Maire de Stains, initiateur de l’Appel des maires pour la reconnaissance du crime d’État du 17 octobre 1961 et les 61 maires signataires de l’appel. 

Ce texte a été publié une première fois dans l’Humanité

LES MAIRES SIGNATAIRES

Appel des maires pour la reconnaissance du crime d’État du 17 octobre 1961

Emmanuel Grégoire
MAIRE DE PARIS (75)

Luc Carvounas
MAIRE D’ALFORTVILLE (94)

Gilles Leproust
MAIRE D’ALLONNES (72)

Sofienne Karroumi
MAIRE D’AUBERVILLIERS (93)

Bernard Baudoux
MAIRE D’AULNOY-AYMERIES (59)

Sophie Pascal-Lericq
MAIRE D’ARCUEIL (94)

Jean Letoquart
MAIRE D’AVION (62)

Hélène Cillières
MAIRE DE BAGNEUX (92)

Édouard Denouel
MAIRE DE BAGNOLET (93)

Demba Traoré
MAIRE DU BLANC-MESNIL (93)

Mehdi Nezzar
MAIRE DU BOURGET (93)

Emmanuel Dassa
MAIRE DE BRIIS-SOUS-FORGES (91)

Abdel Sadi
MAIRE DE BOBIGNY (93)

Abdellah Benouaret
MAIRE DE BONNEUIL-EN-FRANCE (95)

Denis Öztorun
MAIRE DE BONNEUIL-SUR-MARNE (94)

Fanny Castaignède
MAIRE DE BOULAZAC ISLE MANOIRE (24)

Stéphanie Daumin
MAIRE DE CHEVILLY-LARUE (94)

Aly Diouara
MAIRE DE LA COURNEUVE (93)

Omar Yaqoob
MAIRE DE CREIL (60)

Nicolas Langlois
MAIRE DE DIEPPE (76)

Hervé Chevreau
MAIRE D’ÉPINAY-SUR-SEINE (93)

Jean-Philippe Gautrais
MAIRE DE FONTENAY-SOUS-BOIS (94)

Benoit Jimenez
MAIRE DE GARGES-LÈS-GONESSE (95)

Patrice Leclerc
MAIRE DE GENNEVILLIERS (92)

Fatah Aggoune
MAIRE DE GENTILLY (94)

Abdelaziz Hamida
MAIRE DE GOUSSAINVILLE (95)

Philippe Rio
MAIRE DE GRIGNY (91)

Philippe Bouyssou
MAIRE D’IVRY-SUR-SEINE (94)

Lionel Benharous
MAIRE DES LILAS (93)

Mohamed Gnabaly
MAIRE DE L’ÎLE-SAINT-DENIS (93)

Djamel Nedjar
MAIRE DE LIMAY (78)

Hamdi Toudma
MAIRE DE LONGLAVILLE (54)

Michel Lebouc
MAIRE DE MAGNANVILLE (78)

Sonia Figuères
MAIRE DE MALAKOFF (92)

Adama Gaye
MAIRE DE MANTES-LA-JOLIE (78)

Charlotte Blandiot-Faride
MAIRE DE MITRY-MORY (77)

Jean-Pierre Bosino
MAIRE DE MONTATAIRE (60)

Belkacem Chikh
MAIRE DE MONTMAGNY (95)

Patrice Bessac
MAIRE DE MONTREUIL (93)

Damien Vignier
MAIRE DES MUREAUX (78)

Raphaël Adam
MAIRE DE NANTERRE (92)

Olivier Sarrabeyrouse
MAIRE DE NOISY-LE-SEC (93)

Bertrand Kern
MAIRE DE PANTIN (93)

Laurent Baron
MAIRE DU PRÉ-SAINT-GERVAIS (93)

Farid Aïd
MAIRE DÉLÉGUÉ DE PIERREFITTE-SUR-SEINE (93)

David Guiraud
MAIRE DE ROUBAIX (59)

François Dechy
MAIRE DE ROMAINVILLE (93)

Magalie Thibault
MAIRE DE ROSNY-SOUS-BOIS (93)

Bally Bagayoko
MAIRE DE SAINT-DENIS / PIERREFITTE-SUR-SEINE (93)

Bassi Konaté
MAIRE DE SARCELLES (95)

Karim Bouamrane
MAIRE DE SAINT-OUEN (93)

Stéphane Blanchet
MAIRE DE SEVRAN (93)

Azzédine Taïbi
MAIRE DE STAINS (93)

Ali Rabeh
MAIRE DE TRAPPES (78)

Virginie De Carvalho
MAIRE DE TREMBLAY-EN-FRANCE (93)

Inès Merbah
MAIRE DE VAUJOURS (93)

Abdelkhader Lahmar
MAIRE DE VAULX-EN-VELIN (69)

Idir Boumertit
MAIRE DE VÉNISSIEUX (69)

Pierre Garzon
MAIRE DE VILLEJUIF (94)

Mélissa Youssouf
MAIRE DE VILLEPINTE (93)

Dieunor Excellent
MAIRE DE VILLETANEUSE (93)

Pierre Bell-Lloch
MAIRE DE VITRY-SUR-SEINE (94)

Source : Mediapart – Tribune 29/10/2026 https://blogs.mediapart.fr/azzedine-taibi-maire-de-stains/blog/291026/monsieur-lisnard-la-memoire-des-victimes-du-17-octobre-1961-merite-le-respect-pa

Avant l’attentat raciste et islamophobe de Trappes, deux mois de haine médiatique en continu – David Perrotin

Plusieurs responsables politiques pointent du doigt le rôle des médias diffusant des discours de haine, après l’attentat raciste survenu à Trappes. Si les chaînes d’info contestent toute responsabilité, les propos racistes ou islamophobes sont massifs, notamment depuis septembre. « Mediapart » les a recensés.

Un déversoir de haine en continu. Après l’attentat raciste de Trappes (Yvelines) qui a fait un mort et cinq blessé·es, le maire de la ville Ali Rabeh a dénoncé le rôle des médias dans la propagation du racisme. Il les a même confrontés. 

« C’est aussi sur ces plateaux que se fabrique le discours idéologique qui permet à des personnes comme ce monsieur d’organiser, de planifier leur attentat en considérant qu’ils doivent faire la guerre contre un ennemi de l’intérieur », a-t-il déploré sur BFMTV, souhaitant que l’on cesse de laisser « tranquillement » s’exprimer « tous ceux qui diffusent la théorie du “grand remplacement” ».

Muni d’un pistolet-mitrailleur, Kevin T. a ouvert le feu depuis sa voiture sur plusieurs personnes à Trappes, puis à La Verrière, tuant vendredi un jeune homme de 26 ans et faisant cinq blessé·es graves dont une enfant de 12 ans. Avant d’être transféré dimanche à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police, il a reconnu en garde à vue les faits qu’il aurait d’emblée mis sur le compte d’une idéologie raciste : il aurait visé des « Noirs et des Arabes » car il en avait « marre d’eux », et souhaitait « venger les commerçants » pillés lors du week-end dernier.

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© Photomontage Mediapart

Depuis des années, de nombreux éditorialistes ou responsables politiques, à commencer par ceux du Rassemblement national (RN), ne cessent de stigmatiser la ville de Trappes. Vendredi, le plateau de LCI s’amusait encore. « Il m’est arrivé d’aller à Trappes… Je crois au passage que j’ai été le seul à payer le bus », a lâché le chroniqueur Pascal Perri quelques minutes à peine après la fin du périple meurtrier de Kevin T.

« Comment peut-on laisser prospérer cette parole matin, midi et soir et croire qu’un jour elle n’aura pas d’effet dans la vie réelle ? », s’est donc interrogé Ali Rabeh avant d’être interrompu, contredit, ou démenti. 

« Mais nous portons la contradiction monsieur le maire, s’est défendue l’animatrice de BFMTV Alice Darfeuille. Nous donnons la parole à tous les élus et à tous les avis. » « Vous exagérez, il y a de la contradiction », a renchéri le chroniqueur et ancien patron de Libération Laurent Joffrin. « En aucun cas il n’y a de racisme sur BFMTV, il n’y aura jamais de racisme diffusé sur BFMTV », a insisté le présentateur Loïc Besson ce dimanche.

Après que des journalistes de la chaîne ont été malmenés lors d’une cérémonie d’hommage aux victimes samedi à Trappes, BFMTV a condamné dans un communiqué les « attaques et mises en cause de ses équipes, notamment par certains responsables politiques » et réaffirme « son attachement à une information libre, indépendante et pluraliste. »

Un déni bien partagé

Le déni est tel que BFMTV comptait inviter Éric Zemmour, l’homme politique le plus condamné pour incitation à la haine, le soir même de cet attentat. Depuis septembre, il a été reçu en majesté sept fois sur les trois principales chaînes info, dont quatre sur le seul groupe RMC-BFMTV. Il a finalement été décommandé in extremis après de nombreuses réactions indignées… Mais il a été remplacé par deux profils assez similaires : Louis Sarkozy et l’élu RN Matthieu Valet. 

« Le maire de Trappes, il a raison ou il va trop loin ? », a questionné le présentateur de LCI Damien Givelet avant de lui-même trancher la question lorsque l’historien Cédric Mas a aussi dénoncé ces médias qui laissent « prêcher la haine ». « Attendez, on n’est pas là pour prêcher la haine, a coupé l’animateur. Je peux vous dire qu’ici, sur les plateaux de LCI, on fait tout tout tout tout pour ne pas prêcher cette haine et faire attention » et « pour pacifier le débat », a juré le journaliste d’une chaîne sanctionnée après avoir diffusé en direct le discours raciste d’Éric Zemmour lors de la convention de la droite de 2019.

Même « désaccord » sur CNews, premier pourvoyeur de haine. « Débattre des sujets migratoires n’a rien de raciste, a justifié le chroniqueur Yoann Usaï. L’acte qui s’est produit aujourd’hui est un acte raciste odieux, mais cela n’a évidemment pas de lien avec les débats sur l’immigration qui ont lieu en ce moment et qui sont légitimes. » Ivan Rioufol, autre chroniqueur régulièrement mis en cause pour ses propos racistes, s’est ensuite empressé d’attaquer le maire Ali Rabeh, coupable d’avoir « agité le chiffon rouge de l’islamophobie ».

Parce que certains médias veulent « donner la parole à tous », des éditorialistes ou des responsables politiques déversent leur haine sur des chaînes qui les modèrent à peine. Parce que certains médias veulent laisser « la place à tous les avis » etparce qu’ilsoublient que le racisme est un délit, des propos xénophobes et islamophobes sont tenus matin, midi et soir, sans que l’Arcom, l’autorité régulatrice de l’audiovisuel, ou la justice ne les dissuadent.

Notre décompte – non exhaustif – tenu depuis septembre le prouve encore. 

Haine vue et entendue :

  • 23 octobre : Invité sur CNews, Philippe de Villiers réagit à l’attentat de Trappes puis évoque les violences du 17 octobre. « La classe médiatique ne veut pas qu’on dise la vérité, c’est-à-dire que nous sommes passés d’une société homogène à une société tribale, multifracturée, multidéculturée, multiconflictuelle, a-t-il lancé. Tant qu’on n’aura pas le droit dans les médias de faire ce lien entre les désordres, les magasins pillés, les casseurs, les émeutiers, la razzia et l’immigration massive, on ne pourra pas résoudre nos problèmes. »
  • 23 octobre : « Il m’est arrivé d’aller à Trappes… Je crois au passage que j’ai été le seul à payer le bus », déclare l’éditorialiste Pascal Perri sur LCI, déclenchant quelques rires sur le plateau.
  • 22 octobre : Interrogée par l’émission de France 2 « Complément d’enquête » pour savoir ce qu’elle pensait des propos racistes tenus par Éric Zemmour, son conjoint, pour lesquels il a été condamné, Sarah Knafo a refusé de réagir. Sur « les hordes d’arabo-musulmans » supposés avoir pillé Paris le 17 octobre, elle estime que ce qu’a dit le candidat à la présidentielle n’est « pas controversé pour nos concitoyens ». « Je cautionne ces propos parce que je sais voir ce que je vois », a-t-elle ajouté.
  • 21 octobre : Invité dans « Les Grandes Gueules » de RMC, Éric Zemmour répète que l’immigration est la cause des violences en marge des manifestations. « Pour tous ces gens qui sont soit étrangers, soit double nationaux, parce qu’ils sont tous, enfin la plupart, binationaux, je demande la déchéance de la nationalité pour ces gens, déclare-t-il. Ils n’auront plus que la nationalité algérienne, marocaine, tunisienne ou malienne ou que sais-je et ils seront expulsés aussi. »
  • 20 octobre : Questionné sur LCI sur le massacre de deux cents Algériens noyés dans la Seine le 17 octobre 1961, le candidat LR David Lisnard a estimé que ce n’était qu’un détail. « Je m’en fous […] J’en ai rien à foutre, j’étais pas né. Depuis, il y a eu l’indépendance de l’Algérie », a-t-il déclaré.
  • 19 octobre : Les chroniqueurs de CNews réagissent aux propos de l’ancien footballeur Emmanuel Petit qui a menacé dans une vidéo ceux « qui ne souhaitent pas que la France continue à être ce qu’elle est » de « retourner » d’où ils viennent. « Il y a deux personnes qui disent le vrai en France, c’est Emmanuel Petit et Éric Zemmour », salue l’animateur Gautier Lebret avant de détailler le sommaire de son émission : « Qui se cache derrière les émeutes ? Le lien avec l’immigration, il n’y a que sur CNews qu’on ose le dire. Donc on va le dire pendant deux heures. » 
  • 18 octobre : Invité sur LCI pour commenter les violences de la veille, Éric Zemmour évoque la théorie raciste du « grand remplacement » et dénonce « une horde de barbares maghrébins et africains qui rentrent dans les villes ».

C’est des révolutionnaires d’Allah.

L’éditorialiste de LCI Bruno Pomart à propos des casseurs en manifestation

  • 18 octobre : Invité sur BFMTV pour commenter les violences de la veille, Éric Zemmour dénonce « cette racaille arabo-musulmane ». « Il y a énormément de Noirs,ajoute-t-il. Ils disent tous wallah, wesh, le langage absolument abominable qui est le produit d’une colonisation arabo-musulmane qui n’existe qu’en France. »
  • 18 octobre : Invité sur CNews pour commenter les violences de la veille, Éric Zemmour appelle à « la remigration », le départ de binationaux après déchéance de la nationalité. « Si nous continuons, nous aurons de plus en plus des gens venus de l’immigration arabo-musulmane et donc nous aurons de plus en plus de violences. »
  • 17 octobre : Lors d’une émission consacrée aux violences commises en marge du mouvement social sur LCI, le consultant et ancien policier Bruno Pomart a dressé le profil supposé des auteurs de violences. « Ils se foutent complètement des revendications, ils le disent eux-mêmes, on est là pour casser, pour aller à l’affrontement, c’est des révolutionnaires d’Allah […] Des Che Guevara ratés. »
  • 17 octobre : En réaction aux violences commises à Marseille  (Bouches-du-Rhône), sur CNews, le chroniqueur Paul Amar diffuse une fake news à propos des casseurs. « Ils avaient les adresses de commerçants juifs. Dans une rue de Marseille, tous les commerces détenus par des juifs ont été incendiés, ceux tenus par les musulmans ne l’ont pas été. »
  • 13 octobre : Invité sur BFMTV, Éric Zemmour est questionné sur un élève de 14 ans d’Aubagne (Bouches-du-Rhône) ayant tiré dans son collège avec un fusil de chasse. Aucun lien ne le rattache alors à l’islam mais le candidat à la présidentielle estime que « cette histoire ne tombe pas par hasard ». « Aubagne si vous y allez vous verrez que c’est une ville largement grand remplacée, largement islamisée », poursuit-il. Le collégien mis en cause est en réalité soupçonné d’appartenir à la True Crime Community, un réseau virtuel de jeunes fascinés par les tueries de masse.
  • 13 octobre : Le parquet de Paris ouvre une enquête pour provocation à la haine et menace de mort, au sujet d’un groupe Facebook lié au média d’extrême droite Frontières qui dispose d’une émission quotidienne sur CNews. Plus de 6 000 membres échangent quotidiennement des publications et commentaires antisémites, islamophobes et racistes.

Je me battrai toujours pour que “wallah” et “wesh” ne soient pas l’horizon culturel que l’on a à offrir à la jeunesse.

Jordan Bardella sur LCI

  • 11 octobre : Sur la chaîne Twitch de Sam Zirah, la députée UDR, le parti d’Éric Ciotti, Hanane Mansouri est questionnée pour savoir si vouloir des « musulmans morts sur des feux rouges » était assimilable à de l’islamophobie. « Mais l’islamophobie ça ne veut pas dire ça », répond-elle. Relancée pour savoir si elle pense tout de même qu’il y a du « racisme contre les musulmans », elle lâche : « C’est possible que cela existe. »
  • 8 octobre : Invité sur LCI, Jordan Bardella est questionné sur la « jeunesse multiculturelle ». « Je me battrai toujours pour que “wallah” et “wesh” ne soient pas l’horizon culturel que l’on a à offrir à la jeunesse. », répond-il.
  • 5 octobre : Sur CNews, la chroniqueuse Véronique Jacquier réagit à la nouvelle publicité « Terroir » de l’enseigne Intermarché. Elle la juge « sympathique » parce qu’elle promeut une « France blanche heureuse » qu’elle oppose à celles et ceux qui veulent « les produits halals » : « Ça met un coup d’arrêt à une forme de dictature du multiculturalisme. »
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© Photomontage Mediapart
  • 28 septembre : Après la visite du pape en France, l’eurodéputée d’extrême droite Marion Maréchal est questionnée par BFMTV sur la laïcité et estime que« le voile islamique n’est pas un signe religieux comme un autre ».
  • 28 septembre : Le plateau de CNews dénonce le « comportement » du maire de Saint-Denis Bally Bagayoko qui soutient le mouvement lycéen. La chroniqueuse Véronique Jacquier fait alors référence à la visite du pape : « Ce qui est inquiétant aussi c’est qu’il était au stade de France vendredi soir, en tant que représentant. Il a dit quand même que parce qu’il était musulman ça lui paraissait normal de laisser toutes les expressions religieuses, y compris celles du catholicisme. Il est le premier à signer pour reconstruire la flèche de la basilique Saint-Denis, dit-elle, donc bon on peut dire qu’il y a un peu de taqiya [volonté de dissimulation – ndlr] quand même dans le comportement de Bally Bagayogo [sic]. »
  • 17 septembre : Invité sur BFMTV, Éric Zemmour évoque la théorie raciste du « grand remplacement », explique que « la France est un peuple de race blanche », que « les femmes voilées ne savent pas ce que c’est les valeurs de la République » et qu’au Japon, « ils n’ont pas d’immigration arabo-musulmane et africaine et donc ils n’ont pas de délinquance ». Il déclare aussi « préférer un robot plutôt qu’un étranger » pour s’occuper des personnes âgées à domicile et accuse le footballeur Kylian Mbappé de « solidarité islamique » avec les migrants à Ceuta. 
  • 10 septembre : Sur CNews, la ministre en charge de la lutte contre les discriminations Aurore Bergé invoque la « liberté d’expression » au sujet de l’idéologie meurtrière du « grand remplacement » et refuse de la qualifier de « raciste ».

Il n’y a rien de raciste dans la théorie du “grand remplacement”.

Geoffroy Lejeune sur CNews.

  • 10 septembre : Sur CNews, le plateau Pascal Praud remet en cause la dangerosité de la théorie xénophobe du « grand remplacement ». « Il n’y a rien de raciste », estime le patron du JDD Geoffroy Lejeune qui ajoute, à tort, « qu’il n’y a pas de lien qui a été fait directement » entre cette idéologie et l’attentat de Christchurch. 
  • 9 septembre : Invitée par CNews à réagir sur la place de la France dans le classement Pisa,Marion Maréchal estime que la baisse de niveau scolaire en France s’explique par l’immigration. « Les élèves issus de l’immigration sont encore plus bas dans le déclassement que les élèves dits autochtones, lâche-t-elle. Cela explique que la baisse en France soit plus importante que dans les autres pays européens. »
  • 8 septembre : Invité sur BFMTV, Louis Sarkozy stigmatise les musulmans : « Je ne pense pas que c’est raciste que de dire qu’aujourd’hui une femme se sent peut-être moins en sécurité et prenons l’exemple absurde, extrême, mais qui meuble assez bien le propos, de personne en tenue traditionnelle qui peut indiquer une appartenance conservatrice à la religion musulmane comparé à un petit blond aux lunettes, déclare-t-il. Importer une population à grand nombre de foi musulmane en France va faire augmenter le problème des femmes. »
  • 2 septembre : Dans une interview accordée au Figaro et relayée sur les antennes télé, Bruno Retailleau dénonce une « submersion migratoire » et « un ensauvagement de la société ».
  • 1er septembre : Dans une vidéo, l’ancien journaliste de Libération désormais éditorialiste à Marianne Jean Quatremer désigne l’islam comme un « ennemi intérieur ». « L’explosion de l’antisémitisme en Occident [est] largement alimentée par la communauté musulmane », ajoute-t-il estimant que leur religion « véhicule une haine des juifs ».
  • 31 août : Invité sur LCI, le député du RN Andréa Kotarac assume la volonté du RN d’interdire le voile dans l’espace public : « On respecte la liberté religieuse, on respecte l’intimité religieuse que ce soit d’ailleurs contre les musulmans, pour les juifs ou pour les chrétiens. »
  • 28 août : Sur LCI, le présentateur Éric Brunet reproche à Édouard Philippe de ne pas avoir assez envie d’être élu et il tient une comparaison raciste pour montrer qu’il « n’a pas faim ». « J’ai vu une spécialiste du rugby, du Midi Olympique, qui me disait : “l’équipe de France de rugby ne sera jamais championne du monde. Ce sont les meilleurs joueurs du monde, mais quand ils viennent manger chez toi, ils sont polis, ils demandent est-ce que je peux prendre un petit four, alors que les Sud-Africains dévastent tout chez toi et tu as peur qu’ils violent tes enfants” », dit-il devant un plateau hilare. 

Sur la même période de deux mois, une élue lyonnaise a déclaré avoir été victime d’une violente agression raciste en marge d’un match de foot le 29 août ; un mineur a été interpellé, suspecté d’avoir projeté une tuerie dans un lycée à Lyon au nom d’une idéologie d’ultradroite suprémaciste et raciste le 17 septembre ; un policier soupçonné d’être adhérent « à une idéologie d’ultradroite radicale violente » et de préparer un attentat a été mis en examen le 18 septembre ; quatre jeunes accusés d’agression raciste à Lyon ont été mis en examen le 24 septembre…

Mais de cela, les chaînes d’info ont beaucoup moins parlé.

Source : Mediapart – 25/10/2026 https://www.mediapart.fr/journal/france/251026/avant-l-attentat-de-trappes-deux-mois-de-haine-mediatique-en-continu

Manifestation du 17 octobre : non, l’immigration n’a rien à voir là-dedans – Nejma Brahim

Depuis plusieurs jours, des déclarations xénophobes laissent entendre que les incidents du 17 octobre auraient été causés par des immigrés. C’est faux : les jeunes racisés mobilisés sont français, et les personnes étrangères se font discrètes dans ce climat de répression.

Donald Trump a dégainé le premier. « La France brûle ! L’immigration de personnes issues d’un monde totalement différent, des individus qui portent la haine dans leur cœur, a brisé ce pays autrefois grand », a osé le président états-unien sur son réseau Truth Social dimanche 18 octobre, au lendemain de la journée de mobilisation venue bousculer la France et rappeler à l’exécutif que le mépris avait assez duré. « Fermez vos frontières et reprenez le contrôle avant qu’il ne soit trop tard ! », a-t-il ajouté.

Lundi 19 octobre, lors d’un meeting au Kansas où il est allé soutenir un candidat, Donald Trump a affirmé que les dirigeants européens avaient « traîtreusement importé des millions et des millions de migrants venus du tiers-monde ». Ces derniers seraient, toujours selon lui, « totalement incompatibles avec les valeurs occidentales » et « méprisent tout ce qui est français et détruisent ce pays ».

Dans une logique de récupération politique perfide, Donald Trump a conclu en faisant un parallèle entre les événements observés en France et les élections de mi-mandat aux États-Unis : « Ce que nous avons vu en France est ce que les démocrates veulent faire aux États-Unis. »

Dans la même veine, son vice-président, J. D. Vance, a déclaré sur X : « Les libéraux occidentaux ont importé le tiers-monde en France et dans d’autres pays, au nom de la diversité et de la compassion. Ils ont fait fi des questions fondamentales relatives à l’assimilation et à la compatibilité. On les avait pourtant avertis que cela mènerait à une telle situation, mais ils n’ont pas écouté. »

En Allemagne, la cheffe du parti d’extrême droite AfD, Alice Weidel, y est allée aussi de son commentaire xénophobe, estimant qu’il s’agissait d’une « attaque de la civilisation occidentale par des foules de migrants et des agitateurs d’extrême gauche ». Le Hongrois Péter Magyar a fait le lien direct, dans une publication sur X, entre « destruction insensée », « violence injustifiée » et la nécessité d’une « approche la plus stricte possible en matière de migration ». Le premier ministre polonais, Donald Tusk, a de son côté clamé que la Pologne ne répéterait pas « les erreurs des autres États européens et qu’elle ne paiera pas pour celles-ci », faisant le lien avec l’immigration… Comme s’il y avait un lien entre politiques migratoires et crise sociale.

L’opportunisme des extrêmes droites mondiales

Dans un autre registre – islamophobe cette fois –, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a estimé que la France avait « cédé à l’invasion de l’islam extrémiste ». En plénière au Parlement européen, deux jours plus tôt, certaines déclarations ont montré qu’il n’y avait là aussi plus aucune retenue. « Une armée de migrants que vous voulez intégrer, mais à qui vous avez plutôt appris à haïr notre civilisation. Respect pour nos cathédrales et nos villes », a lancé l’eurodéputée italienne Susanna Ceccardi (groupe Patriotes pour l’Europe).

« Les migrants de deuxième génération, les nouveaux Italiens [et] nouveaux Français qui saccagent tout, dévastent des magasins mais laissent là où elle est la viande de porc. Rien à voir avec l’éducation et le désespoir social », a lâché l’Italien Carlo Fidanza (Conservateurs et Réformistes européens). « La seule fois où le drapeau français a été brandi là-bas, c’était pour être brûlé. On a pillé des magasins et hissé le drapeau marocain, tout comme le drapeau algérien. Aucune raison de persister avec les flux de migrants », a commenté l’élue allemande Mary Khan (L’Europe des nations souveraines).

« Les citoyens souffrent d’islamistes, de migrants de deuxième ou troisième génération, de pseudo-révolutionnaires. Les magasins ont été détruits par cette racaille », a déclaré Afroditi Latinopoulou (Patriotes pour l’Europe). Quant au RN Fabrice Leggeri, qui siège dans le même groupe que l’eurodéputée grecque, il s’est fait un plaisir d’évoquer « l’échec de l’assimilation » et le « laxisme migratoire ».

Visant en particulier Donald Trump et Benyamin Nétanyahou, Emmanuel Macron a qualifié mercredi 21 octobre leurs commentaires de « stupides » et « inacceptables », accusant ces dirigeant·es étrangers et étrangères de « faire campagne sur le dos de la France », et reprenant « parfois avec crédulité ce qu’il y a dans l’intelligence artificielle ou qui relaient ce qu’évidemment des sphères veulent faire croire ».

Une illustration, s’il en fallait une, de l’incurie et de l’opportunisme des extrêmes droites mondiales, mais aussi des libéraux et conservateurs européens qui, non contents d’ignorer sciemment les tenants d’un mouvement social, en profitent pour stigmatiser au passage les personnes immigrées, qui n’ont pourtant rien à voir avec ces événements, tout en renvoyant les jeunes racisé·es actuellement mobilisé·es à leurs origines.

La peur d’être contrôlé

Car, n’en déplaise aux pourvoyeurs de haine, cette jeunesse racisée, souvent originaire des quartiers populaires, comme le soulignait le chercheur en sociologie politique Charif Elalaoui auprès de Mediapart, est avant tout française. Et elle a toute la légitimité, après avoir longtemps été invisibilisée, à s’exprimer et à prendre part à un mouvement social d’ampleur comme celui qui touche aujourd’hui la France.

Estimer qu’ils et elles ne pourraient pas manifester, et plus largement se mobiliser pour faire reconnaître leurs droits, au prétexte qu’ils et elles sont des descendant·es d’immigré·es, relève du racisme et de l’essentialisation. Cette politique du rejet a pourtant déjà largement démontré ses limites.

Quant aux personnes étrangères […], nombre d’entre elles se privent aujourd’hui de revendiquer quoi que ce soit, conscientes du climat extrêmement répressif qu’elles subissent.

Au nom de quoi une partie de la population française serait-elle privée de revendiquer ses droits et de dénoncer les fractures sociales et économiques, les problématiques liées au logement ou à l’éducation, les discriminations ? Leur ôter leur citoyenneté française en les décrivant comme des « migrants », après que la France a déjà relégué leurs parents ou grands-parents dans des quartiers périphériques sans mixité sociale, est un coup de canif supplémentaire dans la fracture sociale béante qui divise aujourd’hui la France.

Parler d’« assimilation » pour des personnes immigrées est déjà problématique en soi : cette injonction vise surtout à effacer l’histoire, l’identité, la culture ou la religion des personnes immigrées, jusqu’à la remise en question du choix de leur prénom. Le faire pour des jeunes né·es sur le territoire français, ayant grandi en France et censé·es appartenir pleinement à la société française est une hérésie.

Quant aux personnes étrangères qui évoluent au sein de la société, nombre d’entre elles se privent aujourd’hui de revendiquer quoi que ce soit, conscientes du climat extrêmement répressif qu’elles subissent, à la fois à l’échelle nationale et à l’échelle européenne.

Des mineur·es non accompagné·es ou jeunes majeur·es étrangers ou étrangères, voyant leurs lycées bloqué, appellent leurs référents éducatifs, paniqué·es parce que le simple fait de rater des heures de cours peut leur porter préjudice par la suite pour l’obtention d’un titre de séjour auprès de la préfecture.

De jeunes travailleurs étrangers se privent d’aller manifester de peur d’être interpellés, quand bien même ils seraient pacifiques, et de se voir retirer leur titre de séjour, en plus de se voir délivrer une obligation de quitter le territoire français (OQTF) et de risquer de perdre tout ce qu’ils ont peiné à construire ici.

Les personnes sans papiers, qui vivent déjà sous la menace et redoutent les contrôles de police, doivent aujourd’hui redoubler de vigilance, car elles pourraient, après un contrôle d’identité et une interpellation par les forces de l’ordre, être placées en centre de rétention administrative et être renvoyées dans leur pays d’origine.

« Les sans-papiers ne sont même pas allés manifester le 17 octobre, souligne Yoro Traore, porte-parole de la Coordination des sans-papiers de Paris (CSP75). Pour ce genre de mobilisation, ils ne sortent pas, parce qu’ils ont peur de la répression policière et peur d’être contrôlés. Tout cela n’a rien à voir avec l’immigration. Dire cela est inadmissible. Les jeunes qui se sont mobilisés sont des enfants de la France. »

Par opportunisme ou par aveuglement, le déni des responsables politiques (aussi bien français·es qu’étrangers ou étrangères) est tel qu’à la moindre contestation sociale, ou au moindre phénomène de société, il est devenu banal de pointer l’immigration du doigt – lorsque ce n’est pas l’islam, ou encore La France insoumise. Il serait peut-être temps de changer de disque et de prendre à bras-le-corps les revendications légitimes venues de la jeunesse, et du reste de la population cherchant à faire converger les luttes.

Source : Mediapart – 21/10/2026 https://www.mediapart.fr/journal/france/211026/manifestation-du-17-octobre-non-l-immigration-n-rien-voir-la-dedans

Racisme, islamophobie, immigration : informer pour mieux résister

Orient XXI et Afrique XXI étaient présents à la Fête de l’Huma 2026, au Village des médias indépendants. Le dimanche 13 septembre, avec Retronews, a été co-organisée une table ronde intitulée « Racisme, islamophobie, immigration : informer pour mieux résister ».

Avec :

  • Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis (LFI) ;
  • Pierre Tevanian, Philosophe, enseignant, auteur et militant associatif ;
  • Sarra Grira, rédactrice en chef d’Orient XXI (https://orientxxi.info) ;
  • Marie Le Roch, rédactrice en chef de Retronews (https://www.retronews.fr) ;

Source : Orient XXI – 18/09/2026 https://orientxxi.info/Racisme-islamophobie-immigration-informer-pour-mieux-resister

De Zidane à Mbappé, l’éternel procès en « francité » des Bleus – Inès Bennacer

L’équipe de France, qui débute sa Coupe du monde 2026 contre le Sénégal, porte en elle l’héritage des anciennes sélections, qui ont toutes subi le racisme et les procès en légitimité nationale. Mais les joueurs actuels assument de se politiser davantage, notamment contre l’extrême droite.

« Zidane« Zidane, c’est la France. On ne manque pas de respect à une légende comme ça. » En une phrase, publiée sur le réseau social X en janvier 2023, Kylian Mbappé fait vaciller la place de Noël Le Graët, qui finira par démissionner. Le capitaine des Bleus ne laisse pas passer les propos du président de la Fédération française de football (FFF), qui a sèchement balayé « l’hypothèse Zidane » au poste de sélectionneur après avoir reconduit Didier Deschamps jusqu’en 2026, affirmant qu’il ne l’aurait « même pas pris au téléphone ». 

Son influence, l’actuel capitaine des Bleus l’a façonnée loin du jeune joueur de 18 ans révélé au grand public lors du Mondial 2018 en Russie, à l’issue duquel la France a décroché sa deuxième étoile. Depuis, Kylian Mbappé n’hésite pas à mettre ce leadership au profit de ses convictions. Ces dernières années, il a régulièrement appelé à voter « contre les extrêmes », dénoncé le racisme et pris la défense de coéquipiers victimes de discriminations.

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Lilian Thuram, Kylian Mbappé, Zinédine Zidane et Karim Benzema. © Montage Mediapart avec AFP

Sur France 5, le documentaire Mbappé, la diplomatie du ballon rond, diffusé le 6 juin 2026, lui attribue même un certain « soft power » digne d’un « agent diplomatique ». Cette stature publique ne l’a toutefois jamais protégé de la violence raciste.

En 2021, l’équipe de France est prématurément éliminée de l’Euro, en huitième de finale, à l’issue d’une séance de tirs au but contre la Suisse. Kylian Mbappé rate le sien. Dans les heures qui suivent cette défaite inattendue, la star des Bleus subit une vague de haine sur les réseaux sociaux. Dans le podcast « The Bridge », diffusé en avril 2026, il revient avec gravité sur cet épisode, révélant alors avoir envisagé de quitter la sélection à cette époque : « Je joue pour des gens qui, si je ne marque pas, vont penser que je suis un singe. »

De génération en génération

Un autre numéro 10 a subi les mêmes montagnes russes. En 2006, Zinédine Zidane, élu meilleur joueur du Mondial allemand, assène un coup de tête à Marco Materazzi, durant les prolongations de la finale face à l’Italie. Il est expulsé et la France s’incline aux tirs au but. Le geste du joueur franco-algérien accapare le commentaire médiatique, et ses origines ressurgissent soudain dans le débat public.

« Zidane est français quand ça arrange tout le monde, mais il ne l’est plus du tout quand il ne sait “pas se tenir” », note l’anthropologue Nacira Guénif-Souilamas, autrice de l’ouvrage Les Féministes et le Garçon arabe (éditions de l’Aube, 2004). Elle rappelle que le joueur, jusque-là qualifié de « kabyle », devient alors un « arabe » : « Dans l’ordre colonial, être kabyle a toujours été une manière d’absoudre le colonisé de tous les maux qu’on pouvait lui attribuer. Le Kabyle était donc plus près des Blancs. »

Entre Zinédine Zidane et Kylian Mbappé, une autre génération descendante de personnes immigrées a subi de plein fouet les foudres politico-médiatiques, préjugés classistes et autres discriminations raciales. Avec comme paroxysme Knysna, lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, récemment remis en lumière par le documentaire Netflix Le Bus : les Bleus en grève, sorti en mai 2026.

« Ce n’est pas eux qui ont écrit ça, il n’y a même pas de fautes d’orthographe. » Raymond Domenech à propos de la lettre de revendication des joueurs de l’équipe de France en 2010

Il revient sur l’exclusion de Nicolas Anelka par la FFF, à la suite de mots supposément prononcés à l’égard de son sélectionneur, Raymond Domenech : « Va te faire enculer sale fils de pute » (paroles dont on sait aujourd’hui qu’elles n’ont jamais été prononcées, mais qui lui ont été attribuées en une du journal L’Équipe). Alors que ses coéquipiers lancent une grève de l’entraînement pour le soutenir, ils sont présentés comme « des enfants gâtés », « déconnectés » et « ingérables ».

Devant les caméras de Netflix, Raymond Domenech s’exclame, à propos de la lettre que lui présente le capitaine, Patrice Évra : « Le premier truc que je me dis, c’est que ce n’est pas eux qui ont écrit ça, il n’y a même pas de fautes d’orthographe. »

Certains discours prennent une dimension identitaire encore plus profonde. Au départ, la ministre des sports d’alors, Roselyne Bachelot, se déplace sur le camp de base des Bleus pour « calmer la situation ». Mais devant l’Assemblée nationale, la membre du gouvernement qualifie les joueurs de « caïds immatures » et dénonce des comportements de « racailles ».

Incrédules, certains joueurs réagissent dans le documentaire : « Face aux médias, elle nous détruit », déclare William Gallas. « Elle nous salit, elle nous crache dessus », poursuit Patrice Évra, avant que Bacary Sagna ne s’interroge : « Tu viens, tu passes du temps avec nous, on est là, on te respecte… C’est qui le caïd ? » De son côté, Roselyne Bachelot se fait pour une fois mutique : « J’ai dit ce que j’avais à dire et tout va bien. »

Dans ce climat, le quotidien national-catholique Présent –dans lequel la députée Caroline Parmentier, proche de Marine Le Pen, a écrit pendant trente ans – publie une ribambelle de dessins racistes. Le 22 juin 2010, la une affiche : « La grande honte des Bleus : voilà ce que c’est de compter sur une équipe de voyous de cité ! ». En illustration, des personnages noirs en bonnet d’âne moqués par des supporters, alors que d’autres, eux aussi noirs, sont caricaturés dansant et souriant à pleines dents.

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Extraits du journal « Présent » datant de 2010 et 2014. © Documents Mediapart

C’est un moment « où le débat public autour de l’équipe de France s’est déplacé vers des questions d’identité nationale, d’intégration et de patriotisme, analyse Nicolas Vilas, auteur du livre Enquête sur le racisme dans le football (Marabout, 2018). Après Knysna, la fédération prend des décisions très symboliques : la fin des menus halals à Clairefontaine, l’insistance sur le fait de chanter La Marseillaise, des mesures sur le comportement des joueurs, comme l’interdiction du casque. Les joueurs sont infantilisés ».

Les « racailles » de 2005

Knysna s’inscrit dans un climat politique et médiatique plus large, qui plombe le pays depuis octobre 2005 : celui des révoltes populaires après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, à Clichy-sous-Bois, en fuyant un contrôle de police. Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, déclare alors sur la dalle d’Argenteuil : « Vous en avez assez de cette bande de racailles… on va vous en débarrasser ! », avant de promettre de « nettoyer au kärcher » la situation.

Depuis la Martinique, en déplacement avec l’équipe de France, Lilian Thuram laisse éclater sa colère : « Je m’en souviens, car quand j’étais plus jeune, que j’allais à l’école et que les mecs me disaient : “Lui, c’est une racaille, parce qu’il habite aux Fougères [un quartier populaire du XXe arrondissement de Paris – ndlr].” Non, moi, je ne suis pas une racaille. Moi, ce que je veux, c’est bosser et sortir de là. Pourquoi tout de suite me mettre ça sur la peau ? » Il ajoute : « Quand quelqu’un dit “nettoyer au kärcher”, il ne sait peut-être pas ce qu’il dit, M. Sarkozy. Mais moi, je le prends pour moi. »

Dans un entretien accordé en novembre 2005 au journal israélien Haaretz, l’essayiste Alain Finkielkraut renchérit : « On nous dit que l’équipe de France est adorée par tous parce qu’elle est “black-blanc-beur”. En fait aujourd’hui, elle est “black-black-black”, ce qui fait ricaner toute l’Europe. »

Jusqu’ici, seul le Front national s’était permis d’aller sur le terrain de la dénonciation du profil multiethnique des Bleus. « Je trouve que c’est un peu artificiel de faire venir des joueurs de l’étranger et de les baptiser équipe de France », déclarait ainsi Jean-Marie Le Pen en 1996.

Deux décennies plus tard, le polémiste et ex-candidat à la présidentielle Éric Zemmour prend le relais. En 2018, il s’inquiète : « Imaginez l’équipe du Nigeria avec huit joueurs blancs sur onze. Qu’est-ce que vous diriez ? C’est bizarre ! » En 2022, il regrette encore « qu’il y ait huit ou neuf joueurs d’origine africaine, de couleur noire », dans le collectif de l’équipe de France. Puis en 2026, il s’en prend désormais à tous les clubs de foot français, même amateurs, où « la jeunesse arabo-musulmane chasse les petits Blancs ».

Quotas, hymne : la machine de la suspicion identitaire

L’affaire dite « des quotas » illustre le basculement identitaire lancé par Jean Marie Le Pen. En avril 2011, Mediapart révèle des discussions tenues au sein de la direction technique nationale de la Fédération française de football.

Plusieurs responsables, parmi lesquels le nouveau sélectionneur Laurent Blanc, évoquent la mise en place de quotas officieux visant à limiter le nombre de joueurs binationaux dans les centres de formation. Les échanges portent principalement sur les jeunes joueurs d’origine africaine et nord-africaine. Bien qu’aucune mesure ne soit finalement appliquée, le scandale prolonge le débat sur la place des joueurs issus de l’immigration dans le football français.

Pour le journaliste Nicolas Vilas, cet épisode met en lumière une fracture structurelle : « Ceux qui décident ne reflètent pas ceux qui composent majoritairement les équipes, pointe-t-il. En gros : “On veut bien de vous sur le terrain, mais pas forcément à la table où les décisions se prennent.” »

Quelques années plus tard, l’absence de Karim Benzema à l’Euro 2016 ravive de nouvelles controverses sur la « francité » de certains Bleus. Dans un entretien au quotidien espagnol Marca en mars 2016, l’attaquant évoque des choix de sélection influencés, selon lui, par « une partie raciste de la France ». Dans le même temps, son rapport à l’hymne national français, qu’il ne chante pas, est largement commenté dans la presse.

« Quand Karim Benzema ou Samir Nasri ont été critiqués parce qu’ils ne chantaient pas La Marseillaise, beaucoup ont immédiatement pointé leur origine maghrébine », observe encore Nicolas Vilas. « On scrute davantage ceux dont les noms sont perçus comme “non français”, alors que si on regarde les archives, Michel Platini ne chantait pas non plus l’hymne », rappelle-t-il.

« L’hégémonie du slogan “black-blanc-beur” a aveuglé une partie de la société française. Dans une forme d’euphorie collective, il a contribué à masquer la progression du racisme. » Rokhaya Diallo, essayiste

La victoire à la Coupe du monde 1998 portait en elle de nombreux espoirs. La mythologie « black-blanc-beur » avait érigé la France en symbole d’une nation multiculturelle, fière et unie. Pour Rokhaya Diallo, journaliste et militante antiraciste, cette formule révélait pourtant une méconnaissance de la réalité sociale française.

« À cette époque, j’avais 20 ans et je trouvais étrange de voir les médias s’étonner d’une réalité qui faisait déjà partie de mon quotidien, se souvient-elle. Ce n’était pas tant l’apparition de quelque chose de nouveau que la reconnaissance, par l’espace public majoritaire, d’une réalité qui existait déjà. »

L’expression elle-même lui paraît problématique. « Le fait de qualifier cette équipe de “black-blanc-beur” relève d’une forme de contournement, explique-t-elle. On n’utilise pas le vocabulaire direct : “blanc” est nommé comme tel, tandis que “black” et “beur” désignent des réalités qui restaient gênantes. »

Au soir de la victoire, tout semble pourtant possible pour ces joueurs descendants de personnes immigrées. Sur l’Arc de triomphe, leurs noms et portraits sont projetés tour à tour. Parmi les slogans qui fleurissent dans les rues, l’un devient emblématique : « Zidane président ! » Mais quatre ans plus tard, Jean-Marie Le Pen, candidat du Front national, se qualifie pour le second tour de l’élection présidentielle face à Jacques Chirac.

« L’hégémonie du slogan “black-blanc-beur” a aveuglé une partie de la société française. Dans une forme d’euphorie collective, il a contribué à masquer la progression du racisme, analyse Rokhaya Diallo. Cette image de la France multiculturelle était extrêmement valorisante. Les Français étaient fiers du regard porté sur leur pays à l’international. Se retrouver soudain face à Jean-Marie Le Pen au second tour a constitué à la fois un désaveu de ce que l’on croyait être, et une source de honte vis-à-vis de l’extérieur. »

C’est dans ce contexte que Zinédine Zidane, affectueusement surnommé « Zizou », prend pour la première fois la parole le 29 avril 2002 : « Quand on voit qu’il y a près de 30 % d’abstention et qu’au final on se retrouve avec un second tour entre Chirac et… l’autre, il faut simplement dire aux gens qu’ils doivent voter. Il faut penser aux conséquences. Je le dis et je pèse mes mots : il faut réfléchir avant de voter pour un parti qui ne correspond pas du tout aux valeurs de la France. »

Pour Lilian Thuram, coéquipier de Zinédine Zidane et également champion du monde en 1998, devenu depuis une figure de la lutte antiraciste, notamment à travers son livre La Pensée blanche (éditions Philippe Rey, 2020), les valeurs françaises constituent aussi un argument central pour s’opposer à l’extrême droite.

Interrogé le 6 juin sur les prises de position de Kylian Mbappé, il a déclaré à Mediapart : « On dit que, parce que Kylian Mbappé est capitaine de l’équipe de France, il doit parler à tous les Français. Je pense plutôt qu’il doit parler au nom de la France. Ce n’est pas la même chose. Lorsqu’il parle au nom de la France, il défend nos valeurs. Or, le Rassemblement national représente l’inverse : la division plutôt que le rassemblement, l’inégalité plutôt que l’égalité, et certainement pas la fraternité. »

Les législatives anticipées de juin 2024 ont définitivement montré que la nouvelle génération de Bleus osait être plus politisée que ses aînés, malgré les critiques. Le latéral droit de l’équipe de France Jules Koundé écrit alors sur X : « Par les temps qui courent, voter est un devoir autant qu’un droit. Pour ma part, je vois que l’extrême droite n’a jamais conduit un pays vers plus de libertés, plus de justice et de vivre-ensemble. Et je pense qu’elle ne le fera jamais. »

Le 13 juin, trois jours avant le premier match face au Sénégal, la chaîne YouTube de la FFF a publié une vidéo dans laquelle Rayan Cherki, joueur d’origine algérienne, revient avec émotion sur la diversité de l’effectif 2026. « Je ne sais pas pourquoi certaines personnes ne m’aiment pas, dit le meneur de jeu. Je peux comprendre que j’ai un profil qui dérange, peut-être parce que j’ai trop une grosse barbe, peut-être parce que je suis un peu trop mat… Mais pour moi, c’est ce qui fait notre force. C’est une équipe de France magnifique avec beaucoup de mixité, avec beaucoup d’histoires différentes. Et c’est ce qui fait la force de la France. »

Inès Bennacer

Source : Mediapart – 16/06/2026 https://www.mediapart.fr/journal/france/160626/de-zidane-mbappe-l-eternel-proces-en-francite-des-bleus

    Islam en France. La politique du soupçon permanent – Haouès Senigeur 

    Dissolutions, propositions de loi, commissions d’enquête, accusations d’islamo-gauchisme : tandis que l’islamophobie se répand dans la société, la France multiplie les offensives contre toute manifestation musulmane dans l’espace public — le tout sur fond de progression électorale de l’extrême droite.

    Courcouronnes, 3 avril 20217. Salle de prière de la Grande Mosquée d’Évry-Courcouronnes.Zairon / Wikimedia

    Le 3 mai 2026, dans un entretien au Monde, le ministre de l’intérieur français Laurent Nuñez a livré quelques clefs sur sa politique de gestion de l’islam1. Il y annonçait la rédaction prochaine par le gouvernement d’une proposition de loi, l’énième sur le sujet, censée cette fois lutter contre « l’entrisme islamiste ».

    Au cours de cet entretien, il revenait sur sa décision, contredite in extremis par une décision du tribunal administratif, d’interdire la 40ᵉ édition de la Rencontre annuelle du Bourget organisée par l’association Musulmans de France (MdF, ex-UOIF [Union des organisations islamiques de France]), prévue du 3 au 6 avril. Laurent Nuñez avait alors initialement invoqué un contexte tendu, un risque terroriste élevé — lié principalement à la guerre en Iran — et des craintes de troubles à l’ordre public. Pour le quotidien national, il changeait toutefois de discours, relevant plutôt la vente sur les stands de livres « qui posent problème ».

    Si le congrès de MdF a finalement pu se tenir, sans qu’aucun trouble ne soit signalé, la séquence est symptomatique de l’accroissement des mesures répressives contre les incarnations publiques de l’islam en France. Deux décisions illustrent le durcissement politique : la résiliation en janvier 2025 du contrat d’association avec l’État du groupe scolaire Al-Kindi à Décines-Charpieu, dans la métropole de Lyon, puis la dissolution en septembre 2025 de l’Institut européen des sciences humaines (IESH) de Château-Chinon. Ce dernier était décrit comme « principale représentation de la mouvance frériste en France, laquelle prône une idéologie islamiste radicale visant à l’avènement d’une société régie par la loi islamique ».

    Quatre propositions de loi en moins d’un an

    En dépit des gestes accomplis envers l’État, ses services et la société, comme la signature de la Charte des principes de l’islam de France en 2021 et la mise à distance constante — notamment par MdF — de l’idéologie des Frères musulmans, les institutions musulmanes restent dans le viseur de l’État. La méfiance touche individuellement les imams et responsables religieux qui ont, de fait et pour beaucoup, été incapables de prendre position sur la guerre contre Gaza depuis octobre 2023, de crainte d’être poursuivis pour « apologie du terrorisme ». L’on ne compte plus les initiatives législatives, ou propositions de loi, les rapports — dont celui du printemps 2025 sur le « frérisme » — et les commissions qui stigmatisent de facto les musulman·e·s.

    La liste de ces initiatives, rien qu’au Parlement, donne en effet le tournis. Si l’on exclut les discours récurrents sur le fait islamique et/ou islamiste, l’on notera une commission d’enquête sénatoriale sur la radicalisation islamiste en 2020, puis l’adoption de la loi confortant les principes de la République dite « loi contre le séparatisme » en août 2021. Le rythme s’emballe en 2025 et 2026, avec la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les liens entre réseaux islamistes, terrorisme et acteurs politiques, la « proposition de loi visant à interdire le voilement des mineures dans l’espace public » (décembre 2025), celle « visant à lutter contre l’entrisme islamiste en France » déposée notamment par Bruno Retailleau (mars 2026), celle « visant à interdire le port de signes religieux par les élus locaux dans le cadre de leurs mandats » (avril 2026), et enfin la future loi portée par le ministre Laurent Nuñez contre « le séparatisme et l’entrisme ». Le durcissement accéléré avant la prochaine échéance présidentielle est manifeste.

    Attaques contre les chercheurs

    Deux actes politiques majeurs ont inauguré, précipité et accentué une politique du soupçon qui s’est disséminée tous azimuts sous la présidence d’Emmanuel Macron. Le premier fut le discours présidentiel des Mureaux, le 2 octobre 2020 ; le second, l’accusation d’islamo-gauchisme proférée contre l’université par la ministre de l’enseignement supérieur de l’époque, Frédérique Vidal, en 2021. Le soupçon, qui préexistait incontestablement à ces actes, s’est en quelque sorte libéré de ses entraves. Il a visé à la fois l’islam et les musulmans visibles dans les espaces sociaux en général, les milieux associatifs islamiques et anti-islamophobie en particulier, mais également les chercheurs en sciences sociales travaillant sur la race, le genre, le sexe ou le post-colonial, domaines dans lesquels l’immigration, l’islamité ou la condition musulmane peuvent être abordées. Cette politique s’est déployée sur fond de progression électorale de l’extrême droite, du poids croissant des chaînes extrémistes d’information en continu, où interviennent nombre d’élus toutes tendances confondues, et des attentats ou assassinats commis au nom de l’islam — lesquels furent moins une cause qu’un adjuvant.

    Depuis lors, un constat prédomine : ce n’est plus le terroriste ou le radical dit islamiste qui fait l’objet d’une surréaction médiatique ou politique, d’un traitement préventif ou curatif ; c’est désormais aussi le/la musulman·e pratiquant·e, engagé·e sur le plan associatif, ou trop visiblement pratiquant·e, qui devient, de ce point de vue, a priori suspect·e, tout comme le chercheur critique des discours institutionnels, politiques ou des catégories de l’action publique portant sur et autour des questions relatives à l’islam et à l’islamisme.

    L’islamophobie, qui demeure un mot tabou dans une majorité de discours officiels ou consacrés, procèderait moins d’un racisme ordinaire, politiquement et moralement répréhensible au même titre que d’autres racismes, que d’une simple opinion irrévérencieuse à l’égard d’une religion, par ailleurs encore largement perçue comme exogène. Et celles et ceux qui l’étudient, ou la dénoncent, font de la même manière précisément l’objet d’une suspicion exacerbée. L’islamisme pourfendu devient ainsi un prétexte pour à la fois mettre en cause « la visibilité urbaine de l’islam »2 et nourrir un discours de guerre civilisationnelle entre la France, d’héritage « gréco-romain et judéo-chrétien », et l’islam. Et tous ceux qui contestent ce récit sont évidemment cloués au pilori.

    Pourtant, les motifs de contestation de ce récit sont nombreux. Comme l’affirmaient en 2013 les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed dans Islamophobie. Comment les élites françaises fabriquent le « problème musulman » (La Découverte) :

    « Pour évaluer l’islamophobie en acte, c’est-à-dire la traduction sociale et politique, interpersonnelle et subjective du rejet de l’islam enregistré par les données statistiques, trois grandes démarches d’enregistrement sont possibles : lorsque les victimes se mobilisent (renvois), lorsqu’on les interroge (enquêtes de victimation) et l’expérimentation située (testing) ».

    Un refus de mesurer l’islamophobie

    Les données destinées à mesurer l’islamophobie, ou le « racisme antimusulman », dans ses justes proportions, qu’elle touche des individus, des bâtiments, des édifices ou des institutions, s’exposent inéluctablement à des biais. Mais ceux-ci sont plus importants du fait de la dissolution du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) en 2021 qui affecte la visibilité du phénomène, mais aussi du fait de la faiblesse de plaintes déposées à la police par les victimes qui ont souvent une confiance toute relative en l’institution et craignent de voir leurs dépôts maltraités. L’absence de volonté politique de mettre en avant ces discriminations joue également un rôle central. La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), qui publie chaque année un rapport sur le racisme qui fait autorité, a cessé depuis 2021 de diffuser des chiffres relatifs aux actes antimusulmans en raison de problèmes liés à la méthodologie de récolte des données.

    Outre la dissolution du CCIF, la détérioration des relations entre les associations musulmanes et l’État entrave l’efficacité des remontées de terrain et empêche les comparaisons avec les autres discriminations, en particulier l’antisémitisme. Toutefois, le ministère de l’intérieur lui-même a acté en 2025 une hausse de 75 % des « actes antimusulmans » au cours de l’année précédente, passant de 83 à 145. Mais ces chiffres apparaissent comme peu lisibles.

    Claire Hédon, la Défenseure des droits, à la tête d’une autorité indépendante, a fait paraître, fin 2025, un rapport sur les discriminations fondées sur la religion injustement passé inaperçu3. Si les chiffres concernant les discriminations sont toujours motifs à débat, le rapport donne de la consistance, à partir de témoignages et de commentaires circonstanciés et légalement établis, à l’existence de discriminations, tant directes qu’indirectes, qui affectent des personnes à raison d’une appartenance avérée ou présumée à l’islam. La Défenseure des droits affirme :

    « La hausse des discriminations ayant un motif religieux semble s’observer quelle que soit la religion. Elles restent toutefois nettement plus souvent rapportées par les personnes qui déclarent être de religion musulmane ou être considérées comme telles (34 % d’entre elles) que par les personnes se déclarant d’une autre religion (19 %), incluant la religion juive ou encore le bouddhisme, ou celles de religion chrétienne (4 % seulement déclarent avoir été discriminés en raison de cette religion). »

    Elle fait cependant le choix de délaisser le terme islamophobie pour lui en préférer d’autres : « comportement anti-musulmans », « haine anti-musulmans », « stigmatisation anti-religieuse », « propos à caractère raciste et anti-musulmans », « violence anti-musulmans ». Cela tient au fait qu’il s’agit d’envisager les cas de discriminations proprement dites, et que ledit terme d’une part ne s’y résume pas et d’autre part parce qu’il est absent et de la Constitution et du Code pénal. Or, pour établir légalement la réalité d’une discrimination, quel qu’en soit le motif, le juge de paix reste, en la matière, le texte juridique.

    Une rhétorique de la conspiration

    Mais il en est tout autre sur le plan politique, social ou sociétal. Rappelons combien l’assassinat islamophobe d’Aboubakar Cissé dans une mosquée à la Grand-Combe le 25 avril 2025 fut précédé par de nombreux discours publics de mise à l’index des pratiques musulmanes qui passent sous le radar.

    C’est la raison pour laquelle la configuration politique française peut se prêter à quelque analogie, impérativement prudente, avec l’entre-deux-guerres. À l’époque, les juifs étaient accusés de corrompre la nation. Aujourd’hui, c’est au nom d’une vision frelatée de la République et de la laïcité, et sous prétexte de lutter contre « l’islamisation », le « frérisme » ou l’islamisme, que les musulman·e·s sont pointé·e·s du doigt, accusé·e·s de menacer la société française par la démographie, les lieux de culte ou la complicité d’une certaine gauche et des universitaires.

    Quelques chercheurs ont grandement alimenté la rhétorique suspicieuse et la marche en avant répressive de l’État en fournissant une expertise et le vocabulaire qui l’accompagne. C’est le cas entre autres de Bernard Rougier et Florence Bergeaud-Blackler, laquelle s’en prévaut d’ailleurs volontiers sur les réseaux sociaux ; les deux accusant sans la moindre preuve des collègues en désaccord avec leurs vues d’être des suppôts de l’ennemi islamiste. Les termes « frérisme », « entrisme » ou « séparatisme » appartiennent donc à cette terminologie qui fait florès ; elle fait signe, consciemment ou non, vers une espèce de conspiration à l’œuvre au sein de la société.

    Le coup d’accélérateur politique, de nature coercitive, contre des formes supposément ou réellement déviantes d’islam et d’islamité dans l’espace public, n’est pas anodin. La dynamique française actuelle semble pouvoir tout justifier et conduit à effacer toute expression musulmane légitime dans l’espace public, notamment critique et autonome.

    L’atmosphère générale de suspicion a toutefois un effet pervers : cette pression permanente sur les musulman·e·s, quelle que soit leur sensibilité religieuse et politique, empêche ipso facto l’éclosion et la poursuite de débats théologiques internes à leur religion, qui est un vrai sujet. En rendant douteuse ou honteuse toute manifestation ostensible de l’appartenance musulmane, les autorités étatiques qui se disent régulièrement désireuses de voir advenir « un islam des Lumières » le diffèrent, bon gré mal gré.

    Source : Orient XXI – 20/05/2026 https://orientxxi.info/Islam-en-France-La-politique-du-soupcon-permanent

    Marseille – Sur les traces de l’empire colonial – Selim El-Meddeb

    Au début du XXe siècle, les élites de la ville présentent la cité phocéenne comme la « capitale de l’empire colonial ». Les traces de cet héritage y sont aussi nombreuses que méconnues. La mémoire coloniale est aujourd’hui regardée autrement, ce qui provoque débats, tensions et prises de conscience.

    Marseille, 2022. Les escaliers de la gare Saint-Charles.© Daniel Hadwiger

    Si vous êtes déjà venu à Marseille, il y a fort à parier que vous soyez passé devant sans les voir. Les statues incarnant les colonies d’Afrique et d’Asie accueillent le visiteur au pied des escaliers monumentaux de la gare Saint-Charles. Dénudées, allongées dans le style classique des allégories représentant les provinces pacifiées de l’Empire romain, elles véhiculent des stéréotypes raciaux et sexistes manifestes pour un regard contemporain. Longtemps passées inaperçues, elles cristallisent depuis quelques années les débats provoqués par le réveil de la mémoire coloniale dans la ville.

    Au début du XXe siècle, Marseille revendiquait le titre de capitale de l’Empire français. Les traces de ce passé colonial sont inscrites dans les monuments, les odonymes et les patronymes. Depuis le début de la décennie, cette partie de l’histoire suscite la mobilisation de collectifs décoloniaux, d’associations, d’artistes et de chercheurs. Si leurs approches sont diverses, tous s’accordent sur le besoin de faire la lumière sur ce passé qui ne passe pas.

    Autour des statues

    « Le déclic, c’est le déboulonnage de la statue de Victor Schœlcher à Fort-de-France. Je me suis dit : c’est possible ! », raconte Mariam Benbakkar, artiste franco-marocaine, guide et collaboratrice pour la chaîne YouTube Histoires crépues. Inspirée par les manifestations du mouvement Black Lives Matter suite à la mort de George Flyod en 2020, et par les déboulonnages de statues liées à l’esclavage en Martinique et au Royaume-Uni la même année, elle cofonde en 2021 le collectif Dégageons les statues.

    Avec une dizaine d’autres militants, elle emballe dans une bâche noire la statue dédiée aux colonies d’Afrique sur les marches de la gare Saint-Charles. Les actions redoublent en 2022, date du centenaire de la seconde exposition coloniale de Marseille.

    « Personnellement je suis pour les déplacer dans les jardins du château Talabot », déclare Mariam Benbakkar. Cette bastide monumentale, qui toise la Méditerranée depuis les hauteurs de la colline du Roucas-Blanc, dans le cossu 7e arrondissement de Marseille, a été construite en 1860 par Paulin Talabot. Cet ingénieur sorti de l’X est à l’origine du Crédit lyonnais et de la Société générale. Il occupa également les fonctions de député et président du conseil général du Gard, de 1865 à 1870. Créateur de la ligne de chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée, il modernise le port de Marseille et propose un projet de tracé pour le canal de Suez. Il fut un grand promoteur de l’entreprise coloniale. Mariam Benbakkar, avec un brin d’audace, verrait bien sa résidence marseillaise transformée en musée des histoires coloniales et des peuples colonisés.

    Marseille, 2022. « Marie-Rose la dérangeuse », performance de Rose Fregiere.
    Marseille, 2022. «  Marie-Rose la dérangeuse  », performance de Rose Fregiere.Capture d’écran vidéo / Manu Li Wanxu

    « Depuis qu’on a érigé les statues, il y a un siècle, peu de choses ont changé dans la vision que la société française a des corps noirs », note Rose Frigiere. Installée à Marseille depuis dix ans, cette artiste franco-camerounaise se souvient avoir remarqué les statues sans y prêter vraiment attention. « J’y voyais un symbole du cosmopolitisme de la ville, en lien avec la diversité des origines des habitants. Je me rappelle qu’un des mineurs isolés africains qui vivait au pied des escaliers considérait la statue aux colonies d’Afrique comme une sorte de figure protectrice, la femme d’un notable européen à qui on aurait rendu hommage. »

    « Cela fait vingt ans qu’on demande que les statues soient accompagnées de cartels permettant d’éclairer leur histoire »

    Mobilisée au sein du collectif d’afro-descendantes des Rosas (en référence à Rosa Parks), Rose Frigiere réalise des performances artistiques autour de la statue aux colonies d’Afrique. « J’étais pour [les déboulonnages de statues], puis j’ai réalisé que sans ces capsules temporelles, je n’aurais peut-être jamais découvert l’histoire de la colonisation. Je pense que je ne suis pas la seule. Cette statue m’a permis de me réconcilier avec la femme noire que je suis. »

    De déboulonnage, il ne peut de toute façon être question depuis que l’escalier a été inscrit au titre des monuments historiques le 14 décembre 2022, cent ans quasiment jour pour jour après la clôture de l’exposition coloniale de 1922.

    « Cela fait vingt ans qu’on demande que les statues soient accompagnées de cartels permettant d’éclairer leur histoire », explique Samia Chabani, qui dirige l’association Ancrages. Pour l’instant, sans succès. Il a fallu des années pour déterminer qui était responsable des escaliers : la Société nationale des chemins de fer français (SNCF), la mairie ou la métropole d’Aix-Marseille-Provence. Cette dernière, a-t-il finalement été décidé par consensus. Sa présidente sortante, Martine Vassal, a affirmé que les termes « travail, famille, patrie » résumait bien ses valeurs, laissant peu de doute quant à une issue positive. Rien ne garantit que la nouvelle assemblée métropolitaine, très fragmentée, se montre plus réceptive.

    Nouvelles approches

    Pour mieux comprendre l’histoire de ces escaliers, il faut se rendre au musée d’Histoire de Marseille, dont le parcours, accessible gratuitement, se termine sur une salle qui leur est dédiée. Réalisée par Samia Chabani, l’exposition temporaire (juillet 2025-janvier 2027) est la première d’une série consacrée aux questions coloniales, dans le cadre de « Mars Imperium ». Ce projet, élaboré par cinq unités de recherche de l’université d’Aix-Marseille rejoints par une dizaine de partenaires socioculturels, comme le Mucem ou Ancrages, part du double constat d’un « déficit d’histoire » et de l’émergence de « vifs débats publics sur les questions impériales ». Il prend la forme d’une vaste mise à disposition des connaissances, notamment grâce à un site internet proposant des dizaines de vidéos explicatives mis en ligne en 2025.

    Le projet Mars Imperium a « bénéficié d’une totale liberté », même s’il en a inquiété certains.

    « La recherche est en retard sur les questions coloniales », estime Samia Chabani, qui travaille sur ces problématiques depuis une vingtaine d’années. Concernant Mars Imperium, Xavier Daumalin, l’un des deux porteurs du projet, raconte avoir « bénéficié d’une totale liberté, même si [le] projet a pu en inquiéter certains, et même si les analyses historiques présentées sont parfois rejetées par les approches militantes de différents bords ».

    Marseille, 2020. Les sculptures n'étaient pas blanches, performance filmée de Mohammed Laouali.
    Marseille, 2020. Les sculptures n’étaient pas blanches, performance filmée de Mohammed Laouali.© Mohammed Laouali

    Il constate, ces dernières années, des évolutions positives dans la manière d’aborder les questions coloniales. Selon lui, il y a vingt ans, un projet comme Mars Imperium, réunissant un tel consortium d’institutions, n’aurait pas pu voir le jour : « Les questionnements, les connaissances, la perception et les demandes sociales liés à la colonisation ont profondément évolué. Qui songerait, aujourd’hui, à porter une loi demandant à ce que le “rôle positif de la présence française outre-mer” soit enseigné dans les manuels scolaires, comme en février 2005 ? Pour autant, compte tenu des circonstances politiques internationales et nationales, la vigilance s’impose, sans doute plus que jamais. »

    Un coffre-fort exhumé

    Quelques encablures vers l’est, rue Saint-Ferréol, principale artère commerçante de la ville, les vestiges du passé colonial connaissent une réaffectation inattendue. Le « coffre-fort de l’empire », clos par une porte en acier de 60 centimètre, sert aujourd’hui de cabine d’essayage dans le sous-sol d’un magasin Uniqlo. Ce véritable blockhaus de métal a longtemps abrité les richesses de la Compagnie algérienne, bras financier de la colonisation française en Méditerranée. Fondée en 1865 sous le nom de Société générale algérienne, notamment par Paulin Talabot, elle gère le financement de vastes projets agricoles et industriels en Algérie, puis en Tunisie, au Maroc, au Liban et en Syrie. Elle ferme en 1960, mais ses actifs sont recyclés dans des banques toujours actives en France et dans tous ces pays – le Crédit du Nord en France, le Crédit populaire d’Algérie en Algérie, la Banque de Tunisie en Tunisie, Attijariwafa Bank au Maroc et la Banque libano-française au Liban. En 1919, peu avant de devenir une des dix plus grandes banques françaises, elle s’offre un siège marseillais monumental, mêlant styles néobaroque et Art nouveau, qui abrite le fameux coffre-fort.

    « Pour pouvoir lire le passé, il faut des connaissances »

    Quand il visite ce coffre pour la première fois en novembre 2024, le chercheur Paul Max Morin tombe en arrêt. Il y voit une « puissante illustration du rapport que la société française entretient avec son passé colonial : à la fois omniprésent et illisible ». C’est d’autant plus vrai que la plaque explicative alors posée par Uniqlo présente la Compagnie algérienne comme une simple banque, passant sous silence son rôle central dans la colonisation.

    « Pour pouvoir lire le passé, il faut des connaissances », résume Paul Max Morin, qui décide d’ouvrir un volet de recherches avec ses étudiants de Sciences-Po. Accompagnés d’autres historiens et de l’association Ancrages, ils en tireront la rédaction d’une nouvelle plaque, posée en octobre 2025, expliquant sans détour que la Compagnie algérienne « participe à l’appropriation et à l’exploitation des terres spoliées aux peuples autochtones par l’État français ».

    Quelles politiques publiques sur les questions coloniales ?

    Mais la mise en lumière du passé colonial peut susciter de vives oppositions. Hassan Guenfici, président du Forum franco-algérien, a fait poser en 2014, avec l’appui de la mairie de secteur, une plaque commémorant les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, en Algérie coloniale, durant lesquels une centaine d’Européens et des milliers d’Algériens sont tués (mai-juin 1945). Vissée sur le kiosque à musique qui fait face au monument aux morts des Mobiles, situé au nord de la Cannebière, elle est arrachée quelques jours plus tard.

    « La mairie de secteur a cessé de soutenir le projet après avoir reçu des représentants d’associations de rapatriés qui s’étaient dites scandalisées par la démarche », se souvient Hassan Geunfici. Des tentatives de poser à nouveau la plaque en 2015 et 2016 se soldent par de nouveaux arrachages. Il faudra attendre 2025 pour qu’une plaque commémorant les 80 ans de l’« autre 8 mai 1945 » soit finalement installée dans l’espace public marseillais, mais cette fois à proximité de la porte d’Aix, grand axe de circulation de la ville, entre Saint-Charles et Belzunce, où sont organisées chaque année les commémorations célébrant la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

    La rue Thomas-Bugeaud est rebaptisée « Ahmed-Litim », tirailleur algérien mort pour libérer Marseille en août 1944. Sa perpendiculaire : la rue Cavaignac.

    Sans surprise, l’école, puis la rue Thomas-Bugeaud, ont cristallisé les tensions liées à la toponymie. Ce militaire, nommé gouverneur général de l’Algérie en 1840, s’est distingué par l’ampleur des crimes commis sous ses ordres. Les tristement célèbres « enfumades » de populations réfugiées dans des grottes lui sont associées, bien que le premier à y recourir fut son adjoint, Eugène Cavaignac. En 2022, des militants obtiennent de la municipalité que l’école qui porte son nom soit renommée. Il est remplacé par celui d’Ahmed Litim, tirailleur algérien mort pour libérer Marseille en août 1944. La rue suivra en 2024. Mais sa perpendiculaire, la rue Cavaignac, garde, elle, toujours son nom.

    Marseille, 3e arrondissement, 2021.
    Marseille, 3e arrondissement, 2021.Photo tirée du site de Mars Imperium, Samia Chabani, Ancrages.

    Tous les acteurs interrogés saluent les actions symboliques et le soutien apporté à Mars Imperium par l’actuelle municipalité, coalition de gauche menée par Benoît Payan, élue en 2020 et réélue en 2026. Pour autant, la quasi-totalité d’entre eux estiment que Marseille ne s’est pas encore dotée d’une véritable politique publique concernant les questions postcoloniales. Perrine Prigent, adjointe au maire, déléguée, pendant la dernière mandature, à la valorisation du patrimoine, souligne qu’elles ont fait l’objet « au mieux d’un impensé, au pire d’un déni, de la part des municipalités précédentes ».

    Expliquant que l’équipe actuelle s’est d’abord efforcée de rattraper le retard accumulé dans le domaine patrimonial et mémoriel, elle affirme qu’une politique publique est « en cours de structuration et devra être portée à maturité dans les années à venir ». Fraîchement élue conseillère municipale, Samia Chabani plaidera pour cette cause : « Je souhaite que la jeune génération ne découvre pas, comme moi, l’horreur du colonialisme au hasard de ses lectures. » « Ou au détour d’une statue », ajoute Rose Frigiere.

    Selim El-Meddeb : Journaliste, correspondant de France 24 au Liban de 2011 à 2017, puis chargé de communication pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en Afrique de l’Ouest et le Secrétariat des Nations unies. Installé à Marseille depuis 2022.

    Paru en 2022, le Guide du Marseille colonial (éd. Syllepse) incarne une autre facette de la prise de conscience du passé impérial de Marseille. C’est le plus vendu (2 700 exemplaires) de sa collection. Ouvrage collectif, il recense les très nombreuses rues, places et monuments liés à l’histoire coloniale. Ici, plus de 200 toponymes viennent célébrer des conquêtes impériales, notamment celles soutenues par les entrepreneurs marseillais, comme les boulevards de Tunis, du Dahomey (Bénin), ou la rue Nossi-Bé (Madagascar). Des jeunes s’en sont servis pour faire des collages sur les plaques qui portaient des noms problématiques », explique Michel Touzet, l’un des auteurs du guide.

    Source : Orient XXI – 17/04/2026 https://orientxxi.info/Marseille-Un-passe-colonial-omnipresent-mais-illisible

    France – Médias, politiques : la panique raciste

    Hyperfocalisation médiatique, soupçons de « sédition » et rappels à l’ordre officiels : les Français issus de l’immigration, devenus maires de grandes villes de la banlieue parisienne ou lyonnaise, subissent un déferlement politique et médiatique raciste qui tombe sous le coup de la loi.*

    Une émission présentée par Mathieu Magnaudeix, préparée avec Yunnes Abzouz et Laura Wojcik 

    • Yunnes Abzouz, journaliste à Mediapart ; 
    • Nassira El Moaddem, journaliste à « Arrêt sur images », autrice de Main basse sur la ville. Enquête au Blanc-Mesnil, territoire trahi de la République (éd. Stock, 2026) ; 
    • Bassi Konaté, maire de Sarcelles (Val-d’Oise) ; 
    • Ellen Salvi, responsable du pôle politique de Mediapart ; 
    • Julien Talpin, sociologue, chercheur en science politique, directeur de recherche au CNRS, auteur de La Colère des quartiers populaires. Enquête socio-historique à Roubaix (éd. PUF, 2024) et coauteur de La France, tu l’aimes, mais tu la quittes. Enquête sur la diaspora française musulmane (éd. Seuil, 2024). 

    Source : Médiapart – A l’air libre – 31/03/2026 https://www.mediapart.fr/journal/france/310326/ce-que-certains-ne-supportent-pas-cest-de-voir-des-noirs-et-des-arabes-gagner-une-ville-et-feter-une-victo

    *Intro modifiée. En effet, il ne s’agit pas de « Noirs » et d »Arabes », mais de Français, de Français issus de l’immigration puisque la précision s’impose ici. Je n’adhère pas à l’emploi du terme « racisé » en dehors du contexte auquel il appartient, à savoir la recherche en sciences sociales. Catherine Sicart, animatrice du site.