80 % des Algériens sont en totale rupture avec le système : un parlement illégitime ne peut garantir la continuité de l’État national – Farouk L. Benzaïm

Les résultats de participation au dernier scrutin législatif qui s’est tenu en Algérie le week-end dernier confirment ce que le rédacteur de l’article d’ »Algeria Watch » avait déjà souligné : un désintérêt total du peuple pour cet événement, et un rejet global du processus imposé par le pouvoir aux Algériennes et aux Algériens depuis le 12 décembre 2019.

Le Hirak à l’époque avait clairement exprimé sa revendication unique : un changement radical du système politique et des règles de gouvernance avant tout processus électoral.

Le taux de participation à ce dernier scrutin n’a pas dépassé 20 % des inscrits sur les listes électorales, et près d’un million de voix exprimées ont été annulées, ce qui indique que ce taux est le plus faible depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962.

Même si l’on se réfère aux taux de participation électorale annoncés par les autorités, souvent gonflés selon de nombreux observateurs, depuis le Hirak jusqu’à aujourd’hui, on constate une continuité du rejet populaire de ce scrutin, les Algériennes et les Algériens étant persuadés que les élections en Algérie ne sont ni un mécanisme de changement ni une source de légitimité pour construire quelconque contrat politique.

L’élection présidentielle de décembre 2019 a enregistré un taux de participation annoncé de 39 %. Le référendum pour la modification de la Constitution du 1er novembre 2020 a quant à lui enregistré une participation de 23,7 %. Le scrutin législatif de juin 2021 a été annoncé avec 30,20 %. Les autorités ont indiqué que la participation aux élections locales de fin 2021 était de 34 %, tandis que la participation à l’élection présidentielle de septembre 2024 n’a pas dépassé 24 %.

Le taux de participation au scrutin du 2 juillet 2026 confirme que l’esprit du Hirak est toujours vivant et que la société algérienne est convaincue, plus que jamais, que le changement total du système de gouvernance est le seul moyen pour que les élections retrouvent leur sens et que la politique revienne dans l’espace public, ce qui a été confirmé lors du dernier scrutin où tout était présent sauf la politique.

Le pouvoir attaque les appareils de parti pour justifier le rejet populaire massif de ses politiques

Le pouvoir n’a pas attendu l’annonce officielle des résultats préliminaires du scrutin du 2 juillet pour mobiliser ses relais médiatiques privés et publics, dans une campagne organisée contre les appareils de parti et leurs dirigeants afin de justifier l’absence des électeurs dans les bureaux de vote, à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

La campagne a commencé avec les quotidiens El KhabarLe Soir d’AlgérieEchorouk El Yawmi et El Watan. Les deux premiers quotidiens reçoivent chaque jour entre 5 et 6 pages publicitaires de l’Agence nationale de publicité depuis que Abdelmadjid Tebboune a pris la présidence de l’État. Quant au quotidien Echorouk El Yawmi, il reçoit entre 2 et 3 pages publicitaires quotidiennement, tandis que le troisième journal perçoit entre une page et demie et deux pages de publicité publique depuis le retour d’Omar Belhouchat à la gestion du journal en février 2026, sous l’impulsion personnelle d’Abdelmadjid Tebboune qui a un lien d’amitié personnelle avec lui, tout comme ils étaient liés par le scandale du groupe Khalifa à l’époque d’Abdelaziz Bouteflika.

Le journal El Khabar a attribué ce qu’il a appelé la responsabilité des partis pour le faible taux de participation au vote, qu’il a considéré comme « dû à une cause principale consistant en l’absence de véritable leadership partisan et l’implication de nombreux responsables des partis dans des détails secondaires, en rejetant la responsabilité de l’échec sur les institutions de l’État, parfois en parlant de fermeture et parfois de domestication, dans le but de justifier l’incapacité, de consacrer le statu quo et de maintenir le monopole des responsabilités au sein des cercles de privilèges », ce qui est un signe clair du début du processus de changement des directions des appareils partisans sous l’impulsion des appareils bureaucratiques et de sécurité du pouvoir. Quant au journal Le Soir d’Algérie, il a limité ce qu’il a appelé la faillite des partis politiques à l’échec politique au niveau du discours, qui ne mobilise plus l’opinion publique. Pendant ce temps, le journal Echourouk El Yawmi a essayé de faire croire à l’opinion publique que les électeurs ne boycottent pas les politiques du pouvoir, mais boycottent les partis politiques. Il est allé jusqu’à dire que le pouvoir ne s’est pas présenté pour assumer la responsabilité de l’abstention, et que l’augmentation du taux de participation incombe moralement, politiquement et socialement exclusivement aux partis.

Cette défense acharnée du pouvoir dans une tentative de cacher sa faillite, que même un aveugle peut voir, mais que le journal Omar Balhouchat ne voit pas. Le journal El-Watan a constaté qu’un taux de participation « révèle une vérité frappante : des élections annonçant la faillite des partis politiques traditionnels ».

La faillite de Tebboune et du système qu’il a imposé à El Mouradia en 2019 menace l’Algérie en tant qu’entité politique et juridique

La campagne médiatique des journaux privés s’est étendue à tous les médias publics, qui ont mobilisé des bataillons de leurs professeurs, journalistes et analystes pour témoigner de la propreté du scrutin et affirmer que les partis politiques sont responsables de l’abstention électorale. Le but de cette campagne organisée était de couvrir les échecs et la faillite du président Tebboune ainsi que du système politique et militaire qui l’a imposé au palais d’El Mouradia le 12 décembre 2019.

Cette campagne cache également de nombreux autres faits, à savoir que la faible participation est liée à l’absence de politique et à la pratique politique, ainsi qu’au lien confirmé entre ces partis et leurs dirigeants avec les différents organes du pouvoir et leurs réseaux. Elle cache aussi le fait que l’ensemble du processus électoral – de l’annonce de la candidature à l’annonce des résultats – est contrôlé par l’administration et la bureaucratie sécuritaire du pouvoir. Ce sont eux qui choisissent les députés et les candidats pour concurrencer les députés, et ce sont eux qui choisissent qui affronte ces députés de manière formelle. De plus, c’est le pouvoir qui ferme ou ouvre l’accès aux médias aux personnes de son choix.

Cette campagne de propagande est ancienne dans sa structure et nouvelle dans l’identité de ceux qu’elle défend. En effet, sous le régime de Bouteflika, les appareils de propagande médiatique faisaient exactement la même chose pour justifier l’abstention électorale. Le message était le suivant : les Algériens n’aiment pas les partis politiques et ne se soucient pas des élections législatives parce que le peuple aime le président et le respecte, car il fait tout pour eux, tandis que les partis, le gouvernement et les ministres ne suivent pas les instructions du président.

Aujourd’hui, ce scénario se renouvelle sous le régime de M. Tebboune avec les mêmes appareils médiatiques. La vérité est que le pouvoir politique, sous sa forme actuelle ou précédente, a créé ces partis, et ces partis dans le cadre d’une division du travail – bien qu’ils semblent différents dans leur discours – sont en réalité une partie du système de gouvernance que le Hirak a demandé à réformer, ce à quoi le pouvoir a répondu par le refus, la répression, la diffamation et des campagnes de propagande accusant de trahison et de collusion avec l’étranger.

De plus, la campagne propagandiste contre ces appareils partisans – qui font tous partie du système sans exception. Il est à souligner que le parti du Front des Forces Socialistes (FFS) est le dernier de ces partis à avoir été domestiqué et intégré – revêt un ensemble de contradictions. La médiocrité des médias et de la propagande n’a même pas réussi à construire un discours avec un minimum de substance. Alors, comment peut-on parler de partis politiques qui ont échoué ou dicrédités, et Abdelmadjid Tebboune parle d’une majorité présidentielle composée de ces mêmes partis ? Comment peut-on construire une majorité présidentielle composée de partis qui ont échoué et démonitisés sans que le président qui la dirige soit lui-même en situation d’échec et discrédité ? La seule vérité aujourd’hui, après le scrutin du 2 juillet 2026, est que l’esprit du Hirak est toujours présent, car ce mouvement populaire est un mouvement historique profond qui a porté un message clair que le chef d’état-major à l’époque n’a pas saisi, parce qu’ils ne possédait ni les outils de compréhension, ni les mains propres, ni l’indépendance de décision pour faire passer l’Algérie à une nouvelle ère et construire un autre paradigme pour l’exercice du pouvoir, un paradigme qui rompt avec la logique de la force et adopte la force de la logique, pour construire des ponts de consensus entre toutes les Algériennes et tous les Algériens.

Et la situation aujourd’hui est restée telle qu’elle est et la décomposition politique du système de gouvernance a atteint un point tel que la nation algérienne est en rupture totale avec tout le système de gouvernance, avec ses médias et ses structures partisanes et associatives.

Un parlement faible chargé de prolonger le mandat à un président encore plus faible… Alors, changement ou effondrement ?

Toutes les données disponibles jusqu’à présent confirment que le parlement actuel, dans ses deux chambres, sera chargé de trouver une formule pour assurer la continuité d’Abdelmadjid Tebboune au palais d’El Mouradia après la fin de son mandat en septembre 2029, soit en appliquant les dispositions transitoires prévues dans la dernière révision constitutionnelle que la présidence a qualifiée de technique, soit par une autre modification qui prolongerait le mandat présidentiel de cinq à sept ans pour diverses raisons, avec effet rétroactif afin que M. Tebboune reste au pouvoir jusqu’en septembre 2031, ou peut-être une révision constitutionnelle qui rouvrirait les mandats présidentiels pour le maintenir au pouvoir jusqu’en 2033, où il aurait 89 ans.

Peu importe les scénarios sur lesquels s’accorderaient le noyau dur et les réseaux du régime, la seule vérité est que le scrutin du 2 juillet a créé un parlement dépourvu de légitimité populaire, politiquement fragile, ce qui augmentera la fragilité du pouvoir et pourrait affaiblir l’État vis-à-vis de la communauté internationale, augmentant ainsi les risques pour la continuité de l’État dans un contexte international qu’on ne peut qualifier autrement que d’impitoyable envers les États faibles, et aucun pays ne peut sombrer que par la faiblesse de ses institutions constitutionnelles non représentatives du peuple.

Et le peuple algérien est conscient de ces défis, c’est pourquoi l’esprit du Hirak a envoyé un message fort, pacifique et silencieux le 2 juillet dernier, dont la substance était… le changement ou l’effondrement.

Farouk L. Benzaïm, Algeria-Watch

Source : Algeria-Watch – 08/07/2026 https://www.algeria-watch.info/80-des-algeriens-sont-en-totale-rupture-avec-le-systeme-un-parlement-illegitime-ne-peut-garantir-la-continuite-de-letat-national/

Albert Camus, d’une rive à l’autre – Murielle Compère-Demarcy

Vingt-deux auteurs sous la direction littéraire de Marie-Claude San Juan, avec une préface de Karim Akouche et une postface d’Hubert Ripoll, ont participé à cet ouvrage. 

Publié en 2026 après trois années de préparation, Albert Camus, d’une rive à l’autre rassemble vingt-deux auteurs autour d’une même question : que nous dit encore Camus aujourd’hui ? Plus de soixante ans après sa mort, son œuvre demeure une référence pour penser les crises identitaires, les conflits mémoriels et les fractures politiques contemporaines.

Comme l’explique Marie-Claude San Juan dans son Avant-Dire, Genèse et sens du livre, cet ouvrage est né d’un double constat : celui d’une fréquentation assidue de l’œuvre camusienne et celui d’un potentiel encore insuffisamment exploré dans ce qu’elle peut apporter aux débats contemporains. Des rencontres menées sur les deux rives de la Méditerranée ont progressivement fait émerger une évidence : Camus peut constituer un pont de fraternité entre des communautés que l’Histoire a souvent opposées. Son œuvre offre un cadre éthique permettant d’aborder des questions aussi sensibles que la colonisation, la décolonisation, l’identité, la culture, les traumatismes collectifs, les ressentiments hérités du passé ou les pièges des idéologies et des replis communautaires. Pour les Algériens comme pour les Français d’Algérie, souvent réunis par une même part d’« algérianité » et parfois par des expériences communes d’exil, notamment celles engendrées par la décennie noire, Camus apparaît comme un interlocuteur privilégié pour renouer le dialogue entre les mémoires.

Dans sa préface, Le juste milieu, le milieu juste, Karim Akouche présente Camus comme l’une de ces rares figures dont la présence intellectuelle survit à la disparition physique. Ses romans, ses essais, son théâtre et ses chroniques continuent d’accompagner ceux qui refusent les simplifications et cherchent à concilier justice, liberté et fidélité à l’humain.

L’originalité de l’ouvrage tient à la diversité de ses contributeurs, qui entretiennent avec Camus un rapport personnel autant qu’intellectuel. Tous reconnaissent en lui un homme partagé entre plusieurs appartenances, familier de l’exil géographique, culturel ou intérieur. Cette expérience du déchirement constitue le fil conducteur du livre.

Né en Algérie française, orphelin de père dès son plus jeune âge, Camus a vécu au croisement de plusieurs fidélités. Attaché à l’Algérie comme à la France, il fut constamment sommé de choisir entre deux mondes qu’il refusait d’opposer. Cette tension traverse toute son œuvre et éclaire certaines de ses ambiguïtés les plus commentées, qu’il s’agisse de la figure anonyme de « l’Arabe » dans L’Étranger ou de l’Oran à la fois réelle et symbolique de La Peste. Ces questions révèlent moins des contradictions que le drame historique d’une génération prise entre des récits nationaux concurrents.

Figure souvent controversée, Camus a été accusé aussi bien de complaisance envers le système colonial que d’hostilité à l’indépendance algérienne. Pourtant, son œuvre témoigne d’un attachement profond à la terre algérienne, tandis que ses reportages sur la misère en Kabylie dénoncent sans détour les injustices coloniales. Comme le rappelle Boualem Sansal dans l’exergue retenu par Marie-Claude San Juan, Camus demeure au cœur des contradictions franco-algériennes, dont il constitue une sorte de centre de gravité.

Écrivain profondément méditerranéen mais ouvert à toutes les traditions, Camus puise aussi bien chez les auteurs européens que chez les penseurs antiques, chrétiens ou orientaux. Son humanisme se caractérise par le refus des dogmes, des camps et des certitudes idéologiques. Pour lui, le doute, la mesure et la complexité sont des exigences morales.

Karim Akouche prolonge cette réflexion en imaginant ce qu’aurait pu devenir Camus après l’indépendance de l’Algérie. Aurait-il quitté le pays avec les rapatriés ou choisi d’y demeurer malgré l’hostilité du nouveau régime ? Aurait-il dénoncé les dérives autoritaires de l’Algérie indépendante tout en défendant les harkis, les pieds-noirs abandonnés et les victimes de toutes les exclusions ? L’auteur suggère qu’il aurait poursuivi ce difficile chemin de crête, refusant aussi bien les injustices du pouvoir que les enfermements identitaires, fidèle à sa vocation de conscience libre.

Dans cette évocation, Camus apparaît comme un « Ulysse du XXe siècle », naviguant entre les deux rives de la Méditerranée, porté par des fidélités contradictoires mais irréductibles. Cette image rejoint l’esprit même du projet porté par Marie-Claude San Juan : faire de Camus un passeur entre les mémoires, les cultures et les héritages, un point de rencontre plutôt qu’un objet de division. Elle résume aussi l’esprit de l’ouvrage : celui d’un écrivain inclassable, souvent incompris, dont la pensée demeure précieuse pour appréhender la complexité du monde contemporain.

Albert Camus, d’une rive à l’autre invite ainsi à explorer une œuvre qui ne fournit ni réponses définitives ni certitudes confortables, mais qui nous aide à interroger nos préjugés, à comprendre les mémoires blessées et à penser les identités dans toute leur complexité. En favorisant une lecture exigeante de Camus et une meilleure compréhension de la pluralité des vécus de part et d’autre de la Méditerranée, ce livre entend contribuer au dialogue nécessaire entre les rives. C’est sans doute la raison pour laquelle la voix de Camus continue de résonner avec une force singulière aujourd’hui.

Murielle Compère-Demarcy (MCDem.

« Albert Camus, d’une rive à l’autre »

Les contributeurs : Ismahan Aït Messaoud, Pascale Amara, Mona Azzam, Mohamed El Habib Bouchama, Jean-Claude Bourdet, Jibril Daho, Tarik Djerroud, Marie-Paule Farina, Michel Filippi, Kamal Guerroua, Nicole Guiraud, Mona Guyot, Mehdi Hamdi, Mhamed Hassani, Djilali Kadid, Kacem Madani, Hanen Marouani, Catherine May Atlani, Jean-Pierre Ryf, Marie-Claude San Juan, Paul Souleyre, Jean-Claude Xuereb.

Source : Le Matin d’Algérie – 01/06/2026 https://lematindalgerie.com/albert-camus-dune-rive-a-lautre/

Editions Unicité : https://www.editions-unicite.fr/auteurs/Marie-Claude-San-Juan-et-collectf/albert-camus-d-une-rive-a-l-autre/index.php

Lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie : la CNCDH publie son rapport 2025

Face à un climat de polarisation, l’adhésion des citoyens français aux valeurs de tolérance montre une résilience remarquable. Le rapport annuel de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH) dresse un bilan de l’année 2025, marqué par une hausse des actes de haine sur le terrain.

Un indice de tolérance élevé et stable

Malgré la diffusion de discours de défiance, l’Indice longitudinal de tolérance se stabilise à 64/100, un score identique à celui de 2024 et proche de son record historique. Cette dynamique est portée par des facteurs structurels (élévation du niveau de diplôme, renouvellement générationnel), les jeunes générations affichant jusqu’à 25 points de tolérance en plus que leurs aînés sur certains sujets. 

Cependant, des préjugés spécifiques restent ancrés. 64 % des Français perçoivent toujours les Roms comme « un groupe à part », tandis que 59 % partagent l’idée que de nombreux immigrés viennent uniquement pour profiter de la protection sociale. Enfin, 35 % estiment encore que les personnes juives ont un rapport particulier à l’argent (un chiffre qui grimpe à 48 % chez les plus de 70 ans). 

Des infractions en hausse et un enjeu de sous-déclaration

Les services de l’État font état d’une recrudescence des actes de haine sur le terrain. Le ministère de l’Intérieur comptabilise 9 737 crimes et délits racistes ou antireligieux (+5 % par rapport à 2024), avec un bond de 11 % des atteintes physiques. De son côté, la Direction nationale du renseignement territorial (DNRT) enregistre 3 289 faits, marqués par des réalités diverses : 

  • Faits antisémites : 1 320 actes recensés (en baisse de 16 %, mais constitués à 67 % d’atteintes directes aux personnes). 
  • Faits antimusulmans : une hausse spectaculaire de +88 % (326 faits). 
  • Faits altérophobes (autres racismes) : en progression de +17 % (1 643 faits). 

Cette réalité officielle cache un immense phénomène de sous-déclaration. On estime à 1,2 million le nombre de victimes annuelles en France, mais 97 % d’entre elles ne portent pas plainte, souvent par manque de confiance dans l’institution judiciaire (qui n’a prononcé que 1 907 condamnations en 2024 pour plus de 10 000 affaires traitées). 

La fabrication du préjugé dès l’enfance

Pour son coup de projecteur 2025, la CNCDH s’inquiète de la hausse des signalements en milieu scolaire, avec 3 851 actes racistes et antisémites recensés dans les établissements du second degré. 

Le rapport rappelle que les préjugés se construisent dès le plus jeune âge, sous l’influence de l’environnement social. La Commission pointe notamment le manque de mixité dans la littérature jeunesse, l’uniformité des représentations dans les jouets, la viralité des algorithmes sur les réseaux sociaux et l’exposition précoce à des contenus dégradants en ligne. 

Des pouvoirs publics moins engagés 

Face à l’insuffisance des résultats des plans nationaux successifs, la CNCDH souligne qu’enrayer la progression des faits racistes, antisémites et xénophobes exige désormais une volonté politique ferme, pérenne et coordonnée à tous les échelons de l’État et des collectivités publiques. 

Le rapport, les Essentiels et les contributions sont disponibles sur le site Internet de la CNCDH https://www.cncdh.fr/actualite/lutte-contre-le-racisme-lantisemitisme-et-la-xenophobie-la-cncdh-publie-son-rapport-2025

Entre la France et l’Algérie, l’insoluble tension – Omar Brouksy

Lundi 29 juin marque la première année d’emprisonnement du journaliste Christophe Gleizes en Algérie. Une incarcération qui symbolise la crise qui s’est installée entre Paris et Alger, dont les relations sont ballotées entre réalisme diplomatique et pesanteurs historiques et politiques, voire électoralistes.

La vitesse de croisière ne sera pas atteinte demain. Près de cinq mois après la visite du ministre de l’intérieur français, Laurent Nuñez, à Alger, annoncée à l’époque comme le début de la fin de l’une des crises les plus profondes des relations franco-algériennes, les signes d’un retour à la normalité ne sont toujours pas là. Il flotte encore dans le ciel diplomatique des deux pays un air plutôt froid, où la tension semble toujours l’emporter sur une véritable décrispation. Pourquoi ça piétine ?

« Poser cette question, c’est mal connaître la spécificité de ces relations », lance, dépité, un diplomate français à la retraite pour décrire le lent, trop lent réchauffement entre l’Algérie et la France. « Avec le Maroc, soit c’est noir soit c’est blanc. Quand ça redémarre après une crise, ça redémarre vite et fort. Mais avec l’Algérie, le gris est toujours là. Il faut chaque fois laisser du temps au temps, beaucoup de temps au temps », enchaîne-t-il.

Les rapports entre Paris et Alger ont subi récemment un tremblement de terre qui a failli les conduire à la rupture diplomatique, au lendemain de la reconnaissance par le président Emmanuel Macron, en octobre 2024, de la souveraineté du royaume sur le Sahara occidental, devant des député·es marocain·es applaudissant à tout rompre.

Ce cadeau de l’Élysée à Rabat a de nouveau libéré une série de refoulements que la diplomatie franco-algérienne n’avait cessé, jusque-là, de mettre sous le tapis : l’héritage mémoriel et colonial, le dossier migratoire et, notamment, l’épineuse question des obligations de quitter le territoire français (OQTF).

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© Mediapart avec photos Ludovic Marin et Thibaud Moritz / AFP

Avec, en toile de fond, le sort du journaliste de sport français Christophe Gleizes, emprisonné depuis un an tout juste en Algérie malgré de nombreux appels à sa libération.

Lundi 29 juin, Thibaut Bruttin, le directeur général de Reporters sans frontières (RSF), a déploré que la Coupe du monde de la Fifa « se joue avec une chaise vide à son nom dans la tribune de presse, son accréditation officielle rappelle que sa place est dans les stades, parmi les journalistes qui couvrent l’événement, et non dans une cellule ».

Sa famille espère une libération alors que le journaliste s’est désisté de son pourvoi en cassation mi-mars 2026, dans l’espoir d’une grâce présidentielle. 

Elle s’accroche aussi au changement de ton entre la France et l’Algérie, moins de deux ans après le déclenchement de la crise. Ces temps-ci, le discours du compromis renaît de ses cendres et semble même avoir pris le dessus sur celui de la tension. En témoigne une véritable effervescence politico-diplomatique entre les deux pays.

Ballet diplomatique et politique

Outre la visite de Laurent Nuñez en février 2026, la ministre déléguée aux armées française, Alice Rufo, a participé à Sétif, le 8 mai, aux commémorations des massacres perpétrés quatre-vingt-un ans plus tôt, jour de la capitulation de l’Allemagne nazie, par l’armée coloniale à Sétif, Guelma et Kherrata. Une première historique pour un membre du gouvernement français. 

Dix jours plus tard, c’est le ministre de la justice, Gérald Darmanin, qui effectuait une visite officielle au palais d’El-Mouradia, le siège de la présidence algérienne, où il a été reçu en audience par le président, Abdelmadjid Tebboune. Les discussions auraient porté sur « l’entraide pénale, l’extradition de fugitifs et les mécanismes juridiques pour fluidifier les relations administratives entre les deux nations », précisent les sources officielles.

De l’autre côté, plus récemment, Alger a dépêché, le 1er juin, son ministre de l’intérieur, Saïd Sayoud, à Paris, où il a rencontré son homologue français mais également le président Emmanuel Macron.

À ce ballet diplomatique et politique, parsemé de phrases provocatrices et d’appels du pied, s’ajoutent les visites répétées de Ségolène Royal, coiffée d’une casquette moins politique qu’associative, en tant que présidente de l’Association France Algérie. Après avoir été reçue par Abdelmadjid Tebboune, elle s’est rendue à la prison de Koléa, à l’ouest d’Alger, pour y rencontrer Christophe Gleizes.

Même le président Emmanuel Macron s’y est mis. Lors d’un déplacement dans un hôpital de l’Ariège, le 27 avril, où il a dénoncé les conditions sociales et professionnelles des médecins diplômé·es à l’étranger (38,8 % des inscrit·es au tableau de l’ordre des médecins ont été diplômé·es en Algérie), le chef de l’État a même traité de « mabouls » celles et ceux qui veulent « se fâcher » avec l’Algérie.

La flèche visait directement l’ancien ministre de l’intérieur Bruno Retailleau, qui réagira quasi instantanément par voie de communiqué : « Affronter les vrais problèmes, avoir le courage de la fermeté, pour que les Français soient protégés et la France respectée : c’est cela le rôle d’un président de la République. » 

Pour autant, le réchauffement auquel cette dynamique politique et diplomatique aurait pu aboutir a encore du mal à s’installer de manière systémique. « La relation sécuritaire a repris. Les relations économiques ont repris. Les exécutifs collaborent de nouveau. Les pourparlers continuent. Mais une tension difficile à décrypter subsiste encore », constate la politologue Khadija Mohsen-Finan.

L’explication ? « Elle est à chercher au niveau des deux classes politiques, française et algérienne, poursuit-elle. On est dans une période préélectorale : présidentielle en France et législative en Algérie [début juillet – ndlr]. Les esprits s’échauffent et les thèmes mobilisateurs prospèrent. »

« La confiance est rompue »

Flanqué de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, le candidat Les Républicains (LR) à la présidentielle 2027, Bruno Retailleau, a lancé sa campagne le 20 juin au parc Floral de Paris. Le discours hostile au régime algérien y est présent et il est relayé par Sansal.

Annonçant qu’il voterait « très probablement » pour l’ancien ministre de l’intérieur, l’auteur de La Légende (Grasset, 2026) dira lors de ce meeting que, lorsqu’il était « incarcéré [en Algérie, de novembre 2024 à novembre 2025 – ndlr], il y a un nom qui est entré en prison, qui est devenu immédiatement célèbre. Il est devenu même le héros de la prison où [il] étai[t] et de toutes les prisons algériennes. Il s’appelait Bruno Retailleau […], il combattait le régime [algérien] ».

Du côté d’Alger, à quelques jours des élections législatives, c’est le récit nationaliste, avec un fond mémoriel érigé en véritable thématique mobilisatrice, qui alimente les discours préélectoraux.

Diplomate chevronné et ancien ministre de la communication, Abdelaziz Rahabi est une figure incontournable du paysage politique algérien. Dans un entretien à France 24 donné le 12 juin, il estime que le président Macron a « fragmenté » la question mémorielle « en donnant un coup pour les harkis [ces supplétifs musulmans de l’armée française en Algérie – ndlr], un coup pour la mémoire et en n’abordant pas la question dans son aspect global ».

Le lien est vite établi avec le voisin de l’Ouest par le biais de l’insoluble dossier du Sahara occidental. Pour le diplomate algérien, la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté du Maroc sur ce territoire « a été au-delà de ce que tout le monde demande » : « Je pense qu’il a été même au-delà de ce que demandaient les Marocains. […] Cette position est contraire aux intérêts diplomatiques de l’Algérie. » Et de conclure : « La confiance est rompue entre les deux chefs d’État sur cette question. »

Jusqu’où cette logique qui se déploie d’une rive à l’autre de la Méditerranée, entre éclaircies et une tension qui ne dit pas son nom, va-t-elle continuer de peser sur la diplomatie des deux pays ?

Aucune autre formule ne résume mieux que cette phrase, prononcée en 1974 par l’ancien président algérien Houari Boumédiène (1932-1978), la spécificité des rapports franco-algériens : « Les relations entre la France et l’Algérie peuvent être bonnes ou mauvaises, en aucun cas elles ne peuvent être banales. » 

Omar Brouksy

Source : Médiapart – 29/06/2026 https://www.mediapart.fr/journal/international/290626/entre-la-france-et-l-algerie-l-insoluble-tension

Ouverture de ManYaya, librairie antiraciste en ligne

La librairie antiraciste rassemble des livres engagés, des ressources pédagogiques et des ouvrages spécialisés pour explorer le racisme systémique, l’histoire coloniale, les études postcoloniales et les luttes contre les discriminations. Elle propose une sélection complète d’essais, de romans, de livres jeunesse, de témoignages et d’analyses approfondies pour comprendre les réalités du racisme et les transformations sociales à l’œuvre. Son objectif est de mettre à disposition un espace fiable et documenté pour toutes celles et ceux qui souhaitent s’informer, étudier ou approfondir les enjeux antiracistes.

https://manyaya-librairie.fr

« Houaria », voix algériennes de la décennie noire – Richard Jacquemond

D’abord frappé d’une polémique qui aurait pu l’enterrer, Houaria, roman au réalisme cru dans l’Oran des années 1990, est ravivé par sa traduction en français. Et donne à connaître une écrivaine d’emblée majeure, Inam Bioud.

Houaria, Inam Bioud
Traduit de l’arabe (Algérie) par Lotfi Nia Barzakh (Alger)/ Philippe Rey (Paris), 2026
225 pages
20 euros/ Version numérique : 13,99€

http://www.philippe-rey.fr/livre-Houaria-677-1-1-0-1.html

Inam Bioud sera présente le 28 juin 2026 au festival Maghreb des livres qui se déroule du 27 au 28 juin à l’Hôtel de Ville de Paris (3 rue de Lobau, 75004 Paris) – Dédicace de 13h45 à 14h30 – Entretien avec Yassine Khiri à partir de 14h30 (Estrade)

« “Tu sais que tu ressembles à Nadia Lutfi dans Les Péchés  ?” Mais, dévisageant les contours de son corps, il rectifie presque aussitôt : “Non, non, plutôt à Hind Rostom dans Tempête sur le Nil.” Elle ne connaît aucune des deux actrices, mais ça n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est qu’il la trouve belle. » C’est ainsi campée en Brigitte Bardot égyptienne que Houaria fait son entrée physique dans le roman qui porte son nom.

Il est le dernier opus de la collection Khamsa créée en 2023 par les éditions Philippe Rey, Paris, et Barzakh, Alger, consacrée à la littérature maghrébine de langue arabe1. Et le deuxième roman d’Inam Bioud, figure de la vie intellectuelle algérienne. Née à Damas en 1953 d’un père syrien et d’une mère algérienne, Inam Bioud a mené une carrière de traductrice et interprète de conférences. Elle dirige depuis sa création en 2003 l’Institut supérieur arabe de traduction (ISAT, Alger), une institution rattachée à la Ligue arabe. Son premier roman, Assamak la yubali, (« Les poissons s’en fichent »), publié en 2004 par les éditions Al-Ikhtilaf, faisait une entrée remarquée dans le milieu de l’édition arabophone, et était salué du prix algérien Malek-Haddad.

Quand Houaria, publié en 2023 en Algérie par les éditions Mim, reçoit un an plus tard le prix Assia-Djebar du roman, la polémique éclate, émanant de députés islamistes choqués par sa liberté de ton. La violente campagne contre l’écrivaine et sa maison d’édition, qui s’étendra aux réseaux, s’éteindra d’elle-même, pendant que le roman poursuivra son chemin, et passera les frontières.

Roman choral

Houaria, le personnage qui donne son titre à l’ouvrage, est aussi celui qui ouvre ce roman polyphonique dont chaque chapitre porte le nom d’un des personnages. Le récit est tantôt porté par un personnage, tantôt par un narrateur omniscient. On découvre ainsi Houaria à l’hôpital universitaire d’Oran où elle reprend conscience après une soirée dans un cabaret de la ville où Hicham, son petit ami, a été égorgé. Le lecteur comprend dès lors qu’on se trouve dans les années 1990, la « décennie noire ». Aucune indication temporelle n’émaille le roman qui nous emmène tantôt des années avant, tantôt des années après le tragique événement. Le lieu, en revanche, reste le même : Oran, et plus précisément le quartier populaire d’Eckmühl – « Nous, on prononce Le-Kmin », précise Houaria –, dans le sud-ouest de la ville, qui conserve encore le nom de cette bataille napoléonienne oubliée.

Hommes et femmes, islamistes ou communistes, riches ou pauvres, tous semblent écrasés par l’histoire de l’Algérie contemporaine.

Autour de Houaria, « spectre avec un don de prescience », jeune fille fragile brimée par son entourage et voyante habitée par ses « hôtes », Inam Bioud tisse une galerie de personnages dans ce quartier, microsociété précarisée et paupérisée où la plupart survivent d’activités plus ou moins légales et de trafics. Il y a d’abord son frère Houari, une petite frappe qui aime autant les chevaux qu’il déteste les femmes. Il surnomme sa sœur « El Moussiba », la Calamité, et n’a épousé sa femme, Hadia, que pour la prostituer… Hadia est la version oranaise de la cagole marseillaise, aussi libre de son corps que de son langage. Elle est follement amoureuse du médecin, Hachemi, qui lui préfère sa maîtresse « régulière », une collègue de l’hôpital. Il y a aussi la mère de Hadia, El-Hadja Hadjira, qui vit de la commercialisation de robes de mariée et d’accessoires divers qu’elle va acheter à Damas, et son associée en affaires Habira, par ailleurs tenancière d’un bordel local. Hana, une voisine de Houaria, mariée à un homme riche, mais qui depuis son divorce doit travailler comme couturière. Et Heba, l’étudiante en anthropologie amoureuse de Hani, le frère de Hicham…

Au fil des chapitres, l’autrice dévoile les liens qui unissent tous ces personnages. Hommes et femmes, islamistes ou communistes, riches ou pauvres, toutes et tous semblent écrasés par un destin qui conduira les uns à l’émigration, les autres à la mort ou à la déchéance. Ce destin n’est en rien dû à l’intervention divine, mais tout aux aléas de l’histoire de l’Algérie contemporaine. Rien de didactique cependant dans le récit d’Inam Bioud, aucune leçon d’histoire ou de morale. Ou plutôt, une leçon d’anthropologie dans cette comédie humaine oranaise saisissante de réalisme.

Débarrasser la littérature de la morale

C’est bien cela qui a choqué les contempteurs du roman, en vertu du même schéma que l’on retrouve dans chaque polémique de ce type en contexte arabe. Adab, en arabe, signifie à la fois littérature et politesse ; aux yeux des élites bien-pensantes, la bonne littérature (adab) est celle qui respecte les bonnes manières (adab), faute de quoi elle n’est, en vertu du jeu de mots convenu, que qillet adab, impolitesse et grossièreté. Pour une bonne part, toute l’histoire de la littérature arabe moderne est celle d’une lutte pour déconnecter les deux sens du mot adab. Dans cette lutte, les femmes de lettres sont soumises à une contrainte sociale plus forte que leurs pairs de sexe masculin, et le fait que Houaria soit écrit par une femme et mette en scène des femmes qui, par choix ou par contrainte, transgressent la morale dominante, n’est certainement pas pour rien dans la polémique à laquelle a donné lieu le roman.

Restituer cette variété des registres de langues est l’un des défis les plus difficiles à relever pour le traducteur.

Houaria tire justement sa force du talent d’Inam Bioud à utiliser les niveaux de langue les plus variés, à passer d’un lyrisme empreint de poésie à une narration réaliste classique, puis à des dialogues crus restitués en parler oranais et expliqués, pour les plus vernaculaires, par des notes de bas de page.

Restituer cette variété des registres de langues est l’un des défis les plus difficiles à relever pour le traducteur, et Lotfi Nia, jongleur d’alphabets, y parvient admirablement : en usant des différents registres de langue du français, en translittérant en caractères latins des mots arabes, dont il donne ensuite une traduction littérale. Il a également décidé de conserver à un endroit une tournure d’origine, en caractères arabes, en l’occurrence, un extrait de chanson, cru, comme il se doit avec le raï – après tout, puisque les auteurs arabes transcrivent parfois les mots étrangers en caractères latins, pourquoi ne pas faire l’inverse ?

Oublier Kamel Daoud

Au-delà de la fresque réaliste, Houaria multiplie les références symboliques et les messages codés, de sorte qu’une fois le roman achevé, on a envie de le reprendre du début pour comprendre ce qui ne s’est pas dévoilé à la première lecture. Pourquoi tous ces prénoms qui commencent par la même lettre arabe, le « ه » ? Pourquoi Houari/Houaria, Hani/Hana ? Sidi El-Houari est le saint patron d’Oran ; c’est aussi le prénom du président Boumediène2. Le Houari du roman en est le personnage le plus noir, tandis que la clé du personnage de Houaria se trouve dans le chapitre intitulé « Ha ! », son surnom. « Par une sorte d’ironie du sort, “Ha” est une inversion de “Ah”, l’onomatopée qui imite le soupir en arabe et qu’on utilise pour signifier que quelqu’un ou quelque chose vous manque. »

En dépit de leur proximité sémantique, tout oppose « Houaria » et « Houris ». Principalement : l’endroit où se situent leurs auteurs respectifs.

En dépit de la proximité de leurs titres en français, il n’y a aucun rapport entre Houaria et Houris, le roman qui a valu à Kamel Daoud le prix Goncourt 2024 – jusqu’aux deux « H », qui correspondent à deux lettres arabes différentes. En même temps, on ne peut pas ne pas opérer de rapprochement : voilà deux romans parus à quelques mois d’intervalle, qui se passent tous deux à Oran et évoquent, l’un directement, l’autre de manière plus oblique, la guerre civile des années 1990. Mais là où Daoud, porte-parole autoproclamé de la femme-algérienne-victime-de-l’islam-machiste, aligne les poncifs et les stéréotypes orientalisants, Bioud multiplie les questions plutôt que les réponses et nous rappelle que, comme l’a écrit leur jeune pair Lamine Ammar-Khodja dans un texte très juste, « aucune réalité ne se laisse appréhender uniquement à travers ce que laisse filtrer la lumière3 ».

Elle amène ce faisant à interroger le parcours de Houaria, héroïne écrasée par les hommes et par l’histoire, mais qui trouvera une forme de salut dans le don de voyance qu’elle exerce, auprès d’une clientèle essentiellement féminine, depuis le sanctuaire de Sidi Youcef, pendant romanesque du Sidi El-Houari d’Oran.

NOTES

  1. Ont précédemment paru dans cette collection le recueil de nouvelles de Salah Badis Des choses qui arrivent, le roman d’Aymen Daboussi Les Carnets d’El-Razi (tous deux traduits par Lotfi Nia, 2023) et le roman multiprimé d’Amira Ghenim Le Désastre de la maison des notables (traduit par Souad Labbize, 2024).
  2. Houari Boumediène (1932-1978), de son vrai nom Mohamed Boukherouba, président de la République de 1965 à 1978.
  3. «  La littérature, l’Algérie, la politique, la France  », En attendant Nadeau, n°244, 19 mai 2026.

Source : Orient XXI – 26/06/2026 https://orientxxi.info/Houaria-voix-algeriennes-de-la-decennie-noire

Algérie : l’implosion silencieuse d’un État confisqué – Chabane Oussaid

Le silence n’est pas toujours paix. Parfois, il est le premier souffle d’une tempête qui s’apprête à dévaster les fondations d’un État. Ce silence, aujourd’hui, résonne dans les rues désertées des meetings, dans les salles de rédaction vidées d’analyse, dans les bouches des candidats qui parlent sans dire, et surtout dans les yeux des citoyens qui écoutent sans croire.

À l’approche des élections législatives du 2 juillet 2026, ce silence n’est pas un intermède : c’est un diagnostic. Un diagnostic d’implosion lente, silencieuse, systématique , celle d’un pays qui, en étouffant le débat, détruit progressivement son propre socle politique.

Cette médiocrité qui s’impose dans le discours électoral n’est pas un défaut de style, ni une simple carence de talent oratoire. Elle est la cicatrice visible d’une amputation plus profonde : celle de la politique elle-même. Le vide des slogans, la fuite devant les enjeux constitutionnels, la sidération face à la question de la justice indépendante ou de la séparation des pouvoirs, tout cela n’est pas l’expression d’un manque d’idées, mais la conséquence d’un délestage délibéré : on a retiré à la politique son cœur battant, la confrontation des visions, la tension des idées, la souveraineté du doute. Ce n’est pas l’absence de politique qui frappe ; c’est sa dépossession, son évacuation progressive de l’espace public, comme un fleuve dont on détournait les eaux pour assécher le lit.

Le Hirak, ce mouvement sans chef ni parti, fut une révolte contre cette sécheresse. Il ne demandait pas seulement un changement de gouvernants : il réclamait la réintégration du peuple dans le récit national, la restitution du droit à penser le pays. Pendant des mois, l’Algérie a été un immense atelier de citoyenneté, où les jeunes débattaient de la séparation des pouvoirs sur les trottoirs, où les femmes réécrivaient la souveraineté dans les chants, où les retraités, les étudiants, les ouvriers formaient une chaîne de réflexion collective. Ce n’était pas un soulèvement contre un homme ou un clan : c’était une reconquête du temps politique, un retour à l’idée que le destin d’un pays ne se décide pas dans l’ombre des bureaux, mais sous le soleil de la place publique.

Face à cette irruption de la conscience, le pouvoir n’a pas seulement réagi, il a réorganisé le champ du possible. La répression fut le premier outil, mais non le seul. Car la peur, si efficace soit-elle, ne suffit pas à faire disparaître une idée : elle ne la rend que plus sourde, plus tenace.

Ce qui fut plus redoutable, c’est la normalisation du vide. On a lentement désarmé les partis, non par la force brute, mais par l’absorption : en les invitant à la table du système, on leur a retiré la raison d’être, celle de contester, de proposer, de représenter autre chose. Le FFS, jadis symbole du boycott comme acte de dignité républicaine, ne condamne plus aujourd’hui les élections pour leur illégitimité, il les défend contre ceux qui osent encore les refuser. Ce renversement n’est pas une évolution idéologique : c’est une défaillance du langage politique, un symptôme de domestication où la critique se mue en caution, et la résistance en cautionnement.

Et dans ce paysage appauvri, le citoyen ne brille pas par sa force, mais par sa résistance au nivellement. Son maintien d’un discours exigeant, sur la transition, sur la rupture avec le système, sur la primauté du droit, n’est pas un acte de provocation, mais un acte de mémoire. Il rappelle que la politique n’est pas une affaire de gestion, mais de fondation ; qu’elle ne se mesure pas à la capacité d’obtenir un siège, mais à la capacité de poser les bonnes questions, celles qui dérangent le pouvoir, qui inquiètent les confortables, qui réveillent les endormis.

Or, ce qui se joue aujourd’hui, dans la campagne électorale, n’est pas une simple alternance de représentants. C’est la légitimité même du processus. Lorsque les enjeux structurels, la nature du régime, l’indépendance de la justice, la réforme de la Constitution, la place de l’armée dans la vie politique, sont évacués du débat, l’élection cesse d’être un moment de choix pour devenir une cérémonie de ratification. Et la ratification sans débat n’est pas démocratie : c’est rituel. Le désintérêt populaire, l’abstention massive, le scepticisme généralisé ne sont pas des signes de désengagement, ils sont les symptômes d’un rejet conscient : celui d’un système qui propose des choix sans alternatives, des candidats sans projets, des élections sans enjeux.

La médiocrité, donc, n’est pas un accident. Elle est un produit. Un produit d’un système qui, pour se perpétuer, doit désapprendre au peuple à penser politiquement. Car un citoyen qui pense, qui lit entre les lignes, qui compare les programmes, qui exige des comptes, est un citoyen qui dérange.

Un citoyen dépolitisé, en revanche, est un citoyen qui vote sans croire, qui s’abstient sans colère, qui critique sans projet, qui résiste sans stratégie. Il est un citoyen délesté , de sa mémoire, de son imagination, de son droit à l’avenir.

Et c’est là que réside le péril le plus profond : non pas dans la violence ou la révolte, mais dans cette implosion silencieuse, où l’État conserve ses formes, ses institutions, ses élections, ses discours, tout en perdant leur substance. Une démocratie sans débat est une coquille vide. Une souveraineté sans expression est une fiction juridique. Une citoyenneté sans exercice est une abstraction.

Le véritable danger pour l’Algérie ne réside pas dans la possibilité d’un nouveau Hirak. Il réside dans l’illusion que la stabilité peut se construire sur le silence. Car le silence ne dure jamais éternellement. Il se transforme, tôt ou tard, en murmure, puis en cri, puis en tremblement. Et lorsqu’un peuple reprend la parole après des années de mutisme, ce n’est pas pour reprendre là où il s’était tu. C’est pour recommencer, plus fort, plus exigeant, plus conscient.

La dépolitisation n’est pas une fin : c’est une pause forcée. Et toute pause, dans l’histoire, prépare un saut. Le pays ne court pas le risque de s’effondrer sous le poids de la contestation. Il court le risque bien plus grave de s’effriter, grain à grain, sous le poids du vide, jusqu’au jour où, soudain, plus rien ne tient et c’est l’implosion.

Depuis 60 ans, les cartes géopolitiques se sont redessinées, les alliances se sont recomposées, les puissances se sont succédé, mais l’Algérie, elle, continue de se heurter à un adversaire qui ne figure sur aucune frontière, ne signe aucun traité, ne porte aucun uniforme étranger : une entité sans nom officiel, sans statut constitutionnel, sans mandat populaire, et pourtant omniprésente, la « mafia auto-proclamée par la force », comme l’a formulé, avec une lucidité implacable, un observateur aigu de la scène nationale. Ce n’est pas un État étranger qui bloque le destin algérien, ni une puissance extérieure qui en détourne la trajectoire : c’est une configuration interne, une logique de pouvoir qui s’est installée non par le suffrage, mais par la permanence ; non par la légitimité, mais par l’habitude ; non par la transparence, mais par l’opacité.

Cette « mafia » ne se résume pas à des individus, mais à un système : un réseau de décisions prises dans l’ombre des institutions, une économie parallèle qui s’alimente aux ressources publiques, une justice instrumentalisée, une presse contrainte à la retenue ou à la complicité, et une société civile maintenue dans un état de vigilance chronique, non contre un ennemi extérieur, mais contre la dérive de ses propres rouages. Elle ne parle pas la langue du droit, mais celle de l’arbitraire ; elle ne se justifie pas par des idées, mais par des réseaux ; elle ne se défend pas par des arguments, mais par des silences convenus. Elle est, en un sens, la personnification d’un paradoxe algérien : un État fort sur le papier, mais fragile dans sa substance ; une république fondée sur la souveraineté populaire, mais gouvernée par une souveraineté discrète, non élue, non contrôlée.

Il est temps de cesser de déplacer le regard vers l’extérieur, vers les pressions françaises, les tensions marocaines, les ingérences israéliennes ou les calculs américains, car ces réalités, bien réelles, ne constituent pas le frein principal à l’émancipation nationale. Ce frein, il est endogène. Il réside dans la persistance d’un pouvoir qui s’est érigé en destin lui-même, comme si l’histoire algérienne devait s’arrêter là où commence sa propre consolidation. Ce n’est pas la géographie qui enferme l’Algérie, c’est la géologie du pouvoir : des strates successives de contrôle, de clientélisme, de confiscation symbolique et matérielle de la chose publique. Chaque réforme avortée, chaque promesse de transition non tenue, chaque élection entachée de doutes, chaque voix dissidente étouffée, tout cela n’est pas l’effet d’un complot étranger, mais la manifestation d’un ordre intérieur qui refuse de se soumettre à la règle qu’il prétend incarner.

Conclure, ici, ne signifie pas proposer une solution miracle, mais poser une exigence : que l’Algérie cesse de chercher ses démons à l’horizon étranger, pour les reconnaître dans le miroir de ses propres institutions. Car tant qu’un pouvoir pourra se dire « suprême » sans être soumis à la souveraineté réelle du peuple, tant qu’il pourra décider de l’avenir sans en rendre compte, nommer sans consulter, punir sans juger, enrichir sans rendre, l’indépendance restera une date sur un calendrier, non une condition vécue.

Le véritable acte de libération ne commence pas à la frontière, mais au cœur même de l’État : là où le droit reprend ses droits, où la loi cesse d’être un outil et redevient une boussole, et où le destin d’un pays cesse d’être décrété, pour être enfin choisi.

Chabane Oussaid

Source : Le Matin d’Algérie – 24/06/2026 https://lematindalgerie.com/algerie-limplosion-silencieuse-dun-etat-confisque/#goog_rewarded

Speed dating franco-algérien du court-métrage en Cévennes – 24, 25, 26/09/2026

Saint-Jean-du-Gard24, 25 et 26 septembre 2026

Festival de courts-métrages algériens produits en Algérie par des Algériens

3 jours – 6 prix – 24 court-métrages projetés

Projections hors les murs pour les lauréats

Un speed dating avec des producteurs et distributeurs ainsi que des masterclass’ et tables rondes auront lieu pendant le festival

https://ys-festival.fr/

Législatives du 2 juillet 2026 en Algérie. La mise en scène électorale ! – Karim Medjani

Dans l’Algérie post-Hirak, le vote est un carnaval et l’abstention n’est plus un simple symptôme : elle est devenue un verdict silencieux, massif et obstiné d’une population qui assiste au spectacle millimétré organisé par le régime.

À lire les éléments de langage des candidats et des institutions, on croirait que le problème est technique — pédagogie électorale insuffisante, communication à améliorer, dispositifs de transparence à renforcer. Mais cette lecture relève moins de l’analyse que du déni. La réalité est plus cruelle.

Car enfin, de quoi parle-t-on réellement ? D’un électorat supposément « désabusé », comme si la lassitude civique était une humeur passagère, un caprice collectif. Or l’abstention persistante en Algérie est tout sauf irrationnelle. Elle est, au contraire, une forme de rationalité politique négative : le refus de participer à un jeu dont les règles, les résultats et les marges d’influence sont perçus comme verrouillés.

Les partis traditionnels — FLN, RND et consorts — continuent de faire campagne comme si le pays n’avait pas traversé une séquence historique majeure entre 2019 et aujourd’hui. Ils invoquent la stabilité comme on récite un mantra usé, sans voir que ce mot, jadis mobilisateur, sonne désormais comme une injonction à l’immobilisme. Quant aux formations dites renouvelées, elles peinent à incarner autre chose qu’un rajeunissement de façade, sans rupture programmatique ni imagination politique.

Plus révélateur encore est le déplacement du débat vers la « transparence » du processus électoral. Certes, les garanties techniques ont leur importance. Mais elles servent ici de paravent commode : on feint de croire que la crise est procédurale, alors qu’elle est profondément politique. Les électeurs ne désertent pas les urnes parce qu’ils doutent du dépouillement ; ils s’en éloignent parce qu’ils doutent du pouvoir réel des élus.

Dans ce contexte, le retour de certaines forces d’opposition dans ce que certains appellent « l’arène électorale » ressemble davantage à une normalisation qu’à une remobilisation. Leur participation est un leurre. Elle diversifie l’offre sur le papier, mais ne produit ni souffle, ni récit alternatif capable de réactiver l’imaginaire politique. Là encore, la question n’est pas la présence mais la crédibilité. Le système politico-militaire qui dirige le pays est là et ne conçoit aucunement céder la moindre portion de son magistère.

Comment peut-on parler d’élection libre en l’absence d’espaces de liberté ? Comment « l’opposition » peut porter sa parole quand tous les médias roulent pour le pouvoir ?

Au fond, cette élection législative est prise dans un paradoxe cruel : plus elle insiste sur la participation comme source de légitimité, plus elle révèle l’ampleur de la défiance. On se souvient comment Tebboune a été fait gagnant ! Le taux d’abstention, loin d’être un simple indicateur, devient un acteur politique à part entière — une forme de plébiscite inversé, où le silence des urnes pèse plus lourd que les voix exprimées.

Le 2 juillet ne dira donc pas seulement qui siègera au Parlement et lèvera la mains pour valider les oukases de Tebboune et consorts. Il mesurera, une fois de plus, la distance entre le système politique et une société qui, depuis le Hirak, a appris à dire non — y compris en ne disant rien.

Faut-il pour autant renoncer à participer et laisser continuer le spectacle ?

Karim Medjani

Source : Le Matin d’Algérie – 23/06/2026 https://lematindalgerie.com/la-mise-en-scene-electorale/

Paris – Maghreb des livres – 27 et 28/06/2026

Le Maghreb des livres 2026 s’installe à l’Hôtel de Ville de Paris les 27 et 28 juin avec dédicaces, rencontres, débats et librairies. Entrée libre et gratuite.

Le Maghreb des livres revient pour sa 32e édition les samedi 27 et dimanche 28 juin 2026 dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris, dans le 4e arrondissement. Organisé par l’association Coup de soleil, en partenariat avec la Ville de Paris, ce rendez-vous littéraire en entrée libre met cette année les lettres tunisiennes à l’honneur, avec deux journées de dédicaces, rencontres, débats, cafés littéraires et librairies autour des écritures du Maghreb et de la Méditerranée.

Des librairies, des auteurs et des milliers d’ouvrages à l’Hôtel de Ville

Pendant deux jours, le Maghreb des livres propose de retrouver des milliers d’ouvrages : romans, essais, bandes dessinées, beaux livres et publications récentes.

Une grande librairie centrale est tenue par Le Tiers Mythe, tandis que la librairie jeunesse est assurée par L’Attrape-cœurs. La librairie Le Tiers-Monde d’Alger présente également une sélection d’ouvrages parus récemment en Algérie.

Le programme annonce aussi la présence de nombreux auteurs et autrices, parmi lesquels Yasmina KhadraMaïssa BeyTahar BekriHubert Haddad, Bertrand BadieMabrouck RachediArezki MetrefColette ZytnickiHella FekiNassira El Moaddem, Benjamin Stora ou encore Hajar Bali ou Anouar Benmalek, selon la liste communiquée par l’organisation.

  • Des ouvrages édités en France et au Maghreb ;
  • Une grande librairie centrale et une librairie jeunesse ;
  • Des rencontres avec des auteurs et autrices ;
  • Des entretiens littéraires courts tout au long du week-end ;
  • Des débats autour de la France, du Maghreb, de la Méditerranée et du vivre-ensemble.

Une programmation entre littérature, histoire et débats d’idées

La programmation du Maghreb des livres 2026 s’articule autour de plusieurs formats. Trente-deux entretiens d’auteurs, d’une durée de 15 minutes chacun, sont prévus sur les deux journées.

Le samedi 27 juin, des séquences sont notamment programmées avec Tassadit Yacine, Hella Feki, Inès Mghirbi, Yasmina Khadra, Nassira El Moaddem, Anouar Benmalek, Youness Bousenna, Bertrand Badie, Tahar Bekri, Colette Zytnicki, Lorraine Rossignol, Hajar Bali, Yamna Sahli, Beyrouk, Mabrouck Rachedi et Gilles Gauthier.

Le dimanche 28 juin, d’autres entretiens sont annoncés avec Rabeh Sebaa, Aïda Amara, Mohamed Sari, Amin Zaoui, Inam Bioud, Nazim Mekbel, Kébir-Mustapha Ammi, Asya Djoulait, Ramsès Kefi, Arezki Metref, Marion Fritsch, Frédéric Bobin, Christophe Ayad, Bertrand Le Gendre, Hajar Azell, Benjamin Badier et Omar Hammourit.

Le salon prévoit également seize débats répartis entre tables rondes, rencontres, hommages, cafés littéraires et cartes blanches. Les thèmes abordent notamment l’intégration, la démocratie tunisienne, le centenaire de l’Étoile Nord-Africaine, la littérature palestinienne en hommage à Leïla Shahid, la BD tunisienne, le centenaire de la Mosquée de Paris, les femmes et la société au Maghreb ou encore les exils.

Les lettres tunisiennes à l’honneur pour cette 32e édition

Pour cette édition 2026, les lettres tunisiennes occupent une place centrale dans le programme. Plusieurs rendez-vous abordent la création, l’actualité et les débats intellectuels liés à la Tunisie, dont une table ronde consacrée à la démocratie tunisienne et une rencontre autour de la BD tunisienne. Un hommage est également annoncé au poète tunisien Mohamed Ghozzi.

L’événement conserve aussi une dimension plus large, en réunissant des voix venues ou issues d’Algérie, du Maroc, de Tunisie et d’autres horizons méditerranéens. Les échanges prévus croisent littérature, sciences humaines, histoire, mémoire, spiritualité, société et enjeux contemporains.

Un salon littéraire dans les salons de l’Hôtel de Ville de Paris

Le cadre du salon de l’Hôtel de Ville de Paris donne à l’événement une dimension centrale et facilement accessible, à proximité du Marais, de la Seine et du cœur historique de la capitale.

Entrée par le 3 rue de Lobau, Paris 4e, avec un accès indiqué par le métro Hôtel de Ville, lignes 1 et 11.

Le Maghreb des livres est ouvert les samedi 27 juin de 12h à 20h et dimanche 28 juin de 11h à 19h.

Programme