Septembre 1960 : le Manifeste des 121 pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie

Le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », est signé par des intellectuels, universitaires et artistes et publié le 6 septembre 1960 dans le magazine Vérité-Liberté. Il suscite un énorme scandale. Alain Ruscio rappelle qu’il a « réveillé l’opinion publique française ». Catherine Brun éclaire la genèse et la postérité de ce manifeste. Enfin, le film de Mehdi Lallaoui interroge nombre de témoins de cet évènement majeur.


Guerre d’Algérie : comment le Manifeste des 121 a réveillé l’opinion publique française, par Alain Ruscio

Publié dans L’Humanité le 11 septembre 2025

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Début 1960, la guerre d’indépendance de l’Algérie entre dans sa septième année. « Événements », selon la terminologie officielle, montagne d’hypocrisie ? Tous les Français l’appellent par son nom, une guerre, et même une « sale guerre », comme celle d’Indochine, qui l’avait précédée.

La protestation, peu audible durant les premières années, enfle. Les désastres sont sans nom pour le peuple algérien. La torture, subie par des dizaines de milliers, connue de tous, est désormais le quotidien pour ce peuple. En France, pour les familles, c’est chaque jour un peu plus de deuils, de peurs. La politique gaulliste souffle le chaud et le froid : promesse d’autodétermination mais poursuite et même accentuation de l’effort militaire. Les oppositions (PCF, le tout jeune PSU, les intellectuels contestataires) ne trouvent pas de langage commun – et à vrai dire ne le cherchent guère. Un certain sentiment d’impuissance s’est emparé des milieux les plus investis dans la lutte anti-guerre. Début 1960, c’est de l’entourage de Dionys Mascolo, communiste en rupture de ban (exclu du PCF dès 1950), que part l’idée d’un soutien public de personnalités aux soldats refusant de porter les armes en Algérie. Le texte, intitulé dans un premier temps Adresse à l’opinion internationale, co-rédigé par Mascolo et le surréaliste Jean Schuster, est soumis à un premier groupe. C’est Maurice Blanchot qui lui donne son titre définitif, Manifeste pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie. En juillet, la première liste est prête. En septembre, le texte commence à circuler sous le manteau (la presse n’a pas le droit de le publier, la censure gaulliste sévit en ces temps-là). La première publication est faite par l’organe semi légal de la Centrale d’information et d’action sur le fascisme et la guerre d’Algérie, Vérités Pour, le 26 septembre 1960. Pour la postérité, il deviendra Manifeste des 121, tout simplement parce ce fut le chiffre des premiers signataires : « Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français. La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres ». L’avaient signé certains des intellectuels les plus engagés contre la guerre, Robert Barrat, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Pierre Boulez, André Breton, Édouard Glissant, Daniel Guérin, Jérôme Lindon, André Mandouze, Dionys Mascolo, François Maspero, Théodore Monod, Hélène Parmelin, Alain Resnais, Alfred Rosmer, Claude Roy, Nathalie Sarraute, Jean-Paul Sartre, Simone Signoret, Vercors, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, etc. 

La réponse fut vive. Les autorités déclenchèrent une vague de mises en examen. Beaucoup de signataires – en particulier parmi les artistes – furent frappés d’interdits professionnels. Parmi les signataires du Manifeste figurait le grand mathématicien Laurent Schwartz, intellectuel trotskiste en pointe dans la dénonciation de la guerreIl fut immédiatement suspendu de cours à l’École Polytechnique par le ministre des armées, Pierre Messmer. Schwartz répondit publiquement au ministre : « Si j’ai signé la déclaration des 121, c’est en partie pour avoir vu depuis plusieurs années la torture impunie et les tortionnaires récompensés. Mon élève Maurice Audin a été torturé et assassiné en juin 1957, et c’est vous, monsieur le ministre, qui avez signé la promotion du capitaine Charbonnier au grade d’officier de la Légion d’Honneur à titre exceptionnel et celle du commandant Faulques au grade de commandeur de la Légion d’Honneur. Venant d’un ministre qui a pris de telles responsabilités, les considérations sur l’honneur ne peuvent que me laisser froid. »

Quelle fut l’attitude du PCF, alors principale force de la gauche ? Ce parti se revendiquait du léninisme, partisan de la lutte de masse, méfiant par principe contre toute activité jugée alors individualiste. Durant la toute première période de la guerre, la condamnation de ce type d’initiatives avait été sans appel (on pense à la prise de distance avec les « porteurs de valises »). Face au Manifeste, pourtant, on observa une évolution. Après un silence, signe évident d’une gêne, L’Humanité publia le 3 octobre un article dont le titre était un programme : « Soutenir les condamnés, défendre les 121 », signé par un membre du Comité central, Jean-Pierre Vigier. Le soutien aux condamnés et aux 121 était exprimé de façon nette : « Nous, communistes, soutiendrons les condamnés et défendrons les 121, comme nous défendrons toujours et sans distinction à l’avenir, tous les partisans de la paix en Algérie ». Le Manifeste, pour Vigier, avait « le mérite de contribuer au réveil de l’opinion et d’élargir le débat sur la nature de la guerre d’Algérie et les moyens d’y mettre un terme. » Phrase qui constituait un pas en avant considérable, en ces temps de raideur idéologique. Mais… il y avait un mais. « L’insoumission n’a jamais été une position du mouvement ouvrier ». L’auteur ne masquait pas les appréhensions des communistes face à cette forme de résistance : « Les activités de certains accusés, les moyens préconisés par les 121 montrent que la poursuite d’une guerre atroce, injuste, inhumaine, conduit parfois les adversaires des ultras, à partir d’une impatience compréhensible, à des gestes de désespoir utilisés parfois par les ultras et le régime. » Tout était dit dans cette formule.

Avec le recul, le Manifeste des 121 apparaît comme un moment d’importance dans la dénonciation de la guerre. Un moment, mais non le moment. Il y en eut bien d’autres, du mouvement des rappelés en 1956 à l’interdiction du livre d’Henri Alleg en 1958. 


Lire aussi sur notre site

« Genèse et postérité du “Manifeste des 121” ». Le Manifeste des 121, un texte fondamental dont Catherine Brun éclaire la genèse

par Catherine Brun, publié par L’Esprit Créateur, Volume 54, Number 4, Winter 2014, p. 78-89, reproduit par notre site le 12 avril 2021 avec l’accord de son autrice.

Source

Notre site a consacré une page aux soixante ans du « Manifeste des 121 » en reproduisant son texte et les deux listes de ses signataires, ainsi qu’un documentaire par le réalisateur Mehdi Lallaoui. Nils Andersson, responsable à l’époque des éditons La Cité à Lausanne, a souligné : « Sur le “Manifeste des 121” (et le “manifeste des intellectuels” qui prétendait lui répondre), il y a un texte qui n’est pas assez connu, c’est celui de Catherine Brun, “Le Manifeste des 121, genèse et postérité”. Il apporte des éléments importants sur l’initiative et la rédaction de ce manifeste, cite les noms de personnes dont l’engagement est moins connu mais qui n’en fut pas moins important ».


Voir le film « Manifeste 121. Des intellectuels dans la guerre d’Algérie », par Mehdi Lallaoui

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – Édition du 1er au 15 octobre 2025 https://histoirecoloniale.net/septembre-1960-le-manifeste-des-121-pour-le-droit-a-linsoumission-dans-la-guerre-dalgerie/

La guerre chimique française en Algérie – Christophe Lafaye

L’ historien fait la synthèse de ses recherches sur un crime de guerre français en Algérie longtemps occulté, dont certaines traces archivistiques restent interdites.

La France a mené durant presque toute la guerre en Algérie une véritable guerre chimique clandestine. C’est ce que révèlent et documentent les travaux de l’historien Christophe Lafaye, dont le grand public a pu prendre connaissance en 2025 dans le film documentaire Algérie sections armes spéciales de Claire Billet. Christophe Lafaye fait dans cet article une synthèse de ses recherches, en commençant par indiquer qu’elles sont partiellement « empêchées », certaines archives restant arbitrairement interdites de communication au Service Historique de la Défense (SHD).

Image extraite du documentaire « Algérie, sections armes spéciales » de Claire Billet et Christophe Lafaye.

La guerre chimique en Algérie (1954-1962) :

traces et stigmates du conflit

Par Christophe Lafaye.

Avec l’autorisation de l’auteur

Article d’abord paru le 24 septembre 2025 dans la revue Transversales

Cet article met en lumière l’usage des armes chimiques par l’armée française pendant la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), tout en s’interrogeant sur les stigmates et les conséquences de ces violences de guerre spécifiques sur les Hommes et l’environnement. La guerre chimique – conduite par la France en Algérie entre 1956 et 1962 – induit la création d’unités spéciales, un recrutement et la formation des militaires (appelés et engagés) pour l’emploi de ces armes spéciales. L’efficacité militaire commande une standardisation progressive des formes du combat, de l’usage des armes chimiques mais aussi une évolution des toxiques de guerre. Les stigmates sont importants. La guerre chimique « marque » les combattants dans le processus même de la survenue de la mise à mort de l’adversaire. Le « bourreau » peut lui-même devenir « victime », avec le risque de développer des pathologies qui le poursuivent bien après la fin de la guerre. Cette guerre chimique s’inscrit dans un espace donné (monde souterrain, caches etc.), qui matérialise et spatialise, grâce à la cartographie, l’intensité de cette guerre comme les risques d’atteintes environnementaux. Cette guerre se déroule, enfin, au milieu des populations qui deviennent des spectatrices et des victimes. Elles en portent la mémoire (massacre de Ghar Chettouh les 22 et 23 mars 1959 à Taxlent dans les Aurès). Des questions demeurent : combien de portés disparus algériens et français sont-ils encore enfouis dans le sol algérien à la suite de la guerre chimique ? Quelles sont les conséquences environnementales et sanitaires de cet épisode en France et en Algérie ? Comment tourner la page de ce conflit colonial sans évoquer les formes les plus paroxysmiques des violences de guerre ?

Introduction

Regarder la guerre en face peut être difficile, pour qui ne veut surtout pas la voir dans toute l’étendue de ses violences, de ses atrocités et de ses pratiques de cruauté.

« Nous préférons regarder la guerre de biais plutôt que de face, à tel point qu’avant de nous tromper sur la guerre, nous nous trompons sans doute sur notre propre société et sur nous-mêmes », rappelait l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau[1].

Les violences de guerre en Algérie (1954-1962) possèdent leur propre syntaxe, pouvant être vues comme un langage renvoyant vers les systèmes de représentation des acteurs sociaux qui menaient ce dernier grand conflit colonial de la France[2]. Certaines de ces violences ont été étudiées ou évoquées comme la torture[3], les exécutions sommaires, les « ratonnades »[4], les disparitions des corps, les punitions puis les massacres collectifs, l’usage du Napalm ou encore les déplacements et l’internement des civils[5]. À défaut d’avoir été jugées pénalement pour édifier les consciences, elles peinent encore à s’imposer au récit médiatique et politique sur la guerre d’Algérie. Comment a-t-il été possible, pendant tant d’années, d’ignorer la guerre chimique menée par la France tout particulièrement entre 1956 et 1962 ? Si l’usage du Napalm[6] est apparu dans les témoignages des appelés du contingent puis dans la recherche universitaire, l’utilisation des gaz toxiques demeure un angle mort de la recherche.

Une recherche empêchée ?

L’ historiographie de cette guerre est pourtant foisonnante. En 2018, on pouvait recenser 667 thèses et mémoires en langue française[7]. Dans cette somme de connaissances, on trouve peu de choses sur l’usage des armes chimiques par l’armée française. En 1999, la thèse de Frédéric Médard expose l’importance du Sahara comme lieu d’expérimentation, entre autres, pour les armes nucléaires, bactériologiques et chimiques[8]. En 2001, un ouvrage sur les aspects militaires de la guerre d’Algérie, consacrant une décennie d’ouverture des archives militaires[9], ne fait aucunement mention de la guerre chimique[10]. Il faut porter son regard du côté de l’Allemagne pour lire une thèse présentant la genèse de ces violences spécifiques[11], sous la plume de Fabian Klose, qui dispose d’une dérogation pour consulter les cartons d’archives du Service historique de la défense (SHD) à Vincennes[12]. Il met en évidence l’emploi des armes chimiques pour réduire les refuges souterrains de l’Armée de libération nationale (ALN) mais ne va pas plus loin dans l’étude de la guerre chimique. Cette thèse est soutenue avant la promulgation de la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives. Beaucoup des documents cités sont maintenant interdits à la consultation de manière perpétuelle au titre de l’article L 213-2, II sur « les archives incommunicables »[13]. En France, une recherche doctorale intitulée « La guerre des grottes menée par l’armée française au cours des guerres non conventionnelles, de 1800 à 2011 » débute en novembre 2015. Elle est conduite par le commandant Romain Choron, officier de l’armée de Terre, à la demande de la hiérarchie. La rédaction de ce travail a été mise brutalement à l’arrêt le 13 novembre 2019, à la suite d’une perquisition de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) pour un soupçon de compromission du secret de la défense nationale. L’infraction supposée tient sur l’interprétation de l’impératif de déclassification des archives exploitées par le doctorant, même après l’expiration du délai de cinquante ans prévus par le code du patrimoine. Pourtant, la DGSI ne demande pas de mise en examen.

Cette saisie de documents et d’ordinateurs coïncide avec le début d’une longue séquence de fermeture des archives contemporaines du SHD, conséquence d’un conflit juridique autour de l’application de l’instruction générale interministérielle n° 1300 portant sur le secret défense et de sa supériorité supposée sur la loi du 15 juillet 2008 sur les archives. Toutes les archives portant une mention de classement après 1940 doivent être soumises à une procédure de déclassification à la pièce – si besoin en consultant le service émetteur – puis recevoir un nouveau tampon indiquant son achèvement. Les archives des armées se referment alors que les associations d’universitaires et d’archivistes se mobilisent[14]. Après une double saisine du conseil d’État pour annuler les dispositions de l’IGI n° 1300 du 30 novembre 2011, durcies de nouveau en 2020, les collectifs citoyens remportent une victoire éclatante le 16 juin 2021. Le rapporteur public, Alexandre Lallet, conclut à l’annulation de ces dispositions dans des termes extrêmement sévères. Il estime que la nécessité de cette déclassification a été « inventée pour les besoins de la cause » au moment même où s’ouvrent les archives de la guerre d’Algérie, et qu’elle avait « un arrière-goût désagréable de subterfuge »[15]. Il a également déploré le coût représenté par l’application de ces mesures de déclassification inutiles. L’adoption de la loi de prévention des actes terroristes le 30 juillet suivant permet de mettre en œuvre de nouveaux dispositifs de fermeture des archives des armées[16]. Au début de l’année 2023, Romain Choron boucle du mieux possible son doctorat. Le 7 février, le tribunal de Paris ordonne la restitution des scellés. Dix jours plus tard, une rencontre au siège de la DGSI se conclut par une absence manifeste de compromission du secret de la défense nationale. Le 19 avril, l’officier soutient sa thèse de doctorat au Centre National des Arts et Métiers (CNAM) à Paris[17]. Elle est placée sous embargo de communication dans les bibliothèques universitaires jusqu’au 19 avril 2028. Si le tribunal de Paris classe sans suite son affaire le 16 janvier 2024, sa carrière en pâtit. Pourtant, de nombreux éléments sur la guerre chimique étaient déjà accessibles en sources ouvertes.

Les traces de la guerre chimique 

Les récits publiés par certains anciens combattants font sortir cette histoire de l’ombre. Il y a d’abord l’ouvrage du général Georges Buis sobrement intitulé « la Grotte ». Publié en 1961, il lève le voile sur l’existence de ces combats[18]. En 1981, Saïd Ferdi décrit, dans son ouvrage autobiographique, l’enfumage et la mort de quatre-vingt-dix habitants d’un douar réfugiés dans un silo à grains. Cette action est menée par une équipe spécialisée équipée de bouteilles et de masques à gaz[19]. Seize ans après, le témoignage de Roger Clair, ancien appelé du 77e bataillon du génie (BG), nous éclaire sur la bataille dans les grottes et l’usage des gaz de combat[20]. Il est suivi peu de temps après par Yves le Gall écrivant sur le génie en Algérie et les sections spécialisées dans la réduction de grottes (1960-1962)[21]. En 2003, c’est au tour d’Armand Casanova, lui aussi appelé au 77e BG, de livrer sa version de cette histoire[22]. La même année, Georges Salins témoigne de la création et des premières opérations de la batterie armes spéciales (BAS) du 411e régiment d’artillerie antiaérienne (RAA) dans un ouvrage collectif dirigé par Claude Herbiet[23]. En 2010, un autre ouvrage collectif des anciens combattants de la section de grotte de la 75e compagnie de génie aéroporté (CGAP), détaille leurs opérations, les techniques, tactiques et procédures de combat[24]. En 2013, Jean Beyer publie à compte d’auteur le récit de son passage dans la section armes spéciales de la 52e compagnie de génie de zone (CGZ)[25]. En 2015, Jean Vidalenc retranscrit son expérience d’appelé de la section armes spéciales de la 71e CGZ[26]. En avril 2022, la documentariste Claire Billet reprend une partie de ces témoignages pour rédiger une enquête sur la « Guerre des Grottes » pour la Revue XXI[27]. Une grande majorité des anciens combattants de ces unités ont préféré taire leur histoire. En Algérie, les récits sur la guerre chimique, conservés dans les mémoires locales, ont du mal à trouver un écho en France.

Comment se fait-il que la recherche historique se soit si peu intéressée à ce sujet ? Les origines de cette cécité sont sans doute à trouver dans les conditions de dénonciation de la guerre coloniale. L’éditeur Nils Andersson se souvient :

« Il y avait des informations sur l’usage de moyens chimiques, notamment du napalm, toujours démenties, pour autant certaines. Mais, contrairement aux sources d’informations sur la répression s’appuyant sur des témoignages de victimes, des témoins des exactions, des avocats ou des fuites au niveau de l’administration, assurant la vérité des faits, s’agissant des actions militaires et des moyens utilisés par l’armée, les sources d’information étaient rares et difficiles à confirmer »[28]. Les débats politiques et sociétaux se concentrent sur la dénonciation de la torture, des exécutions sommaires, des viols et des disparitions orientant le regard des historiens des années mille neuf cents quatre-vingt-dix travaillant sur les violences coloniales. Pourtant, le secret autour de la guerre chimique n’était pas absolu pour qui souhaitait enquêter. Dès 1960, dans l’ouvrage LaPacification, nous pouvions lire : « Il existe dans la banlieue d’Alger une compagnie Z formée en majorité de sous-officiers appelés ou de carrière. Leur instruction sur l’utilisation des gaz est assurée à Bourges (école d’armes spéciales). D’abord répartis dans les corps de troupe, les éléments de la compagnie Z ont été regroupés à Alger à la fin de l’année 1956. Leur rôle : participer aux opérations au cours desquelles les hors la loi sont surpris dans les grottes. L’équipe des techniciens est envoyée avec des grenades à gaz et un matériel protecteur. Les grenades sont projetées par dizaine dans l’ouverture de la grotte. Après une attente plus ou moins longue, un suspect est envoyé à l’intérieur. Si l’on tire dessus, c’est que les hors la loi sont encore vivants. On jette de nouvelles grenades… L’attente peut être très longue suivant l’état et la profondeur de la grotte. Enfin, les hommes revêtus de leurs vêtements protecteurs iront “inventorier” l’intérieur. Officiellement, c’est-à-dire à l’usage des membres de la compagnie Z, on utilise des gaz lacrymogènes “renforcés”[29], autorisés par les conventions de Genève. Or, la composition chimique de ces gaz comme les brûlures relevées sur les victimes permettent d’affirmer qu’il ne s’agit pas de lacrymogène, mais d’aminodichloroarsines (gaz très lourds, brûlant les tissus intérieurs et extérieurs, théoriquement interdits entre belligérants) ». Cette affirmation ne fut jamais contredite par la France.

L’ existence d’autres unités dédiées à la guerre chimique transparait dans la littérature de dénonciation de la guerre mais aussi dans la propagande de l’armée française. Dans le livre Nuremberg pour l’Algérie !, nous pouvons lire la description d’une opération sous la plume du sergent Claude Capenol en 1960 :

« Il y a quatre jours les soldats du 2/43 nous ont amené un fell qu’ils avaient capturé en patrouille. Nous l’avons fait parler et il en est résulté qu’il nous a fourni l’endroit d’une cache d’Ain-Roua. Aussitôt opération et bouclage, c’est fini à midi. Bilan de l’opé : d’abord les militaires ont gazé la grotte qui fait 180 mètres de profondeur […]. Ils sont entrés dedans et ont sorti 12 fells dont 2 sous-chefs et 1 aspi (qui est mort suite aux gaz). Toutes les armes ont été récupérées […] »[30]. La confirmation de l’existence de ces unités est donnée par l’armée elle-même. Le journal Le Bled met à l’honneur, dans son édition du 23 février 1961, l’action des « hommes-grotte du génie » de la section armes spéciales de la 62e CGZ. La couverture présente deux soldats en combinaison butyl et masque à gaz, portant une lampe chacun et deux pistolets automatiques[31]. On peut lire :

« Aujourd’hui, une section « armes spéciales » […] se livre aux joies de la spéléologie. Lorsque des fellaghas ont cherché refuge à l’intérieur d’une grotte, il faut les en déloger et c’est à cette équipe spécialisée que l’on fait appel […]. Deux cents caches et grottes ont été visitées. Des documents et des armes furent récupérées à la suite de ces visites, et une véritable « carte d’identité » de chaque grotte est établie. Mais pour éviter qu’elles servent encore de refuges à des rebelles, elles sont souvent détruites, et un gaz, l’arsine, en rend l’air irrespirable. La section de grottes revêt un caractère opérationnel : à son bilan, quarante rebelles mis hors de combat »[32]. Ces documents soulèvent la question de la nature et de l’ampleur de la guerre chimique menée par la France en Algérie.

Une guerre chimique limitée ?

Entre 1956 et 1962, la France mène une guerre chimique en utilisant une partie de l’arsenal de l’état-major des armes spéciales (nucléaire, bactériologique, chimique). À la demande de l’état-major de la 10e Région Militaire (RM, Algérie), l’état-major du commandement des armes spéciales[33] (CAS) est invité à fournir une étude pour déterminer comment ces armes peuvent répondre à un certain nombre de problèmes tactiques rencontrés par l’armée française sur le terrain. La demande est transmise au général Charles Ailleret, chef du CAS, afin qu’il puisse fournir des solutions pour neutraliser, entre autres, les grottes et caches souterraines utilisées par les indépendantistes algériens. Une unité spécialisée est créée au 1er décembre 1956 : la BAS du 411e RAA[34]. Des engagés et des appelés du contingent de la 7e région militaire, après un passage à Bourges au 610e Groupe d’expérimentation et d’instruction des armes spéciales (GEIAS), gagnent l’Algérie pour mener cette guerre « spéciale ». Les attributions de cette unité sont de mener des expérimentations opérationnelles, de mettre en œuvre en opération les procédés testés et de procéder à l’instruction des autres unités pour généraliser l’emploi des armes spéciales. Entre 1956 et 1959, jusqu’à 119 unités sont créées partout en Algérie. Entre 1959 et 1962, après une rationalisation de l’organisation militaire sur le terrain, une vingtaine de sections poursuivent le combat et traitent de manière régulière les grottes avec des agents chimiques issus de la Première Guerre Mondiale pour empêcher leur réutilisation.

Une lettre retrouvée à Vincennes indique que le ministre des Armées, Maurice Bourgès-Maunoury, a voulu encadrer l’usage de ces armes chimiques : « Sur les propositions du Commandement des Armes Spéciales faites pour répondre à des demandes du Général commandant la 10e région militaire [le général Henri Lorillot], […], certains procédés chimiques pourront être employés au cours des opérations en Algérie ». Une arme chimique est une arme utilisant au moins un produit chimique toxique pour les êtres humains. Cette lettre autorise donc leur utilisation. « Ces procédés ne devront mettre en œuvre que des produits normalement utilisés dans les différents pays pour le maintien de l’ordre [souligné], c’est-à-dire limités à l’utilisation du bromacétate d’éthyle, de la chloracétophénone et de la diphénylaminochlorarsine ou de corps possédant des propriétés très voisines ». Le ministre conclut prudemment : « […] Ils ne devront être employés qu’à des concentrations telles qu’elles ne puissent entraîner aucune conséquence grave pour des individus soumis momentanément à leurs effets »[35]. Le général Lorillot accuse réception de cette lettre le 21 mai 1956 en recopiant mot pour mot son contenu de la décision ministérielle à destination des états-majors en Algérie, en y ajoutant cette précision : « Ces corps [chimiques] ne devraient être employés qu’à des doses qui ne soient pas susceptibles d’entraîner de conséquences physiologiques […], sauf si [les individus] s’obstinaient volontairement à y séjourner pendant de longs délais »[36]. Les essais en cours durant l’année 1956 ont sûrement dû déjà laisser transparaître la létalité des gaz.

Ces documents confirment les informations données par le colonel Olivier Lion :

« Les “sections de grottes” utilisèrent des projectiles chargés de lacrymogènes (grenade lacrymogène modèle 1951, chargée de 80 grammes de CN2D ou de CND – mélange de chloracétophénone et d’adamsite – ou de la grenade lacrymogène modèle 1959, chargée de 80 grammes de CND ou de CB – appellation française du CS –), pour neutraliser les occupants de refuges souterrains »[37]. Devant la faible persistance des agents chimiques lacrymogènes classiques pour empêcher la réutilisation des grottes, le gaz CN2D est élaboré pour combiner les effets de la chloracétophénone, de l’adamsite et du kieselguhr[38]. Son utilité opérationnelle est due à son extrême agressivité pour mettre hors de combat les individus à l’intérieur des cavités mais aussi à sa persistance. De multiples vecteurs de diffusion (grenades, chandelles – dispositif pyrotechnique permettant de libérer 5 kg de CN2D sous forme gazeuse –, roquettes, bombes, etc.) sont mis au point.

Les stigmates de la guerre chimique

Le gaz CN2D appartient à la famille des toxiques incapacitants. L’ajout d’arsines dans la composition du mélange lacrymogène permet au gaz de se déposer sur les parois de la grotte et de demeurer actif pendant une période théorique d’un à six mois. Selon les témoignages recueillis chez les anciens combattants français, l’usage des gaz devait permettre de faire des prisonniers pour obtenir du renseignement. En réalité et en fonction de la configuration de la grotte, le gaz pouvait être rapidement mortel. Arrivés à proximité des combattants, le même spectacle dantesque s’offrait ainsi aux yeux des militaires français :

« Les corps étaient boursoufflés, de la bave jaunâtre leur sortait de la bouche. Leurs corps présentaient une érection… Comme les pendus quoi… ils étaient asphyxiés. Nous ne remontions pas les corps. […] Nous fouillions les lieux puis nous faisions sauter l’entrée à l’explosif quand cela était possible », nous confiait Yves Cargnino, ancien combattant de la section de grottes de la 75e CGAP[39]. Le CN2D pouvait aussi provoquer des lésions graves chez ceux qui l’utilisaient. Yves Cargnino fut intoxiqué au moins deux fois en opérations entre 1959 et 1961. À son retour d’Algérie, il est confronté à une insuffisance pulmonaire qui s’aggrave avec le temps. En conclusion d’un procès ouvert en 2008 pour revoir sa pension d’invalidité, le délibéré du tribunal des pensions de Besançon, du 8 décembre 2016, affirme « que s’agissant de la nocivité des gaz utilisés, la littérature […] permet de confirmer que les gaz CND CN2D et CN DM sont létaux en milieu fermé […]. Que les soldats avaient pour mission ensuite de l’explosion des grenades incapacitantes de fouiller les galeries. La dispersion des gaz en milieu confiné est donc lente et les soldats ont nécessairement respiré ceux-ci lors de leur inspection »[40]. Cette jurisprudence permet aux anciens combattants français victimes des gaz de faire reconnaître leur préjudice.

En Algérie, il est encore difficile d’évaluer l’impact humain et environnemental de cette guerre chimique. Dans les Aurès, la mémoire de certaines opérations demeure. Le 22 et 23 mars 1959, le 7e Régiment de tirailleurs (RT) mène alors l’opération 209 dans la région de l’oued Tirchiouine. Le régiment revendique officiellement, dans son journal de marche[41], la destruction d’une Katiba (compagnie) de l’ALN de trente-deux soldats. L’armée française met en place un bouclage, une sorte de nasse pour empêcher les combattants algériens de s’enfuir. Les hommes et les enfants des villages alentours, pour échapper à l’arrestation et aux interrogatoires, s’enfuient vers la grotte de Ghar Chettouh, zone refuge pour les populations de l’oued Tirchiouine[42]. Ils pensent attendre la fin de l’opération avant de rentrer chez eux. Des combattants algériens sont présents. Cette grotte est un lieu de rencontres et de réunions politiques. Mohammed Labassi Ben Slimane, alors âgé de douze ans, se souvient :

« Le matin, un avion nous a survolé. Il a vu que nous rentrions dans la grotte. L’après-midi vers seize heures, un soldat français s’est présenté devant l’entrée pour regarder. Un Moudjahidin lui a tiré dessus et il l’a manqué. Le soldat s’est enfui »[43]. Le feu se déchaîne sur cette grotte suspectée dès lors d’être occupée par l’ALN. Devant l’inefficacité des armes classiques, le commandement français utilise le gaz toxique.

« Quand l’avion est parti, c’est là que l’émission de gaz a commencé », se rappelle Mohammed Labassi Ben Slimane. « Dès les premières grenades lancées, il y avait des gens qui toussaient, d’autres qui criaient, et d’autres qui pleuraient… Surtout les asthmatiques, ils sont morts sur place. Ils lançaient [des grenades], puis ils arrêtaient. Ils envoyaient quelqu’un pour nous dire de sortir : « Si vous sortez, vous serez sauvés, mais si vous restez vous mourrez et personne ne survivra ». Il y avait des personnes qui voulaient sortir, mais elles n’ont pas pu ».

Les grenades éclatent et libèrent du gaz, très probablement du CN2D :

« [Il y avait] comme du sable qui tombait sur nous… Les gens toussaient, criaient, pleuraient… On ne se comprenait plus, on ne s’entendait plus, on ne se voyait plus. Si quelqu’un s’effondrait, raide mort, sur les genoux d’une autre personne, celle-là ne pouvait pas se débarrasser du cadavre… Elle criait « lève-toi ! lève-toi ! », mais cette personne était morte ». À l’intérieur de la grotte, c’est l’enfer : « Mon oncle était asthmatique. Il criait et j’entendais mon père lui dire : « Récite la Chahada, Aïssa ! »[44]. J’ai su qu’il était mort quand je ne l’ai plus entendu crier ». Pour résister au gaz, les plus anciens disent aux jeunes d’uriner dans leur chèche et de l’enrouler autour de leur visage. Mohammed Labassi Ben Slimane finit par s’évanouir, mais ce conseil lui sauve la vie. « Lorsque je suis sorti, il faisait jour. Les soldats ont vu qu’il y avait du sang sur mon burnous. Je pense qu’il y avait une personne morte à mes côtés et le sang avait coulé de son nez ou de sa bouche. Ils m’ont conduit au village. […] Puis je suis rentré tout seul. Les gens ont couru vers moi… Ils m’ont posé des questions sur ce qui s’est passé. Je leur ai dit que je ne savais rien ». Cent-seize corps sont enterrés sommairement dans l’oued. L’armée française donne l’ordre de faire exploser la grotte. Exhumés après l’indépendance, leurs noms sont inscrits sur le monument qui surplombe l’oued Tirchiouine. La guerre chimique tue sans distinction, civils et combattants. Combien de cas similaires sont encore à découvrir ? C’est tout l’enjeu du développement à venir des enquêtes de terrain en Algérie. Le traité d’interdiction des armes chimiques du 13 janvier 1993 proscrit l’usage des agents antiémeute comme moyen de guerre. En France, les quatre lois d’amnisties (1964, 1966, 1968 et 1982) semblent empêcher toute poursuite contre les responsables de crimes de guerre. Les séquelles de ces combats demeurent et appellent à l’établissement de toute la vérité.

Quel bilan ?

La guerre chimique en Algérie s’inscrit dans la perpétuation de l’usage des armes chimiques par les grandes puissances occidentales en situation de police coloniale ou impériale dans la seconde partie du xxe siècle. Tirant partie des imprécisions du protocole de Genève du 17 juin 1925, la France utilise des agents chimiques pour en retirer des avantages tactiques, dont les conséquences sont lourdes pour les individus soumis à leurs effets et pour l’environnement. D’autres gaz furent-ils utilisés ? Certains témoignages et documents évoquent l’usage d’ypérite liquide. Mais toutes les archives ne sont encore pas accessibles[45]. Le total des opérations souterraines est aujourd’hui inconnu. On estime leur nombre entre 5 000 et 10 000 entre 1956 et 1962. Le bilan humain, le nombre précis de militaires français dédiés à ces opérations comme le nombre des disparus le sont tout autant. Un document du SHD laisse entrevoir, pour l’année 1961, 903 grottes « traitées » par les différentes unités spécialisées pour 317 algériens hors de combat (tués ou prisonniers)[46]. Les témoignages oraux et les archives personnelles collectées auprès des anciens combattants français suggèrent un volume très important d’opérations ainsi qu’un usage répandu de l’abandon du corps des Algériens au fond des cavités. Les grottes servant de lieux de détention pour les militaires français, des corps peuvent aussi s’y trouver. En Algérie, certains proches voudraient retrouver les dépouilles des anciens résistants, quand d’autres leur rendent hommage devant les entrées des grottes identifiées et parfois ouvertes sans précaution. Des anciens combattants et des civils vivent encore avec les séquelles de ces opérations. L’ouverture de toutes les archives est indispensable. Plus de soixante ans après les faits, il est plus que temps de regarder la guerre chimique en Algérie bien en face.

NOTES
[1] Stéphane Audoin-Rouzeau, Regarder la guerre, Introduction du sixième congrès de l’Association pour les études de la guerre et la stratégie (AEGES), Bordeaux, 23 juin 2023, 9 pages.
[2] Raphaëlle Branche, Papa qu’as-tu fait en Algérie ? Enquête sur un silence familial, Paris, La découverte, 2022.
[3] Raphaëlle Branche, La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), Paris, Gallimard, 2001
[4] Sylvie Thénault, Les Ratonnades d’Alger, 1956 : Une histoire de racisme colonial, Paris, Seuil, 2022.
[5] Sylvie Thénault, Violence ordinaire dans l’Algérie coloniale : Camps, internements, assignations à résidence, Paris, Odile Jacob, 2012.
[6] Bombe incendiaire à base d’essence gélifiée, elle entre dans la nomenclature des armes spéciales. Dans les archives militaires, le terme de « bidons spéciaux » est utilisé pour maquiller son usage.
[7] Données recueillie par l’auteur en juillet 2018 à partir de l’exploitation des données du site Internet thèses.fr.
[8] Frédéric Médard, La présence militaire française en Algérie : aspects techniques, logistiques et scientifiques entre archai͏̈sme et modernité 1953-1967, Université de Montpellier 3, thèse en histoire contemporaine sous la direction du professeur Jean-Charles Jauffret, soutenance en 1999, 2 vol., 1352 pages. Sa publication est amputée de la partie consacrée aux expérimentations dans le Sahara : Frédéric Médard, Technique et logistique en guerre d’Algérie. L’armée française et son soutien (1954-1962), Montauban, Editions Lavauzelle, 2002.
[9] Sylvie Thénault, « Travailler sur la guerre d’indépendance algérienne : bilan d’une expérience historienne », Afrique & histoire, 2004, n° 2, p. 193-2009.
[10] Maurice Vaïsse, Jean-Charles Jauffret [dir.], Militaires et guérilla dans la guerre d’Algérie, Paris, Edition complexe, 2001.
[11] Sous la direction du Professeur Martin H. Geyer : Menschenrechte im Schatten kolonialer Gewalt. Die Dekolonisierungskriege in Kenia und Algerien 1945–1962. Elle est soutenue en 2007 à l’université de Munich.[12] Fabian Klose, Human Rights in the Shadow of Colonial Violence: The Wars of Independence in Kenya and Algeria, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2013.
[13] Ne peuvent être consultées les archives publiques dont la communication est susceptible d’entraîner la diffusion d’informations permettant de concevoir, fabriquer, utiliser ou localiser des armes nucléaires, radiologiques, biologiques, chimiques ou toutes autres armes ayant des effets directs ou indirect, Gilles Manceron et Pierre Mansat, Les disparus de la guerre d’Algérie suivi de La bataille des archives (2018-2021), Paris, L’Harmattan, 2021
.[14] Catherine Teitgen-Colly, Gilles Manceron et Pierre Mansat, Les disparus de la guerre d’Algérie suivi de La bataille des archives (2018-2021), Paris, L’Harmattan, 2021.
[15] Arnaud Bélier, « Archives militaires : le Conseil d’État invite le gouvernement à revoir sa copie », Ouest France, mise en ligne le 18 juin 2021, consulté le 1er novembre 2024 [ href= »https://urlr.me/HkshT »].[16] Christophe Lafaye, « L’obstruction d’accès aux archives du Ministère des Armées. Les tabous du chimique et de la guerre d’Algérie », dans Renaud Meltz [dir.], Histoire des mensonges d’Etat sous la Ve République, Paris, Nouveau Monde Editions, 2023, p. 83-89.
[17] Romain Choron, Les combats souterrains de l’armée française dans les conflits non-conventionnels, l’exemple de la guerre des grottes en Algérie (1954-1962), Centre national des arts et métiers (CNAM), thèse en histoire contemporaine dirigée par Olivier Entraygues, soutenue à Paris le 19 avril 2023.
[18] Georges Buis, La grotte, Paris, édition du livre de poche, 1972 (reéd. 1961).
[19] Saïd Ferdi, Un enfant dans la guerre, Paris, Virgule, p. 131-132.
[20] Roger Clair, Commando spécial. Algérie 1959-1960, Paris, Pygmalion, 1997.[
21] Yves Le Gall, Le génie en Algérie et les sections spécialisées dans la réduction de grottes (1960-1962), Paris, France Europe, 2001.
[22] Armand Casanova, Ma guerre des grottes en Algérie vécue en tant que caporal-chef, Gap, publié à compte d’auteur, 2003.
[23] Georges Salin, « Les grottes, les gaz, le dégoût… », dans Claude Herbiet [sous dir.], Nous n’étions pas des guerriers : 50 témoignages d’anciens d’Afrique du Nord (1952-1962), Paris, Société des écrivains, p. 111-118
[24] Amicale des anciens du 17e Régiment du Génie Parachutiste (RGP), La 75e compagnie du génie Aéroporté. AFN 1956-1961, Montauban, publié à compte d’auteur, 2010.
[25] Jean Beyer, Commando « armes spéciales » – section de grottes – Algérie 1960-1961, publié à compte d’auteur, 2013, 135 pages.
[26] Jean Vidalenc, Les rats des Aurès. Les gars du génie dans la guerre d’Algérie, publié à compte d’auteur, 2015.
[27] Claire Billet, « Algérie, la guerre des grottes », Revue XXI, tome 58, avril 2022, p. 48-64.
[28] Entretien avec Nils Andersson du 13 décembre 2024.
[29] Hafid Keramane, La Pacification, Paris, Les Petits Matins, 2013 (réédition de 1960).
[30] Abdessamad Benabdallah, Mourad Oussedik, Jacques Vergès, Nuremberg pour l’Algérie !, Paris, Maspero, 1961, p. 14.
[31] Les photos de ce reportage sont conservées à l’ECPAD sous la cote BLED 61-59 (lien : href= »https://imagesdefense.gouv.fr/fr/film-cgz.html »).
[32] Pascal Jotreau, « Les hommes-grotte du génie », Le Bled, n° 135, jeudi 23 février 1961, p. 7.
[33] L’état-major des armes spéciales dépend en 1956 de l’état-major de l’armée de Terre. Les armes dites spéciales regroupent les armes nucléaires, biologiques, chimiques ainsi que les agents incendiaires dont le Napalm.
[34] Carton 7U1236, consulté au service historique de la défense le 21 décembre 2022.
[35] Décision n° 1152 DN/CAB/EMP du cabinet du ministre des Armées du 8 juin 1956, carton 15T582 du service historique de la défense (partiellement accessible suite à la décision de la commission d’accès aux documents administratifs (CADA) de décembre 2021).
[36] Décision d’autorisation des armes chimiques en 10e région militaire du général Lorillot du 21 mai 1956, carton GGA 3R 347-348 des Archives nationale d’outre-mer (ANOM), consulté en juillet 2023.
[37] Olivier Lion, « Des armes maudites pour les sales guerres ? L’emploi des armes chimiques dans les conflits asymétriques », revue Stratégique, 2009/1, n° 93, p. 491-531.
[38] Cette terre siliceuse se vaporise en fines particules qui permettent de porter les molécules de gaz très profondément dans l’organisme via l’appareil respiratoire.[39] Entretien avec l’auteur du 31 mars 2017.
[40] Document remis à l’auteur le 31 mars 2017.
[41] Service historique de la défense (SHD), Journal de marche et opérations (JMO) du 7e Régiment de tirailleurs algériens (RTA), cote : 7U469, consulté à Vincennes en 2022.
[42] Actuelle commune de Taxlent.
[43] Témoignage de Mohammed Labassi Ben Slimane, collecté le 25 juillet 2024.
[44] Profession de foi de l’Islam.
[45] Christophe Lafaye, « Ce que les difficultés d’accès aux archives disent de notre démocratie », The Conversation, 24 juillet 2025, https://theconversation.com/guerre-dalgerie-ce-que-les-difficultes-dacces-aux-archives-disent-de-notre-democratie-261053
[46] « Bilan des sections de grottes en Algérie en 1961 », rapport transmis au général Charles Ailleret, carton 1H3195, consulté le 19 avril 2022 au service historique de la défense à Vincennes.

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – Edition du 1er au 15 octobre 20256 https://histoirecoloniale.net/la-guerre-chimique-francaise-en-algerie-par-christophe-lafaye/

Libertés publiques en danger : alerte sur la répression en France

Jerome Gilles / NurPhoto via AFP

  • Un nouveau rapport publié ce 25 septembre confirme une dégradation alarmante des libertés publiques en France.
  • Narratifs hostiles, dissolutions administratives, réduction des financements publics, criminalisation des mobilisations, conduisent à un étouffement de la société civile et mettent en péril la liberté d’association et le droit de manifester.
  • L’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains de la (FIDH-OMCT) et la LDH alertent : la France tourne le dos à ses engagements démocratiques, suivant comme d’autres pays européens, la voie illibérale.

Paris/Genève, 25 septembre 2025. Un rapport publié aujourd’hui par l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains (un programme conjoint de la FIDH et de l’Organisation mondiale contre la torture – OMCT), avec la Ligue des droits de l’Homme (LDH), dresse un constat sévère : les libertés publiques connaissent une régression profonde et structurelle en France. Narratifs hostiles, dissolutions administratives et répression policière, réductions des financements publics, harcèlement et violences à l’encontre des défenseur·es des droits humains, marquent le rétrécissement de l’espace civique.

« La France aime rappeler son rôle historique dans la défense des droits humains ; elle se présente volontiers comme la « patrie des droits de l’Homme » et ne se prive pas de donner des leçons aux autres pays en matière de démocratie et de respect des libertés civiles  », rappelle Alice Mogwe, présidente de la FIDH. «  Mais aujourd’hui, son propre modèle démocratique est mis à mal par des pratiques qui sortent des fondements de l’État de droit et bafouent les droits fondamentaux.  »

Un climat de défiance et de stigmatisation

Le rapport met en exergue plusieurs cas très concrets. En 2020, le gouvernement a prononcé la dissolution du Collectif contre l’islamophobie (CCIF) en France. Une mesure d’exception utilisée comme instrument politique, validée par le Conseil d’État malgré des critiques circonstanciées. Pour la FIDH, l’OMCT et la LDH, ce cas emblématique illustre la manière dont la lutte contre le terrorisme a été instrumentalisée pour réduire au silence des voix critiques.

«  La dissolution du CCIF a marqué un tournant,  » alerte Nathalie Tehio, présidente de la LDH. «  Cet usage dévoyé du droit de dissolution, qui est désormais utilisé en raison des seuls propos tenus par les membres des associations en dehors de l’activité de celles-ci, crée un climat de peur et menace toute la société civile. De plus, l’État ne protège pas assez les associations des attaques virulentes de l’extrême-droite. Par ailleurs, les attaques pour museler toute expression discordante collective ne visent pas seulement les associations, elles sont aussi visibles dans la rue, avec une politique de maintien de l’ordre brutale. »

Adoptée dans le prolongement de la dissolution du CCIF, la loi « séparatisme » ajoute des motifs de dissolution des associations et est à l’origine du « contrat d’engagement républicain ». Ce dernier impose aux associations de nouvelles règles de conformité pour l’obtention de financements publics. Cependant, en l’absence de critères précis, ils laissent une large place à l’arbitraire et entretiennent un climat d’autocensure.

Le rapport documente aussi la multiplication des campagnes politiques et médiatiques de dénigrement contre les associations. Menaces de retraits de subventions, accusations d’« écoterrorisme », délégitimation de leur action : ces discours stigmatisants, autrefois marginaux, sont désormais systématiques. Ils sont d’autant plus inquiétants qu’ils émanent aussi des plus haut·es représentant·es de l’État, comme lorsque la première ministre de l’époque, Mme Borne, ou son ministre de l’intérieur, M. Darmanin, s’en sont pris directement à la LDH.

Pour Gerald Staberock, secrétaire général de l’OMCT, « En période de tensions politiques, le rôle des organisations et des défenseur·e·s des droits humains est crucial. Dans une démocratie, des organisations comme la LDH doivent pouvoir faire entendre leurs alertes et exprimer leurs inquiétudes. Cela comprend le droit de dénoncer des violations présumées, notamment en matière de violences policières. Comme dans le reste de l’Europe, il est essentiel de préserver ce socle fondamental de démocratie et de droits humains. »

Répression policière des mobilisations : démocratie en danger

Autres mouvements citoyens dans le viseur des autorités : les initiatives écologistes. Les mobilisations contre le chantier de l’autoroute A69 et les méga-bassines ont donné lieu à une répression policière particulièrement violente. Arrestations massives, gardes à vue abusives, surveillance intrusive et usage disproportionné de la force : autant de pratiques contraires aux engagements internationaux de la France.

« Les défenseur·es de l’environnement sont criminalisés·es pour avoir exercé un droit fondamental : manifester pacifiquement, » souligne Aïssa Rahmoune, secrétaire général de la FIDH. « La violence et l’impunité policières atteignent un niveau critique, qui met en danger les libertés démocratiques dans leur ensemble en France.  »

Bien que certains mouvements fassent l’objet d’une répression accrue, celle-ci s’étend désormais à toutes les luttes : du féminisme à la cause des exilé.e.s, en passant par l’anti-racisme et les droits des minorités, c’est l’ensemble de la société civile qui est touchée.

La FIDH, l’OMCT et la LDH demandent aux autorités françaises de reconnaître le rôle essentiel des associations et défenseur·euses des droits humains, de garantir le droit de manifester et de rétablir un dialogue sincère avec la société civile.

« Ce rapport ne se limite pas à dresser un constat alarmant. Il appelle à un sursaut. La France doit choisir entre rester fidèle à ses principes démocratiques et continuer à glisser vers une logique de remise en cause des droits fondamentaux et de rupture avec l’État de droit qui, à terme, ne peut que la faire sombrer dans l’autoritarisme », conclut Alice Mogwe.

Lire le rapport complet en français et en anglais sur le site de la FIDH, en français et en anglais sur le site de l’OMCT.

Source : FIDH – Fédération internationale pour les droits humains – 25/09/2025 https://www.fidh.org/fr/regions/europe-asie-centrale/france/libertes-publiques-en-danger-alerte-sur-la-repression-en-france

Marseille – Table ronde : « Le coffre-fort de l’Empire » – 14/10/2025 18h

14 octobre @ 18h00 – 22h00

Ou comment la découverte d’un Coffre-Fort au sous-sol du magasin UNIQLO au 17 rue Ferréol permet de raconter l’histoire coloniale et ses traces à Marseille?

Le Coffre-Fort de l’Empire est un projet permettant à la fois de rendre visible la mécanique économique que sous-tend l’entreprise coloniale française en Algérie mais aussi de documenter la manière dont des acteurs contemporains marseillais (associations, institutions, jeunes, scientifiques, militants) s’en saisissent pour organiser la confrontation collective à ce passé colonial et ses héritages.

Le Musée d’Histoire de Marseille a le plaisir de vous inviter à une soirée autour du projet Le Coffre-Fort de l’Empire

Ce projet vise à rendre visible la mécanique économique qui sous-tendait l’entreprise coloniale française en Algérie, tout en documentant la manière dont des acteurs contemporains marseillais – associations, institutions, jeunes, scientifiques, militants – s’en saisissent pour organiser une confrontation collective avec ce passé colonial et ses héritages.

18h – 19h30 | Musée d’histoire de Marseille
Conférence autour du projet Le Coffre-Fort de l’Empire et de l’histoire de l’économie coloniale
Avec :

  • Paul Max Morin, politiste Présentation du projet Le Coffre Fort de l’Empire
  • Samia Chabani directrice de l’association Ancrages, Révéler le patrimoine coloniale de la ville, l’apport des associations.
  • Xavier Daumalin, historien, co-directeur du projet Mars Imperium, L’économie coloniale à Marseille, le rôle de la Compagnie algérienne,
  • Témoignage audio des étudiants de Sciences po Menton.
    Projection de l’épisode réalisé par Histoires crépues sur la Compagnie Algérienne.
    En présence des élus de la Ville de Marseille

Toulon : Les effets de la colonisation – 10/10/2025

Rencontre organisée par les associations « Coudes à coudes », Amis du Monde diplomatique et LDH

10 octobre @ 15h00 – 21h00

Maison de la Méditerranée Rue commandant Infernet

LES EFFETS DE LA COLONISATION

Avec l’historien Gilles Manceron, spécialiste de l’histoire coloniale
Roland Biache, président de la LDH Toulon – la Seyne
Quentin Dauphiné, professeur d’histoire en lycée
Théo Tardy de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage
Exposition « C’EST NOTRE HISTOIRE » de la FME

  • La suprématie de l’occident : Hégémonie de la race blanche, accaparement des terres et esclavage.
  • L’impérialisme économique par la dépendance des peuples, par la force et sous couvert de droits.
  • L’indépendance sous contrainte et mise en place du néocolonialisme. Le racisme de fait.
  • Les effets visibles dans notre région et dans le Var en particulier. Traces de l’économie coloniale régionale.

Source : https://histoirecoloniale.net/evenement/toulon-rencontre-de-lassociation-decolonisons-et-de-la-ldh/

Ce que remplacer veut dire. À propos d’une dénomination de rue – Yasmine Bouagga

Les dénominations d’espaces publics sont porteuses de charges symboliques puissantes, de sorte qu’on peut considérer qu’elles sont politiquement agissantes. De la « Rue Sergent Blandan » à la « Rue Taos Amrouche», la maire du 1e arrondissement de Lyon prend la plume, non pas à l’intention des polémiqueurs, mais de celles et ceux qui peuvent s’interroger, se questionner, douter.

Il n’est pas toujours utile de répondre à des controverses, encore moins à des attaques ou des insultes. C’est souvent perdre un temps qui serait mieux employé à autre chose, et s’exposer au risque de nourrir le troll, l’algorithme du clash. Pourtant, parfois, une réponse peut être l’occasion d’élaborer une pensée, non pas à l’intention des polémiqueurs, mais de celles et ceux qui peuvent s’interroger, se questionner, douter. C’est ce que je vais tenter de faire au sujet d’un micro-événement concernant le 1e arrondissement de Lyon, le changement de nom d’un bout de rue devant une école : l’extrémité ouest de la petite rue du Sergent Blandan est devenue « rue Taos Amrouche ».

Les dénominations d’espaces publics sont porteuses de charges symboliques puissantes, de sorte qu’on peut considérer qu’elles sont politiquement agissantes. C’est le parti pris que nous avons adopté à la mairie du 1e arrondissement de Lyon, en soutenant un effort de rééquilibrage des dénominations au profit des femmes, mais aussi des dominés de l’histoire, dont l’engagement contre les oppressions, pour les droits et la liberté méritent d’être honorés. Dans la méthode, nous avons souhaité que ces dénominations soient proposées et choisies par les habitantes et les habitants, ou sur proposition d’une association mobilisée, comme ce fut le cas pour Frantz Fanon. 

S’agissant de la dénomination devant l’école Doisneau, l’initiative revient à la Commission Patrimoine de l’arrondissement, une instance participative dédiée à l’histoire du quartier, qui avait fait valoir qu’à l’occasion du réaménagement piéton d’une portion de la rue, il serait intéressant de lui restituer la dénomination qu’elle avait au début du 19e siècle, faisant référence à une boutique d’instruments de musique: rue Musique des Anges. Cette proposition n’a pas fait consensus, ni au sein de l’école, ni du conseil d’arrondissement : il a été décidé, alors, de solliciter d’autres propositions, en demandant un nom de femme en lien avec la musique. Les noms soumis ont été nombreux et divers, allant d’Anne Sylvestre à Clara Schumann en passant par Nadia Boulanger et Catherine Ribeiro. Parmi ces noms, celui de Taos Amrouche, qui n’était certainement pas la plus célèbre mais pas la seule méconnue. Une agente de la mairie a préparé un document de concertation en ligne, présentant chaque profil en quelques lignes, avec des liens pour écouter compositions et chansons lorsque cela était disponible. La concertation citoyenne a recueilli près de 1500 votes, ce qui est remarquable pour un sujet si petit et si localisé, concernant les abords d’une école. Chaque personne pouvait désigner trois choix, de sorte que le résultat final est issu d’un vote préférentiel : Taos Amrouche s’est distinguée de loin, avec plus de 700 voix sur son seul nom. Beaucoup en ont été surpris : comment, une femme qui n’est même pas lyonnaise, que personne de connaît, il y a forcément trucage ! Non, il y a eu mobilisation. Mobilisation d’un réseau d’associations culturelles kabyles très implantées à Lyon, en premier lieu l’Association Jean Amrouche (essayiste et frère de Taos Amrouche), gardienne de la mémoire de cette écrivaine de langue française, et chanteuse de langue kabyle. L’association avait organisé par le passé des événements pour faire connaître la figure de passeuse de culture qu’était Taos Amrouche, son travail de collecte de contes et de chants populaires, et ses interprétations lyriques originales. A côté de cette association, une autre, Awane, qui maintenait vivant cet héritage culturel kabyle avec une chorale à laquelle participaient des mamans d’élèves du quartier. Pour ces Françaises et Français d’origine kabyle, Taos Amrouche représentait cette double appartenance. Pour nombre de parents d’élèves sans aucun lien avec la Kabylie, ce sens était aussi puissant et significatif: « on trouvait que cela résonnait bien avec le métissage du quartier », m’a dit un papa au sujet de son choix. La communauté éducative (parents, enseignants, personnels de l’école) a massivement participé à cette concertation, et c’est avec elles et eux que l’inauguration s’est tenue le 16 septembre dernier, avec la participation de la chorale Tilawalin de l’association Awane, et du chanteur Azal Belkadi, « Pavarotti kabyle ». Un moment très émouvant et d’une grande beauté. 

Il fallait restituer factuellement le déroulé de cette dénomination avant d’en venir aux attaques : « quelle honte, effacer la mémoire d’un soldat mort pour la France pour mettre le nom d’une femme qui n’est même pas Française! » (en fait, si) ; « vous voulez réécrire l’histoire, c’est de la manipulation politique » ; « on voit le projet d’islamiser la France » (par des chansons kabyles?); « c’est un couteau planté dans les racines de la France »… Cette dernière invective est une belle occasion pour rappeler une formule très juste d’Alexis Jenni : ce que l’on apprend de plus consistant sur les racines, c’est lorsqu’on parcourt Lyon, près des grands platanes qui font bomber le trottoir, « les racines, c’est ce sur quoi on trébuche.Voilà une bonne définition de la prétendue racine humaine, et qui explique qu’elle nous lance dans d’absurdes débats » (Parmi les arbres, p.29). Débats qui pourtant font tant de sens pour tant de personnes que des rayonnages entiers de librairies sont consacrés à cette question des racines et de l’identité nationale, et qui souvent trébuchent sur les complexités historiques du peuplement de la France, comme le montre magistralement l’archéologue Jean-Paul Demoule dans l’ouvrage qui vient de paraître, La France éternelle. 

Mais plutôt que de chercher dans les arbres généalogiques et le séquençage ADN, reprenons sur le contentieux historique qui opposerait le Sergent Blandan à Taos Amrouche. Le Sergent Blandan est, comme l’indique une plaque patrimoniale de la ville, un « héros de l’armée d’Afrique », soldat né à Lyon en 1829 dans une rue proche de la place des Terreaux, d’un père limonadier, et qui s’est engagé comme des dizaines de milliers de personnes à l’époque dans la guerre de conquête coloniale de l’Algérie, sous le commandement du maréchal Bugeaud. Les combats étaient durs, Bugeaud considérait qu’il fallait asseoir la domination française par la force, sans négociation, et en menant une guerre anti-insurrectionnelle contre la population civile : massacres de villages entiers, destruction de cultures, déplacements forcés, « enfumades » des personnes réfugiées dans les grottes, utilisation de la famine comme arme de guerre. Des contemporains s’alarmaient de l’ampleur des victimes civiles, craignant que la population autochtone ne soit exterminée à l’issue de l’opération de Bugeaud (Ruscio, La première guerre d’Algérie). Au final, on estime que sur l’ensemble de la période de la guerre de conquête puis de période dite de « pacification » , près du tiers de la population algérienne a péri – mais l’armée française est parvenue à l’emporter sur la résistance algérienne, en mobilisant des contingents massifs. A l’époque à laquelle Blandan s’est engagé, environ cent mille soldats français combattaient sur le territoire algérien. Il fallait motiver les troupes, donner des exemples inspirants, susciter des vocations. Aussi, lorsque le Sergent Blandan est mort au cours d’une escarmouche dans la région de Boufarik, dans la plaine fertile de la Mitidja, son histoire a fait le tour des casernes: non seulement il a refusé de se rendre, mais il a combattu jusqu’à la mort, encourageant ses compagnons alors qu’il était lui-même blessé. Bugeaud ordonne qu’on érige un monument au lieu de sa mort. Son régiment honore sa mémoire. Un colonel en retraite se charge d’écrire un récit héroïque qui inspire tableaux, statues, et dénominations de lieux: une petite ville en Algérie, une rue à Lyon, où il est né. Il aura également sa statue à Lyon en 1900, place Sathonay, puis une caserne, devenue désormais un parc municipal. L’histoire de Blandan n’est pas bien connue de toutes et tous, mais elle imprègne les représentations, de façon plus ou moins consciente : par exemple, les jeux pour enfants du parc Blandan, conçus en 2013 autour de l’aventure dans un ancien fort militaire, s’appellent le Parcours de Reconquête et les Remparts. 

Les dénominations de lieux véhiculent des imaginaires et des valeurs. Est-il illégitime de s’en préoccuper ? Non, au contraire, c’est une nécessité que de les questionner au regard des valeurs promues actuellement et inscrites dans notre Constitution, telles que l’antiracisme et le respect de l’égale dignité des personnes. Débaptiser des lieux, changer des dénominations, ce n’est pas effacer le passé, c’est réactualiser le sens qu’on donne aux récits du passé dans nos vies, c’est réactualiser l’inspiration que ces noms portent. Nous habitons la ville de façon oublieuse et néanmoins les histoires qui y sont inscrites participent aussi à façonner notre société et sa politique. 

Comme maire du 1e arrondissement de Lyon, j’ai engagé un travail avec un groupe d’historiennes et historiens, d’anthropologues, et de responsables d’institutions de mémoire, pour apporter des éléments de contextualisation de la statue du Sergent Blandan, une information factuelle qui répare les occultations de l’histoire en donnant à voir les victimes de la propagande militaro-coloniale dont Blandan a été un instrument. En attendant, Blandan n’est ni effacé ni deshonoré. Simplement, parmi les différents lieux de Lyon qui portent son nom, sur une portion de rue, il cède la place à une femme issue de la population qu’il combattait. Une femme issue d’une lignée de femmes en résistance contre la violence du patriarcat, une femme qui a trouvé dans l’écriture en langue française une voie d’émancipation, tout en s’attachant à mettre en valeur et transmettre la richesse de sa culture kabyle. Une femme qui a incarné la rencontre et le métissage, l’ouverture, la paix. Une femme dont le nom aurait pu être choisi par une politique volontariste de remplacement de la mémoire du colonisateur par la mémoire du colonisé, mais qui, dans les faits, a été choisi par les citoyens et citoyennes elles-mêmes : ce qui est encore plus fort, car le sentiment est largement partagé qu’il est temps, effectivement, de cesser d’honorer dans nos villes les gloires coloniales qui nous renvoient à la guerre et à l’oppression, pour cultiver, ensemble, les bienfaits de la décolonisation.

Source : Mediapart – Billet de Blog – 22/09/2025 https://blogs.mediapart.fr/ybouagga/blog/220925/ce-que-remplacer-veut-dire-propos-dune-denomination-de-rue

L’ Appelé de Guillaume Viry : Prix Lorientales 2025

Guillaume Viry reçoit le Prix Lorientales 2025 pour L’ Appelé

Editions du Canoë : https://www.editionsducanoe.fr/catalogue/lappele

Le Prix Lorientales 2025 a été décerné, ce samedi 13 septembre, à Guillaume Viry pour son roman L’Appelé, publié par les éditions du Canoë en septembre 2024. Le titre faisait face à quatre autres ouvrages sélectionnés par le jury.

La récompense salue depuis 2011 une œuvre publiée l’année précédente et traitant de l’univers oriental. Elle est portée par l’association Lorientales, ancrée au Pays de Lorient.

L’ Appelé figurait dans la liste des ouvrages finalistes de la distinction, après un « choix qu’il a été difficile de faire compte tenu de la qualité des dix préfinalistes », comme l’indiquait le jury au moment de la présentation de cette sélection restreinte.

Le livre raconte l’histoire de Jean, appelé militaire en Algérie en 1962. De son service à la guerre, jusqu’à son retour en France où, trente ans plus tard, il meurt dans un asile, centré sur une mémoire troublée. Un incident — la confusion d’un prénom — ravive alors un passé enfoui, une blessure longtemps tue, mais jamais vraiment guérie.

Rappelons que L’ Appelé, de Guillaume Viry, a déjà valu à son auteur le Prix des lectrices et des lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris, décerné en avril 2025.

L’ Appelé incarne ainsi ce que le Prix Les Lorientales cherche : une œuvre capable de lier l’histoire et ses répercussions contemporaines, d’ouvrir des espaces de mémoire, de transmission, mais aussi de réveil. Le fait qu’il ait été élu au premier tour signale non seulement l’unanimité ou un soutien fort parmi les membres du jury, mais aussi que le texte avait, dès sa finaliste, un poids particulier par rapport aux rivaux.

L’ année dernière, le Prix du livre Lorientales avait été décerné à Abdelkrim Saifi pour Si j’avais un franc, roman publié par les éditions Anne Carrière.

Source : Actuallité – 15/09/2025 https://actualitte.com/article/126137/prix-litteraires/guillaume-viry-recoit-le-prix-lorientales-2025-pour-l-appele

https://leslorientales.com/?titre=l-appele-de-guillaume-viry-aux-editions-du-canoe-laureat-du-prix-lorientales-2025&rubrique=&mode=articles&crit1=10&date_publication=&crit2=&id=93

Anniversaire de la création du GPRA le 19 septembre 1958 – Omar Benderra

Contribution pour le cinquantième anniversaire de la création du GPRA – Omar Benderra, Algeria-Watch, 18 septembre 2008
https://algeria-watch.org/?p=65168

Le 19 septembre 1958, en pleine guerre de libération nationale, le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) a été proclamé au Caire par le Front de libération nationale (FLN). Pour marquer cette date importante, Algeria-Watch poste un texte de Omar Benderra, toujours d’une grande actualité.



Cinquante ans après sa création le 19 septembre 1958, l’actualité du Gouvernement provisoire de la République algérienne demeure dans le temps politique suspendu de la nation. Le GPRA reste pour de nombreux Algériens le seul gouvernement indiscutablement légitime qu’ait connu l’Algérie moderne. Le coup de force de 1962 contre l’expression gouvernementale de la révolution intenté par ceux-là mêmes qui devaient en assurer la protection marque encore douloureusement la réalité du pays. Le premier putsch mis en œuvre par ceux à qui le peuple et la révolution avaient confiés leurs armes fonde le régime qui entraîne l’Algérie dans une dérive sans issue. De fait, le système politique autoritaire de nature militaro-policière mis en place sous la menace des baïonnettes a perduré d’abord par la répression des libertés et en reprenant à son compte une histoire tronquée de la résistance du peuple algérien, ensuite, en particulier depuis juin 1991, par la brutalité nue et la force pure.

De crise en crise, du carnage des innocents au plus fort de la guerre contre les civils à la période présente de fausse opulence, de gabegie et de terrorisme « résiduel », la situation générale s’aggrave dangereusement et menace très gravement l’intégrité du pays et la souveraineté nationale. Le blocage politique voulu par ceux qui dirigent effectivement l’Algérie et l’annihilation de toutes les forces politiques susceptibles d’encadrer et de canaliser les revendications populaires met en jeu l’avenir national.

La gestion de la société par la violence et la guerre psychologique, en entretenant des divisions factices et en nourrissant les fausses contradictions en vue d’émietter et de fragmenter les luttes sociales et politiques, a abouti aujourd’hui à la quasi-disparition de toute forme d’organisation autonome, comme elle a débouché sur le délitement de l’État et la disparition de toute régulation sociale.

Tous en conviennent : nulle force organisée n’émerge publiquement pour se dresser contre la violence généralisée et radicalement destructrice que tout un chacun voit monter. Il ne s’agit pas d’élaborer des scenarii pour une catastrophe annoncée mais bien de tenter de la circonscrire à défaut de l’éviter.

Les objectifs premiers de l’appel du premier novembre 1954 ne sont toujours pas traduits dans la réalité. L’Appel du 1er novembre, qui demeure jusqu’à nouvel ordre constitutionnel, issu de la volonté de la volonté du peuple, l’unique texte incontestable sur laquelle est fondée la République algérienne, stipule en effet que le but de l’indépendance nationale est :
« 1) La restauration de l’État algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques.
2) Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions. »
À l’évidence, le pays, ayant recouvré son indépendance formelle, n’a pas encore assuré la mise en œuvre du contenu primordial de l’indépendance nationale tel qu’énoncé en Novembre 1954.
L’abandon des principes de l’Appel de Novembre 1954 par une organisation sans visage nullement embarrassée par un sens minimal de l’intérêt général a entraîné le pays dans la descente aux enfers de la déshérence et du désespoir.

Dans le système actuel il n’est d’avenir pour la jeunesse algérienne que dans la fuite suicidaire vers un étranger hostile, dans la subversion ou dans les marges de la délinquance et de la criminalité. Les conditions sociales, entre précarité et dénuement, de la vaste majorité du peuple algérien sont absolument inacceptables, particulièrement au regard du potentiel du pays, de son histoire, et de l’objet permanent de ses luttes.

La misère de millions d’Algériens est d’autant plus choquante qu’une minorité de privilégiés et de parvenus exhibent sans vergogne une richesse née des prébendes et des passe-droits. L’affairisme de bas étage et l’argent sale triomphent dans l’impudence et l’arrogance. Le bilan de la gouvernance est sans appel : cinquante ans après la création du GPRA, les libertés sont toujours piétinées, l’expression bâillonnée, l’action politique interdite, et seules les apparences de l’arbitraire ont changé.

Face à la corruption, à l’incurie et à l’incompétence érigées en mode d’exercice du pouvoir, il ne reste plus pour les citoyens niés dans leurs droits et empêchés de s’organiser, que le recours désespéré à l’émeute et au saccage. Le phénomène émeutier est ainsi entré dans le quotidien d’un pays en état de non-gouvernance.

La violence étatique qui tient lieu d’autorité réelle, dissimulée derrière le paravent d’institutions vidées de leur sens, est repliée sur elle-même, réfractaire à tout changement, et s’éloigne chaque jour davantage de la société. D’émeutes spontanées en révoltes localisées, l’Algérie semble se préparer à une rupture brutale et généralisée de l’ordre social actuel.

Une pareille éventualité ne relève pas de la pure prospective mais découle de l’analyse dépassionnée et de l’observation froide de la réalité. Si elle venait à survenir, une telle rupture pourrait bien emporter non seulement le régime, mais bien le pays tout entier dans une tourmente à l’issue totalement incertaine et aux implications imprévisibles.

L’ implosion du système de pouvoir et l’absence de tout encadrement alternatif des populations risque, comme dans d’autres pays, de l’Afghanistan à la Somalie en passant par l’Irak, de libérer des forces centrifuges et des fanatismes nourris et encouragés depuis de nombreuses années par les appareils d’intoxication du régime.

Dans une telle hypothèse et compte tenu de sa position géostratégique et du rôle de fournisseur énergétique du pays, rien n’interdit d’envisager que des interventions étrangères directes puissent avoir lieu sous des formes et des prétextes les plus divers. À ce stade, la seule défense effective contre de telles dérives réside bien dans la maturité politique de l’immense majorité du peuple. Il ne s’agit point d’alarmisme mais d’une analyse hélas commune et exprimée par de nombreux citoyens et citoyennes sincères et lucides. Il appartient donc à tous les militants de la cause nationale, au-delà de leurs divergences, de parvenir à dépasser le diagnostic et de s’organiser de toutes les façons possibles pour faire face à un danger réel susceptible de survenir sans préavis.

Dans un paysage politique dévasté, il n’y a pas d’homme providentiel, ni de leader charismatique ni d’idéologie unique et encore moins d’appareil politique exclusif en mesure d’encadrer les révoltes qui viennent. Les hommes politiques nouveaux, dans leur diversité, apparaîtront et les organisations s’imposeront, dans leur pluralité, au fil des circonstances.

Entre-temps, il incombe à tous de résister au sentiment d’impuissance et à la fatalité de l’échec dont veulent nous accabler ceux, qui au nom d’une lecture insuffisante de l’Histoire, voudraient faire accroire que le peuple n’aurait que ce qu’il mérite et qu’il y aurait un atavisme de la soumission et de la résignation propre aux Algériens. C’est bien mal connaître le passé d’un peuple qui, malgré les phases d’écrasement violent, a toujours su trouver en lui-même les ressources et les capacités de résistance à l’oppression.

La vigilance est plus que jamais nécessaire dans la perspective, hélas trop prévisible, d’événements graves et dangereux. Il ne s’agit nullement de la défense d’une ligne politique ou de la promotion de trajectoires individuelles. Au contraire, ce qui est en cause est l’objectif commun de tous les citoyens, le ciment de la volonté de vivre ensemble en droite ligne de l’Appel du 1er Novembre 1954.

L’unité nationale, le retour au droit et le rejet définitif de la violence en tant que moyen d’administration du pays constituent le socle institutionnel des libertés démocratiques. Comme le proclamait le GPRA dans sa déclaration inaugurale, le peuple algérien est un peuple pacifique. Mais qui ne s’est jamais résigné à l’injustice, l’Histoire en témoigne.

La seule possibilité qu’offrent les conditions actuelles est celle de l’organisation de tous sous toutes les formes démocratiques et non-violentes susceptibles d’être mises en œuvre. C’est par l’analyse sereine et l’organisation que pourra être refermée, avec le moins de dommages possibles, l’absurde parenthèse ouverte au cours de l’été 1962 par des aventuriers sans scrupule et avides de pouvoir.

Il sera temps alors d’achever enfin la mission du GPRA, de créer les conditions d’une consultation libre et démocratique du peuple pour définir les institutions de l’indépendance réelle.

Source : Algeria Watch – 19/09/2025 https://www.algeria-watch.info/contribution-pour-le-cinquantieme-anniversaire-de-la-creation-du-gpra/

Mohamed V et la guerre d’indépendance algérienne

Bonnes feuilles du livre de l’historien Benjamin Badier relatives au soutien du roi du Maroc à la lutte pour l’indépendance algérienne à partir de 1956.

Benjamin Badier publie en août 2025 Mohammed V, dernier sultan et premier roi du Maroc (Perrin), un livre tiré de sa thèse de doctorat soutenue en 2023. Au contraire de nombreuses hagiographies du « père de la nation » marocaine, père de Hassan II et grand-père de Mohamed VI, ce livre d’un historien restitue la complexité du parcours de ce sultan placé sur le trône par la France coloniale en 1927, déposé et exilé par elle en 1953, mais qui devint un acteur majeur de l’indépendance du Maroc puis un monarque autoritaire. Nous en publions ici les bonnes feuilles relatives aux rapports du roi d’un Maroc devenu indépendant en 1956 avec la guerre d’indépendance algérienne qui fait rage à ses frontières depuis novembre 1954. L’auteur y revient sur le soutien du pouvoir marocain à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, alors que les nationalistes marocains, algériens et tunisiens rêvaient d’une « unité du Maghreb arabe », mais il met aussi en lumière ses « ambiguïtés ».

La guerre d’Algérie vue du Palais marocain : entre retenue et soutien

Extrait de Mohamed V, dernier sultan et premier roi du Maroc (pp. 347-353)

Dès 1956, le Maroc s’engage en faveur de l’indépendance de l’Algérie[3]. Alors que les deux pays sont entrés en conflit dès 1963 et que leurs relations sont toujours houleuses soixante ans plus tard, il est bienvenu de rappeler que le Maroc a apporté son soutien à la cause algérienne avant 1962 et ouvert son territoire au FLN et à l’ALN. Ce soutien n’était cependant pas sans ambiguïtés.

La guerre a débuté alors que Mohammed V était en exil, mais la décolonisation des deux pays frontaliers est liée. L’insurrection du 20 août 1955 dans le Nord‐Constantinois en est une bonne illustration, puisque la date a été choisie en soutien au monarque exilé, alors que d’importantes mobilisations ont également lieu au Maroc. Le roi commence à s’intéresser à l’Algérie à l’été 1956, une fois les premières urgences de l’indépendance traitées, au moment où, après le Congrès de la Soummam (également un 20 août), le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA) se met en place[4]. Jusqu’à la fin de son règne, la position du roi sur l’Algérie repose sur trois constantes : le désir d’une résolution pacifique, la réalisation des aspirations algériennes et le respect des intérêts de la France et des Français[5].

L’ engagement du sultan prend la forme d’une offre de service destinée à la France, formulée avec la Tunisie. Leurs bonnes intentions volent en éclats en octobre 1956, lorsque les autorités françaises choisissent de détourner l’avion des nationalistes algériens. La crise diplomatique qui s’ensuit accroît la détermination marocaine à s’engager en faveur de l’Algérie. Cependant, que l’indépendance de ce pays puisse advenir par la force ne peut séduire Mohammed V, car il craint l’instauration d’une république algérienne animée par un esprit révolutionnaire et socialiste. Une méfiance envers le FLN est de mise, du fait de la présence d’insurgés algériens sur le sol marocain, mais aussi de points de désaccord sur la question des futures frontières. Mais le monarque doit aussi tenir compte de l’opinion publique, favorable au FLN, tout comme les partis nationalistes.

Les cinq chefs du FLN avec le prince héritier Hassan devant l’avion marocain qui va être détourné par la France le 22 octobre 1956

Après la contre‐offensive française de 1956 et la mise en place des premiers barrages frontaliers, l’essentiel de l’ALN doit s’installer hors d’Algérie[6]. La wilaya numéro V prend ses quartiers dans les environs d’Oujda, où une communauté algérienne est présente de longue date. Il faut y ajouter les dizaines de milliers de réfugiés liés au conflit et plusieurs milliers de combattants. Le FLN est aussi implanté dans la plupart des grandes villes du pays. Des camps de formation ont été installés près de Nador, Khemisset, Larache et Tétouan[7]. Dans l’Est, les bases opérationnelles sont installées à Oujda, Boubeker, Berguent, Tendrara, Bou Arfa et Figuig, le long de la zone frontalière où des incidents entre l’ALM et l’ALN surviennent[8]. Le FLN est donc bien implanté dans les zones peu contrôlées par le pouvoir central marocain. Les deux principales figures algériennes au Maroc sont alors Abdelhafid Boussouf (1926‐1980), membre du Comité de coordination et d’exécution (CCE) à la tête d’un système de renseignements contrôlant les Algériens exilés au Maroc[9], et son second Houari Boumediene (1932‐1978), le futur président algérien, qui dirige les opérations militaires.

Les autorités marocaines préfèrent fermer les yeux sur cette présence algérienne, notamment pour éviter d’être tenues pour responsables par les Français. Elles tolèrent les livraisons d’armes au FLN, dont les cargaisons, très souvent en provenance d’Égypte, sont débarquées sur la côte nord, puis acheminées vers l’Algérie. De même pour la propagande algérienne qui circule dans le pays sans trop de contraintes. En revanche, les services secrets français n’ont jamais repéré d’aide financière directe du gouvernement marocain à la rébellion. Le soutien reste donc relatif.

Une première inflexion sur la question algérienne se fait sentir à l’été 1957. Dans un discours devant les ambassadeurs marocains, Mohammed V prononce pour la première fois le mot « indépendance » au sujet de l’Algérie[10]. Le 21 novembre suivant, au moment de la tenue de l’Assemblée générale de l’Onu, Maroc et Tunisie proposent à la France une nouvelle mission d’arbitrage[11], rejetée depuis la tribune de l’Onu par le ministre français Pineau. Face à ce nouveau refus, le Maroc accentue son soutien au FLN, alimenté par les agissements français durant la guerre. Après le bombardement de Sakiet Sidi Youssef en février 1958, la Tunisie cherche et obtient le soutien marocain[12]. Le roi assure au président Bourguiba que la « question algérienne » est l’une de ses priorités. Elle contraint les deux pays à se tourner vers l’idée d’un front maghrébin uni avec le FLN. Mais Mohammed V souhaite rester dans une posture de conciliation, tout en se prononçant pour l’indépendance :

Nous désirons une solution rapide, pacifique et politique du problème algérien pour ne pas être condamné bientôt au choix dramatique entre les impératifs de la fraternité et les obligations de l’amitié […]. Nous ne pourrions maintenir plus longtemps Notre réserve actuelle si le problème algérien ne reçoit pas une solution qui donne satisfaction aux aspirations nationales du peuple algérien et lui reconnaisse sa liberté et sa souveraineté […][13].

L’ unité maghrébine est l’objet de la grande conférence qui se déroule du 27 au 30 avril 1958 à Tanger[14]. Elle ne réunit pas les États, mais les partis nationalistes, l’Istiqlal, le Néo‐Destour et le FLN. Le roi du Maroc, alors absorbé par la crise politique en cours dans le pays (chute du gouvernement Bekkai), ne joue aucun rôle dans la conférence, mais elle a son aval. Face à la menace que représente la France pour la souveraineté des États nord‐africains, la conférence propose « l’unité maghrébine ». Les difficultés des trois pays, la guerre d’Algérie, la présence militaire postcoloniale ou encore les revendications territoriales sont considérées comme un tout. Les résolutions réclament la reconnaissance immédiate de l’indépendance de l’Algérie et la mise en place d’un fédéralisme maghrébin. Ce pan‐maghrébisme s’inscrit dans le souvenir de l’Étoile nord‐africaine de l’entre‐deux‐guerres ou du Comité de libération du Maghreb arabe formé au Caire en 1948 derrière Abdelkrim et recréé par Nasser en 1954. Il s’inspire aussi de la République arabe unie (RAU) créée derrière Nasser en février 1958, incluant l’Égypte et la Syrie et avec laquelle il s’agit de rivaliser au sein du monde arabe.

Mais le projet a tout d’une chimère, car les trois partis nationalistes et les gouvernements ont peu intérêt à mettre en forme ce projet[15]. Au Maroc, le roi‐commandeur des croyants conçoit mal une alliance fédérale avec la république bourguibienne. Le retour au pouvoir de De Gaulle en France en mai 1958 change aussi la donne, car Maroc et Tunisie préfèrent attendre ses décisions sur l’Algérie. La conférence suivante, qui se tient à Tunis du 17 au 20 juin et qui réunit cette fois les gouvernements (mais toujours pas le roi), constitue selon G. Meynier un « coup d’épée dans l’eau[16] ». Après 1958, il n’y a plus de grande rencontre tripartite et les rapports deviennent plus fuyants.

Une autre preuve de l’engagement retenu du Maroc et de son roi est apportée en septembre 1958, lorsque le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) est fondé. L’une de ses priorités est d’être reconnu par les deux pays voisins[17]. Le président du Conseil Balafrej prend alors contact avec l’ambassadeur de France au Maroc pour s’excuser par avance : son pays est contraint de reconnaître le gouvernement algérien, parce qu’un choix contraire ne serait pas compris dans le monde arabe, parce que la sécurité du pays pourrait être compromise en raison des dizaines de milliers d’Algériens qui y vivent et parce que l’opinion publique marocaine y est très favorable[18]. Mohammed V fait aussi tout pour atténuer la portée de cette reconnaissance. Il refuse qu’un représentant officiel du GPRA s’installe à Rabat – alors que la ville a un temps été envisagée comme capitale du gouvernement exilé – et s’arrange pour que le Maroc ne soit pas le premier pays à le reconnaître. La France est sensible à ces précautions.

Mohammed V recevant au Palais royal de Rabat des ministres du Gouvernement Provisoire de la République d’Algérie (GPRA) le 28/09/1959 (Photo @afpphoto)

Dans les mois qui suivent, les contacts se multiplient cependant entre le Palais et le GPRA. Mohammed V reçoit ses représentants à Rabat, notamment les ministres Abdelhafid Boussouf et Abdelhamid Mehri et son président Ferhat Abbas, accueilli comme un chef d’État en novembre 1958, novembre 1959 et mai 1960. Mais les audiences qu’il accorde sont courtes et peu engageantes, voire tendues. Le GPRA a conscience de la gêne du Palais et souligne dans un rapport d’octobre 1958 l’écart entre les paroles et les actes[19]. Le Palais et l’Istiqlal, après sa scission en 1959, craignent une possible collusion entre le FLN et les éléments républicains au Maroc, notamment l’UNFP. Après 1958, le militantisme algérien est plus qu’avant encadré sur le sol marocain[20]. Les armes continuent de transiter par le nord, mais le Palais intervient pour interrompre les trafics dès qu’ils sont révélés par la presse française.

Depuis que les FAR ont remplacé l’ALM dans le Tafilalt ou l’Oriental et que l’armée française s’est repliée, les incidents frontaliers mettent l’armée marocaine aux prises avec l’armée française en Algérie autant qu’avec les nationalistes algériens. Le nombre croissant de combattants algériens sur le territoire marocain (peut‐être cinq mille fin 1960) fait craindre au gouvernement marocain une contagion de la guerre d’Algérie dans la province d’Oujda[21]. Aussi, toute initiative en faveur d’une résolution pacifique du conflit a‐t‐elle la faveur du Palais. Le roi se rallie à la politique d’autodétermination annoncée par de Gaulle à partir de septembre 1959, dont le principe a également été accepté par le GPRA.

Mohammed V, Gamal Abdel Nasser, Ferhat Abbas, lors de la réunion du Groupe de Casablanca en 1961

Mais la position du Maroc se durcit en 1960. C’est le reflet d’un tournant politique général après la mise en place d’un gouvernement présidé par le roi (mai 1960), mais aussi d’un rapprochement avec les pays socialistes et d’un engagement plus explicite en faveur de la décolonisation, en particulier en Afrique. Le 31 mai 1960, un protocole d’accord est signé entre le gouvernement marocain et le GPRA, qui régularise la présence du FLN au Maroc[22]. À l’automne 1960, Mohammed V milite pour que la question algérienne soit inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies[23]. Dans un contexte de fortes tensions avec la France, le soutien à l’Algérie apparaît aussi comme un moyen de faire pression sur l’ancienne puissance coloniale sur le dossier mauritanien. Le 1er novembre 1960, pour le sixième anniversaire du déclenchement de la guerre d’indépendance, une journée de solidarité avec l’Algérie est organisée et largement suivie au Maroc. La veille au soir, le roi prononce à la radio un discours enflammé contre le colonialisme et les menées néocoloniales :

Le jour de l’Algérie est notre jour, sa cause est notre cause. […] La libération de l’Algérie est une question de vie ou de mort pour nous ; elle nous importe au plus haut point, car elle est la plus sûre garantie de l’indépendance de notre pays, de l’unité du Maghreb arabe et de la liberté de tout le continent africain[24].

L’ actualité sanglante en Algérie lui donne l’occasion d’exprimer de nouveau son soutien en décembre 1960, à la suite de la répression des manifestations en Algérie[25]. Mohammed V n’a jamais été aussi engagé derrière la cause algérienne que dans les toutes dernières semaines de son règne, mais il meurt avant l’indépendance du pays.


[3] M. Essemlali, « Le Maroc entre la France et l’Algérie (1956‐1962) », Relations internationales, vol. 146, n° 2, 2011, p. 77‐93 ; C. Rogerro, L’Algérie au Maghreb. La guerre de libération et l’unité régionale, s. l., Mimésis, 2014.1

[4] S. Thénault, Histoire de la guerre d’indépendance algérienneop. cit., p. 87.

[5] « Discours prononcé par Sa Majesté lors de son entrée officielle à Oujda », 25 septembre 1956, dans Mohammed V, Le Maroc à l’heure de l’indépendanceop. cit., p. 131 ; Direction générale des Affaires marocaines et tunisiennes, « Mohammed V et le problème algérien », 25 juillet 1959, CADLC, 24QO‐944.

[6] G. Meynier, Histoire intérieure du FLN, 1954-1962, Paris, Fayard, 2002, p. 556 ; C.‐R. Ageron, « Un versant de la guerre d’Algérie : la bataille des frontières (1956‐1962) », dans Genèse de l’Algérie algérienne, Saint‐Denis, Éditions Bouchène, 2005, vol. 2, p. 641‐654 ; S. Arezki, De l’ALN à l’ALP. La construction de l’armée algérienne (1954-1991), Paris, Éditions de la Sorbonne, 2022, p. 134.

[7] « Le camp de Khemisset », février 1959, CADLC, 24QO‐943 ; « Organisation et action du FLN au Maroc », avril 1958, CADLC, 24QO‐ 942.

[8] État‐major général de la Défense nationale, « L’aide du Maroc à la rébellion algérienne », 26 mai 1959, CADLC, 24QO‐943.

[9] G. Meynier, Histoire intérieure du FLNop. cit., p. 339.

[10] « Communiqués publiés à la suite de la Conférence des ambassa‐ deurs », 20 juillet 1957, CADLC, 24QO‐942.

[11] Communiqué commun publié à la suite de l’entrevue S. M. Mohammed V – S. E. Habib Bourguiba, 21 novembre 1957, CADLC, 24QO‐1107.

[12] Lettre de Bourguiba à Mohammed V, 15 février 1958, et réponse, 18 février 1958, DAR, A21‐027.

[13] Direction générale des Affaires marocaines et tunisiennes, « Mohammed V et le problème algérien », 25 juillet 1959, CADLC, 24QO‐944.

[14] M. Connelly, L’Arme secrète du FLNop. cit., p. 299 ; C. Rogerro, L’Algérie au Maghrebop. cit., p. 70.

[15] La Documentation marocaine, « Maghreb arabe uni. Conférence de Tanger, 27‐30 avril 1958 », DAR, A21‐027.

[16] G. Meynier, Histoire intérieure du FLNop. cit., p. 567.

[17] Lettre de F. Abbas, président du GPRA au roi du Maroc, depuis Le Caire, 19 septembre 1958, DAR, A21‐028.

[18] Télégramme de Parodi, au MAE français, 18 septembre 1958, CADLC, 24QO‐942.

[19] Document n° 93, 1er octobre 1958, M. Harbi, Les Archives de la Révolution algérienne, Paris, Jeune Afrique, 1981, p. 429‐445.

[20] « Note sur l’attitude du Maroc à l’égard du FLN », 23 juin 1959, CADLC, 24QO‐943.

[21] Télégramme de Seydoux au MAE français, 6 décembre 1960, CADLC, 24QO‐945.

[22] Document n° 96, 30‐31 mai 1960, M. Harbi, Les Archives…op. cit., p. 458‐461 ; C. Rogerro, L’Algérie au Maghrebop. cit., p. 135.

[23] Lettre publique de Mohammed V à son fils Hassan, 19 septembre 1960, dans Mohammed V, Le Maroc et l’Afriqueop. cit., p. 13.

[24] Mohammed V, Inbi‘âth umma, t. 5 : 1959-1960op. cit., p. 226.

[25] Mohammed V, Inbi‘âth umma, t. 6 : 1960-1961op. cit., p. 33.

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – Édition du 15 septembre au 1er octobre 2025 https://histoirecoloniale.net/mohamed-v-et-la-guerre-dindependance-algerienne-par-benjamin-badier/

Colloque : Les harkis, de la mémoire à l’histoire ?  Lyon – 3 et 4/10/2025

La Ville de Lyon, Coup de soleil en Auvergne-Rhône-Alpes et l’Association culturelle Franco-Maghrébine organisent les 3 et 4 octobre 2025 à Lyon un colloque consacré aux mémoires et à l’histoire des harkis et de leurs familles et descendants.

Les harkis, de la mémoire à l’histoire ?

Cette manifestation est soutenue par l’Office National des Combattants et Victimes de Guerre et l’Académie de Lyon.
Ces journées prennent place dans la suite des rencontres mémorielles franco-algériennes que Coup de Soleil en Auvergne-Rhône-Alpes et différents partenaires organisent depuis 4 ans avec le soutien de la Ville de Lyon.
Elles se tiendront dans les salons de l’Hôtel de Ville de Lyon, avec une présentation de l’exposition de l’ONaCVG sur les harkis.


Vendredi 3 octobre

14h  Accueil du public

14h30 Mot d’accueil et d’ouverture par Monsieur le Maire de Lyon, en présence de :
– Arnaud Papillon, chef du département de la mémoire de l’ONaCVG ;
– Tramor Quemeneur, historien et directeur de projet, chargé des questions mémorielles sur la colonisation et la guerre d’Algérie, à la présidence de la République française ;
– Fatma Kefif, présidente de l’Union nationale des anciens combattants français musulmans et leurs enfants ;
– Esma Gaudin Azzouz, présidente, et Michel Wilson, vice-président de l’association Coup de Soleil en Auvergne-Rhône-Alpes.

15h Revenir sur l’histoire des harkis : quels enjeux ? La difficile émergence de l’histoire des harkis en France, Abderahmen Moumen, historien, chercheur associé à TELEMMe (Université de Provence), membre du conseil scientifique du Mémorial du camp de Rivesaltes, il est spécialiste de la guerre d’Algérie et des enjeux mémoriels.

16h Les harkis. Les raisons d’un long silence, Mohand Hamoumou, sociologue, président d’AJIR pour les Harkis (Association Justice Information Réparation), docteur en sociologie (EHESS), diplômé de l’Essec et en droit, a été successivement instituteur, enseignant à l’Université et en Grandes Ecoles, DRH au sein de deux groupes internationaux, et maire de Volvic. Membre du conseil scientifique de la Fondation de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, il est l’auteur de la première thèse publiée sur l’histoire des Harkis.

17h L’histoire des harkis du point de vue de l’Algérie, où en est-on ? Pierre Daum, journaliste, ancien collaborateur de Libération, il est l’auteur de Ni valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance, avec une préface de Benjamin Stora (Actes Sud, 2012) et signe en 2015, toujours chez Actes Sud, Le dernier tabou. Les « harkis » restés en Algérie après l’indépendance, poursuivant ainsi ses travaux sur les zones d’ombres du passé colonial de la France.

19h  au cinéma voisin l’Opéra, 6 rue Joseph Serlin :

Projection du film de Philippe Faucon, Les harkis
Le débat qui suivra sera animé par Tramor Quemeneur, Historien, enseignant à l’université Paris-8, spécialiste des questions mémorielles sur la colonisation et la guerre d’Algérie et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. Il est directeur de projet, chargé des questions mémorielles sur la colonisation et la guerre d’Algérie, à la présidence de la République française, et secrétaire de la commission mixte d’historiens français et algériens.


Samedi 4 octobre 2025

10h Les cimetières harkis dans les camps, Saint-Maurice l’Ardoise, Rivesaltes
Table ronde animée par Abderahmen Moumen, historien
Lucie Peytermann, (journaliste, AFP) – en visioconférence –  Grand reporter à l’AFP, autrice d’une enquête sur les cimetières oubliés des enfants harkis.
Nadia Ghouafria, Présidente de l’association Soraya, elle s’investit dans la préservation de la mémoire des harkis et se bat pour que le cimetière oublié de Saint-Maurice-l’Ardoise soit retrouvé et réhabilité.
Marie Gougache, Collectif des familles de disparus de Rivesaltes et Perpignan, Présidente d’AJIR pour les Harkis Ile de France

11h Les mobilisations Table ronde animée par Michel Wilson (Coup de soleil)

Katia Khemache, 1975, 1991, La révolte de la « seconde génération ». Docteure en histoire et professeure d’histoire-géographie en Gironde, Katia Khémache a adapté une partie de sa thèse sur La relation entre les pouvoirs publics français et la population harkie lot-et-garonnaise de 1962 à nos jours : Regards sur des pratiques administratives postcoloniales.
Said Mérabti, militant associatif. De la Marche pour l’égalité et contre le racisme au militantisme harki. Saïd Merabti, né pendant la guerre d’indépendance, fils de harki exilé en 1962, a grandi dans les quartiers Nord de Marseille. L’engagement a été l’une des constantes de sa vie de citoyen. Outre des mandats syndicaux et politiques, il a assumé successivement, et sans contradiction, la défense de la culture berbère, les combats antiracistes et les revendications de reconnaissances des familles harkies.
Mohamed Haddouche, militant associatif. Mohamed Haddouche a milité dans des associations de et pour les Harkis : CFMRAA de feu M’hamed LARADJI, au CNMF avec André Wormser, à Génériques (une association qui travaillait sur l’histoire des populations venues d’ailleurs en France) et à AJIR (cofondateur, ancien Président, actuellement trésorier). Il est actuellement président du Fonds de dotation pour la mémoire des harkis.

Charles Tamazount. L’action juridique pour faire droit. Président du Comité Harkis et Vérité, avec son frère, il a fait condamner la France par la Cour européenne des droits de l’homme pour les conditions de vie indignes dans les camps qui les ont accueillis après l’indépendance de l’Algérie.

12h30 Buffet payant préparé par l’association Cannelle et Piment, sur réservation

14h Les harkis dans les arts  Table ronde animée par Just Jolivet (ONaCVG)

Vincent Marie, historien, Les harkis dans le cinéma. Titulaire d’un doctorat liant histoire et bande dessinée, commissaire d’expositions, directeur de publication, cet agrégé d’histoire enseigne le cinéma au lycée Philippe Lamour de Nîmes et la sémiologie de l’image à l’Université de Montpellier 3

Fadhela Benammar-Koly, Le travail sur les tisseuses de Lodève. Vice présidente de la communauté de communes de Lodève, conseillère régionale, Fadelha Benammar-Koly milite pour garder trace de l’histoire des femmes d’anciens harkis à l’origine de la manufacture de tapis de Lodève.

15h Les harkis en images Table ronde animée par Pierre-Jérôme Biscarat (ONaCVG)
Vincent Marie

Axel Graisely ou Lobé, auteurs de « Les harkis, une tragédie française », éditions Présence 2023 (à confirmer)

16h Projection du documentaire « Le mouchoir de mon père ». Avec Farid Haroud, réalisateu

Farid Haroud est Journaliste pour la télévision, réalisateur de documentaire
et auteur. Dans son documentaire, il revient sur l’histoire douloureuse de son père.

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – Édition du 15 septembre au 1er octobre 2025 https://histoirecoloniale.net/les-harkis-de-la-memoire-a-lhistoire-un-colloque-a-lyon-les-3-et-4-octobre-2025/