Toulon : Les effets de la colonisation – 10/10/2025

Rencontre organisée par les associations « Coudes à coudes », Amis du Monde diplomatique et LDH

10 octobre @ 15h00 – 21h00

Maison de la Méditerranée Rue commandant Infernet

LES EFFETS DE LA COLONISATION

Avec l’historien Gilles Manceron, spécialiste de l’histoire coloniale
Roland Biache, président de la LDH Toulon – la Seyne
Quentin Dauphiné, professeur d’histoire en lycée
Théo Tardy de la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage
Exposition « C’EST NOTRE HISTOIRE » de la FME

  • La suprématie de l’occident : Hégémonie de la race blanche, accaparement des terres et esclavage.
  • L’impérialisme économique par la dépendance des peuples, par la force et sous couvert de droits.
  • L’indépendance sous contrainte et mise en place du néocolonialisme. Le racisme de fait.
  • Les effets visibles dans notre région et dans le Var en particulier. Traces de l’économie coloniale régionale.

Source : https://histoirecoloniale.net/evenement/toulon-rencontre-de-lassociation-decolonisons-et-de-la-ldh/

Colloque : Les harkis, de la mémoire à l’histoire ?  Lyon – 3 et 4/10/2025

La Ville de Lyon, Coup de soleil en Auvergne-Rhône-Alpes et l’Association culturelle Franco-Maghrébine organisent les 3 et 4 octobre 2025 à Lyon un colloque consacré aux mémoires et à l’histoire des harkis et de leurs familles et descendants.

Les harkis, de la mémoire à l’histoire ?

Cette manifestation est soutenue par l’Office National des Combattants et Victimes de Guerre et l’Académie de Lyon.
Ces journées prennent place dans la suite des rencontres mémorielles franco-algériennes que Coup de Soleil en Auvergne-Rhône-Alpes et différents partenaires organisent depuis 4 ans avec le soutien de la Ville de Lyon.
Elles se tiendront dans les salons de l’Hôtel de Ville de Lyon, avec une présentation de l’exposition de l’ONaCVG sur les harkis.


Vendredi 3 octobre

14h  Accueil du public

14h30 Mot d’accueil et d’ouverture par Monsieur le Maire de Lyon, en présence de :
– Arnaud Papillon, chef du département de la mémoire de l’ONaCVG ;
– Tramor Quemeneur, historien et directeur de projet, chargé des questions mémorielles sur la colonisation et la guerre d’Algérie, à la présidence de la République française ;
– Fatma Kefif, présidente de l’Union nationale des anciens combattants français musulmans et leurs enfants ;
– Esma Gaudin Azzouz, présidente, et Michel Wilson, vice-président de l’association Coup de Soleil en Auvergne-Rhône-Alpes.

15h Revenir sur l’histoire des harkis : quels enjeux ? La difficile émergence de l’histoire des harkis en France, Abderahmen Moumen, historien, chercheur associé à TELEMMe (Université de Provence), membre du conseil scientifique du Mémorial du camp de Rivesaltes, il est spécialiste de la guerre d’Algérie et des enjeux mémoriels.

16h Les harkis. Les raisons d’un long silence, Mohand Hamoumou, sociologue, président d’AJIR pour les Harkis (Association Justice Information Réparation), docteur en sociologie (EHESS), diplômé de l’Essec et en droit, a été successivement instituteur, enseignant à l’Université et en Grandes Ecoles, DRH au sein de deux groupes internationaux, et maire de Volvic. Membre du conseil scientifique de la Fondation de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, il est l’auteur de la première thèse publiée sur l’histoire des Harkis.

17h L’histoire des harkis du point de vue de l’Algérie, où en est-on ? Pierre Daum, journaliste, ancien collaborateur de Libération, il est l’auteur de Ni valise ni cercueil, les Pieds-noirs restés en Algérie après l’indépendance, avec une préface de Benjamin Stora (Actes Sud, 2012) et signe en 2015, toujours chez Actes Sud, Le dernier tabou. Les « harkis » restés en Algérie après l’indépendance, poursuivant ainsi ses travaux sur les zones d’ombres du passé colonial de la France.

19h  au cinéma voisin l’Opéra, 6 rue Joseph Serlin :

Projection du film de Philippe Faucon, Les harkis
Le débat qui suivra sera animé par Tramor Quemeneur, Historien, enseignant à l’université Paris-8, spécialiste des questions mémorielles sur la colonisation et la guerre d’Algérie et auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. Il est directeur de projet, chargé des questions mémorielles sur la colonisation et la guerre d’Algérie, à la présidence de la République française, et secrétaire de la commission mixte d’historiens français et algériens.


Samedi 4 octobre 2025

10h Les cimetières harkis dans les camps, Saint-Maurice l’Ardoise, Rivesaltes
Table ronde animée par Abderahmen Moumen, historien
Lucie Peytermann, (journaliste, AFP) – en visioconférence –  Grand reporter à l’AFP, autrice d’une enquête sur les cimetières oubliés des enfants harkis.
Nadia Ghouafria, Présidente de l’association Soraya, elle s’investit dans la préservation de la mémoire des harkis et se bat pour que le cimetière oublié de Saint-Maurice-l’Ardoise soit retrouvé et réhabilité.
Marie Gougache, Collectif des familles de disparus de Rivesaltes et Perpignan, Présidente d’AJIR pour les Harkis Ile de France

11h Les mobilisations Table ronde animée par Michel Wilson (Coup de soleil)

Katia Khemache, 1975, 1991, La révolte de la « seconde génération ». Docteure en histoire et professeure d’histoire-géographie en Gironde, Katia Khémache a adapté une partie de sa thèse sur La relation entre les pouvoirs publics français et la population harkie lot-et-garonnaise de 1962 à nos jours : Regards sur des pratiques administratives postcoloniales.
Said Mérabti, militant associatif. De la Marche pour l’égalité et contre le racisme au militantisme harki. Saïd Merabti, né pendant la guerre d’indépendance, fils de harki exilé en 1962, a grandi dans les quartiers Nord de Marseille. L’engagement a été l’une des constantes de sa vie de citoyen. Outre des mandats syndicaux et politiques, il a assumé successivement, et sans contradiction, la défense de la culture berbère, les combats antiracistes et les revendications de reconnaissances des familles harkies.
Mohamed Haddouche, militant associatif. Mohamed Haddouche a milité dans des associations de et pour les Harkis : CFMRAA de feu M’hamed LARADJI, au CNMF avec André Wormser, à Génériques (une association qui travaillait sur l’histoire des populations venues d’ailleurs en France) et à AJIR (cofondateur, ancien Président, actuellement trésorier). Il est actuellement président du Fonds de dotation pour la mémoire des harkis.

Charles Tamazount. L’action juridique pour faire droit. Président du Comité Harkis et Vérité, avec son frère, il a fait condamner la France par la Cour européenne des droits de l’homme pour les conditions de vie indignes dans les camps qui les ont accueillis après l’indépendance de l’Algérie.

12h30 Buffet payant préparé par l’association Cannelle et Piment, sur réservation

14h Les harkis dans les arts  Table ronde animée par Just Jolivet (ONaCVG)

Vincent Marie, historien, Les harkis dans le cinéma. Titulaire d’un doctorat liant histoire et bande dessinée, commissaire d’expositions, directeur de publication, cet agrégé d’histoire enseigne le cinéma au lycée Philippe Lamour de Nîmes et la sémiologie de l’image à l’Université de Montpellier 3

Fadhela Benammar-Koly, Le travail sur les tisseuses de Lodève. Vice présidente de la communauté de communes de Lodève, conseillère régionale, Fadelha Benammar-Koly milite pour garder trace de l’histoire des femmes d’anciens harkis à l’origine de la manufacture de tapis de Lodève.

15h Les harkis en images Table ronde animée par Pierre-Jérôme Biscarat (ONaCVG)
Vincent Marie

Axel Graisely ou Lobé, auteurs de « Les harkis, une tragédie française », éditions Présence 2023 (à confirmer)

16h Projection du documentaire « Le mouchoir de mon père ». Avec Farid Haroud, réalisateu

Farid Haroud est Journaliste pour la télévision, réalisateur de documentaire
et auteur. Dans son documentaire, il revient sur l’histoire douloureuse de son père.

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – Édition du 15 septembre au 1er octobre 2025 https://histoirecoloniale.net/les-harkis-de-la-memoire-a-lhistoire-un-colloque-a-lyon-les-3-et-4-octobre-2025/

« France/Algérie de Bugeaud à Retailleau » – Rencontre en visio interactive avec Alain Ruscio et Fabrice Riceputi – 03/10/2025 à 20 h

Les deux historiens membres de la rédaction d’histoirecoloniale.net échangeront et répondront à vos questions. Prenez vos billets !

Fabrice Riceputi et Alain Ruscio lors d’une conférence commune en 2024 à Toul sur la torture en Algérie

Rendez-vous avec histoirecoloniale.net :

La France et l’Algérie, de Bugeaud à Retailleau : une rencontre interactive en visio avec Alain Ruscio et Fabrice Riceputi le 3 octobre à 20 h

En mars dernier, évoquant des « Oradour » en Algérie, le journaliste Jean-Michel Aphatie faisait éclater au grand jour un phénomène bien connu des historiens du colonial et du postcolonial : la persistance, en dépit de leurs nombreux travaux, d’un solide déni national sur ce que fut réellement l’histoire coloniale de l’Algérie et, plus largement, celle de la colonisation en général. Davantage, la polémique a vu ressurgir chez certains des tentatives de réhabilitation du colonialisme, dans des temps où, de Trump à Poutine en passant par Netanyahou, se produit dans le monde un inquiétant revival du colonialisme et de l’impérialisme.

Les historiens Alain Ruscio et Fabrice Riceputi, tous deux historiens du colonial et membres de la rédaction d’histoirecoloniale.net, échangeront sur ces questions en visio et en direct le vendredi 3 octobre à 20 h.

L’inscription – à prix libre – est nécessaire. Elle se fait en cliquant sur ce lien. Vous recevrez alors une adresse électronique pour poser des questions à l’avance, puis vous pourrez également intervenir ensuite sur le tchat de Zoom.

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – Edition du 15 septembre au 1er octobre 2025 https://histoirecoloniale.net/la-france-et-lalgerie-de-bugeaud-a-retailleau-une-rencontre-interactive-en-visio-avec-alain-ruscio-et-fabrice-riceputi-le-3-octobre-a-20-h/

L’Étranger d’Albert Camus : la première bande-annonce de l’adaptation – Hocine Bouhadjera (sortie en salle le 29/10/2025)

Le célèbre cinéaste français François Ozon s’attaque à un monument de la littérature avec l’adaptation de L’Étranger, le chef-d’œuvre absurde d’Albert Camus, publié en 1942. La bande-annonce du film tant attendu a été dévoilée, mettant en lumière l’acteur Benjamin Voisin dans le rôle de Meursault, l’anti-héros emblématique du roman, dans un noir et blanc qui allie sensualité et mélancolie.

L’ adaptation met en scène Meursault, un jeune homme d’une trentaine d’années, qui vit sa vie de manière détachée et sans émotion. Après avoir enterré sa mère sans affect, il entame une liaison avec Marie, une collègue, et continue son quotidien. Mais un événement tragique survient lorsqu’il se laisse entraîner dans une histoire de violence par son voisin Raymond. L’ histoire culmine sur une plage sous un soleil de plomb, où Meursault commet un acte irréversible…

Il sortira en salles le 29 octobre prochain, et est sélectionné en compétition officielle à la 82e Mostra de Venise, qui débute aujourd’hui. François Ozon, réalisateur prolifique, signe ainsi son 24e long-métrage en près de 30 ans de carrière. 

Source : L’ ActuaLitté – 27/08/2025 https://actualitte.com/article/125784/bande-annonce/l-etranger-d-albert-camus-la-premiere-bande-annonce-de-l-adaptation

L’engagement anticolonial de Frantz Fanon à Blida de 1953 à 1956 – Abdenour Zahzah (sortie en salle le 23/07/2025)

« Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’hôpital psychiatrique Blida-Joinville, au temps où le Docteur Frantz Fanon était chef de la cinquième division entre 1953 et 1956 » un film d’Abdenour Zahzah

Sortie nationale : mercredi 23 juillet 2025
Avant-première : mardi 22 juillet 2025 à 20 h, cinéma Saint-André-des-Arts, Paris

Docteur Frantz Fanon

Clara Ménard

Le réalisateur algérien Abdenour Zahzah met en lumière la genèse de l’engagement anticolonial du jeune psychiatre noir à l’hôpital de Blida-Joinville de 1953 à 1956.

En 1953, Frantz Fanon prend le poste de cinquième médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville. Français d’origine martiniquaise, il se heurte rapidement à la réalité coloniale de l’Algérie française, notamment aux principes de l’école d’Alger de psychiatrie. Fondée en 1933 par Antoine Porot, celle-ci se base sur la théorie raciale du primitivisme, qui considère le Nord-Africain comme un être végétatif et impulsif, dépourvu de morale.

Dans cet hôpital, les méthodes employées sont jugées désuètes par Fanon : « Le temps où la psychiatrie était uniquement liée à l’hygiène est révolu. » En opposition, il pratique la psychothérapie institutionnelle, héritée de François Tosquelles, où l’on ne distingue plus, afin de faciliter leur réintégration sociale, les soignés des soignants. Il aménage un terrain de football et des ateliers de couture, organise des sorties dans la nature, prévoit une messe de Noël commune au personnel et aux internés. Il lutte contre la dépersonnalisation et la déshumanisation – effets psychologiques du système colonial sur ceux qui le subissent – en interdisant par exemple l’usage de sobriquet pour désigner les patients, ou en leur faisant porter leurs propres vêtements. S’il rencontre des oppositions, le personnel et certains collègues de sa génération finissent par adhérer à ces changements.

À travers son travail de psychiatre, Fanon développe sa pensée politique. À ses yeux, « un pays colonial est un pays raciste ». Il ne s’étonne donc pas de constater qu’à Blida, les patients français et musulmans sont séparés dans des pavillons différents. Il l’explique simplement : « L’hôpital ressemble au reste du pays : quartiers européens pour une minorité, villages nègres pour le reste de la population. »

À mesure que le film progresse, les tensions s’accentuent. Bien que l’État français ne le reconnaisse pas encore, la guerre se répand en Algérie. Elle s’infiltre peu à peu au sein de l’hôpital. Certains membres du personnel se rallient au Front de Libération Nationale (FLN), quitte à y laisser la vie. Sensible à la cause, Fanon accepte de soigner les militants algériens. L’un d’eux, traumatisé par le viol des femmes de son village, se fait interner volontairement. On le sollicite également pour examiner deux adolescents algériens avant leur jugement. Trop jeunes pour rejoindre les maquis, ils assassinent leur ami français en représailles du massacre de Rivet, où une trentaine d’Algériens sont tués par une milice française.

En parallèle, face à l’augmentation du nombre d’actions du FLN, les forces de l’ordre multiplient les interrogatoires, où la torture devient monnaie courante. Les effets sur ceux qui la pratiquent sont inquiétants : un commissaire se met à battre sa famille, ne supportant plus que l’on s’oppose à lui. Fanon accepte de soigner les tortionnaires et se sert de cette expérience pour collaborer, à partir de 1957, à l’organe central de presse du FLN en tant que spécialiste des problèmes de torture. Cet aspect de son engagement n’est toutefois pas montré dans le film, le récit s’arrêtant en 1956. Si on devine de la part du réalisateur une volonté de se rapprocher du documentaire, par le choix d’un long titre descriptif, du noir et blanc, ou d’ajout d’images d’archives, l’œuvre reste discrète sur les liens entre Fanon et le FLN. Leur première et seule apparition commune, 15 minutes avant la fin, ne permet pas de définir la nature de leur relation. Le choix de l’implicite est donc fait, quitte à laisser les spectateurs peu familiers du personnage avec quelques interrogations.

Source : L’Histoire – 20/07/2025 https://www.lhistoire.fr/cin%C3%A9ma/docteur-frantz-fanon

En complément

https://anpnpa.fr/le-souffle-fanon-viviane-candas/

Les mots qu’elles eurent un jour – Raphaël Pillosio (sortie en salle en juin 2025)

Un beau film-enquête sur les paroles perdues de militantes algériennes en 1962 – Fabrice Riceputi

Fabrice Riceputi a vu Les mots qu’elles eurent un jour, film de Raphaël Pillosio sur les combats des femmes algériennes pour l’égalité. En salles en juin 2025.

Retrouver des décennies plus tard les paroles prononcées en 1962 – et irrémédiablement perdues depuis – par un groupe de combattantes algériennes du FLN. C’est la gageure qu’affronte le film-enquête de Raphaël Pillosio, Les mots qu’elles eurent un jour (84 mn, 2024). Un film pour l’histoire des combats des femmes algériennes pour l’égalité, en salles à partir du début juin 2025.

Au commencement du film est une archive filmique véritablement exceptionnelle, à laquelle l’historien ne peut être que très sensible. En1962, le militant « porteur de valise » français Yann Le Masson (1930-2012), membre du « réseau Jeanson », est appelé par la Fédération de France du FLN à accueillir et accompagner des détenues algériennes libérées de la prison de Rennes. Pour un debriefing, imagine-t-on, elles sont conduites à Paris, au siège de la Cimade, l’association qui vient en aide, alors comme aujourd’hui, aux étrangers détenus.

Yann Le Masson est aussi cinéaste. Ses films anticolonialistes J’ai huit ans et Sucre amer sortent cette année-là et seront interdits en France durant dix ans. Le lendemain de leur libération, il filme à la Cimade la vingtaine de militantes algériennes ainsi rassemblées, durant « toute une nuit ». Elles débattent, à sa demande, de leur expérience de la lutte comme femmes algériennes et de l’avenir des femmes dans l’Algérie indépendante. Dans l’équipe présente sur le tournage, se trouvent notamment Marceline Loridan-Ivens, survivante de la Shoah et réalisatrice, et Michèle Firk, critique de cinéma et militante anticolonialiste.

Le Masson capte alors un moment unique et magnifique. Les moudjahidate sont filmées au moment où, comme des dizaines de milliers d’Algériens et d’Algériennes qui sortent des camps et des prisons en Algérie et en France dans les mois qui suivent les Accords d’Evian (19 mars 1962) puis après l’Indépendance de l’Algérie (5 juillet 1962), elles sont libérées, après des années d’enfermement. Ces femmes le savent : elles ont tout simplement gagné leur longue guerre contre la France coloniale.

Elles sont à présent sous la protection et la surveillance de la Fédération de France, dont on voit deux membres, deux hommes, derrière elles, qui observent le tournage. La consigne leur sera donnée de se faire discrètes jusqu’à leur retour en Algérie, notamment par peur de violences de l’OAS à leur encontre.

A force de montrer et de remontrer ces images un demi-siècle plus tard à Alger, Raphaël Pillosio est parvenu à identifier notamment parmi elles Zohra Drif, Djamila Bouazza, Baya Hocine, Aïcha Achour dite Aouicha, Malika Zitouni, Zohr Zerari, Malika Korriche, Fatoma Ouzguène … Toutes sont des héroïnes bien connues en Algérie de la guerre de libération. Elles ont été poseuses de bombes, agents de liaison, collecteurs de fonds, de ces nombreuses militantes qui jouèrent un rôle essentiel dans la lutte pour l’indépendance, particulièrement en 1957 lors de la « bataille d’Alger ». Exhibées comme des monstres « terroristes » par la presse française lors de leur arrestation, toutes ont été torturées, certaines sans doute violées, lors de leurs « interrogatoires » par des militaires et policiers français. La justice militaire les a condamnées au cours de procès parfois très médiatisés à des peines allant de 5 années de prison à la perpétuité et, pour deux d’entre elles, à la peine de mort. Elles viennent donc de passer plusieurs années en prison, tandis qu’en Algérie la guerre faisait rage.

Et c’est un spectacle extrêmement émouvant de les voir réunies cette nuit-là devant la caméra de Le Masson. Elles sont très jeunes, dans leur vingtaine, élégantes, portant souvent des lunettes à verres fumés comme les stars de ces années-là, des bijoux, de jolies robes et chemisiers. Elles sont sereines et superbes. On les sent très proches les unes des autres. Elles sont souvent souriantes, parfois graves. Toutes apparaissent concentrées, certaines ne disent rien, mais plusieurs parlent au réalisateur où entre elles avec sérieux et animation.

Mais que disent-elles ? C’est là tout l’objet de l’enquête menée par Raphaël Pillosio, cinquante années plus tard, que raconte Les mots qu’elles eurent un jour. Car le film de Yann Le Masson, ayant « perdu » sa bande son, est désormais et pour toujours entièrement muet.

Yann Le Masson raconte qu’il a remis le film aux dirigeants de la Fédération de France et que celui-ci a alors « disparu ». Il émet l’hypothèse, sans être sûr, dit-il, de sa validité, qu’aux yeux des hommes du FLN les militantes algériennes allaient « trop loin » dans la revendication de l’égalité avec les hommes. Puis le film est miraculeusement réapparu au début des années 2000, lorsque « quelqu’un » a déposé la bobine sur la péniche où vivait Le Masson. Mais sans sa bande son. Leurs mots, leurs voix, leurs accents, leurs intonations sont irrémédiablement perdus.

Cette absence de son rend encore plus fascinantes les images en noir et blanc de 1962 qui scandent le film. Et particulièrement frustrantes. Raphaël Pillosio nous expose ses recherches obstinées – essais de lecture labiale, entretiens à Alger avec des témoins et protagonistes du film –  pour essayer aujourd’hui de savoir quels mots elles eurent alors sur l’avenir des femmes en Algérie. Les bribes difficilement reconstituées disent l’espoir de voir les droits de femmes reconnus dans l’Algérie nouvelle. Et, interrogées cinquante ans plus tard, plusieurs d’entre elles expriment une amère désillusion.

Souhaitons que ce film admirable soit largement diffusé.

Source :  Histoire coloniale et postcoloniale – Édition du 1er au 15 juin 2025 https://histoirecoloniale.net/un-beau-film-enquete-sur-les-paroles-perdues-de-militantes-algeriennes-en-1962/

Paris (et en visio) : « Le passé de la colonisation française de l’Algérie et la brouille diplomatique actuelle entre les deux pays » – 14/06/2025 – 15h-17h

En partenariat avec Orient XXI, histoirecoloniale.net organise une table ronde pour décrypter la crise actuelle entre la France et l’Algérie. Entrée libre.

Au Centre international de culture populaire (CICP), 21ter, rue Voltaire 75011 Paris,se tiendra le samedi 14 juin de 15h à 17h une table ronde ayant pour thème : « Le passé de la colonisation française de l’Algérie et la brouille diplomatique actuelle entre les deux pays ».

Ouverte au public, elle aura lieu à l’issue de l’Assemblée générale de l’Association Histoire coloniale et postcoloniale, de 14h et 15h, ouverte quant à elle seulement aux donateurs et aux adhérents de cette association, ainsi qu’à des invités (demandes d’adhésions possibles sur place ; rapport moral et rapport financier y seront adoptés).

Organisée en partenariat avec Orient XXI, la table ronde sera animée par Sarra Grira (rédactrice en chef d’Orient XXI) et réunira : Aïssa Kadri (sociologue), Nedjib Sidi Moussa (historien), Jean-Pierre Sereni (journaliste à Orient XXI), Mouloud Boumghar (juriste et universitaire) et Alain Ruscio (historien).

ldentifiant de connexion en visio pour la table ronde : https://us06web.zoom.us/j/87368505772?pwd=B4BMU81RlN0d11xUF4kbbbNmdj0zuk.1
Code secret: 317229

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – Édition du 1er au 15 juin 2025

Paris : Festival « Décolonisons ! » – Du 10 au 20/06/2025

Nous voulons libérer le passé pour libérer l’avenir

Nous sommes au rendez-vous de ce que nous avions prévu il y a trois mois, nous accélérons le pas, avec cet Acte 1 pour le projet du Musée, qu’est le Festival « DÉCOLONISONS ! »

Annie Ernaux, Didier Daeninckx, Gérard Mordillat, Pierre Bergougnioux, de nombreux artistes, des collectifs d’artistes et des réalisateurs nous ont rejoint et le programme est à la hauteur : une cinquantaine d’intervenantes et intervenants, des films, des court-métrages, des documentaires, des points de situation sur différents quartiers, des lectures de textes et de poésies palestiniennes, des Antilles ou du Maghreb, de nombreux échanges thématiques où la parole sera libre.

Dorothy bar, 85 bis rue Ménilmontant 75020

CICP 21 rue Voltaire 75011 Paris

Volumes, 78 rue Compans 75019

Toul – Tous les 24 du mois contre la statue de Bigeard

Collectif Histoire et Mémoire dans le respect des droits humains

Le 24 Mai 2025 à partir de 18h30 devant la statue de Bigeard, square du Lt Génin à Toul : rassemblement pour la PAIX entre les peuples et contre la torture.

Ce rassemblement sera reconduit tous les 24 du mois devant la statue de Bigeard jusqu’au retrait.

Toul, capitale de la torture ? C’est toujours non !

  • Contre tout hommage à la torture, crime contre l’humanité.
  • Pour le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
  • Contre toutes les pratiques coloniales, matrices du racisme et du fascisme.
  • Pour la Paix et la Solidarité entre les Peuples.