La droite française face à l’histoire coloniale – Pascal Blanchard

L’historien Pascal Blanchard analyse la position de la droite française face à l’histoire coloniale

Pourquoi l’histoire coloniale reste-t-elle un sujet sensible et structurel pour la droite française ?

C’est la question du troisième Debunk du Club 21è siècle.

L’historien Pascal Blanchard y reprend 30 ans de déclarations de responsables politiques de Bruno Retailleau à Éric Ciotti, de François Fillon à Nicolas Sarkozy, d’Édouard Philippe à l’équipe de campagne de Valérie Pécresse, et les confronte à l’Histoire.

Ce qui en ressort n’est pas une série de maladresses, mais un positionnement cohérent. Une « tradition » politique. Pour une femme ou un homme politique de droite, énoncer la moindre critique de l’histoire coloniale, c’est risquer de ne plus être tout à fait … de droite, c’est un marqueur partisan inévitable : l’héritage impérial appartient au panthéon des « grands moments » de l’histoire de France, et le mettre en cause reviendrait à l’abîmer, à critiquer un récit et à ne plus en être un héritier.
D’où la mécanique de la « repentance », installée dans le débat à partir de 2007, qui disqualifie par avance toute lecture critique : y compris celle des historiens.

Comprendre cette cohérence n’est ni l’excuser ni la condamner : c’est la condition pour se saisir du débat sur l’histoire coloniale. Une histoire partagée par des millions de Français héritiers de cette histoire par leur histoire familiale, et ce discours doit être analysé pour pouvoir un jour être dépassé, condition nécessaire d’une mémoire apaisée et d’une cohésion nationale qui sort des « guerres de mémoire ».

Un décryptage factuel, sur l’un des sujets les plus instrumentalisés à l’approche de 2027.

Chapitres :

  • 00:00 Pourquoi la droite bute sur l’histoire coloniale
  • 00:21 Édouard Philippe : la colonisation est-elle un crime ?
  • 02:23 Son rattrapage à La Réunion, quelques mois plus tard
  • 07:07 Comment de Gaulle sauve la droite sur les décolonisations
  • 08:16 Bruno Retailleau et les « mains tendues » de la colonisation
  • 11:25 Ciotti : « pas de crimes contre l’humanité en Algérie »
  • 15:20 Fillon : « la France n’a jamais fait la guerre au Cameroun »
  • 17:54 Sarkozy : « de quel droit jugez-vous ? »
  • 21:58 Pécresse 2022 : l’anti-repentance devient du « wokisme »
  • 23:45 2027 : pourquoi la question impériale reviendra

La voix du débunk : Pascal Blanchard, historien, spécialiste du fait colonial et des mémoires post-coloniales. Son nouvel ouvrage : Décolonisations. 1925-2026 : Des chemins vers l’indépendance aux conflits de mémoire est disponible dès maintenant en librairie.

https://lesaurores.fr/livres/decolonisations

Le Club XXIe siècle est un think-tank (association loi 1901) qui promeut une représentation positive de la diversité et fait de la cohésion sociale un levier pour la France.

Centre Culturel Algérien – Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962- 1974) – 12/10/2026 – 19h30

Ciné-débat

Projection du film Alger, La Mecque des révolutionnaires de Mohamed Ben Salama

Lundi 12 octobre 2026 – 19h30

Centre Culturel Algérien – 171, rue de la Croix-Nivert – 75015 Paris

Dans le cadre de la célébration de La Journée nationale de la diplomatie algérienne, marquant l’anniversaire de l’adhésion de l’Algérie à l’Organisation des Nations unies, le 8 octobre 1962 

Entrée libre dans la limite des places disponibles

Suivie d’un débat en présence du réalisateur

Avec la participation de :

Benjamin STORA, historien, écrivain et conseiller historique du film

Naoufel BRAHIMI EL-MILI, politologue et écrivain

Vente-dédicace des ouvrages :

France/Algérie. Anatomie d’une déchirure, de Thomas SNEGAROFF et Benjamin STORA (Éditions Les Arènes, 2025)

Les Algériens en France : une histoire de générations, Benjamin STORA et Nicolas Le SCANFF
(Éditions La Découverte, 2024)

La diplomatie algérienne, une histoire et une vocation

Comment rapprocher des positions lorsque le dialogue semble impossible ? Comment créer un espace de négociation lorsque les intérêts divergent ? De l’Afrique australe à la Palestine, du Moyen-Orient au Sahel, la diplomatie algérienne s’est illustrée par son engagement en faveur du dialogue, de la médiation et de la recherche de solutions politiques aux crises. Une plongée dans une histoire où Alger s’est, à plusieurs reprises, imposée comme un lieu de rencontre et de dialogue.

L’art de négocier d’égal à égal avec les grandes puissances, en Algérie, ne date pas d’hier. Deux siècles avant notre ère déjà, le roi numide Massinissa savait tenir tête à Carthage tout en cultivant une alliance avec Rome — un jeu d’équilibre que son petit-fils Jugurtha poursuivra à sa manière, allant jusqu’à porter sa cause devant le Sénat romain.

Bien plus tard, du XVIe siècle au début du XIXe siècle, Alger frappe sa propre monnaie, arbore son pavillon en Méditerranée et entretient des relations diplomatiques avec les principales puissances de son temps. Des représentants de France, d’Angleterre, de Suède, des États-Unis et d’autres États y sont reçus. Alger négocie alors en tant que puissance souveraine, dans un environnement méditerranéen où les rapports de force imposent déjà l’art du compromis, de l’alliance et de la négociation.

Cette histoire connaît, avec l’indépendance de l’Algérie, une nouvelle et singulière expression.

Dans les années 1960 et 1970, Alger devient une terre d’accueil et de solidarité pour les mouvements engagés dans les luttes de libération nationale et contre l’apartheid. L’Algérie apporte son soutien politique et matériel à de nombreux mouvements de libération, notamment en Afrique, et fait de sa capitale un espace de rencontre entre des représentants de peuples encore engagés dans leur combat pour l’indépendance.

En 1973, Alger accueille le sommet des pays non alignés. L’année suivante, l’Algérie porte à la tribune des Nations unies la voix des pays nouvellement indépendants et des pays du Sud, en plaidant pour un ordre économique international plus juste. Mais la diplomatie algérienne ne se limite ni aux grands rassemblements ni aux tribunes internationales. Elle s’exerce également dans la discrétion des négociations, lorsqu’il s’agit de rapprocher des positions, de rétablir un dialogue ou de rechercher une issue politique à une crise.

Dans les années 1970, l’Algérie joue ainsi un rôle dans les processus qui accompagnent la décolonisation des territoires portugais et accueille des échanges liés à l’accession à l’indépendance de plusieurs d’entre eux, notamment l’Angola et le Mozambique.

En 1975, Alger contribue également à la conclusion de l’accord entre l’Iran et l’Irak destiné à régler leur différend frontalier. Quelques années plus tard, en 1980-1981, la diplomatie algérienne est sollicitée pour servir d’intermédiaire entre les États-Unis et l’Iran dans la crise des otages de Téhéran. Les Déclarations d’Alger de janvier 1981 conduisent à la libération des 52 otages américains.

En 1988, c’est au Palais des Nations d’Alger que le Conseil national palestinien proclame l’indépendance de l’État de Palestine.

En 2000, l’Algérie accueille les négociations qui conduisent à l’accord mettant fin aux hostilités entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Puis, en 2015, elle accueille et conduit, dans le cadre du processus d’Alger, les négociations entre le gouvernement malien et les mouvements armés du nord du Mali, qui aboutissent à la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali.

De l’Afrique australe à la Palestine, du Moyen-Orient à la Corne de l’Afrique et jusqu’au Sahel, ces épisodes dessinent une même ligne de continuité.

Ils témoignent d’une diplomatie qui, au fil des décennies, a cherché à faire du dialogue un instrument au service de la souveraineté des États, de la liberté des peuples et de la recherche de solutions politiques aux conflits.

C’est cette histoire que cet événement entend mettre en lumière : une diplomatie qui ne se résume ni aux déclarations ni aux sommets, mais qui s’est aussi construite dans les rencontres, les négociations, les médiations et les compromis.

Une histoire faite de principes, mais aussi de pragmatisme ; d’engagements, mais aussi de dialogue ; une histoire dans laquelle Alger apparaît, à plusieurs reprises, comme un lieu où des acteurs que tout oppose peuvent se retrouver autour d’une table.

C’est cette vocation diplomatique, inscrite dans la longue durée et renouvelée à chaque génération, que nous vous invitons à découvrir.

Source : CCA – https://www.cca-paris.com/index.php/34-prochains-evenements/1879-alger-la-mecque-des-revolutionnaires

A Saint-Jean-du-Gard, le Y.S. Festival célèbre le cinéma algérien – Nadir Dendoune

L’ANPNPA était présente à cette manifestation représentée par notre président, Jacques Pradel

Pour sa première édition, le Y.S. Festival a mis à l’honneur 23 courts-métrages algériens, dont 18 en compétition. Au terme de trois jours de projections, deux films se partagent les six prix décernés par le festival : « Taezrit », de Kaouther Dernouni, et « The Moped and the Goldfinch », d’Amir Bensaifi.

En bref

  • 23 courts-métrages algériens ont été présentés lors de la première édition.
  • 18 films étaient en compétition.
  • « Taezrit » de Kaouther Dernouni a remporté trois prix.
  • « The Moped and the Goldfinch » d’Amir Bensaifi a également obtenu trois distinctions.
  • Le festival a associé projections, rencontres professionnelles et échanges entre acteurs algériens et français.

Du 24 au 26 septembre, la salle Stevenson de Saint-Jean-du-Gard (30) s’est transformée en vitrine du cinéma algérien contemporain.

Parmi les films présentés, « Taezrit », de Kaouther Dernouni, a particulièrement retenu l’attention. Le documentaire suit Habiba, une femme chaouie originaire de Ghassira, dans les Aurès, et explore à travers son quotidien le rapport à la terre et une mémoire collective longtemps éloignée des récits officiels.

Le film a trouvé un écho auprès de plusieurs publics. « Taezrit » a ainsi remporté le prix du public, celui du meilleur documentaire et le prix des lycéens. Trois distinctions qui viennent consacrer à la fois son inscription dans le réel et la réception qu’elle a rencontrée auprès des spectateurs.

Autre film à s’être distingué, « The Moped and the Goldfinch », d’Amir Bensaifi, suit Moufida, une jeune femme qui traverse l’Algérie à mobylette pour rejoindre son amoureux malade à Alger. Sur sa route, elle se retrouve confrontée à l’auteur de sa propre histoire.

La fiction décroche elle aussi trois distinctions : le prix de la meilleure fiction, le prix du regard des femmes et une mention spéciale.

À eux deux, les deux films se partagent donc l’intégralité des six prix de cette première édition. Deux regards et deux genres différents, qui donnent aussi un aperçu de la diversité du cinéma algérien défendue par le festival.

Deux rives, une même pellicule

Mais le Y.S. Festival ne voulait pas s’arrêter aux projections. Le vendredi, réalisateurs, producteurs et distributeurs algériens et français se sont retrouvés autour de pitchs, d’une table ronde et de rencontres professionnelles.

L’objectif : favoriser les échanges entre les deux pays et, pourquoi pas, faire naître de futures collaborations et coproductions.

« Ce n’est pas un partenariat entre deux États, mais entre deux structures privées », rappelait Aghiles Rebrab, fondateur de Gemini Production et coorganisateur du festival.

Ces rencontres professionnelles prolongeaient ainsi les échanges noués autour des films, avec la volonté de faire circuler les œuvres, mais aussi les auteurs, les producteurs et les projets entre les deux rives.

Photo : DR

Une histoire intime derrière les images

Derrière le festival, il y a aussi une histoire intime. Née en 1968 et adoptée à dix mois, Nathalie Dunoir découvre à 50 ans que son père biologique est algérien. Après des années de recherche, elle retrouve le prénom de sa mère, Marcelle, celui de son père, Mohammed, ainsi qu’une partie de sa famille.

En 2022, elle se rend pour la première fois en Algérie et se recueille sur la tombe de son père. « Je suis fière d’être française et algérienne. Ces deux identités cohabitent en moi », expliquait-elle au Courrier de l’Atlas en 2025.

De cette quête naît l’association Marcelle & Mohammed, puis l’idée du festival. Son ambition : créer des ponts entre les deux rives à travers la culture, et notamment le cinéma.

« Le festival est né de cette envie-là : faire dialoguer deux cultures qui cohabitent désormais en moi », ajoutait Nathalie Dunoir avant l’ouverture de l’événement.

Photo : DR

Quand un sigle devient un hommage

Les initiales Y.S. rendent hommage à Yann Sinic, auteur et réalisateur disparu en 2024 et proche de Nathalie Dunoir. Ses œuvres avaient notamment été diffusées sur Arte, France Télévisions et la RTBF.

Le cinéaste devait également collaborer avec Aghiles Rebrab sur un projet franco-algérien. Sa disparition a transformé cette collaboration en hommage. « Je ne pouvais pas le laisser partir comme ça. C’était mon meilleur pote », confiait Nathalie Dunoir.

Pour cette première édition, des habitants ont hébergé des cinéastes algériens, tandis qu’associations, écoles et acteurs culturels locaux ont participé à l’événement. Une manière de faire du festival un rendez-vous autant humain que cinématographique.

Ce samedi, « Je est une Autre », de Walid Sahraoui, a clôturé les trois jours de projections.

Une première édition déjà tournée vers la suite. Nathalie Dunoir l’assure : « Il y aura une saison 2, une saison 3, une saison 4 », promet-elle déterminée.

Source : Le Courrier de l’Atlas – 28/09/2026 https://www.lecourrierdelatlas.com/ys-festival-cinema-algerien-saint-jean-du-gard/

L’extrême droite dans l’exercice du pouvoir : le cinéma René Vautier à Elne « débaptisé » par le nouveau maire

Pétition « Non à la ‘débaptisation’ du cinéma Vautier à Elne » : https://c.org/M6LrygP2Qf

Prétendant une « neutralité politique », Steve Fortel, le nouveau maire d’Elne, balaye, en souriant, l’histoire de la résistance aux nazis et à la colonisation et efface du cinéma municipal, le nom de René Vautier, le cinéaste le plus censuré de l’histoire du cinéma français.

Le 22 septembre 2026, le conseil municipal de la commune d’Elne (Pyrénées-Orientales) a voté le changement de nom du cinéma « René Vautier », cinéaste, résistant, homme de paix et de dialogue qui nous a quittés en 2015. Le nouveau maire, Steve Fortel, justifie la décision par une prétendue « neutralité » qui n’en est pas une, vu les propos qu’il a tenus et la portée politique de cet acte. La nouvelle convention prévoit un contrôle sur la programmation finale, ce qui est à la fois inquiétant et contraire à l’indépendance du cinéma en France.

Avant le vote du conseil municipal, la mairie avait déjà arraché le panneau qui rend hommage au cinéaste résistant. Sur le panneau, il était inscrit ceci :

« René Vautier . 15 janvier 1928 – 4 janvier 2015
Réalisateur et scénariste français, particulièrement connu pour son film “Avoir vingt ans dans les Aurès”, prix international de la critique au Festival de Cannes en 1972. De l’adolescent maquisard jusqu’à son dernier souffle, son chemin de vie tumultueux dépeint un homme libre, attentif aux autres, militant, plein d’espoir, pacifiste, et qui s’est en permanence revendiqué citoyen du monde. Comme l’homme, l’œuvre cinématographique est engagée. Son travail de cinéaste a couvert, inlassablement, souvent de façon marginale mais visionnaire, — et toujours d’actualité — de nombreux combats du XXe siècle contre des fléaux tels que le capitalisme, le colonialisme, le racisme, le fascisme, la pollution… Il a inauguré cette salle de cinéma en septembre 2005 
 »

Face aux protestations des élus d’opposition, le nouveau maire, Steve Fortel, a confirmé le caractère politique de cette décision, se défendant, paradoxalement, de ne pas vouloir faire « d’idéologie » : « Nous avons choisi le nom “La Bobine illibérienne” [du nom des habitants d’Elne] pour deux raisons essentielles. D’une part, c’est un nouvel élan pour ce cinéma, qui ne ressemblera plus à l’ancien. C’est une nouvelle dynamique. Donc, pour nous il était important de marquer le pas. D’autre part, je ne souhaite pas politiser la culture. Sauf que… René Vautier, avec tout le respect que j’ai pour son travail cinématographique, est quand même, d’après Wikipédia, un réalisateur et scénariste français, communiste, anticolonialiste, cinéaste, et cinéaste du FLN algérien. Donc là, il y a quand même une connotation politique qui a été marquée le jour où on a apposé le nom de René Vautier au cinéma. C’est ce que je ne veux pas.  ».

Résumer René Vautier ainsi est particulièrement ignoble, quand on connait son parcours, qui ne peut être réduit par un post Wikipedia de « trolls » nostalgiques de l’Algérie française qui se défoulent sur Internet. Mais la pratique ne semble pas gêner Steve Fortel, qui a cru bon d’ajouter une couche de mépris : « Ce nom vous honore, peut-être qu’il gêne d’autres personnes. Je n’ai pas envie d’entrer dans ces débats-là. » Puis de menacer, en toute « neutralité » : « Si demain, je dois retirer d’autres noms de rues ou d’endroits de gens qui ont soutenu le FLN, je le ferai ».
Le cinéma d’Elne étant situé sur le boulevard Voltaire, on se demande si ce que représente ce nom n’est quand même pas trop insupportable pour monsieur le maire.

Steve Fortel prétend avoir le goût de l’histoire de France. Il semble cependant être doté d’une mémoire sélective. Avant d’être élu à la tête de la mairie d’Elne, il apparaissait sur un clip vidéo, posté sur les réseaux sociaux en 2015 par la section des Pyrénées-Orientales du Parti nationaliste français, une organisation néo-fasciste, qui a remplacé l’Œuvre française, dissoute en juillet 2013. Cette vidéo est visible dans cet article de Thierry Vincent pour BLAST. On le voit s’exprimer en défense du militant néofasciste Alexandre Gabriac, face caméra : «   Avec toi, pour toi, nous abattrons leur République    ». Pendant la campagne, il s’est justifié de cette « erreur de jeunesse » ainsi : « Cette vidéo est un micro-événement dans ma vie. J’étais avec des copains, on avait bu et j’ai raconté n’importe quoi.  »

Les « micro-engagements » passés du maire d’Elne n’intéressent probablement pas tout le monde et ne résument probablement pas la complexité du parcours d’un individu, mais, quand ce dernier résume la vie de René Vautier comme il l’a fait, on est tenté de mettre en parallèle ces deux engagements et rappeler que celui de René Vautier fut d’abord de rejoindre un maquis de résistants contre l’occupant nazi, à seize ans, puis de filmer les réalités du colonialisme français en Afrique, à vingt ans d’aller en prison pour ça à cause d’un décret signé Pierre Laval (Afrique 50), de filmer la guerre d’Algérie en cinéaste indépendant et lucide de l’évolution du monde (il a même été emprisonné par les combattants algériens entre deux tournages !), de consacrer sa vie à filmer les réalités et les luttes progressistes de son temps, luttes anticoloniales, ouvrières, féministes, écologistes, avec pour principe un adage inspiré de Paul Eluard : « Je dis ce que je vois, ce que je sais, ce qui est vrai. »

René Vautier a souvent risqué sa vie pour tenir cet engagement. Et il a dû faire face à diverses censures, de toutes parts, avec des mois de prison, de privations, de pressions, de menaces, de violentes attaques et de destructions de ses archives quand il a réalisé le film qui est resté en travers des partisans de la torture en Algérie : À propos de l’autre détail.

René Vautier était un grand cinéaste, un homme de dialogue et de paix, militant de la liberté d’expression, sans relâche. Il a participé à la réalisation de près de 180 films, dont quelques-uns qui ont marqué l’histoire. Il a été reconnu mondialement comme un cinéaste incontournable quand il a réalisé Avoir 20 ans dans les Aurès, prix de la critique internationale au Festival de Cannes 1972. En 1973, René Vautier a fait une grève de la faim, qui a marqué la fin de la censure politique au cinéma en France. Là encore, cette position « radicale » qui dérangeait le pouvoir de l’époque est devenue une évidence que plus personne n’a contestée par la suite. Le cinéma français lui doit cette victoire historique. Tous les cinémas de France devraient fièrement porter le nom de René Vautier.

Effacer son nom d’un cinéma qu’il a inauguré et qui portait son nom depuis 21 ans, dans une commune marquée par son histoire des réfugiés de Franco (notamment sa Maternité suisse), n’est pas neutre, c’est une décision très politique. Personne n’est dupe.
Ce cinéma défendra son statut de cinéma « Art et essais », avec le soutien du CNC, c’est-à-dire l’argent généré par la taxe sur les billets de cinéma à laquelle nous contribuons tous et toutes. Si la mairie est bien propriétaire des murs et fait ce qu’elle veut du nom de la salle, une salle de cinéma n’est pas un espace isolé du reste du monde. Le nouveau cinéma « mis au pas » par le nouveau maire sera inauguré à Elne le 2 octobre prochain à 18 h 30. Ce jour-là, devant des petits fours (s’il y en a), des falsificateurs et des ignorants viendront marcher sur la mémoire de René Vautier, cracher sur les valeurs qu’il a portées toute sa vie pour faire honneur à ses camarades tombés au maquis sous les balles de l’occupant nazi.

Lors de l’inauguration de la salle portant son nom, il y a vingt et un ans, René Vautier avait déclaré : «  Ce sera à vous de continuer à faire vivre l’esprit de résistance en participant aux discussions autour des films qui passeront dans cette salle. »

C’est dans cet esprit que nous vous demandons de signer et de relayer cette pétition, qui a été lancée par les habitants et cinéphiles qui s’opposent à cette décision et pour que le cinéma retrouve sa mémoire…. et son vrai nom, avec un peu de dignité, en attendant des jours meilleurs : https://c.org/M6LrygP2Qf

MISE À DISPOSITION D’UN FILM DE RENÉ VAUTIER

La famille et les amis de René Vautier proposent aux salles de cinéma de diffuser (gratuitement), Le remords, un court-métrage de René Vautier (12 min), en avant programme d’un film actuellement en salle, en forme de réponse à cette provocation, ce film étant parfaitement adapté à la situation… Si vous programmez une salle de cinéma, n’hésitez pas à nous contacter.
Une copie DCP à télécharger est disponible.
N’ayez pas de remords !

Le film : Miroir de l’attitude de nombreux cinéastes français qui s’autocensurent dans les années 60 et 70, Le Remords montre comment un réalisateur justifie le choix de se taire après avoir assisté au matraquage d’un « Arabe » par la police dans la rue devant le bistrot où il déjeune. La scène l’a marqué, il n’a pas réagi sur le coup mais se promet de faire un jour un film sur ce qu’il a vu. Vautier joue lui-même le rôle ingrat du réalisateur parce qu’il ne trouve pas d’acteur qui accepte de le jouer.

Source : Les Mutins de Pangée – https://lesmutins.org/extreme-droite-le-nom-de-rene

Mohamed Benchicou s’est éteint : l’Algérie perd une plume libre et indocile

Mohamed Benchicou est mort ce jeudi 24 septembre 2026 à l’âge de 74 ans. Fondateur et ancien directeur du Matin, écrivain, polémiste et figure de la presse indépendante algérienne, il laisse derrière lui plus de trois décennies de combats par les mots. Son nom restera notamment associé à Bouteflika : une imposture algérienne, le livre à charge publié en 2004 contre l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Avec sa disparition, l’Algérie perd l’une des voix qui auront incarné, jusque dans l’épreuve de la prison, une certaine idée de la liberté de la presse.

Une plume s’est tue, mais les mots restent. Mohamed Benchicou est décédé ce jeudi 24 septembre, en fin de matinée, à son domicile, entouré de sa famille. Il avait 74 ans. Selon Le Matin d’Algérie, dont il fut l’un des fondateurs, le journaliste avait dû être conduit à l’hôpital deux jours auparavant à la suite de complications.

L’annonce de sa mort a rapidement traversé la presse algérienne et les espaces numériques où journalistes, lecteurs et anciens compagnons de route ont commencé à rendre hommage à celui qui fut l’une des personnalités les plus reconnaissables de la presse indépendante des années 1990 et 2000. Twala salue ainsi une plume singulière, vive et mordante, capable de raconter dans une chronique aussi bien une injustice que les blessures et la mélancolie de son pays. Du côté du Matin d’Algérie, les mots choisis résument l’émotion de ceux qui poursuivent aujourd’hui l’aventure : « Adieu cher aîné. »

Né le 1er juillet 1952 à Miliana, dans l’actuelle wilaya d’Aïn Defla, Mohamed Benchicou appartient à cette génération de journalistes dont la trajectoire se confond avec les bouleversements de la presse algérienne contemporaine. Après ses débuts dans la presse et un passage notamment par El Moudjahid et Alger Républicain, il participe en 1989 au Mouvement des journalistes algériens, au moment où l’ouverture politique bouleverse un paysage médiatique jusque-là étroitement contrôlé.

En 1991, il quitte Alger Républicain avec Saïd Mekbel et d’autres journalistes pour participer à la fondation du quotidien Le Matin. Le titre s’impose rapidement par ses manchettes, ses éditoriaux et son ton sans concession. Il devient aussi l’un des journaux les plus critiques à l’égard du pouvoir. Une aventure éditoriale qui portera Benchicou au premier plan, mais lui fera également connaître pressions, procès et finalement la prison.

« Bouteflika : une imposture algérienne », le livre qui marqua une époque

C’est probablement ce titre que l’histoire retiendra d’abord : Bouteflika : une imposture algérienne. Publié en février 2004, en pleine période précédant l’élection présidentielle, le livre est une charge particulièrement sévère contre Abdelaziz Bouteflika, alors candidat à un deuxième mandat. Benchicou y passe au crible le parcours de l’homme qui dirige l’Algérie depuis 1999 et, au-delà de sa personne, le système politique qui l’a porté au pouvoir.

Le journaliste ne se contente alors plus d’écrire contre le pouvoir dans les colonnes de son quotidien : il consacre un ouvrage entier au chef de l’État. Un geste éditorial considérable dans l’Algérie de l’époque, qui fera de Bouteflika : une imposture algérienne un livre emblématique de la confrontation entre une partie de la presse indépendante et la présidence Bouteflika.

Quelques mois plus tard, le 14 juin 2004, Mohamed Benchicou est condamné à deux années de prison ferme dans une affaire de bons de caisse découverts dans ses bagages à l’aéroport d’Alger en août 2003. La condamnation est officiellement prononcée pour infraction à la réglementation sur les mouvements de capitaux. Benchicou et ses soutiens contestent cette lecture de l’affaire, tandis que des organisations de défense de la liberté de la presse dénoncent son emprisonnement dans le contexte de son conflit ouvert avec le pouvoir.

Il purge intégralement sa peine à la prison d’El Harrach et retrouve la liberté le 14 juin 2006. Durant cette période, Le Matin cesse de paraître. En 2006, Benchicou reçoit le prix PEN/Barbara Goldsmith Freedom to Write, distinction internationale consacrée aux écrivains persécutés ou emprisonnés.

La prison aurait pu mettre un terme à sa voix. Elle devient au contraire une nouvelle matière d’écriture. En 2007 paraît Les Geôles d’Alger, récit dans lequel le journaliste revient sur l’univers carcéral et son expérience de détenu. D’autres livres suivront : Journal d’un homme libre, Notre ami Bouteflika, Le dernier soir du dictateur, Le Mystère Bouteflika ou encore La Parfumeuse : la vie occultée de Madame Messali Hadj. Son œuvre dépasse ainsi largement son face-à-face avec Bouteflika et témoigne d’un intérêt constant pour l’histoire politique algérienne, ses personnages et ses zones d’ombre.

Ce jeudi, c’est précisément cette longue trajectoire que rappellent les hommages. Le Matin d’Algérie a lancé un appel à ses lecteurs, aux journalistes qui ont travaillé avec lui et à tous ceux qui l’ont connu afin de recueillir leurs témoignages. Une manière de reconstruire, par fragments, la mémoire d’une aventure qui fut aussi celle de toute une génération.

Mohamed Benchicou pouvait diviser. Ses textes pouvaient heurter et ses jugements susciter la controverse. Il ne recherchait pas l’unanimité. C’est aussi ce qui explique la trace particulière qu’il laisse dans le journalisme algérien : celle d’un homme qui considérait la presse non comme un lieu de prudence confortable, mais comme un espace de confrontation avec le pouvoir et avec son époque.

Twala rappelle ce contraste entre un homme plutôt réservé dans la conversation et l’écrivain qui se révélait une fois devant la page. Une plume capable de colère, d’ironie et de sensibilité. Derrière le polémiste et le directeur de journal se trouvait aussi un écrivain.

Ce jeudi 24 septembre 2026, l’Algérie ne perd donc pas seulement l’auteur d’un célèbre brûlot contre Bouteflika. Elle perd un témoin et un acteur de plus de trente années d’histoire de sa presse. Une époque faite d’espérances démocratiques, de violences, de journaux disparus, de journalistes assassinés, de censures et de résistances.

Par La rédaction 

Source : Medi@terranée – 24/09/2026 https://www.mediaterranee.com/2442026-mohamed-benchicou-sest-eteint-lalgerie-perd-une-plume-libre-et-indocile.html

Le Matin d’Algérie – Hommage à Benchicou : appel à témoignages https://lematindalgerie.com/hommage-a-benchicou-appel-a-temoignages/

Elaine Mokhtefi, une Américaine à Alger – Paul Audinet

Elaine Mokhtefi s’est éteinte le 11 septembre à New York, à l’âge de 97 ans. Sept semaines plus tôt, un décret présidentiel avait fait de cette Américaine née en 1928 une citoyenne algérienne. Militante anticolonialiste, elle fut l’un des témoins privilégiés d’une décennie où Alger était la capitale des révolutions. Retour sur une trajectoire que ses Mémoires ont sortie de l’oubli, alors qu’un documentaire sur sa vie sortira prochainement.

Elaine Mokhtefi et son époux Mokhtar Mokhtefi – Collection personnelle d’Elaine Mokthefi

En septembre 1945, à 16 ans, elle part seule pour la Géorgie, au Wesleyan College, une université pour femmes. « J’étais vraiment inconsciente », dira-t-elle de ce départ pour le Sud profond. Ce qu’elle y découvre n’a rien de l’invisibilité qu’elle avait observée dans le Nord : la ségrégation « sautait aux yeux, jour et nuit, à travers une réglementation et des lois appliquées par les citoyens et imposées par les forces de l’ordre ». Elle devient rebelle, écrit-elle, assez du moins pour que la doyenne lui refuse sa réinscription l’année suivante. « Mes idées sur le racisme, la culture et la religion se sont intensifiées avec le temps pour devenir des convictions politiques. »

Retour à New York en 1946, au Latin American Institute, pour deux ans de traduction en espagnol. Une conférence sur son campus lui fait découvrir le mouvement des United World Federalists (UWF), qui plaident pour un gouvernement mondial. Elle y adhère, devient directrice nationale de la section étudiante en 1950. L’année suivante, au congrès de l’Assemblée mondiale de la jeunesse à l’université Cornell, elle dénonce publiquement le racisme états-unien devant des délégations africaines. Les services de renseignement, le FBI, commencent à interroger son entourage. L’UWF, lui, se défait : parti d’un objectif simple, un gouvernement fédéral mondial garantissant la paix entre les nations, il a reformulé ses buts jusqu’à ne plus réclamer que le renforcement des Nations unies. La rupture entre les jeunes idéalistes et la direction centriste est consommée ; on la met à la porte. Quelques jours après ses 23 ans, elle prend le large.

Paris, un égalitarisme en trompe-l’œil

Elle arrive à Paris au début de l’année 1952 et travaille comme interprète pour diverses organisations internationales. La jeune femme y prend la mesure de la condition faite aux travailleurs nord-africains, notamment lorsqu’elle se rend dans les bidonvilles en banlieue. Lors du défilé du 1er Mai, auquel elle participe, arrivent en fin de cortège des milliers d’ouvriers maghrébins. Ils n’y étaient pas conviés : la Confédération générale du travail (CGT) était revenue sur l’accord conclu avec les nationalistes algériens, refusant qu’une revendication d’indépendance s’exprime dans ses rangs, au moment où la France entendait étouffer toute contestation de sa présence en Afrique du Nord2. Elaine Klein ne le comprendra que quelques semaines plus tard, à l’arrestation du leader nationaliste algérien Messali Hadj3. L’image, elle, la frappe immédiatement. Ces hommes lui rappellent la condition des Noirs du sud des États-Unis : « J’ai fait un lien, et peut-être même un transfert de mes combats américains4. » Son engagement anticolonialiste s’enracine là, au moment où la guerre d’Algérie se profile.

En août 1960, à l’université du Ghana, elle indique son chemin à un homme en chemise blanche qui l’interroge dans un anglais approximatif. Il s’appelle Frantz Fanon.

Ce n’est pourtant pas à Paris que se noue le fil décisif de son parcours, mais dans une autre capitale : Accra. En août 1960, à l’université du Ghana, elle indique le chemin de la salle de conférences à un homme en chemise blanche qui l’interroge dans un anglais approximatif. Il s’appelle Frantz Fanon et représente le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) au Ghana. Avec Mohamed Sahnoun, délégué de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (Ugema), ils forment pendant quelques jours un trio qui milite pour des résolutions sur la Palestine, l’Afrique du Sud et la fin du colonialisme. « L’entente fut immédiate », écrit-elle. Un an plus tard, elle rendra visite chaque week-end à Fanon mourant, à l’hôpital de Bethesda, près de Washington.

New York, l’ambassade d’un État qui n’existe pas

Mohamed Sahnoun la présente à Abdelkader Chanderli, qui dirige à New York la représentation du Front de libération nationale (FLN) auprès des Nations unies et compte parmi les principaux artisans de sa diplomatie. Celui-ci lui expose sa stratégie : l’indépendance ne se gagnera pas sur le terrain, mais par l’internationalisation du conflit. En 1960, elle rejoint ce bureau, proto-ambassade d’un État qui n’existe pas encore. Elle traduit, rédige, organise, fait circuler Yasmina et Djazaïrouna, ces films, produits par le GPRA, réalisés par Djamel-Eddine Chanderli et Mohammed Lakhdar-Hamina, destinés à porter la question algérienne devant les délégations afro-asiatiques.

Ce travail est tout sauf accessoire. Il constitue l’une des armes principales d’une guerre asymétrique où le FLN, conscient de son infériorité militaire, mise sur l’opinion internationale et sur l’arithmétique nouvelle de l’Assemblée générale, que l’admission massive des anciennes colonies vient de bouleverser. Elle y côtoie de nombreux hommes qui formeront l’élite du pays indépendant — M’hamed Yazid, Mohamed Benyahia, Lakhdar Brahimi, Ahmed Boumendjel — et deux hommes écartés après la crise de l’été 1962 et la prise de pouvoir par le groupe de Tlemcen5 : Benyoucef Benkhedda et Krim Belkacem, condamné à mort par contumace avant d’être assassiné à Francfort en 1970.

« La Mecque des révolutionnaires »

Elaine Klein s’installe à Alger en 1962, la veille des célébrations du 1er Novembre, date anniversaire du déclenchement de l’insurrection de 1954. Le pays manque de tout : sur neuf à dix millions d’habitants, quelque 1 500 étudiants et 500 diplômés de l’université. « L’improvisation était la règle. » Office national du tourisme, bureau de presse de la présidence, Algérie Presse Service puis la Radio-Télévision algérienne : Elaine devient l’une des traductrices les plus sollicitées du régime, y compris auprès d’Abdelaziz Bouteflika, alors ministre des affaires étrangères.

Ces années sont celles où l’Algérie fait de sa victoire un capital diplomatique. Anti-impérialiste par doctrine autant que par expérience, elle accueille, forme et finance les mouvements de libération : « Quasiment toutes les organisations de libération dans le monde avaient un bureau à Alger », écrit-elle, du Vietcong au Congrès national africain (ANC), de l’Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (Swapo) au Front de libération du Mozambique (Frelimo) et au Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), sans oublier les militants indépendantistes basques d’Euskadi ta Askatasuna (ETA), les exilés d’Espagne, du Portugal et d’Amérique latine. La formule d’Amílcar Cabral, dirigeant du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, restera comme le résumé de cette séquence : « Les chrétiens vont au Vatican, les musulmans à La Mecque, et les révolutionnaires vont à Alger6. »

Trente et un États africains, six mouvements de libération, Nina Simone, Oscar Peterson, Archie Shepp jouant avec des musiciens touareg, et des concerts en plein air qui tiennent la ville éveillée.

Le point culminant est le premier Festival culturel panafricain7, en juillet 1969, qu’elle contribue à organiser : trente et un États africains, six mouvements de libération, Nina Simone, Oscar Peterson, Archie Shepp jouant avec des musiciens touareg, et des concerts en plein air qui tiennent la ville éveillée. C’est aussi le moment où ses combats la rattrapent. Éconduits par La Havane, les Black Panthers d’Eldridge Cleaver sont envoyés en Algérie, où ils ouvrent une « ambassade ». Ils ne parlent ni arabe ni français ; elle sert d’interprète et d’intermédiaire avec les autorités.

    C’est également à cette époque qu’elle rencontre Mokhtar Mokhtefi, ancien combattant de l’Armée de libération nationale passé par le ministère de l’armement et des liaisons générales (MALG), puis devenu écrivain. Elle l’épouse en 1972 et porte depuis son nom. « Il cherchait la justice en toute chose », dira-t-elle de cet homme mort en 2015, dont les Mémoires, J’étais français-musulman, Itinéraire d’un soldat de l’ALN, paraîtront l’année d’après chez Barzakh.

    Son histoire algérienne s’interrompt pourtant brutalement. En 1974, après avoir refusé à deux reprises de renseigner les services algériens sur son amie Zohra Sellami, mariée à l’ancien président Ben Bella, alors détenu, elle est contrainte de quitter le pays. Un billet d’avion pour Paris l’attend à l’aéroport. Dès lors interdite de séjour, elle ne pourra retourner en Algérie que quarante-quatre ans plus tard.

    Algérienne, enfin

    Elle revient en novembre 2018, à la veille de la parution française de ses Mémoires, Alger, capitale de la révolution, qu’elle a elle-même traduits en français et que Barzakh publie en Algérie. Son livre restitue de l’intérieur, mais sans complaisance, une décennie au cours de laquelle Alger s’est imposée comme l’un des centres de la politique révolutionnaire internationale. Il raconte aussi les contradictions de l’Algérie indépendante, les déceptions et les coups d’éclat.

    Une poignée de mois après, alors qu’elle est de retour chez elle, le Hirak éclate. Interrogée sur son sentiment par Contretemps, la « revue de critique communiste », elle dira voir dans ce soulèvement « l’ouverture des cœurs et des esprits pour demander le départ du “pouvoir”, l’exigence du peuple pour la restitution de la démocratie, le pays pour tous ses citoyens… » « C’est en effet une deuxième révolution ! », conclura-t-elle.

    Décembre 2025 prend des allures de consécration8. Invitée d’honneur de la 12e édition du Festival international du film d’Alger, elle enchaîne, en une semaine, rencontre et colloque, puis, le 10 décembre, jour de ses 97 ans, deux hommages et une standing ovation au Théâtre national algérien. On lui annonce ce soir-là que la nationalité algérienne lui sera accordée, décision formalisée par décret présidentiel le 23 juillet 20269.

    Elaine Mokhtefi s’éteint le vendredi 11 septembre à New York, la ville où elle était née, quelques semaines avant un ultime voyage à Alger, où une réception était prévue pour célébrer sa nationalité. La réalisatrice serbe Mila Turajlić, autrice de Ciné-guérillas, Scènes des archives Labudović (2022), lui consacre un documentaire aujourd’hui en montage. L’occasion de maintenir vivante la flamme qui animait cette militante infatigable et de célébrer une longue histoire d’engagement auprès de celles et ceux qui luttaient pour leur émancipation.

    Source: Orient XXI- 16/09/2026 https://orientxxi.info/Elaine-Mokhtefi-une-Americaine-a-Alger

    Racisme, islamophobie, immigration : informer pour mieux résister

    Orient XXI et Afrique XXI étaient présents à la Fête de l’Huma 2026, au Village des médias indépendants. Le dimanche 13 septembre, avec Retronews, a été co-organisée une table ronde intitulée « Racisme, islamophobie, immigration : informer pour mieux résister ».

    Avec :

    • Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis (LFI) ;
    • Pierre Tevanian, Philosophe, enseignant, auteur et militant associatif ;
    • Sarra Grira, rédactrice en chef d’Orient XXI (https://orientxxi.info) ;
    • Marie Le Roch, rédactrice en chef de Retronews (https://www.retronews.fr) ;

    Source : Orient XXI – 18/09/2026 https://orientxxi.info/Racisme-islamophobie-immigration-informer-pour-mieux-resister

    Toulouse – Rencontres des Amitiés – ANPNPA & 4ACG

    Le 6 septembre 2026, une initiative de l’ANPNPA et de la 4ACG a réuni quatre autres associations – Soleil d’Occitanie, Karavan, Les Ami-e-s d’Averroès et l’ATIF-OP – autour d’un pique-nique amical, musical et festif.

    Une association de femmes, membres de Toulouse Nord en Mouvement, était également présente pour vendre des gâteaux afin de financer un voyage.

    Durant les entractes, nos ami-e-s de Karavan nous ont montré de réelles capacités pour les danses folkloriques du Maghreb.

    L’après-midi a été animée par un duo, Ely Pineda et Léo, qui nous ont ravis avec des chansons de Brassens et d’Amérique Latine. Eric de la 4 ACG nous a émus avec de beaux poèmes de son père. Marc a chanté une très belle chanson de lutte et de résistance. 

    Amicale et festive, cette première activité commune Rencontres des Amitiés est appelée à se renouveler et à prendre d’autres formes entre des associations toutes animées par la fraternité, la solidarité et l’amitié entre les peuples. 

    Moh Kechidi, ANPNPA-Toulouse

    France – Algérie. « Un lien direct, charnel, familial » – Jean-Pierre Séréni

    En France, l’Algérie provoque trop souvent passions et excommunications dans un climat de guerre froide rarement rencontré depuis soixante ans. À contre-courant, l’écrivain franco-algérien Karim Amellal avance, dans La Part algérienne de la France, un plaidoyer bienveillant.

      

    Peinture abstraite aux couleurs fluides, figures indistinctes et reflets lumineux.
    Abdallah Benanteur, Méditerranéens, 1992, huile sur toileMusée de l’IMA, donation Claude & France Lemand

    Quelque neuf millions d’habitants vivant dans l’Hexagone ont un lien avec l’Algérie. Immigrés, rapatriés, harkis, anciens de la Guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), coopérants ou travailleurs, trois générations ont eu à un moment de leur vie un attachement plus ou moins fort avec l’autre rive. Si la majorité a souvent oublié, il reste néanmoins trois à quatre millions qui « entretiennent un lien direct, charnel, familial » avec l’Algérie.

    Dans La Part algérienne de la France, Karim Amellal, écrivain franco-algérien et ancien ambassadeur délégué interministériel à la Méditerranée (2020-2025), déconstruit, chapitre après chapitre, des convictions largement répandues dans l’opinion métropolitaine et montre l’intimité de la relation franco-algérienne.

    Non, la Guerre d’indépendance algérienne n’est pas passée : ni chez ceux pour qui le 18 mars 1962 marque une défaite de la France ni chez les descendants des militants du Front de libération nationale (FLN) pour qui c’est le jour de la libération du joug colonial.

    Les relations entre Paris et Alger ne sont pas qu’une affaire politique et concernent également la vie quotidienne d’Algériens et de Franco-Algériens qui travaillent, élèvent leurs enfants, partagent les épreuves du peuple français — du COVID au chômage et à la canicule —, fréquentent les consulats et trop souvent font les frais de crises qui les oublient.

    Une diaspora hétérogène

    Contrairement aux hallucinations de certains responsables politiques et de médias mal intentionnés, la diaspora algérienne ne constitue pas « un bloc compact et homogène ». Au contraire, elle se diversifie socialement et culturellement. Génération après génération, ses enfants, à force de ténacité et d’endurance, font des études supérieures — la moitié des plus jeunes est diplômée de l’enseignement supérieur et occupe des emplois qualifiés ou indispensables. Où en seraient les hôpitaux français, déjà bien malades, sans les quelque 6 000 médecins venus d’Algérie et les dizaines de milliers d’infirmiers et d’infirmières qui les secondent ?

    En Algérie, les classes moyennes continuent à parler français, et la population suit avec passion la vie politique dans l’Hexagone — même si la normalisation diplomatique de la Ve République ne la mobilise plus comme il y a vingt ans au moment du voyage triomphal de Jacques Chirac à Alger en pleine guerre d’Irak1.

    Enfin, les tenants d’une ligne dure vis-à-vis du régime autoritaire d’Alger, qui se recrutent très à droite et à l’extrême droite, ne réussissent le plus souvent qu’à souder la population et le régime. Un exploit !

    Un livre intitulé "La part algérienne de la France" sur fond violet.

    Karim Amellal La part algérienne de la France. Contribution au récit national, Éditions de l’aube, 2026, 217 pages, 20 euros

    Source : Orient XXI – 16/09/2026 https://orientxxi.info/France-Algerie-Un-lien-direct-charnel-familial