La « submersion » étrangère : un fantasme raciste français récurrent – Alain Ruscio

La hantise d’une submersion imaginaire du pays par les étrangers a une longue histoire en France. François Bayrou ne fait que reprendre un stéréotype colonial.

Thème fétiche de l’extrême droite raciste, variante de la théorie délirante du « grand remplacement », la hantise d’une « submersion » imaginaire par les étrangers vient d’être à nouveau brandie par le premier ministre François Bayrou. Elle est également exploitée de façon éhontée par le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau. Un « débat » sur « l’identité française », rappelant furieusement les errements xénophobes et racistes de la présidence Sarkozy, est annoncé. De même qu’une remise en cause du droit du sol non seulement à Mayotte mais aussi en France. L’historien Alain Ruscio montre ici que le fantasme politique ainsi agité est aussi ancien que récurrent dans notre histoire.

Une identité nationale submergée ? Une idée vieille comme… la France par Alain Ruscio

La France est-elle une personne, comme le pensait Michelet ? Y a-t-il une identité propre à ce pays, à la fois comparable et opposable à d’autres ? Si oui, quelle est son essence ? Chrétienne ? Blanche ? Quand enfonça-t-elle ses racines dans l’hexagone ? « La population de notre pays est restée homogène depuis ses origines » (Front National, Programme de gouvernement, 1993)[1]. Origines ? Du temps des Gaulois, comme l’école de la IIIème République tenta de le faire croire ? Sous les Mérovingiens ? Les Carolingiens ? Les Bourbon ? Sous la Révolution ? Les Français éprouvent un « sentiment de submersion » vient d’affirmer François Bayrou en précisant : « Les apports étrangers sont positifs pour un peuple, à condition qu’ils ne dépassent pas une proportion »[2]. C’est la vieille théorie du seuil de tolérance.

Ou, a contrario, cette essence n’est-elle qu’une invention ? L’identité n’est-elle pas plutôt une construction permanente, dont aucune définition ne pourrait être figée ?

Ces interrogations n’ont cessé de susciter polémiques et mises au point des politiques et des intellectuels. 

Premiers débats

On peut être surpris de constater que la sensation d’une menace sourde sur l’identité nationale par une présence d’éléments autres a plusieurs siècles d’existence.

Au XVIIIème siècle, où les esclaves noirs, emmenés en métropole par leurs maîtres, et parfois abandonnés, n’étaient que quelques milliers, le Procureur du Roi à la Cour de l’Amirauté de France jugea la figure de la France menacée : « L’introduction d’une trop grande quantité de Nègres en France (…) est d’une dangereuse conséquence. Nous verrons bientôt la nation Françoise défigurée si un pareil abus est toléré » (Guillaume Poncet de la Grave, Ordonnance, 31 mars 1762)[3].

En 1802, telle était l’opinion d’un ancien avocat-colon du Cap français (Saint-Domingue), exilé en métropole, dans un chapitre intitulé « L’inconvénient du Nègre en France » : « Depuis la révolution, le sang Africain ne coule que trop abondamment dans les veines des Parisiennes mêmes. Il est vrai que l’espèce de femmes qui s’allient aux Noirs est la plus vile de Paris et des départemens. Mais il en naît de gros mulâtres renforcés, plus bronzés même que dans les Colonies. Ces mulâtres épouseront eux-mêmes quelques-unes de ces femmes, et leur troisième ou quatrième génération peut se mêler à des femmes plus relevées. Si cet abus subsistoit plus longtemps, il attaqueroit donc jusqu’au cœur de la nation, en en déformant les traits, et en en brunissant le teint. Le moral prendroit alors la teinte du physique, et la dégénération entière du peuple Français ne tarderoit pas à se faire appercevoir » (Louis-Narcisse Deslozières, Les égaremens du nigrophilisme, 1802)[4].

La présence même en métropole d’un seul homme de couleur, le député de Saint-Domingue Belley, amènera des incidents significatifs. Pour beaucoup de Français, alors, on ne pouvait vraiment pas être nègre et Français. Le 5 thermidor an III (23 juillet 1795) eut lieu à la Convention un débat houleux. Évoquant la grande île, un député Girondin, Jean Serres, adjura ses collègues de cesser de « faire couler le sang français par torrents (…) pour faire triompher les Africains ». La formule méprisante provoqua une réaction indignée de Belley[5], qui s’exclama : « Est-ce que je suis un  chien ? », ce qui lui attira cette réponse définitive de la salle : « Non, mais tu n’es pas Français ». À ce même Belley sera à une autre occasion dénié le droit d’être Français, puisqu’il était d’ailleurs « de nation afriquaine-bambara »[6].

La période coloniale

Que ce fût pour les besoins de l’appareil productif ou pour assurer la défense du territoire national, l’appel à des indigènes à venir sur le territoire de l’hexagone traverse l’histoire coloniale française. Avec le revers de ce phénomène : la présence d’immigrés colonisés fut souvent vécue comme une invasion et, donc, assimilée à une perte d’identité. 

L’un des grands théoriciens de la question des races, Georges Vacher de Lapouge, écrivit en 1899 un essai au titre qui prendra par la suite une dimension tragique : L’Aryen. Il déclarait y constater que l’invasion était un processus irréversible : « L’immigration a introduit depuis un demi-siècle plus d’éléments étrangers que toutes les invasions barbares. Les éléments franchement exotiques deviennent nombreux. On ne rencontre pas encore à Paris autant de jaunes et de noirs qu’à Londres, mais il ne faut se faire la moindre illusion. Avant un siècle, l’Occident sera inondé de travailleurs exotiques (…). Arrive un peu de sang jaune pour achever le travail, et la population française serait un peuple de vrais Mongols. “Quod Dii omen avertant !“[7] » (L’Aryen, 1899)[8]. En 1923, pour lui, le processus était presque achevé : la France était un pays envahi, la « fin du monde civilisé » se profilait à l’horizon[9]. Il vécut encore 13 années. Nul doute qu’il vît l’évolution de la société française d’un œil plus sombre encore…

Un tiers de siècle plus tard, le démographe Georges Mauco, même s’il n’utilisa pas le mot d’identité, émit les mêmes craintes : « L’accroissement continu de la masse des étrangers qui rend plus lente et plus difficile depuis la guerre leur assimilation, développe, par ailleurs, le redoutable problème de la saturation. Certes, la France est merveilleusement douée pour absorber les apports étrangers et il n’est pas au-dessus de ses écoles, de ses élites, d’encadrer, de diriger, d’éduquer l’énorme armée des mercenaires du travail qu’il lui a fallu recruter. Mais l’augmentation à prévoir de la masse des étrangers ne risque-t-elle pas de dépasser sa faculté d’absorption ? La France ne court-elle pas le risque de voir l’immigration facteur de renouvellement devenir une force de substitution ? L’immigration apporte des éléments humains peu évolués, frustes en général, parfois inférieurs. Tant que le rythme des arrivées permet d’éduquer, il y a enrichissement et atténuation de notre pénurie d’hommes. Mais quel danger du jour où la diminution des cadres et le gonflement des troupes rendraient difficile l’assimilation de celle-ci ! » (La Revue de Paris, 15 février 1933).

C’est l’époque où une partie de la presse, beaucoup d’hommes politiques, d’intellectuels, mènent une campagne contre les indésirables, les métèques, une masse indistincte englobant tous ceux qui ne correspondaient pas à certains critères, « qui n’ont ni le parler ni la figure des gens de chez nous » (Henri Béraud, 1936)[10]. Un grand écrivain reprit alors à son compte ces thèses : « Qu’importe si les frontières du pays soient intactes si les frontières de la race se rétrécissent et si la peau de chagrin française est le Français ! » (Jean Giraudoux, Pleins pouvoirs, 1937)[11]. Un essayiste, Raymond Millet, s’effraya qu’il y ait « trois millions d’étrangers en France » (c’était le titre de son essai) et proposa aux autorités d’opérer un tri entre les « bienvenus » (une minorité) et les « indésirables » (la masse), « nos facultés d’assimilation et d’absorption (restant) considérables quand le pourcentage d’étrangers ne dépass(ait) par une certaine limite » (1938)[12]/

Après-guerre, les expressions indésirables et métèques étant devenues sulfureuses, c’est contre « l’ethnie nord-africaine » que se tournèrent les interrogations : « Jusqu’à quel point et dans quelles limites numériques et même géographiques une assimilation est-elle possible ? Les facteurs à considérer sont d’ordre physique et d’ordre ethnique. Au point de vue physique, il s’agit de savoir si cette immigration risque de bouleverser les composantes physiques constatées en France et exprimées par une certaine répartition de caractères aussi évidents que la stature, la pigmentation, l’indice céphalique. Au point de vue ethnique, il s’agit de savoir si l’ethnie nord-africaine affirmée par une certaine civilisation, c’est-à-dire une langue, des mœurs, une religion, un comportement général et jusqu’à une mentalité, oppose un refus absolu, un antagonisme total à ce que l’on peut considérer comme l’ethnie française » (Louis Chevalier, Le problème démographique nord-africain, 1947)[13].

Plus tard, parmi les causes du désengagement gaulliste de l’Algérie, il y avait la crainte du Général de voir, en cas d’assimilation totale, le « peuple européen de race blanche » se dissoudre : « C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne nous raconte pas des histoires ! » (Propos, 5 mars 1959)[14].

Ces propos ont certes été tenus en privé. Mais, manifestement, le Général tenait à ce qu’ils soient rapportés (Alain Peyrefitte était un fidèle et un proche).

Avec le temps, la notion de seuil de tolérance explosa dans le vocabulaire de bien des hommes politiques, journalistes et intellectuels. Un jeune chercheur, Mathieu Rigouste, en décela une première trace dans un article de 1969 de Maurice Schuman, alors ministre d’État chargé des affaires sociales[15]. À la même époque, deux circulaires gouvernementales (70-27 et 70-88 du 4 mars 1970) fixèrent à 15 % le maximum de population étrangère dans les HLM[16].

Le 25 août 1973, à Marseille, l’assassinat d’un conducteur de bus – français –, Émile Gerlach, par un malade mental – arabe –, Salah Bougrine, suscita un vif débat. Le ministre chargé des relations avec le Parlement considéra que c‘était l’installation d’une communauté étrangère qui était la cause de la tension, égratignant au passage la municipalité socialiste dirigée par Gaston Defferre (Joseph Comiti, Déclaration, 30 août 1973)[17]. Avec plus de finesse, le président Pompidou ne dit pas autre chose, lors de la conférence de presse qui suit immédiatement ces crimes : « Il faut bien voir qu’il y a un problème (…) : les Nord-Africains, et particulièrement les Algériens, sont concentrés dans quelques agglomérations : Marseille et sa banlieue, la banlieue lyonnaise, Paris et sa banlieue » (Conférence de presse, Paris, 27 septembre 1973)[18].

En 1983, Michel Debré, en fin de carrière politique, mais dont l’autorité reste grande dans les milieux conservateurs, participe à la 36ème session du très officiel Institut des hautes études de la Défense nationale. Il y fait une contribution significativement intitulée L’immigration est-elle une invasion ? Réponse : « Désormais, les travailleurs d’origine étrangère occupent souvent, en rangs serrés, certains quartiers de nos villes. Il s’est développé un “quart monde“ sur notre propre territoire »[19].

Le plus grave sans doute est le ton de l’évidence, adopté par des familles politiques par ailleurs opposées : « Le seuil de tolérance est dépassé dans certains quartiers, et cela risque de provoquer des réactions de racisme » (Jacques Chirac, 13 juillet 1983)[20]… « Je ne souhaite pas aggraver le chômage en France en laissant la porte ouverte aux travailleurs immigrés (…). Le gouvernement français sera très ferme : la France ne peut plus accueillir des travailleurs étrangers » (Georgina Dufoix, PS, 23 février 1984)[21]… « Il faut partir d’une évidence : on ne peut pas prendre le risque de laisser augmenter encore le nombre d’immigrés en France » (Jean-Claude Gaudin, Figaro Magazine, 1er juin 1985)[22]… Que dire, alors, de la caution étatique, dans la bouche de François Mitterrand, lors d’un entretien avec Christine Ockrent : « Le seuil de tolérance a été atteint dès les années 70, où il y avait déjà 4,1 à 4,2 millions de cartes de séjour, à partir de 1982 (…). Il ne faut pas dépasser ce chiffre, mais on s’y tient depuis des années et des années » (Antenne 2, 10 décembre 1989)[23]. C’est exactement au même moment (3 décembre 1989) que son Premier ministre, Michel Rocard, prononce une phrase restée célèbre : « La France ne peut pas recevoir toute la misère du monde »[24].

1989 : c’est l’année dite des foulards de Creil… Le terrain était prêt pour une offensive plus spécifiquement dirigée contre la population la plus présente dans cette immigration : les Maghrébins, décrétés tous musulmans.

Notes

[1] 300 mesures pour la renaissance de la France. Programme de gouvernement, Programme rédigé par Bruno Mégret, Brochure Front national, Paris.

[2] Interview à LCI, 27 janvier 2025.

[3] Cité par Pierre H. Boulle, Race et esclavage dans la France de l’Ancien Régime, Paris, Perrin, 2007.

[4] À Paris, Chez Migneret, Imprimeur (Gallica).  

[5] Le nom n’est pas cité dans le compte-rendu. Mais, d’après Claude Wanquet, qui cite cette anecdote, il s’agit bien de Belley (La France et la première abolition de l’esclavage, 1794-1802. Le cas des îles orientales Ile-de-France (Maurice) et la Réunion, Paris, Karthala, 1998).

[6] Pétition de colons contre Belley, citée par Vertus Saint-Louis, « Le surgissement du terme “africain“ pendant la révolution de Saint-Domingue », Revue Ethnologies, Vol. XXVIII, n° 1, 2006 (Persée).

[7] « Puissent les dieux démentir ce présage ! ».

[8] L’Aryen, son rôle social, Cours libre de science politique, professé à l’Université de Montpellier (1889-1890), Paris, A. Fontemoing Éd., 1899.

[9] « Dies Irae. La fin du monde civilisé », Europe, 1 er octobre 1923.

[10] Gringoire, 7 août 1936, cité par Ralph Schor, « L’extrême droite française et les immigrés en temps de crise. Années trente-années quatre vingts », Revue européenne des migrations internationales, Vol. XII, n° 2, 1996 (Persée).

[11] Paris, Gallimard, NRF.

[12] Trois millions d’étrangers en France. Les bienvenus, les indésirables, Paris, Libr. de Médicis.

[13] Cahiers de l’INED, Coll. Travaux et Documents, n° 6, Paris, PUF.

[14] Propos tenus à Alain Peyrefitte, rapportés in C’était de Gaulle, Vol. I, La France redevient la France, Paris, Ed. de Falois / Fayard, 1994.

[15] L’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Paris, Éd. La Découverte, Coll. Cahiers libres, 2009.

[16] José Rodrigues Dos Santos & Michel Marie, « L’immigration et la ville », Espaces & sociétés. Revue critique internationale de l’aménagement, de l’architecture et de l’urbanisation, n° 8, février 1973.

[17] Le Monde, 1 er septembre.

[18] Le Monde, 29 septembre.

[19] IHEDN, Dossier L’Environnement national, 1983-1984, cité par Mathieu Rigouste, L’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine, Paris, Ed. La Découverte, Coll. Cahiers libres, 2009.

[20] Le Monde, 15 juillet.

[21] « La France ne peut plus accueillir de travailleurs étrangers », Les Échos, 24 février. 

[22] « Qu’ils commencent d’abord par nous accepter, nous ».

[23] Cité par Christine Barats,  L’intégration et le discours présidentiel sur l’immigration, 1981-1991, Thèse pour l’obtention du titre de Docteur en science politique, Université de Paris-Dauphine, UER Sciences des organisations, janvier 1994.

[24] Cette formule, souvent citée, a été effectivement prononcée, sous des formes différentes, toutes en 1989 : lors d’un débat à l’Assemblée nationale (6 juin), lors d’une assemblée de la CIMADE (28 novembre), émission Sept sur sept, avec Anne Sinclair (décembre).

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – 15/02/2025  https://histoirecoloniale.net/la-submersion-etrangere-un-fantasme-raciste-francais-recurrent-par-alain-ruscio/

Perpignan : La nomination de l’esplanade Pierre Sergent annulée – La Semaine du Roussillon

La majorité RN à la tête de la ville avait décidé d’attribuer à l’esplanade du square Bir Hakeim le nom de Pierre Sergent, ancien chef d’état-major et de l’organisation de l’armée secrète (OAS)

04/02/2025 – Le tribunal administratif de Montpellier a décidé d’annuler ce jour la délibération du 2 septembre 2022 du conseil municipal de Perpignan. La majorité RN à la tête de la ville avait décidé d’attribuer à l’esplanade du square Bir Hakeim le nom de Pierre Sergent, ancien chef d’état-major et de l’organisation de l’armée secrète (OAS), condamné à mort par contumace en 1962 pour avoir commandité des actes de terrorisme et des tentatives d’assassinats. Amnistié en 1968, Pierre Sergent avait été élu député FN des P.O.

La décision de la mairie avait provoqué des manifestations de nombreuses associations et deux recours devant le TA, de la Ligue des droits de l’homme (LDH) et de SOS Racisme.

Le Tribunal a estimé que la délibération « a été de nature à heurter significativement la sensibilité du public » et « a été entachée d’une erreur manifeste d’appréciation. » La ville de Perpignan est par ailleurs condamnée à payer 800 € à la LDH et autant à SOS Racisme.

A travers un communiqué publié le jour même, la municipalité de Perpignan annonce qu’elle fera appel de cette décision.

Source : La Semaine du Roussillon – n°1484 – 5 au 11/02/2025 https://www.lasemaineduroussillon.com/societe/mairie-de-perpignan-la-nomination-de-lesplanade-pierre-sergent-annulee-12849/

Mobilisation de trente organisations dont l’ANPNPA Contre l’esplanade Pierre Sergent – 29/10/2022

À la « Cité de l’histoire », des mensonges sur la guerre d’Algérie

La « Cité de l’histoire » colporte des contre-vérités chères à l’extrême droite, notamment sur la guerre d’Algérie.

Roxana Azimi, dans Le Monde du 24 janvier 2025, a consacré une intéressante enquête aux « cités de l’histoire », « ces lieux culturels immersifs, conçus comme des parcs de loisirs », dont La Cité de l’histoire, installée depuis 2023 sur 6000 m2 sous l’arche de la Défense, à Puteaux (Hauts-de-Seine). Elle est la propriété d’Amaclio Productions, dont L’Humanité soulignait la proximité avec la droite la plus réactionnaire. Quand on songe qu’ à l’occasion du bicentenaire de la déclaration universelle des droits de l’homme, le 26 août 1989, a eu lieu à cet endroit l’inauguration solennelle de l’Arche de la fraternité à la Défense, on se rend compte à quel point, par des mécanismes divers, la droite extrême n’a cessé de marquer des points dans la diffusion de son idéologie.

« Après s’être acquitté d’un ticket à 24 euros, plus cher qu’une entrée au Musée du Louvre, écrit Le Monde, le visiteur se voit proposer deux « attractions » principales. D’un côté, un « couloir du temps », longue frise chronologique et interactive qui, en 400 textes brefs, prétend parcourir l’histoire mondiale depuis l’Empire romain jusqu’à nos jours. De l’autre, douze siècles d’histoire de France découpés en 17 scènes, jalonnées de figures en cire rescapées du Musée Grévin et ponctuées de saynètes animées par des comédiens. Le récit est délivré par Franck Ferrand, qui collabore à des médias conservateurs, tels CNews et Valeurs actuelles. Sensible aux idées d’Eric Zemmour, l’historien cathodique est aussi perméable aux thèses conspirationnistes. »

Le récit s’autorise ainsi d’improbables « oublis » dans l’histoire de France. L’historienne Mathilde Larrère s’étonne : « Rien sur les canuts, rien sur la Commune, rien sur le Front populaire, rien sur 1968 ».

S’agissant de l’histoire coloniale et plus particulièrement de l’Algérie, on s’attend au pire et on n’est pas déçu : « Dans les notices lapidaires du « couloir du temps », les raccourcis sont encore plus criants. Celle qui est consacrée aux accords d’Evian de 1962 et à l’indépendance de l’Algérie est pour le moins biaisée. Évoquant les attentats du Front de libération nationale (FLN), sans mentionner ceux de l’Organisation armée secrète (OAS), elle signale de prétendus « sabotages de la part des communistes en France ». « C’est délirant, les communistes n’ont commis aucun attentat en France, ils ont, au contraire, été tués lors de la répression au métro Charonne, s’étrangle l’historien Benjamin Stora, spécialiste de l’Algérie, sollicité par Le Monde. Il n’y a aucune profondeur historique dans cette notice : on parle d’affrontements sanglants sans évoquer le fond du problème, la colonisation. »

Selon la page « nos partenaires » du site de la société propriétaire de La Cité de l’histoire, cette entreprise de relecture identitaire de l’histoire est notamment parrainée par la Région Ile-de-France, la Ville de Paris ou encore l’INA.

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – 01/02/2025 – https://histoirecoloniale.net/a-la-cite-de-lhistoire-des-mensonges-sur-la-guerre-dalgerie/

Jean-Marie Le Pen, la haine en héritage – A l’air libre, Mediapart

15/01/2025

Des plateaux télé où la « saga familiale » des Le Pen a supplanté l’analyse ; des euphémismes qualifiant de « provocations » ou de « dérapages » des décennies de déclarations antisémites, racistes et homophobes, condamnées vingt-cinq fois par la justice ; des magazines célébrant un « tribun » en oubliant son rôle central dans la diffusion des idées d’extrême droite et son passé de tortionnaire en Algérie…

Depuis la mort de Jean-Marie Le Pen, le 7 janvier, la réalité des discours et de l’héritage Le Pen a été trop souvent édulcorée.  Alors qu’une célébration religieuse aura lieu jeudi 16 janvier à Paris, où devraient se croiser les constellations de l’extrême droite française, retour dans à « À l’air libre » sur la vie d’un homme dont la haine était le métier.

Une émission préparée et présentée par Mathieu Magnaudeix, avec :

  • Marine Turchi, journaliste au pôle enquête de Mediapart, coautrice avec Mathias Destal de Marine est au courant de tout, un livre sur l’argent secret, les financements et les hommes de l’ombre du Front national (Flammarion, 2017) ;
  • Florence Beaugé, journaliste qui a révélé dans Le Monde en 2002 la torture du bataillon du lieutenant Le Pen en Algérie. Autrice d’Algérie, une guerre sans gloire (Le Passager clandestin, à paraître le 7 mars) ;
  • Raphaël Tresanini, coréalisateur avec Jean-Pierre Canet du documentaire « Jean-Marie Le Pen : à l’extrême » (à voir en replay sur France Télévisions).