Le rapport annuel 2025 publié par les organisations Riposte Internationale et le Collectif des Familles de Disparus en Algérie (CFDA) dresse un portrait sombre et sans concession de la situation des droits humains dans le pays.

Le constat est sans appel. Ce document de référence documente ce qu’il qualifie de « glissement autoritaire continu » amorcé après le mouvement populaire du Hirak, transformant progressivement l’Algérie en un espace civique totalement verrouillé. Ce rapport 2025 particulièrement s’ajoute à tous ceux qu’a publié ces dernières années Riposte Internationale. Cette ONG de défense des droits humains est l’une seule organisation à documenter les violations des droits humains. Chaque semaine, un état des lieux des arrestations et condamnations de citoyens, journalistes est rendu public sur son site internet.

C’est un travail de bénédiction réalisé sans tambours ni trompettes. Avec conviction, constance et détermination. Cette ONG ne se contente pas de dénoncer les arrestations de citoyens, elle recueille les témoignages, alerte l’opinion mondiale et plaide dans les instances internationales. Mais revenons à ce rapport.

Une justice sous influence et un arsenal législatif liberticide

Au cœur de cette stratégie de contrôle, le rapport dénonce l’instrumentalisation systématique de l’appareil judiciaire. Bien que la Constitution proclame l’indépendance de la justice, celle-ci souffre d’une dépendance structurelle à l’égard de l’exécutif, le président de la République présidant lui-même le Conseil supérieur de la magistrature.

Le pouvoir a multiplié les réformes pour criminaliser toute forme de contestation. Les révisions du Code pénal en 2024 et du Code de procédure pénale en 2025 ont introduit des infractions aux contours flous, telles que « l’atteinte à l’unité nationale » ou la « diffusion de fausses informations ». L’article 87 bis demeure l’outil le plus redoutable, l’instrument de répression que le pouvoir avance face aux activistes. Sa définition extensive du terrorisme permet d’assimiler des activités politiques pacifiques ou des publications critiques en ligne à des actes criminels.

Le silence imposé aux médias et à la société civile

A défaut du consentement de l’opinion publique, le clan au pouvoir impose la répression et la censure à tous les niveaux. La liberté de la presse connaît une érosion continue, l’Algérie chutant à la 126e place du classement mondial de Reporters sans frontières en 2025. Des journalistes comme Mustapha Bendjama ou le Français Christophe Gleizes sont victimes de harcèlement judiciaire et de lourdes condamnations. Le rapport souligne que l’octroi des licences médias est désormais subordonné au contrôle direct du ministre de l’Information, annihilant tout espoir d’indépendance. Depuis avril dernier, c’est un autre journaliste et militant des droits humains qui a été arrêté arbitrairement et envoyé dans une prison du sud pour le faire oublier de l’opinion. Le régime est en roue libre. Frileux et peu confiant, il arrête à tout va.

Le tissu associatif n’est pas épargné. La loi 12-06 a permis la dissolution d’organisations historiques comme la LADDH ou le RAJ. Les avocats de la défense, à l’instar de Me Sofiane Ouali, font eux-mêmes l’objet de poursuites pénales pour leur engagement auprès des détenus d’opinion. On estime qu’entre 200 et 300 personnes croupissent encore en prison pour leurs idées en 2025.

Mourir en détention : l’alerte sur les violences institutionnelles

Les conditions dans les prisons algériennes sont qualifiées de contraires à la dignité humaine par le rapport : surpopulation chronique, insalubrité et manque de soins. Le décès en détention provisoire de Tarik Bouslama, après deux ans sans jugement et privé de soins adaptés, est cité comme un signal d’alarme majeur sur la responsabilité des autorités pénitentiaires.

En parallèle, le pouvoir utilise l’Interdiction de Sortie du Territoire National (ISTN) comme une véritable « arme politique ». Appliquées de manière opaque et sans notification préalable, ces mesures frappent de nombreux militants et journalistes, entravant leur liberté de circulation sans aucun recours effectif. À l’inverse, des figures comme Nassera Dutour, présidente du CFDA, se voient refuser l’entrée sur le territoire national. Un journaliste algérien, Farid Alilat, a lui aussi été refoulé à son arrivée à l’aéroport d’Alger en avril 2024.

Minorités et migrants : la face cachée de la répression

Le rapport consacre un volet alarmant aux groupes vulnérables. Les féminicides persistent avec une hausse inquiétante (315 victimes depuis 2019), tandis que les femmes engagées dans l’espace public subissent une double pression politique et sociale.

Concernant les minorités confessionnelles, les Ahmadites et les chrétiens protestants font face à des fermetures de lieux de culte et des poursuites pour « pratique de culte non autorisé ». Enfin, la gestion migratoire est marquée par une brutalité extrême : en 2025, plus de 34 000 migrants ont été expulsés vers le Niger, souvent abandonnés en plein désert au « Point Zéro », sans eau ni nourriture.

Vers une justice transitionnelle ?

Face à ce constat, Riposte Internationale et le CFDA appellent à des réformes d’urgence : libération des détenus d’opinion, abrogation des lois liberticides et fin du harcèlement des acteurs civils. Le rapport conclut sur la nécessité impérieuse d’engager un processus de justice transitionnelle pour établir la vérité sur les violations passées et présentes, condition sine qua non pour restaurer un véritable État de droit en Algérie

Le rapport dans son intégralité: Rapport SDHA-2025

Source : Le Matin d’Algérie – 11/06/2026 https://lematindalgerie.com/droit-de-lhomme-en-algerie-le-rapport-qui-pointe-linexorable-derive-autoritaire-dun-etat-sous-verrou/