Une loi-cadre autorise sous conditions la restitution des objets spoliés après 1815

Les députés ont adopté à l’unanimité le 13 avril une loi-cadre visant « à faciliter les restitutions d’œuvres» spoliées aux pays d’Afrique et d’Asie. Celle-ci intervient après une première loi-cadre sur les spoliations nazies (juillet 2023) et une autre sur les restes humains conservés dans les musées français (décembre 2023). Elle ne nomme étrangement pas la colonisation française comme cause de ces innombrables vols d’objet. Attendue depuis longtemps, particulièrement par les pays d’Afrique subsaharienne, elle facilitera la restitution des objets volés aux colonisés actuellement conservés en France, mais pas de leur totalité.

Histoirecoloniale.net s’est intéressé à plusieurs reprises à la question de la restitution des biens spoliés lors de la colonisation, notamment dans un entretien avec le sénateur Pierre Ouzoulias en 2025. Depuis, le Sénat a voté à l’unanimité le projet de loi le 28 janvier 2026, considérant que celui-ci offre un cadre général et une procédure plus transparente et rigoureuse que la méthode actuelle du cas par cas où l’initiative est à l’Elysée. Autrement dit les rares restitutions ont été jusqu’ici le fait du Prince.

A propos du vote à l’Assemblée le 13 avril, le journaliste Ludovic Lament rappelle dans Mediapart que « Jusqu’à présent, le principe d’inaliénabilité des collections publiques en France complique ces restitutions, qui ne peuvent se faire qu’au compte-goutte, au travers de lois spécifiques.» Rendant compte des débats, il montre que « (ceux-ci) ont fait apparaître deux approches très différentes de cette politique des retours et de l’histoire coloniale française. »

Le mot « colonisation » est absent du texte et c’est l’une de ses faiblesses, a regretté l’écologiste Sophie Taillé-Polian, citée par Mediapart, durant les débats. « Comme si l’on pouvait traiter ces spoliations sans nommer le cadre dans lequel elles ont eu lieu. Comme si l’on pouvait parler d’objets mal acquis sans dire qu’ils ont été arrachés dans le contexte de domination, de conquête, de violences systématiques qu’a été la colonisation. Refuser de nommer, c’est édulcorer, et édulcorer, c’est déjà renoncer à comprendre. » 

Ludovic Lament rapporte que « le vote a sanctionné cinq heures de discussions apaisées, qui ont fait état d’approches plus ou moins ambitieuses du dossier, et de quelques désaccords de fond, en particulier sur le « bornage chronologique » du texte et sur la mention explicite de la « colonisation » (finalement rejetée). » Il indique que « sont concernées d’après le texte les appropriations qui ont eu lieu entre le 20 novembre 1815 et le 23 avril 1972. Soit entre la signature du second traité de Paris, après la défaite napoléonienne de Waterloo, qui clôt une première opération de restitutions entre États européens, et l’entrée en vigueur d’une convention spécifique de l’Unesco sur le sujet. » Les objets spoliés avant 1815 ne sont donc pas concernés.

Mediapart pointe l’adoption d’« un amendement porté par les écologistes qui oblige l’État à publier de sa propre initiative une liste de biens culturels appartenant aux collections publiques et dont les provenances sont déjà identifiées comme problématiques. Une manière de faciliter les demandes d’États d’Afrique et d’Asie qui, bien souvent, n’ont aucune idée des inventaires d’objets détenus dans les musées français. Le gouvernement s’était opposé à cet amendement. » Ajoutons que les musées de province qui ont reçu des legs coloniaux, eux aussi, n’ont souvent pas d’inventaire précisant l’origine de ces biens.

En revanche, un amendement porté par l’UDI adopté d’extrême justesse, pose de façon très paternaliste « une liste de conditions pour s’assurer de leur future bonne conservation » dans leurs pays d’origine. « Il reste désormais à rédiger un texte final en commission mixte paritaire entre la version sortie du Sénat et celle adoptée par l’Assemblée – deux textes très proches. L’amendement controversé pourrait bien être supprimé durant cette dernière étape clé. »

Quelques jours avant le vote à l’assemblée de cette loi-cadre, les journalistes Roxana Azimi et Laurence Caramel avaient rappelé dans Le Monde que cette loi est très attendue par les pays africains. Cela fait neuf ans qu’elle est en préparation. Alors que le projet de loi était prêt lorsque Rachida Dati fut nommée ministre de la Culture en janvier 2024, celle-ci ayant eu d’autres priorités, il est finalement porté par la nouvelle ministre, Catherine Pégard. Les deux journalistes ont interrogé des responsables d’institutions culturelles d’Afrique subsaharienne, les pays les plus touchés puisque l’essentiel de leur patrimoine culturel matériel se trouve hors du continent, principalement en Europe. Leurs réactions sont, bien sûr, diverses mais ce texte législatif est dans l’ensemble vu comme une avancée après une si longue attente. La critique majeure porte, comme le précise la chercheuse Hélène Quashie au Musée des civilisations noires de Dakar, « sur les dispositions restrictives qui imposent au pays spolié de devoir prouver comment il l’a été à celui qui est l’auteur du crime. » « Les dizaines de milliers d’objets entreposés dans les réserves des musées ne suffisent ils pas à démontrer à quel point la constitution de ces collections est issue d’une logique d’accumulation frénétique? » s’interroge la chercheuse.

Au cours des dernières années, des pays africains ont précisé leur demande de restitution qui sont très variables. Les demandes de certains pays , tels le Tchad ou l’Ethiopie, portent sur l’intégralité des objets conservés en France tandis que d’autres ont formulé une liste précise. L’ Algérie, en particulier, a formulé des demandes limitées, très précises et très symboliques, bien sûr, mais lorsqu’il s’agit d’objets militaires – exclus du texte voté par l’Assemblée -, conservés dans un musée public au statut dérogatoire ou détenus dans des collections privées, les obstacles sont toujours là.

Dans Le Monde, le journaliste Frédéric Bobin montre que pour l’Algérie, cette loi aura, de fait, des conséquences très limitées. « L’échelle des rétrocessions d’objets saisis durant la guerre de conquête (1830-1847) que la loi rendra possibles après sa promulgation reste, en effet, très en deçà des attentes de l’Algérie. Aucune des pièces à forte charge symbolique, tel le sabre de l’émir Abd El-Kader (1808-1883), héros de la résistance algérienne, ou le canon Baba Merzoug, dit aussi La Consulaire, ravi lors de la prise d’Alger, en 1830, et aujourd’hui exhibé sur le port de Brest, n’entre dans le champ d’application de la loi. D’autres objets, comme le caftan et des manuscrits de l’émir, des fanions ou la clé de la ville de Laghouat, seront en revanche restituables. Un lot non négligeable mais modeste dans sa portée politique. Des réserves entières provenant d’Algérie sont ignorées par le texte, ciblant les biens ayant fait l’objet d’une « appropriation illicite ». La loi prévoit une procédure – très encadrée – de levée du verrou de l’inaliénabilité protégeant des objets rattachés au« domaine public » mais un établissement comme le Musée Condé de Chantilly, qui regorge de biens issus du patrimoine d’Abd El-Kader, « n’est pas concerné » par le dispositif en raison de son « régime juridique distinct », précise son directeur, Mathieu Deldicque. »

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – Édition du 15 avril au 1er mai 2026 https://histoirecoloniale.net/une-loi-cadre-facilitant-la-restitution-de-certains-des-objets-spolies-apres-1815/

Restitution des biens mal acquis : Le jeu trouble de Macron – Kamel Benelkadi

Le dossier de la récupération des avoirs détournés par l’ancienne nomenclature algérienne traverse une zone de fortes turbulences diplomatiques. Alors que le président Abdelmadjid Tebboune a fait de la restitution des «biens mal acquis» son cheval de bataille, les autorités algériennes dénoncent de plus en plus ouvertement un blocage systématique de la part de la France.

Le contraste est saisissant. Selon les données les plus récentes issues du Conseil des ministres d’avril 2026, l’Algérie a adressé 61 commissions rogatoires à la France, mais «aucune n’a abouti à ce jour et sont restées sans réponse». A l’opposé, la coopération avec la Suisse est citée en exemple : sur 33 demandes transmises à Berne, 20 ont été acceptées et plus de 110 millions de dollars sont déjà en cours de restitution.

L’Espagne a coopéré assez rapidement dans le cadre de cette procédure, ce qui a abouti à la restitution d’un hôtel 5 étoiles le Ritz El Palace, acquis illicitement à Barcelone par l’homme d’affaires Ali Haddad. Il est revenu officiellement à l’Etat algérien, représenté par le Fonds national d’investissement (FNI) depuis le 1er août 2025. Ce silence français est qualifié par Alger de «politiquement radioactif».

Le ministère des Affaires étrangères a officiellement fustigé une «absence totale de coopération» et des «tergiversations injustifiées» qui tranchent avec l’attitude de partenaires européens jugés plus «sincères et loyaux».

La France souligne que ces dossiers sont entre les mains de juges «indépendants» sur lesquels le gouvernement n’a théoriquement pas d’autorité directe. Des arguments qui ne tiennent pas la route. Cependant, des observateurs estiment que Paris applique des critères non judiciaires, utilisant ce dossier comme un levier dans un rapport de force diplomatique global. Le refus, par exemple, d’extrader Abdessalem Bouchouareb, ex-ministre condamné en Algérie, est perçu à Alger comme le symbole de cette mauvaise volonté.

Pourtant de multiples procédures judiciaires sont engagées en France visant des patrimoines immobiliers et financiers importants, constitués dans ce pays par des dirigeants africains et arabes (Gabon, Congo, Guinée équatoriale, Syrie…). La presse française fait grand cas de toutes ces affaires.

A titre d’exemple, Téodorin Obiang Nguema, fils du chef de l’Etat de la Guinée équatoriale, a été condamné pour «blanchiment et détournement de deniers publics». Son hôtel, estimé à 100 millions d’euros, et d’autres biens ont été confisqués. Les biens, appartenant à la famille Bongo ont été saisis, malgré les liens politiques très profonds entre cette famille et la France. Un bien appartenant à la famille de Denis Sassou N’guesso, président du Congo, situé dans le 17e arrondissement à Paris, a été également saisi par les juges français. En outre, Rifaat Al Assad (Syrie) a été lui aussi condamné pour «blanchiment de fonds publics syriens» avec un patrimoine confisqué de 90 millions d’euros.

Le dossier qui fâche

Ce refus des autorités françaises d’accéder aux demandes formulées par les juges algériens est également interprété par certains analystes comme une volonté de ne pas assainir le climat politique avec l’Algérie. Les conséquences de ce blocage sont multiples et profondes. Le dossier des biens mal acquis est devenu un indicateur de la qualité de la coopération entre les deux Etats. La crise dure depuis plusieurs années. Alger commence à évoquer le principe de réciprocité.

Le pays pourrait rejeter certaines demandes françaises, notamment en matière de lutte antiterroriste ou de sécurité, domaines où Paris est demandeur. Alors que des milliards de dollars issus de la rente pétrolière se sont évaporés sous l’ère Bouteflika, le blocage français empêche le financement de projets de développement dont le peuple algérien a été spolié. En somme, ce qui devrait être un dossier technique d’entraide judiciaire s’est visiblement transformé en un affrontement politique, où «le droit» sert souvent de paravent à des intérêts diplomatiques occultes.

Source : El Watan- 08/04/2026 https://elwatan.dz/restitution-des-biens-mal-acquis-le-jeu-trouble-de-macron/

Des armes ayant appartenu à l’Emir Abdelkader rassemblées à Stains pour être restituées à l’Algérie – Olivier Marbot

Par Olivier Marbot, rédacteur en chef adjoint à Jeune Afrique, spécialiste du Moyen-Orient, publié par Jeune Afrique, le 9 mars 2026.

Source

Ce pourrait être le signe d’un début de détente entre Paris et Alger : plusieurs armes ayant appartenu à l’émir Abdelkader vont être remises à l’Algérie. Mais la décision n’a rien à voir avec les autorités, c’est une association franco-algérienne qui est à l’initiative de la restitution.

Le sabre remis par l’émir Abdelkader au duc d’Aumale lors de la reddition du 23 décembre 1847, actuellement exposé au musée de l’Armée, à Paris. © DR

Publié le 9 mars 2026 Des armes ayant appartenu à l’ émir Abdelkader ont été exposées, le 4 mars 2026, lors d’une soirée de ramadan organisée à Stains, dans la banlieue nord de Paris, en présence de plusieurs personnalités parmi lesquelles le maire de la ville, le sénateur Ahmed Laouedj, et l’historien Benjamin Stora, spécialiste de l’histoire de l’ Algérie.

Ces objets vont être prochainement restitués à l’Algérie pour y être exposés dans un musée, mais l’opération n’émane pas des pouvoirs publics. C’est la Fédération Franco-Algérienne de Consolidation et du Renouveau (FFA), organisatrice de la soirée, qui a fait l’acquisition des armes lors d’une récente vente aux enchères.

Une association à la manœuvre

Cette association créée en 2023 précise dans ses statuts avoir pour objectif « de concourir au développement des relations de coopération et de progrès entre la France et l’Algérie, avec l’appui des élus des deux pays, des sociétés civiles, et plus généralement de toutes les parties qui souhaitent s’inscrire dans cette dynamique ». Dans ses prises de position publiques, elle est généralement alignée sur Alger.

La restitution annoncée n’a donc rien à voir avec une quelconque volonté officielle française de donner satisfaction à Alger sur les restitutions d’objets historiques, alors que le sujet est au cœur des discussions entre les deux pays. Depuis de nombreuses années, l’Algérie demande en particulier le retour sur son sol du  sabre remis par Abdelkader au duc d’Aumale lors de la reddition du 23 décembre 1847, actuellement exposé au musée de l’Armée, à Paris. L’Algérie demande aussi le caftan − souvent désigné comme un « burnous » − de l’émir offert par l’un de ses fils, l’émir El Hachemi, au même musée, en 1897, ainsi que deux manuscrits rhétoriques du livre saint − improprement présentés comme des Coran − saisis lors de la conquête coloniale.

Benjamin Stora, que l’Association a nommé ambassadeur de la paix pour son engagement et ses travaux sur l’histoire commune des deux pays lors de la soirée du 4 mars, plaide depuis longtemps pour ces restitutions symboliques.

Des appels sans réponse

Nommé en 2022 président des spécialistes désignés pour représenter la France au sein de  la commission mixte algéro-française sur la mémoire et la colonisation, créée à l’issue de la visite d’ Emmanuel Macron en Algérie, l’historien a toujours souligné l’importance de ces actes dans le processus d’apaisement des relations entre les deux pays. Au début de cette année, c’est l’ancienne ministre Ségolène Royal, récemment élue à la présidence de l’Association France-Algérie et partie en visite à Alger, qui relayait la demande.

Depuis 2022 toutefois, les relations entre Paris et Alger se sont fortement dégradées et les travaux de la commission d’historiens ont été mis en sommeil. D’autres objets, comme le célèbre canon Baba Merzoug, sont aussi réclamés par l’Algérie depuis longtemps, mais si les restitutions sont fréquemment évoquées, rien ne semble indiquer qu’elles pourraient survenir dans un avenir proche.

Au printemps 2025, alors que les tensions entre les deux pays étaient particulièrement fortes, Benjamin Stora avait d’ailleurs fait part de son agacement. « On vient nous parler de repentance, alors qu’on n’est même pas capable de restituer un Coran, une épée, un burnous à l’Algérie. Rien n’a été rendu. Absolument rien », s’était-il alors désolé.

Source : HCO – Édition du 15 mars au 1er avril 2026 – https://histoirecoloniale.net/des-armes-ayant-appartenu-a-lemir-abdelkader-rassemblees-a-stains-pour-etre-restituees-a-lalgerie/

Relations franco-algériennes : léger frémissement d’une normalisation -Samia Naït Iqbal

Entre février et mars 2026, un début de dégel diplomatique semble s’esquisser entre Alger et Paris, après une année 2025 marquée par des tensions particulièrement vives. Sans que l’on puisse encore parler d’un véritable tournant ou du « grand soir » de la réconciliation, plusieurs signaux faibles et gestes concrets témoignent néanmoins d’un frémissement dans les relations bilatérales.

Le retour des échanges diplomatiques

Ce lundi 16 mars 2026, un entretien téléphonique a réuni le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean‑Noël Barrot, et son homologue algérien, Ahmed Attaf. Si cet échange s’inscrit dans une volonté affichée de normalisation des relations bilatérales, il a surtout été dominé par les préoccupations géopolitiques du moment, notamment l’instabilité croissante au Proche-Orient et les défis sécuritaires en Afrique subsaharienne.

L’appel, intervenu dans la matinée, confirme surtout le rétablissement des canaux de communication de haut niveau entre le Quai d’Orsay et El Mouradia. Après une année 2025 marquée par le gel de plusieurs dossiers stratégiques, ce nouvel échange semble traduire l’adoption d’une approche de « réalisme pragmatique » par les deux capitales. Parmi les sujets abordés figuraient notamment la situation au Liban, l’escalade militaire au Moyen-Orient ainsi que les dossiers du Sahel et du Sahara occidental.

Un apaisement législatif inattendu

L’isolement diplomatique de l’Algérie sur plusieurs dossiers chauds y est sans doute pour quelque chose. Tebboune a compris qu’il fallait lâcher du lest pour sortir la tête de l’eau.

Le signe le plus tangible de cette détente est toutefois venu d’Alger le 9 mars 2026. Ce jour-là, l’Assemblée populaire nationale a adopté une version profondément amendée de la loi criminalisant la colonisation française.

La version initiale du texte, présentée en décembre 2025, exigeait des excuses officielles et des réparations financières de la part de la France. Dans la mouture finalement adoptée, ces conditions ont été supprimées. Ce « toilettage » juridique est largement interprété comme un geste de bonne volonté destiné à éviter de verrouiller toute perspective de dialogue avec Paris.

La reprise des canaux sécuritaires

Autre jalon dans cette séquence diplomatique : la visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, les 16 et 17 février 2026, qui a contribué à relancer les discussions bilatérales.

Les échanges ont notamment porté sur la reprise de la coopération sécuritaire, en particulier au Sahel, ainsi que sur la gestion des obligations de quitter le territoire français (OQTF), deux dossiers qui avaient fortement pesé sur la relation ces derniers mois. La question des visas a également été abordée, avec des engagements réciproques concernant la mobilité et la levée de certaines restrictions, contribuant à détendre l’atmosphère.

Une médiation symbolique et religieuse

À ces signaux politiques s’ajoute une dimension plus symbolique. La visite annoncée du Pape Léon XIV en Algérie, prévue pour avril 2026, pourrait également jouer un rôle de catalyseur dans le climat d’apaisement.

Dans ce contexte, le cardinal Jean‑Paul Vesco, archevêque d’Alger, a récemment estimé que « prétendre divorcer entre la France et l’Algérie est une illusion », soulignant l’idée que les deux pays restent liés par une histoire et des intérêts communs qui rendent inévitable une forme de coopération.

Du gel diplomatique au réalisme pragmatique

Dans l’ensemble, la relation semble ainsi quitter la zone de « rupture consommée » qui a marqué l’année 2025 pour entrer dans une phase plus pragmatique. Les impératifs économiques et sécuritaires tendent à reprendre le pas sur les crispations mémorielles les plus vives, même si la question du Sahara occidental demeure une ligne de fracture potentielle.

Prémices d’un dégel durable ?

Ces premiers signes de détente préparent le terrain pour les prochaines échéances diplomatiques. Pour Alger comme pour Paris, l’enjeu consiste désormais à transformer ce frémissement en avancées concrètes, notamment sur les dossiers migratoires, économiques et mémoriels, longtemps au cœur des crispations bilatérales.

Dans cette perspective, la visite du chef de l’État Abdelmadjid Tebboune en France pourrait constituer un jalon politique majeur. Initialement annoncée bien avant la réélection du chef de l’État algérien pour un second mandat, cette visite avait été ajournée à la suite de la dégradation soudaine des relations entre Alger et Paris. Son éventuelle reprogrammation serait aujourd’hui interprétée comme le signe d’un retour progressif à une relation diplomatique stabilisée. Mais c’est trop tôt pour en parler !

Lors d’un entretien télévisé accordé en février 2026, le chef de l’Etat algérien résumait d’ailleurs cette approche en déclarant : « Avec les grands pays, on s’entend. » Une formule qui, au-delà de sa portée rhétorique, a été largement perçue comme l’expression d’une volonté d’inscrire les relations avec la France dans une logique d’égalité, de dialogue et de pragmatisme, plutôt que dans celle d’une confrontation politique permanente.

Source : Le Matin d’Algérie – 16/03/2026 https://lematindalgerie.com/relations-franco-algeriennes-leger-fremissement-dune-normalisation/

Le projet de loi criminalisant le colonialisme français adopté : ni excuse, ni réparation – Samia Naït Iqbal

Réunis en séance plénière, les députés de l’Assemblée populaire nationale ont adopté, ce lundi, à la majorité, le projet de loi criminalisant le colonialisme français en Algérie, entérinant ainsi le texte de compromis élaboré par la commission paritaire après les divergences apparues entre les deux chambres du Parlement.

Le texte approuvé ne comporte finalement aucune référence explicite aux excuses ni aux réparations, à la suite d’un compromis trouvé au sein de la commission paritaire chargée d’harmoniser les positions des deux chambres du Parlement. En clair, un texte pour le symbole et l’exemple.

Réunissant des représentants de l’Assemblée populaire nationale et du Conseil de la nation, cette commission est parvenue à un accord consensuel prévoyant la suppression des deux articles qui avaient suscité les principales divergences entre les deux institutions législatives. Les dispositions relatives aux excuses officielles et aux réparations ont ainsi été retirées de la version finale soumise au vote.

La séance plénière s’est tenue sous la présidence de Ibrahim Boughali, président de l’Assemblée populaire nationale, en présence notamment de Abdelmalek Tashrifet, ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, représentant le gouvernement, et de Nadjiba Djilali, ministre des Relations avec le Parlement.

Présentant le rapport de la commission paritaire, son rapporteur Mohamed Fawzi Ben Djaballah a indiqué que les discussions se sont concentrées sur les dispositions restées en suspens, dans le but d’aboutir à une formulation consensuelle « conforme à la position souveraine de l’État algérien dans le dossier de la mémoire ».

Selon lui, ce texte vise à consacrer une approche législative destinée à préserver la mémoire collective et à protéger la dignité du peuple algérien face aux tentatives de déformation ou de minimisation des crimes commis durant la période coloniale. Il s’inscrit également dans la reconnaissance des sacrifices consentis par les victimes de la colonisation, des résistances populaires aux combattants de la guerre de libération.

La commission paritaire a également procédé à plusieurs ajustements techniques du texte. L’article premier a été supprimé et son contenu intégré dans l’article 2. L’article 5 a, pour sa part, été modifié afin d’y inclure la notion d’« esclavage sexuel » parmi les crimes attribués au système colonial.

Dans sa nouvelle rédaction, cet article énumère plusieurs actes qualifiés de crimes coloniaux, notamment les homicides volontaires, les attaques contre les civils, l’usage disproportionné de la force armée, l’emploi d’armes interdites, la pose de mines, les expérimentations chimiques et les explosions nucléaires, ainsi que les exécutions extrajudiciaires.

Le texte évoque également le pillage du Trésor public, l’exploitation systématique des ressources nationales, l’application de régimes juridiques d’exception, la torture physique et psychologique, la discrimination raciale, ainsi que les déplacements forcés de populations.

Par ailleurs, l’article 7 a été amendé par la suppression du terme « majeure », la disposition définissant désormais la trahison comme toute forme de collaboration des harkis ou assimilés avec l’administration coloniale contre les mouvements de résistance et la lutte pour l’indépendance.

Enfin, dans sa version adoptée, l’article 9 prévoit que l’État algérien poursuivra ses démarches par les voies juridiques et judiciaires afin d’obtenir de la France une reconnaissance officielle de son passé colonial, sans mention explicite d’excuses ni de réparations.

Source : Le Matin d’Algérie – 09/03/2026 https://lematindalgerie.com/le-projet-de-loi-criminalisant-le-colonialisme-francais-adopte-ni-excuse-ni-reparation/

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Algeria Watch

Crimes coloniaux : Le Parlement algérien demande des comptes à la France – 11/03/2026

Avec Noureddine Amara, historien algérien décolonial, spécialisé dans les questions juridiques relatives aux appartenances à l’État colonial et aux migrations au XIXᵉ siècle. Il s’intéresse également à la question du récit dans la restitution des savoirs historiques, aux crimes coloniaux et aux réparations.

Nuñez achève sa visite en Algérie : Vers la relance de la coopération sécuritaire – Hocine Lamriben

L’ Algérie et la France ont convenu de relancer une « coopération sécuritaire de très haut niveau », a fait savoir, hier à Alger, le ministre de l’Intérieur français, Laurent Nuñez, après avoir rencontré le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au terme d’une visite de deux jours en Algérie.

Lors d’une déclaration à sa sortie du Palais présidentiel, le ministre français a dit avoir travaillé «toute la journée de lundi» avec ses homologues algériens et les responsables sécuritaires des deux pays «à réenclencher un dispositif de coopération sécuritaire de très haut niveau».

L’ objectif des discussions et réunions qui se sont tenues à Alger était de «reprendre des relations de sécurité normales» et de les «densifier» en termes de coopération judiciaire, policière et de renseignement, selon lui.

Il a remercié son homologue Saïd Sayoud et le président Tebboune «qui a demandé à ses services de travailler avec les services français» pour «améliorer significativement nos coopérations en matière aussi de réadmissions», c’est-à-dire du retour des ressortissants algériens en situation irrégulière en France, que l’Algérie n’accepte plus depuis des mois. «Tout ceci va se mettre en place dans les plus brefs délais», a ajouté Nuñez, en se félicitant de la visite effectuée en Algérie. Il a souhaité que «ces relations puissent se poursuivre à très haut niveau en matière de sécurité, de coopération sécuritaire et d’immigration».

L’ audience entre Tebboune et Nuñez s’était déroulée en présence du directeur de cabinet de la présidence de la République, Boualem Boualem, du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, du conseiller auprès du président de la République chargé des affaires diplomatiques, Amar Abba, et du directeur général de la Sécurité intérieure, le général-major Abdelkader Aït Ouarabi, selon une vidéo diffusée par la présidence de la République.

Préalable à un partenariat apaisé

Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, avait reçu, lundi au Palais du gouvernement, son homologue français et la délégation qui l’accompagne. Avant son voyage à Alger, Nuñez avait dit prudemment venir discuter de «toutes les questions de sécurité», notamment de la lutte antiterroriste, domaine dans lequel l’Algérie a un rôle à jouer car elle est frontalière de plusieurs pays du Sahel. Le ministre avait aussi évoqué le narcotrafic et le sujet épineux des réadmissions, c’est-à-dire du retour des ressortissants algériens en situation irrégulière en France. Côté algérien, les attentes sont aussi nombreuses.

Outre une meilleure mobilité pour ses citoyens, dans le cadre l’octroi de visas notamment, les autorités réclament une coopération sur la question des extraditions d’individus condamnés par la justice. Sur le plan économique, le président Tebboune avait accusé, la semaine dernière, la France, sans la nommer, de mener une guerre économique contre l’Algérie à travers notamment des restrictions sur les exportations algériennes vers l’Union européenne. Autre dossier : Les autorités algériennes considèrent que la reconnaissance des blessures du passé demeure un préalable à un partenariat apaisé.

Le chef de l’Etat a répété à plusieurs reprises que la mémoire ne saurait être reléguée au second plan. Les relations entre Paris et Alger se sont fortement détériorées depuis l’été 2024. En cause notamment la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Les tensions se sont accentuées en avril 2025 avec la mise en examen d’un agent consulaire algérien en France, suivie de l’expulsion de douze agents de l’ambassade française à Alger quelques jours plus tard.

Source : El Watan – 18/02/2026 https://elwatan.dz/nunez-acheve-sa-visite-en-algerie-vers-la-relance-de-la-cooperation-securitaire/

Laurent Nuñez entame une visite de deux jours à Alger – Samia Naït Iqbal

Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est arrivé ce lundi à Alger pour une visite officielle de deux jours, à l’invitation de son homologue algérien, Saïd Saayoud.

Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, le ministre français a été accueilli à son arrivée à l’Aéroport international Houari-Boumédiène par le ministre  algérien de l’intérieur.

Relance du dialogue sécuritaire

Ce déplacement intervient dans un contexte diplomatique sensible entre Paris et Alger, avec pour objectif affiché la relance du dialogue sécuritaire bilatéral. Avant son départ, Laurent Nuñez avait indiqué, sur les ondes de France Inter, se rendre en Algérie « dans un esprit très constructif », affirmant vouloir « relancer la relation sécuritaire, voire la développer plus largement ».

Les discussions prévues entre les deux ministres devraient porter sur l’ensemble des domaines de coopération en cours, notamment la gestion des flux migratoires, la lutte contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants.

Coopération et enjeux régionaux

L’ Algérie est considérée par Paris comme un partenaire clé dans la gestion des enjeux sécuritaires en Méditerranée occidentale et dans la lutte contre les réseaux transnationaux. La visite vise ainsi à réactiver des mécanismes de coordination bilatérale, dans un contexte marqué par des tensions politiques persistantes entre les deux pays.

Aucune indication officielle n’a, pour l’heure, été donnée quant à une éventuelle rencontre entre le ministre français et le chef de l’Etat. Occupé à recevoir le général-président nigérien, Abdourahamane TaniAbdelmadjid Tebboune trouvera-t-il le temps à accorder au ministre français ?

Le dossier Christophe Gleizes

Interrogé en amont de son déplacement sur la situation du journaliste français Christophe Gleizes, condamné en appel à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », le ministre français avait rappelé qu’« une procédure judiciaire est en cours » en Algérie, tout en précisant que sa visite serait prioritairement consacrée aux questions sécuritaires.

Au-delà de son volet technique, cette visite est perçue comme un test pour la capacité des deux capitales à restaurer un dialogue pragmatique sur des dossiers sensibles, dans un climat bilatéral encore marqué par la prudence.

Source : Le Matin d’Algérie – 16/02/2026 https://lematindalgerie.com/laurent-nunez-entame-une-visite-de-deux-jours-a-alger/

Benjamin Stora : « Des membres de l’OAS sont aujourd’hui au pouvoir en France »

Benjamin Stora, historien spécialiste de la guerre d'Algérie et des relations franco-algériennes

L’historien Benjamin Stora, spécialiste de la guerre d’Algérie, a livré une analyse percutante sur les tensions franco-algériennes actuelles. Selon lui, « les enfants de l’OAS » ont accédé aux plus hautes responsabilités politiques en France, incarnant une revanche historique de l’extrême droite hostile à l’indépendance algérienne.

Dans plusieurs interventions récentes, notamment lors d’un hommage rendu à Hocine Aït Ahmed à Alger, Benjamin Stora a pointé du doigt ce qu’il considère comme une mutation profonde du paysage politique français. « Aujourd’hui en France, c’est plutôt l’extrême droite qui est à l’offensive », affirme l’historien, soulignant que cette mouvance est « résolument opposée à toute concession envers l’Algérie».

L’analyse de Stora est sans ambiguïté : les héritiers idéologiques et parfois biologiques de l’Organisation de l’armée secrète (OAS), ce mouvement terroriste créé en 1961 pour empêcher l’indépendance algérienne, occupent désormais des postes clés dans l’appareil d’État français. L’historien cite notamment le cas emblématique de Philippe Tabarot, actuel ministre des Transports dans le gouvernement Bayrou.

Philippe Tabarot, fils d’un chef de l’OAS

Philippe Tabarot n’est pas un cas isolé, mais sans doute le plus symbolique. Son père, Robert Tabarot (1928-2015), fut l’un des fondateurs et dirigeants de l’OAS à Oran. Bras droit du général Jouhaud, l’une des quatre têtes du putsch d’Alger d’avril 1961, Robert Tabarot était responsable du bureau des contacts politiques de l’organisation clandestine. Condamné à mort par contumace, il s’exila en Espagne franquiste après l’indépendance avant de bénéficier de l’amnistie de 1968.

En octobre 2025, le ministre a suscité une vive polémique en déclarant sur CNews que la France n’avait « pas à s’excuser du passé, ni du présent » concernant la colonisation. Sa sœur, Michèle Tabarot, députée des Alpes-Maritimes depuis 2002, assume ouvertement cet héritage : « Je revendique, j’assume mon héritage familial, c’est mon ADN », a-t-elle déclaré.

Benjamin Stora élargit son analyse à d’autres figures politiques. Il mentionne Robert Ménard, maire de Béziers, né à Oran en 1953 dans une famille dont le père, d’abord syndicaliste communiste, rejoignit l’OAS à la fin de la guerre. Louis Aliot, maire RN de Perpignan depuis 2020, est quant à lui issu d’une famille pied-noir d’origine juive algérienne.

Une extrême droite qui a « absorbé » la droite traditionnelle

Le constat le plus préoccupant de l’historien concerne la métamorphose du paysage politique français. Les partis de droite traditionnelle, héritiers du gaullisme qui avait acté l’indépendance algérienne, ont été selon lui « littéralement absorbés » par cette extrême droite historiquement ancrée dans le camp de l’Algérie française.

« Ils ne veulent pas reconnaître l’histoire de l’indépendance de l’Algérie », martèle Stora. « C’est le grand problème. Il faut qu’ils l’acceptent. Il faut accepter l’histoire accomplie. » L’historien rappelle que l’extrême droite française est « faite des héritiers de Vichy et de l’OAS en grande partie » et qu’elle n’a jamais accepté l’issue de 1962.

Face aux avancées mémorielles initiées par Emmanuel Macron, Stora exprime ses craintes. « Si aujourd’hui ou demain, l’extrême droite arrive au pouvoir, elle va détricoter l’ensemble de ces mesures qui étaient un démarrage », prédit-il. Son rapport de 2021 sur la réconciliation mémorielle lui a valu une pétition de députés LR et RN réclamant qu’on lui retire la Légion d’honneur, ainsi que de nombreuses menaces.

Pour Stora, la crise actuelle entre Paris et Alger, « la plus grave depuis l’indépendance », s’inscrit dans ce contexte de résurgence d’une idéologie que l’on croyait marginalisée. « En France, il y a un réveil d’une extrême droite qui fait de l’Algérien son ennemi », conclut l’historien, appelant à des gestes concrets, notamment sur la restitution des biens culturels, pour sortir de l’impasse.

La Rédaction

Source : Medi@terranee – 01/02/2026 https://www.mediaterranee.com/0172026-benjamin-stora-des-membres-de-loas-sont-aujourdhui-au-pouvoir-en-france.html

« Complément d’Enquête », une arme braquée sur l’Algérie – Jacques-Marie Bourget

Cogner sur l’Algérie et les musulmans est le mot d’ordre qui mobilise la grande Nation Française qui rêve d’une police semblable à ICE, celle qui fonctionne si bien aux Etats-Unis. Contre Alger, pas de nuance et ne jamais retenir ses coups. L’ émission « Complément d’Enquête » a suivi cet ordre qui flotte dans l’air du temps. Et ce n’est pas mettre à l’honneur le service public, si indépendant.

Comme, ce soir là, il n’y avait ni foot ni film pour moi appétissants à la télévision, j’ai décidé  de regarder, en décalé, le « Complément d’Enquête » consacrée par France 2 aux relations entre la France et l’Algérie, sous le titre « Rumeurs et coups tordus ». J’ai eu raison car c’était passionnant. Passionnant pour celui qui s’intéresse au journalisme, à ses règles, et aux références de la profession qui sont contenues dans « La Charte de Munich ». Ici, j’ai sous les yeux deux des dix articles de la Charte en question, le 8 et le 9. Ils définissent la frontière entre le « journalisme » et la « communication ». En appuyant son reportage sur les propos de l’ambassadeur de France à Alger, aujourd’hui replié à Paris, « Complément d’Enquête » a ouvertement claironné la propagande de l’Elysée. Le diplomate questionné n’étant qu’un porte-parole façon perroquet. Martelant que le Sahara Occidental était bien une terre marocaine . Le journalisme ne doit pourtant, nous dit la « Charte », se pratiquer ainsi. Mieux , comme dans une série télévisée – « le bureau des légendes » étant le modèle à reproduire – nous avons eu droit à un one-man-show de l’ ambassadeur mis en scène chez lui, et dans de bien jolis salons dont je suppose qu’ils ont été prêtés par le Quai d’Orsay, qui se rendait ainsi complice du forfait. Et, la sanction n’a pas tardé, le diplomate bavard a été déclaré « persona non grata » en Algérie. Observons que, pour être fidèle à son titre, le magazine a été très riche en rumeurs, constituant lui-même un coup tordu. La note finale est donc de vingt sur vingt, la mission  « flinguer l’Algérie » a été accomplie.

Le « Complément », comme on le dit aussi dans les boutiques de régime, commence par un sujet sur l’emprisonnement de Christophe Gleizes, journaliste français condamné à 7 ans de prison. C’est moche pour le confrère, mais on ne nous livre jamais le dossier qui a conduit ce naïf à une telle incarcération. C’est pourtant simple : sur le territoire algérien, il a exercé son métier sans respecter la loi, c’est-à-dire sans un visa de presse obligatoire. Circonstances aggravantes, vu d’Alger, le reporter était en relation avec des militants du MAK, « Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie », organisation basée à Paris (avec de de solides appuis en Israël). Prononcer à Alger les trois lettres de MAK, c’est tendre le chiffon rouge dans la corrida, ce mouvement étant classé « organisation terroriste ». Sans imaginer qu’il allait enfoncer un peu plus Christophe Gleizes, depuis Paris interrogé par le média d’extrême-extrême droite « Frontières », le numéro 2 du MAK nous à expliqué comment il a facilité l’enquête du journaliste. En tant que partisan d’un journalisme sans entraves, je souhaite que ce confrère soit vite libéré. Mais il faut avouer que, ne mesurant pas bien le risque ce spécialisé du sport a joué  avec le feu. « Complément d’Enquête » n’a jamais fait état du dossier complet. Pour étoffer leur film, les reporters ne sont pas cassé la tête, se rendant bêtement dans les bureaux de Reporters Sans Frontières. Une organisation décrédibilisée quand on sait qu’elle a été financée par des fonds provenant de Washington et d’Israël. Une mauvaise clé pour ouvrir une serrure à Alger.

Pour mettre aussi des couleurs sur ses images, l’émission ne nous épargne pas, sur le dos du chanteur kabyle assassiné Lounès Matoub, une petite réunion de berbères à Paris avec robes chamarrées et bijoux d’argent pendants un peu partout. Séquence qui va plaire au MAK embusqué derrière tout cela. En revanche, pas la moindre vue d’une autre manifestation tenue en décembre dernier place de la Nation à Paris, et qui regroupait des Kabyles « fiers de le berbéritude », mais pour autant et en « même temps », supporteurs d’une « Révolution algérienne » dans laquelle leurs ainés ont joué un rôle si important. Ce jour-là de cette manifestation « pro-Algérie », les reporters de « Complément d’Enquête » avaient piscine.

La suite de cette fiction continue d’en être une, puisque les scènes « reconstituées », les images « fake » s’additionnent, faute de vérités à mettre à la lumière.  On y voit des « barbouzes » d’Alger, pourquoi pas, et un diplomate algérien mis en prison pour s’être pris pour James Bond. Enfin on nous affirme « la volonté des services d’outre-Méditerrannée de contrôler des élus français, algériens d’origine », cette volonté étant certifiée par « des notes de la DGSI », le service de contre- espionnage français. Hélas, on ne nous montre aucun document, et nous devons croire France 2 sur parole. Et c’est bien léger. Cette pasta tchouta de rumeurs devient lassante avec ce mode « on ne sait rien, mais on vous dit tout ». Nous restons chez Netflix ce qui provoque de gros dégâts dans le journalisme.

On pouvait s’attendre à ce que, pour être « objectif » dans le recensement des coups tordus, « Complément d’Enquête » décrive comment l’Algérie accuse la DGSE, service d’espionnage tricolore, d’avoir exfiltré du pays, vers la Tunisie, une opposante qu’Alger entendait juger. Aucun mot non plus sur Mohamed Amine Aïssaoui, un djihadiste qui dit avoir été « pris en main par les espions français avec pour mission de créer des cellules terroristes en Algérie »…  Un entretien avec monsieur Aïssaoui nous aurait été fort utile. Mais rien. Conclusion les barbouzes françaises sont donc trop bien élevées pour mettre un pied en Algérie.

La séquence finale, celle traditionnelle où un témoin assis dans un fauteuil rouge, est cuisiné par le chef de « Complément ». Notons que, pour jouer cette scène d’apothéose, l’ineffable Jack Land a prêté les salons de l’Institut du Monde Arabe. Un lieu parfait pour coller l’Algérie au mur. Dans le rôle du témoin ultime, c’est la député Verte, d’origine algérienne, Sabrina Sebaihi qui sert d’otage volontaire. Bien fait pour elle, quand on veut jouer les Saint-Sébastien, on prend des flèches.  Tristan Waleckx, grand prêtre de ce « Complément » qui ne complète rien, va boxer la malheureuse avec d’autant plus de dureté qu’il sait qu’elle est sans défense. Mettez Mélenchon devant ce tigre de papier et vous verrez la différence. Je constate ce comportement, un poil colonial, avec autant de tristesse que j’ai été un ami de Benoît Duquesnes le créateur de « Complément », alors conçu avec une grande rigueur, dans un bureau sans légende. J’ai même eu en 2003, un soir de guerre en Irak, l’honneur de m’asseoir dans le fauteuil rouge.

Pour conclure mon compte-rendu de ce « Journalisme pour les Nuls », je veux rappeler que Waleckx, l’homme qui n’a que deux chaussures blanches, est un récidiviste. En février 2024, ce maître du vrai a déjà eu une autre bonne idée : pour réaliser un reportage sur le Hamas, il a passé commande à la femme – franco-israélienne et sioniste ultra – du porte parole de l’armée de Tel Aviv. Alors certain que la vérité allait sortir du puits. Tout habillée.

Jacques-Marie BOURGET

L’émission a rapidement provoqué une réaction officielle du côté algérien. Le MAE a convoqué le diplomate français le 23 janvier et diffusé un communiqué de protestation. Voici le texte intégral

Source : Geooptic – 25/01/2026 https://geooptic.org/?p=1038

France 2 – Complément d’enquête, « Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie » diffusé le jeudi 22/01/2026