Relations algéro-françaises : le dégel sous contrôle – Sofiane Ayache

Le retour du dialogue entre Paris et Alger ressemble moins à une réconciliation qu’à une remise en état provisoire du canal diplomatique. On rouvre l’ambassade, on reprend les visites, on restaure quelques gestes de courtoisie, on parle de mémoire, de consulats, de coopération. Mais une relation bilatérale ne se répare pas avec des symboles si les verrous restent en place.

Or les verrous sont connus : mémoire coloniale, Sahara occidental, contentieux migratoire, coopération sécuritaire, dossiers judiciaires, circulation des personnes, intérêts économiques et rivalité d’influence en Méditerranée occidentale.

Le fait déclencheur est net. Le 8 mai 2026, Paris a envoyé plusieurs signaux d’apaisement : retour de l’ambassadeur Stéphane Romatet à Alger après une longue absence, déplacement d’Alice Rufo à Sétif pour les commémorations du 8 mai 1945, reprise de contacts avec les autorités algériennes et ouverture d’un accès consulaire au journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie. Le Monde décrit cette séquence comme une tentative de relance après près de deux ans de crise, amorcée autour du 81e anniversaire des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata.

La mémoire n’est donc pas un décor. Elle sert ici de corridor diplomatique. La France choisit Sétif parce que Sétif concentre une contradiction historique majeure : le 8 mai 1945, pendant que l’Europe célébrait la défaite du nazisme, des Algériens furent réprimés pour avoir revendiqué leur liberté. Les estimations restent disputées : les autorités algériennes évoquent 45 000 morts, tandis que des historiens avancent généralement des bilans variables, souvent entre 8 000 et 30 000 morts. Mais le cœur politique du dossier ne tient pas seulement au chiffre. Il tient à la qualification : reconnaître un drame ne suffit pas si l’on refuse de nommer la logique coloniale qui l’a produit.

Paris avance donc sur une ligne étroite : assez de mémoire pour rouvrir le dialogue, pas assez pour ouvrir un contentieux politique complet. Alger, de son côté, reçoit le geste parce qu’il lui permet de réinstaller la centralité du récit anticolonial, tout en évitant pour l’instant de pousser la crise jusqu’à la rupture. La mémoire devient une zone tampon. Elle apaise sans résoudre. Elle permet à chacun de sauver une partie de sa façade : Paris se présente comme puissance capable de regarder son passé, Alger comme État gardien d’une blessure historique encore active.

Mais le vrai point de bascule n’est pas seulement à Sétif. Il est au Sahara occidental.

Fin juillet 2024, la France a franchi un seuil stratégique en soutenant le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental comme base de règlement du conflit, dans une formulation perçue par Alger comme un alignement sur Rabat. Reuters rapportait alors que le chef de l’État français avait exprimé au roi Mohammed VI le soutien de Paris au plan marocain, considéré par la France comme la seule base crédible pour une solution durable. Pour Alger, qui soutient le Front Polisario et le principe d’autodétermination, ce choix ne relève pas d’un simple ajustement diplomatique. Il modifie l’équilibre du Maghreb.

C’est là que le dégel atteint sa limite. La mémoire peut se traiter par gestes, commissions, archives, cérémonies et vocabulaire ajusté. Le Sahara occidental engage autre chose : une carte régionale, une frontière politique, une profondeur stratégique, l’accès atlantique du Maroc, la position de l’Algérie comme puissance saharo-sahélienne, et la compétition des alliances autour de Rabat et d’Alger. Paris ne peut pas simultanément prétendre à une relation apaisée avec Alger et considérer que son choix saharien est un dossier secondaire. Pour Alger, ce dossier touche au cœur de son architecture régionale.

Le rapprochement actuel fonctionne donc sous contrainte : il répare le canal sans modifier la position française au Sahara. C’est un dégel administratif, pas un réalignement stratégique.

Le deuxième verrou est sécuritaire. La crise franco-algérienne s’est durcie avec l’affaire Amir Boukhors, dit Amir DZ, dont l’enlèvement en région parisienne a conduit à l’arrestation de ressortissants algériens, dont un agent consulaire selon les autorités françaises. Alger a expulsé des agents français, Paris a répondu par des mesures de réciprocité, et la relation s’est rapidement enfoncée dans une logique de représailles. AP a rappelé que ces expulsions se sont ajoutées aux tensions nées du Sahara occidental, de la migration et de l’arrestation de Boualem Sansal.

Cette séquence est décisive parce qu’elle déplace la crise du terrain symbolique vers le terrain régalien. Quand une relation bilatérale touche aux accusations d’opérations clandestines, aux services, aux expulsions diplomatiques et aux statuts consulaires, elle ne relève plus seulement du désaccord politique. Elle devient une crise de confiance entre appareils d’État. Or une crise de confiance ne se règle pas par communiqué. Elle exige des garanties, des canaux stabilisés, des règles tacites et une capacité à empêcher les dossiers judiciaires de devenir des armes de pression permanente.

Le troisième verrou est migratoire. La France a durci son ton en 2025 sur les visas, les laissez-passer consulaires et la réadmission des ressortissants algériens visés par des mesures d’éloignement. Reuters indiquait en août 2025 que le chef de l’État français avait demandé un durcissement des règles de visa visant les détenteurs algériens de passeports diplomatiques, dans un contexte de conflit sur les expulsions et la coopération consulaire.

Ce dossier est explosif parce qu’il mélange trois niveaux : la souveraineté algérienne, la politique intérieure française et la vie concrète de millions de personnes liées aux deux rives. En France, l’accord franco-algérien de 1968 est devenu un objet de surenchère politique. En octobre 2025, l’Assemblée nationale a adopté à une voix près une résolution symbolique visant à dénoncer cet accord, sans portée législative contraignante pour le gouvernement, mais avec une portée politique évidente.

Le danger est là : transformer la circulation humaine en instrument de coercition. Les visas deviennent des signaux. Les laissez-passer consulaires deviennent des leviers. Les binationaux deviennent une variable de pression. Les étudiants, les familles, les malades, les travailleurs et les retraités se retrouvent pris dans une bataille où chaque capitale parle à son opinion publique avant de parler à l’autre État. Une frontière n’est jamais seulement une ligne : c’est une économie interrompue, une mémoire surveillée et une stratégie en attente. Ici, elle traverse aussi les familles.

Mais le dossier Christophe Gleizes reste ouvert. RSF a indiqué que la cour d’appel de Tizi Ouzou avait confirmé le 3 décembre 2025 une peine de sept ans de prison contre le journaliste sportif français.

En mai 2026, l’annonce d’une première visite consulaire a été présentée comme un signe de détente, mais une visite consulaire n’est pas une solution judiciaire. Elle indique que le canal fonctionne à nouveau, pas que le contentieux est levé. Cela dit, vue les derniers développements, il est fort probable que ce journaliste bénéficie d’une grâce présidentielle à la faveur de l’Aïd El Kebir. Ce geste se vaudra comme un premier retour d’ascenseur des autorités algériennes en attendant le retour de l’ambassadeur d’Algérie en France, et d’autres gestes de l’ancienne puissance coloniale. Comme celui de reconnaissance des crimes coloniaux, etc.

La tendance observable est donc claire : les deux capitales veulent sortir de la paralysie. Paris a besoin d’un minimum de coopération avec Alger sur la sécurité, la migration, l’énergie, la Méditerranée et le Sahel. Alger a besoin de rompre l’isolement relatif dans lequel l’ont placée ses tensions avec Rabat, Paris, Bamako, Niamey ou certains partenaires européens. Le retour du dialogue sert les deux appareils. Et Emmanuel Macron ne veut manifestement pas finir son mandat sans régler le « contentieux diplomatique et mémoriel » avec l’Algérie.

L’hypothèse plausible est plus froide : chacun cherche à obtenir une détente sans concession centrale. Paris veut restaurer le canal sans revenir sur le Sahara occidental. Alger veut obtenir des gestes mémoriels, consulaires et politiques sans apparaître comme demandeur. Les deux États négocient donc une normalisation limitée, calibrée, réversible.

La projection envisageable tient en trois scénarios. Le premier est celui d’un dégel fonctionnel : réouverture des canaux, coopération minimale sur les visas, traitement discret des détenus, relance de la commission historique, mais maintien des désaccords lourds. C’est le scénario le plus probable. Le deuxième est celui d’un marchandage élargi : Paris assouplit certains gestes migratoires et mémoriels, Alger facilite certains dossiers consulaires et sécuritaires, sans toucher au Sahara. Ce dernier est en réalité entre les mains de Washington désormais.

Le troisième est celui d’une rechute : une nouvelle affaire judiciaire, comme celle en lien avec l’enlèvement d’Amir Dz, un refus de réadmission ou une pression intérieure à Paris peut suffire à refaire geler l’ensemble. En vrai, la perspective de la présidentielle française pourrait augurer un retour du dossier Algérie au centre des surenchères de la droite et de l’extrême droite. Ce qui de fait compliquera la « réconciliation ».

La limite de l’analyse est évidente : une partie de la relation franco-algérienne se joue hors scène, dans les services, les canaux consulaires, les médiations discrètes, les arbitrages économiques et les calculs internes des deux pouvoirs. Les gestes publics disent l’orientation. Ils ne disent pas toujours le prix réel de la transaction.

Ce dégel est donc sous contrôle. Il n’est ni une paix, ni une rupture dépassée, ni une réconciliation historique. C’est une trêve diplomatique dans une relation saturée de mémoires, de frontières, de dossiers humains et de calculs stratégiques. La France et l’Algérie peuvent rouvrir les portes. Elles n’ont pas encore déplacé les murs.

Sofiane Ayache

Source : Le Matin d’Algérie – 15/05/2026 https://lematindalgerie.com/relations-algero-francaises-le-degel-sous-controle/

Olivier Le Cour Grandmaison, «Regarder l’histoire en face: Qualifier les massacres coloniaux de crimes contre l’humanité»

Le 7 mai dernier, au Centre culturel algérien de Paris, Olivier Le Cour Grandmaison, politologue et écrivain, est revenu sur son dernier ouvrage Oradour coloniaux français. Contre le «roman national» (Les Liens qui Libèrent, 2025), dans le cadre de la commémoration des massacres du 8 mai 1945. Face à un public attentif, il a rappelé que les violences coloniales, loin d’être de simples «bavures», relevaient d’une politique systématique menée par l’État français en Algérie. Pour lui, la mémoire nationale reste sélective : certaines tragédies, comme Oradour-sur-Glane, sont pleinement intégrées au récit républicain, tandis que les massacres coloniaux demeurent marginalisés ou contestés.
Dans cet entretien exclusif pour Algérie Confluences, il insiste sur l’urgence de «regarder l’histoire en face» et de qualifier ces crimes pour ce qu’ils furent : des crimes contre l’humanité.

Propos recueillis par Razyka Tiar

Algérie Confluences : Dans votre livre, vous établissez un parallèle fort entre Oradour-sur-Glane et les massacres coloniaux commis par la France. Pourquoi, selon vous, certaines tragédies sont-elles pleinement intégrées à la mémoire nationale française alors que d’autres restent encore marginalisées ou contestées ?

Olivier Le Cour Grandmaison : L’histoire coloniale de la France et celle de l’Algérie fonctionnent comme un puissant révélateur. Ce dernier met à mal la mythologie nationale-républicaine hexagonale fondée sur l’idée que la colonisation française aurait été portée par la volonté de civiliser les «races inférieures» (Jules Ferry). Plus encore, ce révélateur menace aussi nombre de mythologies partisanes, notamment celles de la SFIO et du Parti communiste.
Quant aux extrêmes-droites et aux droites de gouvernement radicalisées, les unes ont défendu l’Algérie française et l’OAS, les autres ont réhabilité le passé colonial depuis la loi du 23 février 2005. À la suite de Sarkozy, Fillon, Retailleau (qui défend «l’honneur du pays») et Édouard Philippe répond doctement : «Non» à la question «la colonisation est-elle un crime ?» Dans ce contexte, Emmanuel Macron a fait preuve d’un opportunisme constant.
Dès 1945 puis après 1954, des contemporains comme Claude Bourdet (résistant, compagnon de la Libération) et Paul Teitgen (arrêté, torturé, déporté, puis secrétaire général de la préfecture d’Alger pendant la guerre d’Algérie) ont fait référence à Oradour et à la Gestapo pour dénoncer les crimes commis par les armées françaises. C’est pour protester contre cela que Paul Teitgen a présenté sa démission.

Le 8 Mai 1945 symbolise pour la France la victoire contre le nazisme, mais pour les Algériens, il renvoie aussi aux massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. Peut-on réellement construire une mémoire commune lorsque deux peuples portent une lecture aussi opposée d’une même date historique ?

Cette question doit être adressée aux responsables politiques français. La tâche des universitaires et des chercheurs, portés par la volonté de savoir, est d’établir les faits, les responsabilités, de les analyser et de les qualifier. Relativement à la conquête puis à la colonisation de l’Algérie, nous en savons beaucoup même s’il est évidemment nécessaire de poursuivre les investigations. Aussi, le problème n’est plus tant celui de la connaissance mais celui de la reconnaissance par l’Etat français des crimes commis pendant cent trente- deux ans.

Vous démontrez que les violences coloniales relevaient d’une logique politique structurée et non de simples «bavures». Pensez-vous que la société française est aujourd’hui prête à entendre cette réalité sans y voir une remise en cause de son récit républicain ?

Heureusement, je ne suis pas le seul à avoir montré que les violences extrêmes, les dispositions racistes et discriminatoires, l’état d’exception permanent imposé aux «indigènes» puis aux «Français musulmans d’Algérie», selon l’expression officielle employée après la Seconde Guerre mondiale, ne sont pas des «bavures». Des historiens, des juristes, des politistes, des sociologues et des psychanalystes ont, depuis longtemps, contribué à développer de telles connaissances et documenté les multiples massacres et guerres menées par la France pour établir et défendre l’ordre colonial en Algérie de 1830 au 19 mars 1962. En ce qui concerne la reconnaissance de ces guerres et de ces massacres, le problème n’est pas d’abord et avant tout celui de la société française mais celui des autorités et des majorités en place, qu’elles soient de droite ou de gauche.
Par opportunisme politique, les unes et les autres refusent toujours de reconnaître les crimes commis. Pis encore, relativement aux droites dites de gouvernement, celles-ci surenchérissent dans la réhabilitation du passé colonial français pour tenter de reconquérir une partie de l’électorat qu’elles courtisent dans un contexte de concurrence exacerbée avec le Front national hier et le Rassemblement national aujourd’hui.

Depuis quelques années, les gestes mémoriels se multiplient entre Paris et Alger, mais les tensions diplomatiques reviennent régulièrement. Selon vous, la question mémorielle est-elle devenue un véritable outil politique dans les relations franco-algériennes ?

De quels gestes mémoriels français parle-t-on ? Ceux d’Emmanuel Macron ont été et demeurent partiels et partiaux. à preuve, la fable élyséenne selon laquelle les massacres du 17 octobre 1961 à Paris auraient pour seul responsable le préfet Maurice Papon. Aucun historien sérieux ni bon connaisseur des institutions ne peut souscrire à cette proposition qui est un mensonge par omission.
Papon avait une mission : tenir la capitale et gagner la bataille de Paris, comme l’a montré Jean-Luc Einaudi. Ainsi a été fait avec l’aval du ministre de l’Intérieur Roger Frey, du premier ministre Michel Debré, et du général de Gaulle qui a couvert les uns et les autres.
En ce qui concerne les massacres du 8 mai 1945 en Algérie et les disparitions forcées commises par l’armée française après le 1er novembre 1954, il en va de même. Relativement à ces dernières, rappelons qu’elles sont désormais considérées comme des crimes contre l’humanité, ce que le président de la République s’est bien gardé de dire.

Certains historiens et intellectuels parlent aujourd’hui d’une «fatigue mémorielle», notamment chez les jeunes générations. Craignez-vous que le devoir de mémoire autour de la colonisation finisse par être relativisé ou dilué avec le temps ?

J’ignore qui sont ces historiens et intellectuels mais, en France en tout cas, je ne constate rien de tel. Bien au contraire, nombre d’héritiers des immigrations coloniales et postcoloniales sont mobilisés depuis longtemps pour exiger la reconnaissance des massacres du 8 mai 1945 en Algérie et de ceux du 17 octobre 1961 à Paris et dans les quartiers populaires à preuve, le nombre important aujourd’hui de collectifs et de structures diverses qui exigent des élus et des plus hautes autorités de l’État de telles reconnaissances. Je crains fort que cette supposée «fatigue mémorielle» serve à marginaliser ces initiatives et à justifier de «tourner la page» avant même que ces reconnaissances aient eu lieu. Reconnaissances indispensables notamment parce qu’elles mettraient fin aux discriminations mémorielles et commémorielles qui affectent les héritiers de l’immigration coloniale et postcoloniale – ceux-là mêmes dont l’histoire particulière n’a pas véritablement droit de Cité. De là, entre autres, cette conséquence que cette histoire demeure peu connue des jeunes générations parce qu’elle n’est pas assez enseignée par la faute des responsables politiques qui établissent les programmes des collèges et lycées.

Après des décennies de silence, de tensions et de mémoires blessées, pensez-vous qu’il existe encore une possibilité réelle de réconciliation historique entre la France et l’Algérie, ou sommes-nous condamnés à rester prisonniers d’un passé que ni l’un ni l’autre ne parvient à regarder totalement en face ?

Tout dépend de l’attitude des autorités françaises, et particulièrement du président de la République Emmanuel Macron. Je considère que le communiqué de l’Élysée du 8 mai 2026, évoquant les «événements tragiques» du 8 mai 1945 en Algérie, reconduit une fois encore une euphémisation scandaleuse. Rappelons que le terme «événement» est celui employé dans la langue officielle jusqu’en 1995, en lieu et place de celui de guerre, soit la dernière guerre d’Algérie débutée le 1er novembre 1954.
Autant d’éléments de langage pour ne pas dire ce qu’il s’est passé et ne pas nommer les crimes commis en 1945 puis lors de ce dernier conflit.
De même lors de la cérémonie à Sétif avec la ministre déléguée aux armées, Mme Alice Rufo, qui emploie la formule «Regarder l’histoire en face», ce qu’elle se garde bien de faire, comme Emmanuel Macron d’ailleurs. Relativement aux massacres, les «regarder en face» conduirait à les qualifier de crime contre l’humanité conformément à l’article 212-1 du Code pénal français. Celles et ceux qui ont été massacrés l’ont été pour des motifs politiques, en vertu d’un «plan concerté» par les autorités politiques et mis en œuvre par les militaires. Ce qui l’emporte hélas toujours, c’est moins un souci de vérité que des considérations politico-diplomatiques, qui prennent trop de liberté avec les faits établis par celles et ceux qui ont travaillé sur les massacres du 8 mai 1945.

R. T.

Source : Algérie Confluences – 10/05/2026 https://algerieconfluences.dz/olivier-le-cour-grandmaison-auteur-de-oradour-coloniaux-francais-a-algerie-confluences-regarder-lhistoire-en-face-qualifier-les-massacres-coloniaux-de-crimes-contre-lhumani/

Emmanuel Macron, les médecins étrangers et l’Algérie : la grande hypocrisie – Nejma Brahim

Le président a fustigé, lundi 27 avril, les « mabouls » qui attisent les tensions avec l’Algérie à l’heure où la France a besoin de soignants étrangers. En oubliant de dire qu’il a contribué, ainsi que ses gouvernements, à la crise algéro-française et à la maltraitance administrative des médecins présents en France.

Peut-on à la fois contribuer à la crise entre la France et l’Algérie, compliquer le droit à l’entrée et au séjour des étrangers et étrangères (dont les médecins) en France et fustiger « les “mabouls” qui disent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie » ? C’est à un merveilleux tour de passe-passe que nous a conviés Emmanuel Macron, en visite dans un hôpital de l’Ariège, lundi 27 avril.

Faisant mine de s’agacer d’une situation ubuesque et injuste qui dure pourtant depuis de nombreuses années, le président a lancé, à propos des médecins étrangers et étrangères diplômé·es de pays étrangers hors Union européenne (praticien·nes à diplôme hors Union européenne, ou Padhue, dans le jargon) : « C’est encore le bordel. C’est un truc qui me rend dingue ! C’est la folie du système français. »

Peut-être faut-il expliciter la situation, tant les problèmes sont ici enchevêtrés. Les hôpitaux français sont peuplés de soignant·es étrangers et étrangères. Ces médecins venu·es de pays hors Union européenne (UE) sont sous-payé·es et doivent passer un concours malgré l’obtention de leur diplôme dans leur pays d’origine. Ils et elles sont souvent présenté·es comme une solution au problème des déserts médicaux.

Et alors que les Padhue viennent majoritairement d’Algérie (ils représentaient 38,8 % des médecins concerné·es au 1er janvier 2025), la crise récente entre Paris et Alger ne facilite pas les choses. « C’est des gens remarquables qu’on fait bosser, qui font de la médecine, qui sont l’hôpital, et le jour où il faut les titulariser […], on repart tout de zéro. Il faut passer un concours pour emmerder le monde », a lancé Emmanuel Macron.

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Emmanuel Macron visite le centre hospitalier du pays d’Olmes à Lavelanet (Ariège), le 27 avril 2026. © Photo Valentine Chapuis / POOL / AFP

Ce discours pourrait être convaincant si le chef de l’État et ses gouvernements successifs n’avaient pas eux-mêmes contribué à ces différentes crises. D’abord, celle qui s’est installée entre l’Algérie et la France, sur fond de désaccord sur le plan migratoire, pour l’obtention des laissez-passer consulaires nécessaires à l’expulsion des ressortissants algériens (notamment ceux considérés comme dangereux).

Difficile d’oublier la manière dont l’ancien ministre de l’intérieur Bruno Retailleau a mené l’offensive face à Alger, alimentant les tensions dans un contexte diplomatique déjà complexe, avec l’emprisonnement de l’écrivain Boualem Sansal – puis du journaliste sportif Christophe Gleizes, toujours détenu – et les affaires des influenceurs. Le patron du parti Les Républicains (LR), se sentant visé, n’a pas tardé à répondre au président.

« Emmanuel Macron s’en est pris à ceux qui, comme moi, sont partisans de la fermeté avec l’Algérie, en évoquant les lourdeurs administratives pour les médecins étrangers. […] Ce faux prétexte ne vise qu’à dissimuler les vrais problèmes. Le problème, ce ne sont pas les médecins algériens mais les centaines d’OQTF [obligations de quitter le territoire français – ndlr] dangereux qui n’ont plus rien à faire en France, et que le régime d’Alger refuse de reprendre », a-t-il écrit sur X. 

Et de dénoncer en pagaille les « barbouzeries de ce régime sur notre propre sol » ou encore les accords de 1968 qui offriraient, selon lui, des « privilèges exorbitants » (c’est faux). Mais il faut surtout se souvenir que le chef de l’État s’est fendu lui-même d’une lettre, à l’été 2025, adressée à son premier ministre d’alors, François Bayrou, l’appelant à « plus de fermeté et de détermination ».

Il y a ensuite la crise de l’accueil des étrangers et étrangères, à l’heure où l’Europe n’a cessé de se barricader et où le nombre de titres de séjour pour motifs économiques a chuté de 12,6 % en France. Les nombreux blocages auxquels doivent faire face les ressortissant·es africain·es, et notamment algérien·nes, pour l’obtention de visas, sont bien souvent décourageants.

« Si on ne présente pas une invitation officielle pour un séminaire, par exemple, on risque un refus », témoigne un médecin établi en Algérie, qui a longuement hésité à venir exercer en France, en laissant derrière lui son épouse et leurs enfants (qu’il aurait ensuite fallu faire venirpar le biais du regroupement familial, lui aussi rendu difficile). Mais il n’a jamais franchi le pas. « On sait aussi que les médecins algériens en France font face à de nombreuses difficultés : ils font le même travail que les médecins français, voire plus, mais sont moins bien payés », ajoute-t-il.

Car Emmanuel Macron oublie enfin la crise que vivent les médecins étrangers et étrangères, qui ne cessent d’alerter sur leur précarité sans jamais être entendu·es. Mediapart a raconté, après une manifestation de ces praticien·nes devant le ministère de la santé en janvier 2024, comment certain·es médecins pouvaient rester sans nouvelles de la préfecture dont ils et elles dépendaient pour le renouvellement de leur titre de séjour ; au point, parfois, de préférer quitter la France pour ne pas se voir délivrer une OQTF.

Une médecin tunisienne, travaillant à l’hôpital public en région parisienne, est même devenue sans-papiers malgré elle, faisant l’objet d’une OQTF sans le savoir, alors qu’elle était en procédure de renouvellement de son titre. En pleine pandémie de covid-19, de nombreux praticiens étrangers et praticiennes étrangères ont aussi dû batailler contre les galères administratives.

Logique purement utilitariste

Si le chef de l’État avait déjà mentionné la situation de ces médecins et reconnu, lors d’une conférence de presse en 2024, leur « précarité administrative complètement inefficace », force est de constater que les paroles ne sont pas vraiment suivies des actes attendus.

« L’intégralité des médecins qui étaient là aujourd’hui[, ce] sont des praticiens hospitaliers qui ont été formés hors de France et qu’on a régularisés après des tests », a complété Emmanuel Macron lors d’un point presse après la visite de l’hôpital en Ariège, vantant l’importance de coopérer avec d’autres pays « en défendant nos intérêts, mais en étant respectueux ».

Non seulement ces déclarations s’inscrivent dans une logique purement utilitariste (comme pour la régularisation des travailleurs et travailleuses sans papiers, il ne s’agit que de besoins, en l’occurrence ici de médecins étrangers et étrangères), mais elles sont aussi à mille lieues de la réalité vécue par les principaux et principales concernées, qui découle, de fait, des politiques voulues et mises en place par l’État.

Dans ce bal des hypocrites, d’autres voix se font fait entendre, comme celle de François Ruffin. Lors d’un entretien accordé à France 2, le député de la Somme et candidat à l’élection présidentielle 2027 s’est ainsi dit « hostile à l’immigration de travail », refusant de faire sur les services « ce que l’on a fait hier sur l’industrie » et estimant que la France ne devait « pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens ou roumains », tout en reconnaissant que l’hôpital public ne tiendrait pas sans elles et eux aujourd’hui.

Marine Le Pen, de son côté, a pointé la « trumpisation » du chef de l’État français, puis redit la nécessité de « faire passer aux médecins étrangers un examen [comme s’ils n’en avaient jamais passé dans leur pays – ndlr], au même titre, d’ailleurs, que les médecins français ».

Il n’y a qu’une seule voix que l’on n’entend finalement pas : celle de ces fameux médecins, qui bravent toutes les difficultés du monde pour venir en France et soigner la population qui y vit.

Source : Mediapart – 28/04/2026 https://www.mediapart.fr/journal/politique/280426/emmanuel-macron-les-medecins-etrangers-et-l-algerie-la-grande-hypocrisie

Une loi-cadre autorise sous conditions la restitution des objets spoliés après 1815

Les députés ont adopté à l’unanimité le 13 avril une loi-cadre visant « à faciliter les restitutions d’œuvres» spoliées aux pays d’Afrique et d’Asie. Celle-ci intervient après une première loi-cadre sur les spoliations nazies (juillet 2023) et une autre sur les restes humains conservés dans les musées français (décembre 2023). Elle ne nomme étrangement pas la colonisation française comme cause de ces innombrables vols d’objet. Attendue depuis longtemps, particulièrement par les pays d’Afrique subsaharienne, elle facilitera la restitution des objets volés aux colonisés actuellement conservés en France, mais pas de leur totalité.

Histoirecoloniale.net s’est intéressé à plusieurs reprises à la question de la restitution des biens spoliés lors de la colonisation, notamment dans un entretien avec le sénateur Pierre Ouzoulias en 2025. Depuis, le Sénat a voté à l’unanimité le projet de loi le 28 janvier 2026, considérant que celui-ci offre un cadre général et une procédure plus transparente et rigoureuse que la méthode actuelle du cas par cas où l’initiative est à l’Elysée. Autrement dit les rares restitutions ont été jusqu’ici le fait du Prince.

A propos du vote à l’Assemblée le 13 avril, le journaliste Ludovic Lament rappelle dans Mediapart que « Jusqu’à présent, le principe d’inaliénabilité des collections publiques en France complique ces restitutions, qui ne peuvent se faire qu’au compte-goutte, au travers de lois spécifiques.» Rendant compte des débats, il montre que « (ceux-ci) ont fait apparaître deux approches très différentes de cette politique des retours et de l’histoire coloniale française. »

Le mot « colonisation » est absent du texte et c’est l’une de ses faiblesses, a regretté l’écologiste Sophie Taillé-Polian, citée par Mediapart, durant les débats. « Comme si l’on pouvait traiter ces spoliations sans nommer le cadre dans lequel elles ont eu lieu. Comme si l’on pouvait parler d’objets mal acquis sans dire qu’ils ont été arrachés dans le contexte de domination, de conquête, de violences systématiques qu’a été la colonisation. Refuser de nommer, c’est édulcorer, et édulcorer, c’est déjà renoncer à comprendre. » 

Ludovic Lament rapporte que « le vote a sanctionné cinq heures de discussions apaisées, qui ont fait état d’approches plus ou moins ambitieuses du dossier, et de quelques désaccords de fond, en particulier sur le « bornage chronologique » du texte et sur la mention explicite de la « colonisation » (finalement rejetée). » Il indique que « sont concernées d’après le texte les appropriations qui ont eu lieu entre le 20 novembre 1815 et le 23 avril 1972. Soit entre la signature du second traité de Paris, après la défaite napoléonienne de Waterloo, qui clôt une première opération de restitutions entre États européens, et l’entrée en vigueur d’une convention spécifique de l’Unesco sur le sujet. » Les objets spoliés avant 1815 ne sont donc pas concernés.

Mediapart pointe l’adoption d’« un amendement porté par les écologistes qui oblige l’État à publier de sa propre initiative une liste de biens culturels appartenant aux collections publiques et dont les provenances sont déjà identifiées comme problématiques. Une manière de faciliter les demandes d’États d’Afrique et d’Asie qui, bien souvent, n’ont aucune idée des inventaires d’objets détenus dans les musées français. Le gouvernement s’était opposé à cet amendement. » Ajoutons que les musées de province qui ont reçu des legs coloniaux, eux aussi, n’ont souvent pas d’inventaire précisant l’origine de ces biens.

En revanche, un amendement porté par l’UDI adopté d’extrême justesse, pose de façon très paternaliste « une liste de conditions pour s’assurer de leur future bonne conservation » dans leurs pays d’origine. « Il reste désormais à rédiger un texte final en commission mixte paritaire entre la version sortie du Sénat et celle adoptée par l’Assemblée – deux textes très proches. L’amendement controversé pourrait bien être supprimé durant cette dernière étape clé. »

Quelques jours avant le vote à l’assemblée de cette loi-cadre, les journalistes Roxana Azimi et Laurence Caramel avaient rappelé dans Le Monde que cette loi est très attendue par les pays africains. Cela fait neuf ans qu’elle est en préparation. Alors que le projet de loi était prêt lorsque Rachida Dati fut nommée ministre de la Culture en janvier 2024, celle-ci ayant eu d’autres priorités, il est finalement porté par la nouvelle ministre, Catherine Pégard. Les deux journalistes ont interrogé des responsables d’institutions culturelles d’Afrique subsaharienne, les pays les plus touchés puisque l’essentiel de leur patrimoine culturel matériel se trouve hors du continent, principalement en Europe. Leurs réactions sont, bien sûr, diverses mais ce texte législatif est dans l’ensemble vu comme une avancée après une si longue attente. La critique majeure porte, comme le précise la chercheuse Hélène Quashie au Musée des civilisations noires de Dakar, « sur les dispositions restrictives qui imposent au pays spolié de devoir prouver comment il l’a été à celui qui est l’auteur du crime. » « Les dizaines de milliers d’objets entreposés dans les réserves des musées ne suffisent ils pas à démontrer à quel point la constitution de ces collections est issue d’une logique d’accumulation frénétique? » s’interroge la chercheuse.

Au cours des dernières années, des pays africains ont précisé leur demande de restitution qui sont très variables. Les demandes de certains pays , tels le Tchad ou l’Ethiopie, portent sur l’intégralité des objets conservés en France tandis que d’autres ont formulé une liste précise. L’ Algérie, en particulier, a formulé des demandes limitées, très précises et très symboliques, bien sûr, mais lorsqu’il s’agit d’objets militaires – exclus du texte voté par l’Assemblée -, conservés dans un musée public au statut dérogatoire ou détenus dans des collections privées, les obstacles sont toujours là.

Dans Le Monde, le journaliste Frédéric Bobin montre que pour l’Algérie, cette loi aura, de fait, des conséquences très limitées. « L’échelle des rétrocessions d’objets saisis durant la guerre de conquête (1830-1847) que la loi rendra possibles après sa promulgation reste, en effet, très en deçà des attentes de l’Algérie. Aucune des pièces à forte charge symbolique, tel le sabre de l’émir Abd El-Kader (1808-1883), héros de la résistance algérienne, ou le canon Baba Merzoug, dit aussi La Consulaire, ravi lors de la prise d’Alger, en 1830, et aujourd’hui exhibé sur le port de Brest, n’entre dans le champ d’application de la loi. D’autres objets, comme le caftan et des manuscrits de l’émir, des fanions ou la clé de la ville de Laghouat, seront en revanche restituables. Un lot non négligeable mais modeste dans sa portée politique. Des réserves entières provenant d’Algérie sont ignorées par le texte, ciblant les biens ayant fait l’objet d’une « appropriation illicite ». La loi prévoit une procédure – très encadrée – de levée du verrou de l’inaliénabilité protégeant des objets rattachés au« domaine public » mais un établissement comme le Musée Condé de Chantilly, qui regorge de biens issus du patrimoine d’Abd El-Kader, « n’est pas concerné » par le dispositif en raison de son « régime juridique distinct », précise son directeur, Mathieu Deldicque. »

Source : Histoire coloniale et postcoloniale – Édition du 15 avril au 1er mai 2026 https://histoirecoloniale.net/une-loi-cadre-facilitant-la-restitution-de-certains-des-objets-spolies-apres-1815/

Restitution des biens mal acquis : Le jeu trouble de Macron – Kamel Benelkadi

Le dossier de la récupération des avoirs détournés par l’ancienne nomenclature algérienne traverse une zone de fortes turbulences diplomatiques. Alors que le président Abdelmadjid Tebboune a fait de la restitution des «biens mal acquis» son cheval de bataille, les autorités algériennes dénoncent de plus en plus ouvertement un blocage systématique de la part de la France.

Le contraste est saisissant. Selon les données les plus récentes issues du Conseil des ministres d’avril 2026, l’Algérie a adressé 61 commissions rogatoires à la France, mais «aucune n’a abouti à ce jour et sont restées sans réponse». A l’opposé, la coopération avec la Suisse est citée en exemple : sur 33 demandes transmises à Berne, 20 ont été acceptées et plus de 110 millions de dollars sont déjà en cours de restitution.

L’Espagne a coopéré assez rapidement dans le cadre de cette procédure, ce qui a abouti à la restitution d’un hôtel 5 étoiles le Ritz El Palace, acquis illicitement à Barcelone par l’homme d’affaires Ali Haddad. Il est revenu officiellement à l’Etat algérien, représenté par le Fonds national d’investissement (FNI) depuis le 1er août 2025. Ce silence français est qualifié par Alger de «politiquement radioactif».

Le ministère des Affaires étrangères a officiellement fustigé une «absence totale de coopération» et des «tergiversations injustifiées» qui tranchent avec l’attitude de partenaires européens jugés plus «sincères et loyaux».

La France souligne que ces dossiers sont entre les mains de juges «indépendants» sur lesquels le gouvernement n’a théoriquement pas d’autorité directe. Des arguments qui ne tiennent pas la route. Cependant, des observateurs estiment que Paris applique des critères non judiciaires, utilisant ce dossier comme un levier dans un rapport de force diplomatique global. Le refus, par exemple, d’extrader Abdessalem Bouchouareb, ex-ministre condamné en Algérie, est perçu à Alger comme le symbole de cette mauvaise volonté.

Pourtant de multiples procédures judiciaires sont engagées en France visant des patrimoines immobiliers et financiers importants, constitués dans ce pays par des dirigeants africains et arabes (Gabon, Congo, Guinée équatoriale, Syrie…). La presse française fait grand cas de toutes ces affaires.

A titre d’exemple, Téodorin Obiang Nguema, fils du chef de l’Etat de la Guinée équatoriale, a été condamné pour «blanchiment et détournement de deniers publics». Son hôtel, estimé à 100 millions d’euros, et d’autres biens ont été confisqués. Les biens, appartenant à la famille Bongo ont été saisis, malgré les liens politiques très profonds entre cette famille et la France. Un bien appartenant à la famille de Denis Sassou N’guesso, président du Congo, situé dans le 17e arrondissement à Paris, a été également saisi par les juges français. En outre, Rifaat Al Assad (Syrie) a été lui aussi condamné pour «blanchiment de fonds publics syriens» avec un patrimoine confisqué de 90 millions d’euros.

Le dossier qui fâche

Ce refus des autorités françaises d’accéder aux demandes formulées par les juges algériens est également interprété par certains analystes comme une volonté de ne pas assainir le climat politique avec l’Algérie. Les conséquences de ce blocage sont multiples et profondes. Le dossier des biens mal acquis est devenu un indicateur de la qualité de la coopération entre les deux Etats. La crise dure depuis plusieurs années. Alger commence à évoquer le principe de réciprocité.

Le pays pourrait rejeter certaines demandes françaises, notamment en matière de lutte antiterroriste ou de sécurité, domaines où Paris est demandeur. Alors que des milliards de dollars issus de la rente pétrolière se sont évaporés sous l’ère Bouteflika, le blocage français empêche le financement de projets de développement dont le peuple algérien a été spolié. En somme, ce qui devrait être un dossier technique d’entraide judiciaire s’est visiblement transformé en un affrontement politique, où «le droit» sert souvent de paravent à des intérêts diplomatiques occultes.

Source : El Watan- 08/04/2026 https://elwatan.dz/restitution-des-biens-mal-acquis-le-jeu-trouble-de-macron/

Des armes ayant appartenu à l’Emir Abdelkader rassemblées à Stains pour être restituées à l’Algérie – Olivier Marbot

Par Olivier Marbot, rédacteur en chef adjoint à Jeune Afrique, spécialiste du Moyen-Orient, publié par Jeune Afrique, le 9 mars 2026.

Source

Ce pourrait être le signe d’un début de détente entre Paris et Alger : plusieurs armes ayant appartenu à l’émir Abdelkader vont être remises à l’Algérie. Mais la décision n’a rien à voir avec les autorités, c’est une association franco-algérienne qui est à l’initiative de la restitution.

Le sabre remis par l’émir Abdelkader au duc d’Aumale lors de la reddition du 23 décembre 1847, actuellement exposé au musée de l’Armée, à Paris. © DR

Publié le 9 mars 2026 Des armes ayant appartenu à l’ émir Abdelkader ont été exposées, le 4 mars 2026, lors d’une soirée de ramadan organisée à Stains, dans la banlieue nord de Paris, en présence de plusieurs personnalités parmi lesquelles le maire de la ville, le sénateur Ahmed Laouedj, et l’historien Benjamin Stora, spécialiste de l’histoire de l’ Algérie.

Ces objets vont être prochainement restitués à l’Algérie pour y être exposés dans un musée, mais l’opération n’émane pas des pouvoirs publics. C’est la Fédération Franco-Algérienne de Consolidation et du Renouveau (FFA), organisatrice de la soirée, qui a fait l’acquisition des armes lors d’une récente vente aux enchères.

Une association à la manœuvre

Cette association créée en 2023 précise dans ses statuts avoir pour objectif « de concourir au développement des relations de coopération et de progrès entre la France et l’Algérie, avec l’appui des élus des deux pays, des sociétés civiles, et plus généralement de toutes les parties qui souhaitent s’inscrire dans cette dynamique ». Dans ses prises de position publiques, elle est généralement alignée sur Alger.

La restitution annoncée n’a donc rien à voir avec une quelconque volonté officielle française de donner satisfaction à Alger sur les restitutions d’objets historiques, alors que le sujet est au cœur des discussions entre les deux pays. Depuis de nombreuses années, l’Algérie demande en particulier le retour sur son sol du  sabre remis par Abdelkader au duc d’Aumale lors de la reddition du 23 décembre 1847, actuellement exposé au musée de l’Armée, à Paris. L’Algérie demande aussi le caftan − souvent désigné comme un « burnous » − de l’émir offert par l’un de ses fils, l’émir El Hachemi, au même musée, en 1897, ainsi que deux manuscrits rhétoriques du livre saint − improprement présentés comme des Coran − saisis lors de la conquête coloniale.

Benjamin Stora, que l’Association a nommé ambassadeur de la paix pour son engagement et ses travaux sur l’histoire commune des deux pays lors de la soirée du 4 mars, plaide depuis longtemps pour ces restitutions symboliques.

Des appels sans réponse

Nommé en 2022 président des spécialistes désignés pour représenter la France au sein de  la commission mixte algéro-française sur la mémoire et la colonisation, créée à l’issue de la visite d’ Emmanuel Macron en Algérie, l’historien a toujours souligné l’importance de ces actes dans le processus d’apaisement des relations entre les deux pays. Au début de cette année, c’est l’ancienne ministre Ségolène Royal, récemment élue à la présidence de l’Association France-Algérie et partie en visite à Alger, qui relayait la demande.

Depuis 2022 toutefois, les relations entre Paris et Alger se sont fortement dégradées et les travaux de la commission d’historiens ont été mis en sommeil. D’autres objets, comme le célèbre canon Baba Merzoug, sont aussi réclamés par l’Algérie depuis longtemps, mais si les restitutions sont fréquemment évoquées, rien ne semble indiquer qu’elles pourraient survenir dans un avenir proche.

Au printemps 2025, alors que les tensions entre les deux pays étaient particulièrement fortes, Benjamin Stora avait d’ailleurs fait part de son agacement. « On vient nous parler de repentance, alors qu’on n’est même pas capable de restituer un Coran, une épée, un burnous à l’Algérie. Rien n’a été rendu. Absolument rien », s’était-il alors désolé.

Source : HCO – Édition du 15 mars au 1er avril 2026 – https://histoirecoloniale.net/des-armes-ayant-appartenu-a-lemir-abdelkader-rassemblees-a-stains-pour-etre-restituees-a-lalgerie/

Relations franco-algériennes : léger frémissement d’une normalisation -Samia Naït Iqbal

Entre février et mars 2026, un début de dégel diplomatique semble s’esquisser entre Alger et Paris, après une année 2025 marquée par des tensions particulièrement vives. Sans que l’on puisse encore parler d’un véritable tournant ou du « grand soir » de la réconciliation, plusieurs signaux faibles et gestes concrets témoignent néanmoins d’un frémissement dans les relations bilatérales.

Le retour des échanges diplomatiques

Ce lundi 16 mars 2026, un entretien téléphonique a réuni le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean‑Noël Barrot, et son homologue algérien, Ahmed Attaf. Si cet échange s’inscrit dans une volonté affichée de normalisation des relations bilatérales, il a surtout été dominé par les préoccupations géopolitiques du moment, notamment l’instabilité croissante au Proche-Orient et les défis sécuritaires en Afrique subsaharienne.

L’appel, intervenu dans la matinée, confirme surtout le rétablissement des canaux de communication de haut niveau entre le Quai d’Orsay et El Mouradia. Après une année 2025 marquée par le gel de plusieurs dossiers stratégiques, ce nouvel échange semble traduire l’adoption d’une approche de « réalisme pragmatique » par les deux capitales. Parmi les sujets abordés figuraient notamment la situation au Liban, l’escalade militaire au Moyen-Orient ainsi que les dossiers du Sahel et du Sahara occidental.

Un apaisement législatif inattendu

L’isolement diplomatique de l’Algérie sur plusieurs dossiers chauds y est sans doute pour quelque chose. Tebboune a compris qu’il fallait lâcher du lest pour sortir la tête de l’eau.

Le signe le plus tangible de cette détente est toutefois venu d’Alger le 9 mars 2026. Ce jour-là, l’Assemblée populaire nationale a adopté une version profondément amendée de la loi criminalisant la colonisation française.

La version initiale du texte, présentée en décembre 2025, exigeait des excuses officielles et des réparations financières de la part de la France. Dans la mouture finalement adoptée, ces conditions ont été supprimées. Ce « toilettage » juridique est largement interprété comme un geste de bonne volonté destiné à éviter de verrouiller toute perspective de dialogue avec Paris.

La reprise des canaux sécuritaires

Autre jalon dans cette séquence diplomatique : la visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, les 16 et 17 février 2026, qui a contribué à relancer les discussions bilatérales.

Les échanges ont notamment porté sur la reprise de la coopération sécuritaire, en particulier au Sahel, ainsi que sur la gestion des obligations de quitter le territoire français (OQTF), deux dossiers qui avaient fortement pesé sur la relation ces derniers mois. La question des visas a également été abordée, avec des engagements réciproques concernant la mobilité et la levée de certaines restrictions, contribuant à détendre l’atmosphère.

Une médiation symbolique et religieuse

À ces signaux politiques s’ajoute une dimension plus symbolique. La visite annoncée du Pape Léon XIV en Algérie, prévue pour avril 2026, pourrait également jouer un rôle de catalyseur dans le climat d’apaisement.

Dans ce contexte, le cardinal Jean‑Paul Vesco, archevêque d’Alger, a récemment estimé que « prétendre divorcer entre la France et l’Algérie est une illusion », soulignant l’idée que les deux pays restent liés par une histoire et des intérêts communs qui rendent inévitable une forme de coopération.

Du gel diplomatique au réalisme pragmatique

Dans l’ensemble, la relation semble ainsi quitter la zone de « rupture consommée » qui a marqué l’année 2025 pour entrer dans une phase plus pragmatique. Les impératifs économiques et sécuritaires tendent à reprendre le pas sur les crispations mémorielles les plus vives, même si la question du Sahara occidental demeure une ligne de fracture potentielle.

Prémices d’un dégel durable ?

Ces premiers signes de détente préparent le terrain pour les prochaines échéances diplomatiques. Pour Alger comme pour Paris, l’enjeu consiste désormais à transformer ce frémissement en avancées concrètes, notamment sur les dossiers migratoires, économiques et mémoriels, longtemps au cœur des crispations bilatérales.

Dans cette perspective, la visite du chef de l’État Abdelmadjid Tebboune en France pourrait constituer un jalon politique majeur. Initialement annoncée bien avant la réélection du chef de l’État algérien pour un second mandat, cette visite avait été ajournée à la suite de la dégradation soudaine des relations entre Alger et Paris. Son éventuelle reprogrammation serait aujourd’hui interprétée comme le signe d’un retour progressif à une relation diplomatique stabilisée. Mais c’est trop tôt pour en parler !

Lors d’un entretien télévisé accordé en février 2026, le chef de l’Etat algérien résumait d’ailleurs cette approche en déclarant : « Avec les grands pays, on s’entend. » Une formule qui, au-delà de sa portée rhétorique, a été largement perçue comme l’expression d’une volonté d’inscrire les relations avec la France dans une logique d’égalité, de dialogue et de pragmatisme, plutôt que dans celle d’une confrontation politique permanente.

Source : Le Matin d’Algérie – 16/03/2026 https://lematindalgerie.com/relations-franco-algeriennes-leger-fremissement-dune-normalisation/

Le projet de loi criminalisant le colonialisme français adopté : ni excuse, ni réparation – Samia Naït Iqbal

Réunis en séance plénière, les députés de l’Assemblée populaire nationale ont adopté, ce lundi, à la majorité, le projet de loi criminalisant le colonialisme français en Algérie, entérinant ainsi le texte de compromis élaboré par la commission paritaire après les divergences apparues entre les deux chambres du Parlement.

Le texte approuvé ne comporte finalement aucune référence explicite aux excuses ni aux réparations, à la suite d’un compromis trouvé au sein de la commission paritaire chargée d’harmoniser les positions des deux chambres du Parlement. En clair, un texte pour le symbole et l’exemple.

Réunissant des représentants de l’Assemblée populaire nationale et du Conseil de la nation, cette commission est parvenue à un accord consensuel prévoyant la suppression des deux articles qui avaient suscité les principales divergences entre les deux institutions législatives. Les dispositions relatives aux excuses officielles et aux réparations ont ainsi été retirées de la version finale soumise au vote.

La séance plénière s’est tenue sous la présidence de Ibrahim Boughali, président de l’Assemblée populaire nationale, en présence notamment de Abdelmalek Tashrifet, ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, représentant le gouvernement, et de Nadjiba Djilali, ministre des Relations avec le Parlement.

Présentant le rapport de la commission paritaire, son rapporteur Mohamed Fawzi Ben Djaballah a indiqué que les discussions se sont concentrées sur les dispositions restées en suspens, dans le but d’aboutir à une formulation consensuelle « conforme à la position souveraine de l’État algérien dans le dossier de la mémoire ».

Selon lui, ce texte vise à consacrer une approche législative destinée à préserver la mémoire collective et à protéger la dignité du peuple algérien face aux tentatives de déformation ou de minimisation des crimes commis durant la période coloniale. Il s’inscrit également dans la reconnaissance des sacrifices consentis par les victimes de la colonisation, des résistances populaires aux combattants de la guerre de libération.

La commission paritaire a également procédé à plusieurs ajustements techniques du texte. L’article premier a été supprimé et son contenu intégré dans l’article 2. L’article 5 a, pour sa part, été modifié afin d’y inclure la notion d’« esclavage sexuel » parmi les crimes attribués au système colonial.

Dans sa nouvelle rédaction, cet article énumère plusieurs actes qualifiés de crimes coloniaux, notamment les homicides volontaires, les attaques contre les civils, l’usage disproportionné de la force armée, l’emploi d’armes interdites, la pose de mines, les expérimentations chimiques et les explosions nucléaires, ainsi que les exécutions extrajudiciaires.

Le texte évoque également le pillage du Trésor public, l’exploitation systématique des ressources nationales, l’application de régimes juridiques d’exception, la torture physique et psychologique, la discrimination raciale, ainsi que les déplacements forcés de populations.

Par ailleurs, l’article 7 a été amendé par la suppression du terme « majeure », la disposition définissant désormais la trahison comme toute forme de collaboration des harkis ou assimilés avec l’administration coloniale contre les mouvements de résistance et la lutte pour l’indépendance.

Enfin, dans sa version adoptée, l’article 9 prévoit que l’État algérien poursuivra ses démarches par les voies juridiques et judiciaires afin d’obtenir de la France une reconnaissance officielle de son passé colonial, sans mention explicite d’excuses ni de réparations.

Source : Le Matin d’Algérie – 09/03/2026 https://lematindalgerie.com/le-projet-de-loi-criminalisant-le-colonialisme-francais-adopte-ni-excuse-ni-reparation/

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Algeria Watch

Crimes coloniaux : Le Parlement algérien demande des comptes à la France – 11/03/2026

Avec Noureddine Amara, historien algérien décolonial, spécialisé dans les questions juridiques relatives aux appartenances à l’État colonial et aux migrations au XIXᵉ siècle. Il s’intéresse également à la question du récit dans la restitution des savoirs historiques, aux crimes coloniaux et aux réparations.

Nuñez achève sa visite en Algérie : Vers la relance de la coopération sécuritaire – Hocine Lamriben

L’ Algérie et la France ont convenu de relancer une « coopération sécuritaire de très haut niveau », a fait savoir, hier à Alger, le ministre de l’Intérieur français, Laurent Nuñez, après avoir rencontré le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au terme d’une visite de deux jours en Algérie.

Lors d’une déclaration à sa sortie du Palais présidentiel, le ministre français a dit avoir travaillé «toute la journée de lundi» avec ses homologues algériens et les responsables sécuritaires des deux pays «à réenclencher un dispositif de coopération sécuritaire de très haut niveau».

L’ objectif des discussions et réunions qui se sont tenues à Alger était de «reprendre des relations de sécurité normales» et de les «densifier» en termes de coopération judiciaire, policière et de renseignement, selon lui.

Il a remercié son homologue Saïd Sayoud et le président Tebboune «qui a demandé à ses services de travailler avec les services français» pour «améliorer significativement nos coopérations en matière aussi de réadmissions», c’est-à-dire du retour des ressortissants algériens en situation irrégulière en France, que l’Algérie n’accepte plus depuis des mois. «Tout ceci va se mettre en place dans les plus brefs délais», a ajouté Nuñez, en se félicitant de la visite effectuée en Algérie. Il a souhaité que «ces relations puissent se poursuivre à très haut niveau en matière de sécurité, de coopération sécuritaire et d’immigration».

L’ audience entre Tebboune et Nuñez s’était déroulée en présence du directeur de cabinet de la présidence de la République, Boualem Boualem, du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, du conseiller auprès du président de la République chargé des affaires diplomatiques, Amar Abba, et du directeur général de la Sécurité intérieure, le général-major Abdelkader Aït Ouarabi, selon une vidéo diffusée par la présidence de la République.

Préalable à un partenariat apaisé

Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, avait reçu, lundi au Palais du gouvernement, son homologue français et la délégation qui l’accompagne. Avant son voyage à Alger, Nuñez avait dit prudemment venir discuter de «toutes les questions de sécurité», notamment de la lutte antiterroriste, domaine dans lequel l’Algérie a un rôle à jouer car elle est frontalière de plusieurs pays du Sahel. Le ministre avait aussi évoqué le narcotrafic et le sujet épineux des réadmissions, c’est-à-dire du retour des ressortissants algériens en situation irrégulière en France. Côté algérien, les attentes sont aussi nombreuses.

Outre une meilleure mobilité pour ses citoyens, dans le cadre l’octroi de visas notamment, les autorités réclament une coopération sur la question des extraditions d’individus condamnés par la justice. Sur le plan économique, le président Tebboune avait accusé, la semaine dernière, la France, sans la nommer, de mener une guerre économique contre l’Algérie à travers notamment des restrictions sur les exportations algériennes vers l’Union européenne. Autre dossier : Les autorités algériennes considèrent que la reconnaissance des blessures du passé demeure un préalable à un partenariat apaisé.

Le chef de l’Etat a répété à plusieurs reprises que la mémoire ne saurait être reléguée au second plan. Les relations entre Paris et Alger se sont fortement détériorées depuis l’été 2024. En cause notamment la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Les tensions se sont accentuées en avril 2025 avec la mise en examen d’un agent consulaire algérien en France, suivie de l’expulsion de douze agents de l’ambassade française à Alger quelques jours plus tard.

Source : El Watan – 18/02/2026 https://elwatan.dz/nunez-acheve-sa-visite-en-algerie-vers-la-relance-de-la-cooperation-securitaire/