En ce 39ème anniversaire de l’assassinat de Ali Mecili, j’ai une profonde et amicale pensée pour son épouse, Annie, cette femme admirable de courage et de dignité qui n’a jamais cessé de se battre contre l’impunité dont bénéficient les assassins de Ali Mecili.
J’ai aussi une affectueuse pensée pour leurs deux enfants Léa et Yalhane.
Un combattant de la Guerre de Libération
Ali Mecili s’est engagé très tôt dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. Doué d’une intelligence brillante, d’un esprit vif, d’une extraordinaire capacité d’analyse, il connut une ascension fulgurante, en accédant rapidement au grade de lieutenant dans les services de renseignement de l’Armée de Libération Nationale.
Un opposant de la première heure
Après l’indépendance, il s’oppose au coup d’état mené par le clan d’Oujda (Houari Boumediene et Ahmed Ben Bella) contre le GPRA et les institutions de la Révolution algérienne. Rapidement, il rejoint Hocine Aït Ahmed et participe à la création du premier parti politique dans l’histoire de l’opposition algérienne, le FFS (Front des Forces Socialistes) en date du 29 septembre 1963.
Le 17 octobre 1964, il est arrêté par l’armée de Boumediene et transféré à la prison militaire d’Oran. Libéré le premier novembre 1965, il prend la route de l’exil dès le début de l’année suivante.
Homme d’éthique, de dialogue, Mecili était doté d’une exceptionnelle vision stratégique. Il a formé de nombreux militants à la culture démocratique et a été à l’initiative de plusieurs projets, notamment la création de la première Ligue de défense des droits de l’homme (LDDH) en Algérie.
L’avocat des pauvres et le défenseur des causes justes
En 1973, Ali Mecili devient avocat et s’installe à Paris. Il consacre une bonne partie de son temps à défendre les exilés politiques de toutes origines, les sans-papiers, les travailleurs immigrés, les réfugiés politiques… Il crée avec une psychanalyste turque et d’autres militants « La Maison bleue », un lieu d’accueil pour les pauvres et les vieux chibanis. La « Maison bleue » proposait gratuitement divers services assurés par des bénévoles : écrivains publics, assistantes sociales, avocats, médecins…
L’ami et le compagnon le plus proche de Hocine Aït Ahmed
Dès 1962, les deux héros de la guerre de libération s’engagent pour la reconquête de l’indépendance confisquée par l’armée des frontières conduite par Houari Boumediene. De ce combat commun, allait naitre l’une des collaborations les plus fécondes qu’il nous ait donné de voir et une amitié fusionnelle destinée à durer au-delà de la mort.
L’assassinat
Le 7 avril 1987, Ali Mecili est assassiné de trois balles tirées à bout portant dans l’entrée de son domicile à Paris. Le 12 juin 1987, sur la base de renseignements confidentiels très précis, la police judiciaire française arrête le présumé assassin, un certain Abdelmalek Amelou, un voyou au lourd casier judiciaire.
Deux livres ont été consacrés à cet ignoble assassinat, l’un écrit par Ait Ahmed et l’autre par Michel Naudy, un immense journaliste d’investigation.
Les deux livres évoquent un ordre de mission de la Sécurité militaire algérienne qui aurait été trouvé dans le domicile d’Amelou Abdelmalek lors d’une perquisition menée par la police française.
Malgré un important faisceau d’indices graves et concordants, le gouvernement français le réexpédie à Alger au lieu de le remettre à la justice. Depuis, ce petit voyou mène une vie de pacha en Algérie. Tout se passe comme si le pouvoir algérien était assuré de la complicité de l’État français et de sa complaisance pour oser commettre un crime barbare au cœur de Paris.
ALI Mecili savait qu’il allait être assassiné
Ali Mecili faisait partie des rares personnes qui s’opposaient haut et fort contre l’État policier algérien à cette époque. Se sachant menacé, il a écrit ces lignes : « J’aurais pu mourir hier sous les balles des soldats de la colonisation, je meurs aujourd’hui sous des balles algériennes dans un pays que l’ironie de l’histoire a voulu que je connaisse après l’avoir combattu les armes à la main. Je meurs sous des balles algériennes pour avoir aimé l’Algérie. » Repose en paix camarade, ton combat a montré la voie à des millions d’Algériennes et Algériens.
Présentation par les éditions La Découverte du livre de Hocine Aït Ahmed
L’affaire Mécili

Le 7 avril 1987, Ali Mécili, avocat au barreau de Paris, figure marquante de l’opposition démocratique au régime d’Alger, était assassiné devant son domicile parisien. Deux mois plus tard, la police française arrêtait le tueur, un petit truand algérien aux ordres de la Sécurité militaire, les services secrets de l’armée algérienne. Mais au lieu d’être remis à la justice, il était… réexpédié à Alger. Et, depuis vingt ans, ce crime qui déshonore la Ve République est resté impuni. D’où l’importance de ce livre, publié pour la première fois en 1989, pour comprendre la vraie nature du régime algérien et les réseaux secrets de la » Françalgérie « .
Grande figure de la lutte d’indépendance algérienne et opposant historique au régime militaire qui contrôle l’Algérie, Hocine Aït-Ahmed y retrace en détail les circonstances du meurtre de son ami de toujours, ainsi que l’attitude scandaleuse de la police et de la justice françaises. Mais aussi, à travers l’évocation du parcours exemplaire d’Ali Mécili, la lutte d’opposants courageux contre un » pouvoir de l’ombre » qui a confisqué dès 1962 la lutte de libération du peuple algérien. Et, dans une postface inédite, il évoque le » bain de sang » dans lequel ce pouvoir a plongé son pays à partir de 1992, et l’incroyable omerta qui continue depuis à recouvrir, en France comme ailleurs, les crimes contre l’humanité d’une junte de généraux corrompus.
https://www.editionsladecouverte.fr/l_affaire_mecili-9782707151346
Source : Algeria-Watch.info – 13/04/2026 https://www.algeria-watch.info/lassassinat-dali-mecili-un-crime-des-services-algeriens-couvert-par-letat-francais/

