L’arabisation rampante n’épargne plus aucun secteur. La Direction générale des impôts (DGI) a franchi un seuil symbolique. Par une circulaire entrée en vigueur le 1er février 2026, elle impose l’usage exclusif de la langue arabe dans l’ensemble de ses correspondances officielles, interdisant de facto toute langue étrangère.

Cette décision, qui concerne notamment la Direction des grandes entreprises (DGE) et les inspections de wilayas, marque une accélération nette du processus de défrancisation de l’administration algérienne.

Derrière cette mesure administrative se dessine un choix politique assumé : réactiver avec une rigueur inédite la loi 91-05 du 16 janvier 1991, longtemps appliquée de manière inégale, et inscrire la langue arabe au cœur de la souveraineté de l’État. Pas seulement : au-delà de l’usage du français, c’est aussi la langue tamazight qui est visée. Son exclusion des administrations, sa minoration dans l’enseignement et son absence dans l’espace socio-culturel veulent tout dire.

La langue comme attribut régalien

Le discours officiel ne laisse guère de place à l’ambiguïté. L’arabisation est présentée comme un impératif de souveraineté, au même titre que la monnaie ou les symboles nationaux. Dans cette lecture, l’usage persistant du français dans certains secteurs stratégiques est perçu comme un reliquat de la dépendance culturelle héritée de la période coloniale.

L’initiative de la DGI s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large touchant plusieurs départements ministériels, notamment la Jeunesse et Sports ou la Formation professionnelle. Elle répond également à une volonté de mettre fin à la dualité linguistique de l’appareil administratif, souvent décrite comme une fracture entre une élite francophone et une base majoritairement arabophone.

Le HCLA, pivot du dispositif

La nouveauté majeure réside dans le rôle renforcé du Haut Conseil de la langue arabe (HCLA). En vertu d’un décret présidentiel adopté en 2025, cette institution ne se limite plus à une mission normative ou consultative. Elle devient un organe de surveillance. Le gendarme linguistique du pays largement gangréné par le courant arabo-islamiste.

Le HCLA est désormais chargé d’un audit annuel de l’arabisation dans chaque ministère, avec un rapport direct à la Présidence. Plus encore, il rappelle la portée contraignante de l’article 29 de la loi de 1991, selon lequel tout document administratif rédigé dans une langue étrangère est frappé de nullité absolue. Pour les fonctionnaires, l’enjeu est clair : l’usage du français n’est plus une tolérance, mais une faute susceptible d’avoir des conséquences juridiques.

Une transition aux risques opérationnels

Si la cohérence idéologique est affichée, la faisabilité technique pose question, notamment dans le secteur des finances. La fiscalité, la comptabilité et le droit des affaires se sont historiquement structurés en langue française, avec une terminologie largement stabilisée.

Une transition abrupte fait craindre des risques d’erreurs d’interprétation juridique et de dysfonctionnements administratifs, en particulier au niveau de la DGI, en interaction permanente avec des groupes multinationaux. Le paradoxe est d’autant plus visible que l’Algérie promeut simultanément l’ouverture économique et l’attractivité de l’investissement étranger, tandis que l’anglais progresse dans d’autres sphères, notamment l’enseignement supérieur.

L’interface économique internationale sous tension

Les effets de cette politique linguistique se font déjà sentir dans le secteur bancaire et chez les opérateurs étrangers. Les banques, publiques comme privées, évoluent dans un environnement hybride : si les échanges avec l’administration et la Banque d’Algérie tendent vers l’arabe exclusif, les flux financiers internationaux restent dominés par l’anglais et le français.

Cette situation génère un double risque. D’un côté, une insécurité juridique potentielle, des contrats ou garanties rédigés en français pouvant être contestés sur la base de la loi 91-05. De l’autre, une hausse des coûts et des délais liée à la généralisation des traductions certifiées.

Pour les entreprises multinationales, l’arabisation intégrale constitue une barrière administrative supplémentaire. La compréhension des notifications fiscales ou des redressements exige désormais une expertise linguistique et juridique locale pointue, renforçant la dépendance à des intermédiaires nationaux et complexifiant la lecture directe du marché algérien.

Un signal politique fort

La décision de la DGI dépasse largement le cadre d’une réforme interne. Elle envoie un signal politique clair : l’arabisation n’est plus un horizon symbolique, mais une obligation de conformité. En confiant au HCLA un rôle de sentinelle, l’État algérien entend verrouiller ce choix stratégique.

Reste une interrogation centrale : l’appareil administratif, façonné pendant des décennies dans un bilinguisme de fait, dispose-t-il des moyens humains, techniques et juridiques pour opérer ce virage sans affecter l’efficacité du service public et l’attractivité économique du pays ?

La rédaction

Source : Le Matin d’Algérie – 09/02/2026 https://lematindalgerie.com/usage-exclusif-de-larabe-dans-ladministration-un-basculement-linguistique-qui-interroge/