Le projet de loi criminalisant le colonialisme français adopté : ni excuse, ni réparation – Samia Naït Iqbal

Réunis en séance plénière, les députés de l’Assemblée populaire nationale ont adopté, ce lundi, à la majorité, le projet de loi criminalisant le colonialisme français en Algérie, entérinant ainsi le texte de compromis élaboré par la commission paritaire après les divergences apparues entre les deux chambres du Parlement.

Le texte approuvé ne comporte finalement aucune référence explicite aux excuses ni aux réparations, à la suite d’un compromis trouvé au sein de la commission paritaire chargée d’harmoniser les positions des deux chambres du Parlement. En clair, un texte pour le symbole et l’exemple.

Réunissant des représentants de l’Assemblée populaire nationale et du Conseil de la nation, cette commission est parvenue à un accord consensuel prévoyant la suppression des deux articles qui avaient suscité les principales divergences entre les deux institutions législatives. Les dispositions relatives aux excuses officielles et aux réparations ont ainsi été retirées de la version finale soumise au vote.

La séance plénière s’est tenue sous la présidence de Ibrahim Boughali, président de l’Assemblée populaire nationale, en présence notamment de Abdelmalek Tashrifet, ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, représentant le gouvernement, et de Nadjiba Djilali, ministre des Relations avec le Parlement.

Présentant le rapport de la commission paritaire, son rapporteur Mohamed Fawzi Ben Djaballah a indiqué que les discussions se sont concentrées sur les dispositions restées en suspens, dans le but d’aboutir à une formulation consensuelle « conforme à la position souveraine de l’État algérien dans le dossier de la mémoire ».

Selon lui, ce texte vise à consacrer une approche législative destinée à préserver la mémoire collective et à protéger la dignité du peuple algérien face aux tentatives de déformation ou de minimisation des crimes commis durant la période coloniale. Il s’inscrit également dans la reconnaissance des sacrifices consentis par les victimes de la colonisation, des résistances populaires aux combattants de la guerre de libération.

La commission paritaire a également procédé à plusieurs ajustements techniques du texte. L’article premier a été supprimé et son contenu intégré dans l’article 2. L’article 5 a, pour sa part, été modifié afin d’y inclure la notion d’« esclavage sexuel » parmi les crimes attribués au système colonial.

Dans sa nouvelle rédaction, cet article énumère plusieurs actes qualifiés de crimes coloniaux, notamment les homicides volontaires, les attaques contre les civils, l’usage disproportionné de la force armée, l’emploi d’armes interdites, la pose de mines, les expérimentations chimiques et les explosions nucléaires, ainsi que les exécutions extrajudiciaires.

Le texte évoque également le pillage du Trésor public, l’exploitation systématique des ressources nationales, l’application de régimes juridiques d’exception, la torture physique et psychologique, la discrimination raciale, ainsi que les déplacements forcés de populations.

Par ailleurs, l’article 7 a été amendé par la suppression du terme « majeure », la disposition définissant désormais la trahison comme toute forme de collaboration des harkis ou assimilés avec l’administration coloniale contre les mouvements de résistance et la lutte pour l’indépendance.

Enfin, dans sa version adoptée, l’article 9 prévoit que l’État algérien poursuivra ses démarches par les voies juridiques et judiciaires afin d’obtenir de la France une reconnaissance officielle de son passé colonial, sans mention explicite d’excuses ni de réparations.

Source : Le Matin d’Algérie – 09/03/2026 https://lematindalgerie.com/le-projet-de-loi-criminalisant-le-colonialisme-francais-adopte-ni-excuse-ni-reparation/

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Algeria Watch

Crimes coloniaux : Le Parlement algérien demande des comptes à la France – 11/03/2026

Avec Noureddine Amara, historien algérien décolonial, spécialisé dans les questions juridiques relatives aux appartenances à l’État colonial et aux migrations au XIXᵉ siècle. Il s’intéresse également à la question du récit dans la restitution des savoirs historiques, aux crimes coloniaux et aux réparations.

L’ Algérie et la guerre contre l’Iran : prudence et petits pas d’une diplomatie en crise

Face à la guerre déclenchée contre l’Iran par une coalition menée par les États-Unis et Israël, l’Algérie avance avec une extrême prudence. Les communiqués officiels privilégient les appels à la retenue et à la désescalade, tandis que les prises de position publiques restent rares et soigneusement calibrées.

Cette réserve diplomatique- d’aucuns y verraient  une posture pragmatique-  s’inscrit dans une stratégie de petits pas, destinée à préserver les équilibres régionaux. Mais elle alimente aussi un questionnement plus large : la diplomatie algérienne traverse-t-elle une phase de crise et de perte de boussole stratégique ?

Une tradition diplomatique fondée sur des «principes clairs» 

Il fut un temps lointain… Depuis l’indépendance, la politique étrangère d’Alger s’est construite autour de principes affirmés : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la défense de la souveraineté nationale, le rejet de toute ingérence étrangère et le soutien aux causes jugées «justes» dans le monde.

Ces orientations, héritées de la guerre de libération nationale et de la tradition tiers-mondiste, ont longtemps structuré la posture internationale de l’Algérie. Elles ont également contribué à forger son image de voix indépendante dans les relations internationales.

Or, ces derniers mois, plusieurs épisodes semblent révéler un écart croissant entre ces principes proclamés et les positions effectives adoptées par la diplomatie algérienne. Guidée sans doute par les pressions américano-israéliennes, la nouvelle doctrine tebbounienne tranche avec le passé diplomatique algérien. Mais à force de vouloir contenter presque tout le monde, c’est la boussole diplomatique qui en prend un coup.

Des silences qui interrogent

Premier élément marquant : le silence officiel d’Alger face à certaines actions menées par Washington sur la scène internationale.

L’intervention militaire américaine dans plusieurs théâtres extérieurs, mais aussi l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et son incarcération aux États-Unis, n’ont suscité aucune condamnation publique notable de la part des autorités algériennes.

Pour un pays qui a historiquement fait de la défense de la souveraineté des États et du refus de l’ingérence étrangère un pilier de sa diplomatie, ce silence contraste avec les positions plus affirmées adoptées par le passé. Le silence de la diplomatie algérienne face au soutien franc de l’administration américaine au plan marocain pour le Sahara occidental interroge également. On ne peut pas fulminer contre la France jusqu’au retrait des ambassadeurs et se taire contre les Etats-Unis !

La guerre contre l’Iran : une prudence extrême

La crise actuelle autour de l’Iran illustre également cette retenue. Alors que l’offensive militaire menée contre la République islamique a été lancée sans mandat explicite du Conseil de sécurité des Nations unies, Alger s’est gardée de qualifier publiquement cette guerre d’illégale au regard du droit international.

Cette prudence tranche avec la tradition diplomatique algérienne qui, pendant des décennies, a régulièrement dénoncé les interventions militaires unilatérales.

Une solidarité arabe à géométrie variable

Dans le même temps, la diplomatie algérienne a exprimé sa solidarité avec plusieurs pays arabes du Golfe après les bombardements iraniens visant certains de leurs territoires.

Dans ses déclarations, Alger évoque des attaques contre des « pays arabes frères ». Mais là encore, les communiqués officiels se gardent de désigner explicitement l’Iran comme agresseur.

Cette formulation ambiguë, qui consiste à soutenir les victimes tout en évitant de nommer l’auteur des attaques, illustre une tentative de maintenir un équilibre délicat entre différentes alliances régionales.

Une diplomatie entre prudence et repositionnement

Cette posture consistant à « tenir le bâton par le milieu » traduit sans doute la volonté d’Alger d’éviter tout alignement dans un conflit aux ramifications multiples. Mais elle révèle aussi, pour certains observateurs, un changement de paradigme dans la doctrine diplomatique du pays.

Entre fidélité aux principes historiques de non-ingérence et adaptation à un environnement géopolitique plus fragmenté, la diplomatie algérienne semble aujourd’hui chercher un nouveau point d’équilibre.

Un moment de transition stratégique

La prudence actuelle peut être interprétée comme une stratégie d’attente dans un contexte international instable. Mais elle alimente aussi l’idée d’une diplomatie en phase de redéfinition, confrontée à la difficulté de concilier ses principes fondateurs avec les nouvelles réalités du système international.

Dans cette équation complexe, Alger avance désormais par petits pas diplomatiques, tentant de préserver ses marges de manœuvre tout en évitant les prises de position trop tranchées.

Reste à savoir si cette prudence relève d’une stratégie maîtrisée ou si elle témoigne d’une crise plus profonde de la doctrine diplomatique algérienne.

La rédaction

Source : Le Matin d’Algérie – 05/03/2026 https://lematindalgerie.com/lalgerie-et-la-guerre-contre-liran-prudence-et-petits-pas-dune-diplomatie-en-crise/

Sahara occidental : vers une « pax americana » au Maghreb ? – Kader Abderrahim

Le politiste Kader Abderrahim analyse la pression exercée par Donald Trump sur l’Algérie à propos du Sahara Occidental.

Le vote du 31 octobre 2025 au Conseil de sécurité des Nations unies prolongeant jusqu’au 31 octobre 2026 la Minurso (Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental), par 13 voix contre 0 (2 abstentions), a confirmé l’évolution du langage onusien vers une solution dite « réaliste et pragmatique » de la question du Sahara occidental. Une solution construite par les Etats Unis.

Une première rencontre a eu lieu les 7 et 8 février 2026 à l’ambassade US de Madrid, réunissant l’Algérie, le Maroc, la Mauritanie et le Polisario, qui a inscrit le règlement du conflit saharien dans une logique de pax americana. Une autre l’a suivie à Washington, les 23 et 24 février, réunissant, les mêmes parties que lors du premier round, en présence d’un conseiller spécial de la Maison-Blanche.

Aucune communication n’a été faite à son sujet. Mais elle semble préparer une étape ultérieure, une troisième rencontre des mêmes qui pourrait avoir lieu le 8 mai 2026, afin de finaliser un accord qui se voudrait définitif. Occasion pour les Etats-Unis de Trump de tenter de se présenter comme un « ami de l’Algérie ». Cette séquence place l’Algérie face à une contrainte stratégique inédite depuis son indépendance.

Le président américain Donald Trump et le conseiller principal des États-Unis pour l’Afrique, Massad Boulos (à gauche), participent à un déjeuner multilatéral avec des dirigeants africains en visite, dans la salle à manger d’État de la Maison-Blanche, à Washington (DC), le 9 juillet 2025. ©Jim Watson / AFP

La résolution du 31 octobre 2025 du Conseil de sécurité ne constitue pas une rupture formelle du droit international, mais elle en modifie l’équilibre d’interprétation. Depuis la création de la Minurso en 1991, l’architecture diplomatique reposait sur l’engagement d’un référendum d’autodétermination du Sahara occidental. Or, depuis 2018, le Conseil de sécurité privilégie explicitement une « solution politique réaliste, durable et mutuellement acceptable ». Ce glissement lexical traduit une transformation plus profonde : le passage d’un paradigme juridique à un paradigme devenu autant diplomatique que stratégique eu égard aux bouleversements régionaux (guerre en Libye, instabilité institutionnelle au Sahel et menaces transfrontalières au Maghreb).

En 2025, plus de 80 États ont soutenu explicitement le plan d’autonomie marocain présenté en 2007. La reconnaissance américaine de décembre 2020, appelée les « accords d’Abraham », a servi de catalyseur. Elle a introduit une variable décisive : l’adossement du dossier saharien à la puissance hégémonique américaine. En 2026, la doctrine étasunienne s’articule autour de trois piliers :

  • Consolidation d’une autonomie institutionnelle sous souveraineté marocaine,
  • Sécurisation du flanc atlantique face aux menaces sahéliennes
  • Intégration économique du Sahara dans les chaînes logistiques euro-africaines.

Madrid 1/ : Pression et recomposition forcée de la posture algérienne

Une rencontre à Madrid, organisée à l’initiative de Washington les 7 et 8 février 2026 à l’ambassade US, matérialise cette stratégie. Elle ne vise pas seulement à rapprocher les positions, mais à structurer un nouvel ordre régional. Il s’agit d’inscrire le Maghreb dans une pax americana où la stabilité prime sur la revendication nationale.

La deuxième rencontre liée au dossier du Sahara occidental n’a pas eu lieu à Madrid mais à Washington les 23 et 24 février 2026, où les États-Unis ont convoqué le Maroc, l’Algérie, le Front Polisario et la Mauritanie pour un nouveau round de négociations autour de l’application de la résolution du Conseil de sécurité de 2025 et du plan d’autonomie marocain.

Dans cette configuration, le conflit saharien n’est plus une question de décolonisation inachevée ; il devient un dossier de sécurité régionale relevant de la gestion des équilibres stratégiques qui tiennent compte des bouleversements géostratégiques en cours de redéfinition. Le rapport de force Maroc-Algérie doit être lu à la lumière de la nouvelle architecture que Washington impose pour étendre son emprise et ses intérêts au Maghreb. Le Maroc consacre plus de 12 milliards de dollars à son budget militaire en 2025, bénéficie d’exercices conjoints réguliers avec les États-Unis (African Lion) et renforce son interopérabilité avec l’OTAN. L’Algérie, dont les dépenses de défense dépassent 20 milliards de dollars annuels, conserve une supériorité capacitaire quantitative, mais son capital diplomatique s’érode. Son attachement au référendum apparaît en décalage avec la priorité occidentale accordée à la stabilité.

Cette pax americana repose sur un calcul simple : figer le contentieux saharien pour libérer les potentialités économiques régionales et consolider un axe sécuritaire atlantique. Dans cette perspective, l’Algérie représente la variable d’ajustement. Puissance énergétique majeure – ses hydrocarbures représentant plus de 90 % de ses recettes en devises – elle demeure structurellement interdépendante du marché européen. Washington sait que la contrainte économique limite la capacité d’Alger à s’opposer frontalement à une dynamique occidentale coordonnée.

Washington 2/ : préparation d’une étape ultérieure qui se voudrait définitive ?

La session des 23 et 24 février 2026 à Washington DC a réuni, sous l’égide de l’ONU et des États-Unis, les mêmes parties que lors du premier round : le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. Les discussions ont été coprésidées par Staffan de Mistura, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, et Michael Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU, avec le soutien d’un conseiller spécial de la Maison-Blanche.

La confidentialité était de rigueur et a été strictement respectée : ni l’ONU, ni les participants n’ont diffusé de communiqué à l’issue du round. Le fait même d’avoir rassemblé tous les acteurs sous ce format et d’avoir pris pour base l’initiative marocaine d’autonomie est significatif : cela représente une institutionnalisation pratique d’un cadre politique qui était déjà soutenu par le Conseil de sécurité et par une majorité des pays membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le cœur du différend – notamment l’interprétation et l’application du principe d’autodétermination et le cadre du référendum souhaité par le Front Polisario – n’est pas résolu et continue d’être un obstacle central. La Mauritanie a salué l’effort de négociation et a insisté sur la nécessité d’un règlement politique consensuel, bien qu’elle reconnaisse qu’un accord reste conditionné à la rivalité entre l’Algérie et le Maroc.

En conséquence, ces rondes de discussions semblent être davantage des phases de construction d’un cadre diplomatique robuste, probablement destinées à préparer une étape ultérieure qui se voudrait définitive pour finaliser un accord.

Une pax americana imposée au Maghreb ?

Donald Trump a joué un rôle déterminant dans cette reconfiguration. En rompant avec la prudence diplomatique traditionnelle, il a assumé une diplomatie de transaction : reconnaissance contre normalisation régionale et coopération stratégique. Cette logique s’est installée durablement dans la doctrine américaine. En 2026, l’objectif affiché est d’obtenir un compromis consolidé avant la fin du mandat annuel de la Minurso, transformant de facto l’autonomie en solution irréversible.

Pour l’Algérie, la marge de manœuvre se réduit à mesure que s’affirme cette pax americana. Une opposition rigide accentuerait l’isolement vis-à-vis de Washington et fragiliserait ses relations avec l’Union européenne. Une escalade militaire est improbable tant les coûts seraient élevés. Reste l’option d’un ajustement stratégique progressif, permettant de préserver l’essentiel tout en s’inscrivant dans le nouvel ordre régional.

Cette inflexion aurait un impact direct sur l’architecture interne du pouvoir algérien. L’appareil sécuritaire, acteur central depuis 1962, a construit sa doctrine régionale sur la défense du principe d’autodétermination. Accepter une solution encadrée par Washington reviendrait à reconnaître la primauté du rapport de force sur la norme juridique. À court terme (2026-2027), cela pourrait susciter des tensions doctrinales internes. Mais à moyen terme, l’intégration dans une architecture stabilisée pourrait également offrir à Alger un rôle redéfini de pivot énergétique et sécuritaire.

Le Maghreb se trouve ainsi à un moment charnière.

Si l’Algérie s’adapte à la pax americana, la région pourrait connaître une détente stratégique, facilitant une hausse d’échanges intra-maghrébins aujourd’hui limités à moins de 3 % du commerce total régional. Dans le cas contraire, la fragmentation persistera, laissant aux puissances extérieures le soin de structurer durablement l’espace maghrébin.

La séquence 2025-2026 marque l’émergence d’un nouvel équilibre imposé davantage qu’il n’est négocié. La pax americana ne signifie pas l’effacement de l’Algérie, mais sa contrainte à évoluer dans un cadre défini ailleurs. L’enjeu pour Alger n’est plus de bloquer le processus, mais de négocier les modalités de son insertion dans un ordre régional redessiné par la puissance américaine.

Source :  Histoire coloniale et postcoloniale – Édition du 1er au 15 mars 2026 https://histoirecoloniale.net/sahara-occidental-vers-une-pax-americana-au-maghreb-par-kader-abderrahim/

Nuñez achève sa visite en Algérie : Vers la relance de la coopération sécuritaire – Hocine Lamriben

L’ Algérie et la France ont convenu de relancer une « coopération sécuritaire de très haut niveau », a fait savoir, hier à Alger, le ministre de l’Intérieur français, Laurent Nuñez, après avoir rencontré le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, au terme d’une visite de deux jours en Algérie.

Lors d’une déclaration à sa sortie du Palais présidentiel, le ministre français a dit avoir travaillé «toute la journée de lundi» avec ses homologues algériens et les responsables sécuritaires des deux pays «à réenclencher un dispositif de coopération sécuritaire de très haut niveau».

L’ objectif des discussions et réunions qui se sont tenues à Alger était de «reprendre des relations de sécurité normales» et de les «densifier» en termes de coopération judiciaire, policière et de renseignement, selon lui.

Il a remercié son homologue Saïd Sayoud et le président Tebboune «qui a demandé à ses services de travailler avec les services français» pour «améliorer significativement nos coopérations en matière aussi de réadmissions», c’est-à-dire du retour des ressortissants algériens en situation irrégulière en France, que l’Algérie n’accepte plus depuis des mois. «Tout ceci va se mettre en place dans les plus brefs délais», a ajouté Nuñez, en se félicitant de la visite effectuée en Algérie. Il a souhaité que «ces relations puissent se poursuivre à très haut niveau en matière de sécurité, de coopération sécuritaire et d’immigration».

L’ audience entre Tebboune et Nuñez s’était déroulée en présence du directeur de cabinet de la présidence de la République, Boualem Boualem, du ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, du conseiller auprès du président de la République chargé des affaires diplomatiques, Amar Abba, et du directeur général de la Sécurité intérieure, le général-major Abdelkader Aït Ouarabi, selon une vidéo diffusée par la présidence de la République.

Préalable à un partenariat apaisé

Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, avait reçu, lundi au Palais du gouvernement, son homologue français et la délégation qui l’accompagne. Avant son voyage à Alger, Nuñez avait dit prudemment venir discuter de «toutes les questions de sécurité», notamment de la lutte antiterroriste, domaine dans lequel l’Algérie a un rôle à jouer car elle est frontalière de plusieurs pays du Sahel. Le ministre avait aussi évoqué le narcotrafic et le sujet épineux des réadmissions, c’est-à-dire du retour des ressortissants algériens en situation irrégulière en France. Côté algérien, les attentes sont aussi nombreuses.

Outre une meilleure mobilité pour ses citoyens, dans le cadre l’octroi de visas notamment, les autorités réclament une coopération sur la question des extraditions d’individus condamnés par la justice. Sur le plan économique, le président Tebboune avait accusé, la semaine dernière, la France, sans la nommer, de mener une guerre économique contre l’Algérie à travers notamment des restrictions sur les exportations algériennes vers l’Union européenne. Autre dossier : Les autorités algériennes considèrent que la reconnaissance des blessures du passé demeure un préalable à un partenariat apaisé.

Le chef de l’Etat a répété à plusieurs reprises que la mémoire ne saurait être reléguée au second plan. Les relations entre Paris et Alger se sont fortement détériorées depuis l’été 2024. En cause notamment la reconnaissance par la France de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Les tensions se sont accentuées en avril 2025 avec la mise en examen d’un agent consulaire algérien en France, suivie de l’expulsion de douze agents de l’ambassade française à Alger quelques jours plus tard.

Source : El Watan – 18/02/2026 https://elwatan.dz/nunez-acheve-sa-visite-en-algerie-vers-la-relance-de-la-cooperation-securitaire/

Laurent Nuñez entame une visite de deux jours à Alger – Samia Naït Iqbal

Le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est arrivé ce lundi à Alger pour une visite officielle de deux jours, à l’invitation de son homologue algérien, Saïd Saayoud.

Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, le ministre français a été accueilli à son arrivée à l’Aéroport international Houari-Boumédiène par le ministre  algérien de l’intérieur.

Relance du dialogue sécuritaire

Ce déplacement intervient dans un contexte diplomatique sensible entre Paris et Alger, avec pour objectif affiché la relance du dialogue sécuritaire bilatéral. Avant son départ, Laurent Nuñez avait indiqué, sur les ondes de France Inter, se rendre en Algérie « dans un esprit très constructif », affirmant vouloir « relancer la relation sécuritaire, voire la développer plus largement ».

Les discussions prévues entre les deux ministres devraient porter sur l’ensemble des domaines de coopération en cours, notamment la gestion des flux migratoires, la lutte contre la criminalité organisée et le trafic de stupéfiants.

Coopération et enjeux régionaux

L’ Algérie est considérée par Paris comme un partenaire clé dans la gestion des enjeux sécuritaires en Méditerranée occidentale et dans la lutte contre les réseaux transnationaux. La visite vise ainsi à réactiver des mécanismes de coordination bilatérale, dans un contexte marqué par des tensions politiques persistantes entre les deux pays.

Aucune indication officielle n’a, pour l’heure, été donnée quant à une éventuelle rencontre entre le ministre français et le chef de l’Etat. Occupé à recevoir le général-président nigérien, Abdourahamane TaniAbdelmadjid Tebboune trouvera-t-il le temps à accorder au ministre français ?

Le dossier Christophe Gleizes

Interrogé en amont de son déplacement sur la situation du journaliste français Christophe Gleizes, condamné en appel à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme », le ministre français avait rappelé qu’« une procédure judiciaire est en cours » en Algérie, tout en précisant que sa visite serait prioritairement consacrée aux questions sécuritaires.

Au-delà de son volet technique, cette visite est perçue comme un test pour la capacité des deux capitales à restaurer un dialogue pragmatique sur des dossiers sensibles, dans un climat bilatéral encore marqué par la prudence.

Source : Le Matin d’Algérie – 16/02/2026 https://lematindalgerie.com/laurent-nunez-entame-une-visite-de-deux-jours-a-alger/

Tebboune reçoit Tiani et Nuñez le même week-end : le coup diplomatique d’Alger

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a orchestré un coup diplomatique remarqué en invitant simultanément à Alger le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, et Laurent Nuñez, ministre français de l’Intérieur. Les deux visites, qui se chevauchent les 15, 16 et 17 février 2026, interviennent dans un contexte de vives tensions entre le Niger et la France, où des responsables militaires nigériens ont récemment menacé de « déclarer la guerre » à Paris.

La séquence diplomatique a de quoi surprendre. Dimanche 15 février, le général Tiani a atterri à Alger pour une visite de fraternité et de travail de 48 heures, à l’invitation officielle du président Tebboune. Le lendemain, lundi 16 février, c’est Laurent Nuñez qui est attendu dans la capitale algérienne pour un déplacement de deux jours. Les deux visites se croisent donc le lundi 16 février, offrant la possibilité théorique d’une rencontre — ou du moins d’une coexistence — entre le chef d’État nigérien et le ministre français de l’Intérieur sur le même sol.

Pour de nombreux observateurs, la simultanéité de ces invitations ne relève pas du hasard.  « Tebboune est trop fin stratège pour ne pas l’avoir calculé », estime un analyste des relations sahéliennes. L’ Algérie se positionne ainsi comme une plaque tournante diplomatique incontournable, capable de dialoguer avec toutes les parties en présence.

Alger renoue avec Niamey sur fond de projets stratégiques

La visite du général Tiani consacre la normalisation des relations entre Alger et Niamey, après des mois de froid diplomatique. Le 12 février, les ambassadeurs des deux pays ont officiellement repris leurs postes respectifs, mettant fin à une crise ouverte en avril 2025 après l’interception par l’armée algérienne d’un drone malien ayant violé son espace aérien.

Le chef d’État nigérien est accompagné d’une importante délégation incluant le ministre d’État de la Défense nationale, le général Salifou Mody, ainsi que les ministres du Pétrole, de l’Énergie et du Commerce. Au programme : la relance du bloc pétrolier Kafra, exploité par Sonatrach à la frontière algéro-nigérienne avec une capacité cible de 90 000 barils par jour, et surtout le gazoduc transsaharien (TSGP), un projet de 4 200 kilomètres reliant le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie, estimé à 13 milliards de dollars.

La coopération sécuritaire au Sahel figure également en bonne place dans les discussions, alors que la région reste en proie à l’instabilité et que l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Niger, le Mali et le Burkina Faso, cherche à affirmer son autonomie stratégique.

Nuñez à Alger : des dossiers brûlants sur la table

De son côté, Laurent Nuñez effectue sa première visite officielle en Algérie depuis sa nomination place Beauvau en octobre 2025. Ce déplacement intervient après plus de 18 mois de crise entre Paris et Alger, aggravée par la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental à l’été 2024. Le dernier déplacement d’un ministre français de l’Intérieur en Algérie remontait à fin 2022, lors de la visite de Gérald Darmanin.

Le programme s’annonce chargé : la question des obligations de quitter le territoire français (OQTF) visant des ressortissants algériens, la lutte contre le narcotrafic, la coopération antiterroriste, et le cas du journaliste français Christophe Gleizes, emprisonné en Algérie depuis mai 2024. Le président Tebboune avait ouvert la voie en déclarant que le ministre serait « le bienvenu » à Alger, un geste interprété comme un signal de désescalade.

La toile de fond de ces deux visites simultanées est marquée par les récents développements dans les relations franco-algériennes, notamment la médiation tentée par Ségolène Royal quelques jours plus tôt. Mais c’est surtout la déclaration incendiaire du général Amadou Ibro, chef d’état-major particulier de Tiani, qui donne à cette coïncidence diplomatique toute sa saveur. Le 11 février, lors d’un meeting à Niamey, il a lancé devant une foule de jeunes : « On n’était pas en guerre, c’est maintenant que nous allons entrer en guerre avec la France. »

Paris a fermement rejeté ces propos. Le colonel Guillaume Vernet, porte-parole de l’état-major des Armées, a qualifié ces déclarations de « guerre informationnelle », assurant qu’« il n’est pas question d’une intervention française au Niger ». Les tensions restent néanmoins alimentées par la nationalisation de la Somaïr, filiale du groupe français Orano spécialisée dans l’extraction d’uranium, et le blocage d’une cargaison de 1 000 tonnes de « yellow cake » à l’aéroport de Niamey.

En recevant sous le même toit, à quelques heures d’intervalle, un chef d’État qui menace la France par la voix de son état-major et un ministre français venu négocier la normalisation, Abdelmadjid Tebboune envoie un message clair : l’Algérie entend jouer un rôle de médiateur régional et ne compte céder cette position à personne. Le lent processus de normalisation franco-algérienne passe désormais aussi par la géopolitique sahélienne.

La Rédaction

Source :  Medi@terranee – 15/02/2026 – https://www.mediaterranee.com/1572026-tebboune-recoit-tiani-et-nunez-le-meme-week-end-le-coup-diplomatique-dalger.html

Rencontre diplomatique de Madrid sur le Sahara occidental : Le peuple sahraoui défend ses droits légitimes – M.F Gaïdi

L’ ambassade américaine à Madrid a accueilli une rencontre diplomatique de haut niveau consacrée au conflit du Sahara occidental. Cette réunion a rassemblé le Maroc et le Front Polisario en tant que parties directement concernées par le différend, ainsi que l’Algérie et la Mauritanie en qualité d’observateurs.

Le médiateur personnel du secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, y a également pris part, dans le cadre d’une initiative conduite par Washington visant à relancer le processus en vue d’un règlement définitif du conflit.

Selon le quotidien espagnol El Confidencial, la réunion s’est tenue à la résidence de l’ambassadeur américain à Madrid dans la plus grande discrétion. Aucun communiqué officiel n’a été publié et aucune image des participants n’a été autorisée.

Le grand conseiller des Etats-Unis pour les affaires arabes et africaines, Massad Boulos, a réagi aux discussions tenues à Madrid concernant le dossier du Sahara occidental. Dans un message publié sur la plateforme X, il a affirmé que «sous la direction du président Donald Trump, les Etats-Unis demeurent engagés en faveur d’une solution juste, durable et acceptable par toutes les parties, capable de promouvoir une paix pérenne et un avenir meilleur pour l’ensemble de la région».

Un responsable sahraoui cité par un média affirme que les parties sont tombées d’accord sur la formation d’un «comité technique» composé «d’experts juridiques et d’hommes politiques internationaux» pour discuter d’un accord-cadre, dont la signature pourrait intervenir au mois de mai à Washington.

Sans être une partie prenante, l’Algérie garde une approche constante depuis l’inscription de la question sahraouie à l’ONU. Pour elle, le conflit du Sahara occidental ne saurait être réduit à un différend régional ou à une problématique bilatérale. Il s’agit d’un processus de décolonisation inachevé, régi par des normes juridiques impératives du droit international. Le Sahara occidental demeure inscrit sur la liste des territoires non autonomes des Nations unies depuis 1963. L’avis consultatif de la Cour internationale de justice de 1975 a clairement établi l’absence de tout lien de souveraineté territoriale entre le territoire et le Maroc, consacrant sans ambiguïté le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

Ce cadre juridique n’a jamais été remis en cause par aucun organe compétent de l’ONU. La Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental a été créée précisément pour permettre l’exercice de ce droit. Le blocage de ce processus, imputable au refus marocain de s’y conformer, constitue une violation manifeste du principe de bonne foi et un précédent dangereux pour l’ordre international fondé sur le droit.

A cela s’ajoute une jurisprudence européenne constante affirmant que le Sahara occidental est un territoire distinct et séparé du Maroc, et que toute exploitation de ses ressources naturelles requiert le consentement du peuple sahraoui, représenté par le Front Polisario.

Le Sahara occidental et le droit international
L’arsenal juridique encadrant la question du Sahara Occidental repose sur des piliers fondamentaux que l’Algérie et le Front Polisario ne cessent de rappeler face aux tentatives de normalisation du fait accompli. Dès 1960, la résolution 1514 de l’Assemblée générale de l’ONU, connue sous le nom de «Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux», a établi le socle du droit à l’autodétermination. Ce principe a été réaffirmé de manière décisive en 1975 par l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice, qui a conclu à l’absence de tout lien de souveraineté territoriale entre le Sahara Occidental et le Maroc, confirmant ainsi le statut du territoire comme entité non autonome devant faire l’objet d’un processus de décolonisation. Le tournant majeur de cette chronologie reste la création de la MINURSO par la résolution 690 du Conseil de sécurité en 1991. Cette mission n’a pas été conçue comme un simple outil de maintien de la paix, mais avec l’objectif explicite d’organiser un «référendum libre et équitable» permettant au peuple sahraoui de choisir son destin politique. Depuis lors, bien que le processus référendaire soit entravé par des blocages politiques, l’ONU continue officiellement de considérer le Sahara Occidental comme un territoire dont le statut final reste à définir.

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Boughali réaffirme la position constante de l’Algérie
Le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Brahim Boughali, a reçu, hier au siège de l’assemblée, l’ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique en Algérie, M. Khatri Adouh Khatri, indique un communiqué de cette instance parlementaire. A cette occasion, les deux parties ont évoqué «les relations fraternelles unissant les deux peuples frères, ainsi que les voies et moyens de renforcer la coopération et la coordination entre les deux institutions législatives, au service des causes communes et du renforcement de la solidarité entre les peuples». M. Boughali a, par ailleurs, réaffirmé «la position constante de l’Algérie en faveur du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, conformément à la légalité internationale et aux résolutions pertinentes des Nations unies». De son côté, l’ambassadeur sahraoui a salué «le rôle joué par l’APN à travers la diplomatie parlementaire, notamment dans la défense des causes justes». Il a, également, souligné que «le Parlement sahraoui s’inspire et tire grandement profit de l’expérience algérienne, en particulier dans le domaine de la législation et du développement du système juridique». R. N.

El DJEïCH : «Le peuple sahraoui demeure fermement attaché à sa cause légitime»
A l’occasion du cinquantième anniversaire de la proclamation de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), célébrée le 27 février 2026, la cause sahraouie continue de bénéficier d’un soutien international croissant. Depuis sa création, le peuple sahraoui poursuit avec détermination sa lutte pour recouvrer son indépendance et mettre fin à l’occupation marocaine de ses territoires. Dans son dernier numéro, la revue El Djeïch a consacré un dossier à cet événement : « après plus de cinq décennies de lutte, le peuple sahraoui demeure fermement attaché à sa cause légitime et poursuit son combat par tous les moyens afin d’arracher son droit inaliénable à l’indépendance et à l’autodétermination». Entre victoires juridiques et résistance de terrain, le dossier du Sahara occidental entre dans une phase décisive. Depuis un demi-siècle, la RASD a parcouru un chemin jalonné de défis immenses. Née dans le sillage de la décolonisation, elle fait face décennie après décennie, à une occupation marocaine qui tente, par la force et le fait accompli, d’effacer l’identité d’un peuple. R. N.

Source : El Watan – 11/02/2026 https://elwatan.dz/rencontre-diplomatique-de-madrid-sur-le-sahara-occidental-le-peuple-sahraoui-defend-ses-droits-legitimes/

Usage exclusif de l’arabe dans l’administration : un basculement linguistique qui interroge 

L’arabisation rampante n’épargne plus aucun secteur. La Direction générale des impôts (DGI) a franchi un seuil symbolique. Par une circulaire entrée en vigueur le 1er février 2026, elle impose l’usage exclusif de la langue arabe dans l’ensemble de ses correspondances officielles, interdisant de facto toute langue étrangère.

Cette décision, qui concerne notamment la Direction des grandes entreprises (DGE) et les inspections de wilayas, marque une accélération nette du processus de défrancisation de l’administration algérienne.

Derrière cette mesure administrative se dessine un choix politique assumé : réactiver avec une rigueur inédite la loi 91-05 du 16 janvier 1991, longtemps appliquée de manière inégale, et inscrire la langue arabe au cœur de la souveraineté de l’État. Pas seulement : au-delà de l’usage du français, c’est aussi la langue tamazight qui est visée. Son exclusion des administrations, sa minoration dans l’enseignement et son absence dans l’espace socio-culturel veulent tout dire.

La langue comme attribut régalien

Le discours officiel ne laisse guère de place à l’ambiguïté. L’arabisation est présentée comme un impératif de souveraineté, au même titre que la monnaie ou les symboles nationaux. Dans cette lecture, l’usage persistant du français dans certains secteurs stratégiques est perçu comme un reliquat de la dépendance culturelle héritée de la période coloniale.

L’initiative de la DGI s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large touchant plusieurs départements ministériels, notamment la Jeunesse et Sports ou la Formation professionnelle. Elle répond également à une volonté de mettre fin à la dualité linguistique de l’appareil administratif, souvent décrite comme une fracture entre une élite francophone et une base majoritairement arabophone.

Le HCLA, pivot du dispositif

La nouveauté majeure réside dans le rôle renforcé du Haut Conseil de la langue arabe (HCLA). En vertu d’un décret présidentiel adopté en 2025, cette institution ne se limite plus à une mission normative ou consultative. Elle devient un organe de surveillance. Le gendarme linguistique du pays largement gangréné par le courant arabo-islamiste.

Le HCLA est désormais chargé d’un audit annuel de l’arabisation dans chaque ministère, avec un rapport direct à la Présidence. Plus encore, il rappelle la portée contraignante de l’article 29 de la loi de 1991, selon lequel tout document administratif rédigé dans une langue étrangère est frappé de nullité absolue. Pour les fonctionnaires, l’enjeu est clair : l’usage du français n’est plus une tolérance, mais une faute susceptible d’avoir des conséquences juridiques.

Une transition aux risques opérationnels

Si la cohérence idéologique est affichée, la faisabilité technique pose question, notamment dans le secteur des finances. La fiscalité, la comptabilité et le droit des affaires se sont historiquement structurés en langue française, avec une terminologie largement stabilisée.

Une transition abrupte fait craindre des risques d’erreurs d’interprétation juridique et de dysfonctionnements administratifs, en particulier au niveau de la DGI, en interaction permanente avec des groupes multinationaux. Le paradoxe est d’autant plus visible que l’Algérie promeut simultanément l’ouverture économique et l’attractivité de l’investissement étranger, tandis que l’anglais progresse dans d’autres sphères, notamment l’enseignement supérieur.

L’interface économique internationale sous tension

Les effets de cette politique linguistique se font déjà sentir dans le secteur bancaire et chez les opérateurs étrangers. Les banques, publiques comme privées, évoluent dans un environnement hybride : si les échanges avec l’administration et la Banque d’Algérie tendent vers l’arabe exclusif, les flux financiers internationaux restent dominés par l’anglais et le français.

Cette situation génère un double risque. D’un côté, une insécurité juridique potentielle, des contrats ou garanties rédigés en français pouvant être contestés sur la base de la loi 91-05. De l’autre, une hausse des coûts et des délais liée à la généralisation des traductions certifiées.

Pour les entreprises multinationales, l’arabisation intégrale constitue une barrière administrative supplémentaire. La compréhension des notifications fiscales ou des redressements exige désormais une expertise linguistique et juridique locale pointue, renforçant la dépendance à des intermédiaires nationaux et complexifiant la lecture directe du marché algérien.

Un signal politique fort

La décision de la DGI dépasse largement le cadre d’une réforme interne. Elle envoie un signal politique clair : l’arabisation n’est plus un horizon symbolique, mais une obligation de conformité. En confiant au HCLA un rôle de sentinelle, l’État algérien entend verrouiller ce choix stratégique.

Reste une interrogation centrale : l’appareil administratif, façonné pendant des décennies dans un bilinguisme de fait, dispose-t-il des moyens humains, techniques et juridiques pour opérer ce virage sans affecter l’efficacité du service public et l’attractivité économique du pays ?

La rédaction

Source : Le Matin d’Algérie – 09/02/2026 https://lematindalgerie.com/usage-exclusif-de-larabe-dans-ladministration-un-basculement-linguistique-qui-interroge/

Espoir pour les victimes des essais nucléaires conduits par la France

En Algérie, puis en Polynésie Française, des dizaines de milliers de personnes ont été directement exposées aux retombées radioactives induites par les essais nucléaires conduits par la France entre 1960 et 1996. Il a fallu des décennies de combat de nombreuses personnalités et associations (dont la CRIIRAD), pour déconstruire le mythe des “essais propres”, puis obtenir que s’engage un processus de reconnaissance des conséquences sanitaires et d’indemnisation des victimes.

Dans le cadre fixé par la loi Morin de 2010, beaucoup de demandes ont été rejetées au prétexte que la dose reçue par les malades était inférieure à la valeur de 1 millisievert par an. Pour la CRIIRAD, ce critère devait être supprimé à la fois parce que les calculs de dose officiels sous-estiment la réalité et surtout parce qu’il n’avait pas de sens sur le plan scientifique.

En effet, il ne s’agit pas d’un seuil en dessous duquel il n’y aurait pas d’effets sanitaires. La CRIIRAD a pu en témoigner lors des auditions de la Commission d’Enquête parlementaire (1) mise en place en 2024 et 2025 à l’initiative de Madame Mereana Reid-Arbelot, députée de Polynésie. La proposition de loi (2) qui a suivi a proposé de supprimer ce critère.

C’est donc avec beaucoup de joie que nous avons appris ce 29 janvier que l’Assemblée nationale a adopté cette proposition à l’unanimité. Le parcours juridique n’est pas terminé et il reste de nombreuses pistes d’amélioration, mais c’est un signe très encourageant pour les victimes.

Rédaction : Bruno CHAREYRON, ingénieur en physique nucléaire, conseiller scientifique à la CRIIRAD

En savoir plus :


Note :

  1. Consulter l’article CRIIRAD : 05/03/2025 & 29/05/2024 – Auditions de la CRIIRAD sur les essais nucléaires en Polynésie par la Commission d’Enquête parlementaire ↩︎
  2. Proposition de loi visant à reconnaître les victimes de l’exposition aux essais nucléaires français et à améliorer leur indemnisation ↩︎

Photo : Opération Hardtack-I – Essai nucléaire dans le Pacifique en 1958 © National Nuclear Security Administration – Nevada Site Office, via Wikimedia Commons

Source : CRIIRAD – Commission de Recherche et d’Information Indépendantes sur la Radioactivité – 05/02/2026 https://www.criirad.org/05-02-2026-espoir-pour-les-victimes-des-essais-nucleaires-conduits-par-la-france/