L’historien Gilbert Meynier (1942-2017) analyse les rapports complexes entre le peuple algérien et le FLN et met en évidence les origines de l’autoritarisme de l’Etat indépendant né en 1962.

    L’historien Gilbert Meynier (1942-2017) est notamment l’auteur de L’Algérie révélée : la Première Guerre mondiale et le premier quart du XXe siècle (1981), de Histoire intérieure du FLN (2002) ou encore, avec Mohammed Harbi, de Le FLN, documents et histoire 1954-1962 (2004). Dans ce texte important, il traite des rapports entre le peuple algérien et le FLN. L’historien constate une adhésion populaire massive au projet d’indépendance de l’organisation politico-militaire fondée en 1954, mais également l’incontestable « emprise autoritaire » souvent violente que cette dernière exerça sur le mouvement nationaliste. Une emprise autoritaire qui caractérisera l’Etat algérien indépendant, de 1962 à nos jours.

    Note ce texte a été communiqué par Gilbert Meynier à l’historien Alain Ruscio, sans mention de publication antérieure et comme une contribution à l’« Encyclopédie de la colonisation française » (coordination Alain Ruscio, Les Indes savantes, 4 volumes parus), dans laquelle elle n’a pas encore été publiée.

    Six chefs du FLN avant le déclenchement de la « Révolution du 1er novembre 1954 ».
    Debout, de gauche à droite : Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad et Mohammed Boudiaf.
    Assis : Krim Belkacem à gauche, et Larbi Ben M’Hidi à droite. Cette photo a été prise chez un photographe situé dans l’Avenue de la Marne (actuellement Avenue Boubella Mohamed) à Bab El Oued, Alger, après la création du Front National de Libération.

    Le peuple et le FLN, 1954-1962 : contrainte  ou adhésion ?

    A des militants anticolonialistes qui ont en son temps soutenu, et continuent aujourd’hui à soutenir le FLN comme l’artisan d’une guerre de libération nationale voulue par le peuple algérien, et aux Algériens qui se sont reconnus dans le combat du FLN, ont longtemps répliqué des tenants de l’ordre colonial français pour qui le FLN ne s’est imposé que par la contrainte. Dans le contexte des années 1950 et 1960, l’affrontement était radical entre ceux qui soutenaient la libération des peuples colonisés et ceux qui défendaient l’œuvre de l’empire colonial français. A l’heure actuelle, ce clivage reste au cœur des débats sur le colonial/post-colonial, censé être la fin de toutes choses pour rendre compte des traumatismes et des douleurs d’aujourd’hui. Au sujet du FLN et de ses rapports avec le peuple algérien, que peut dire l’historien, dans la distance dépassionnée ?

    Le FLN : une férule brutale ?

     A propos du FLN, l’historien algérien Mohammed Harbi parle de « mobilisation autoritaire ». De fait, à une situation sans issue résultant tant des blocages politiques coloniaux que des blocages politiques algériens, marqués en 1954 par la rage d’autodestruction du parti nationaliste MTLD[1], le FLN déclenche la lutte armée le 1er novembre 1954. Le FLN n’était certes pas mu par une culture du dialogue. A la différence, par exemple, de la cohabitation et des dosages politiques du Conseil National de la Résistance français, ce fut un front autoritaire, censé représenter uniment le peuple algérien tout entier. Il installa ce que les Allemands appellent la Gleichschaltung – le nivellement, la mise au pas – à des mouvements politiques disqualifiés et pratiquement contraints de se dissoudre en lui. Ont cours dès lors la sacralisation de la violence, la haine du compromis et le réflexe anti-politique.

    Cette emprise autoritaire se réfère au système de commandement de la caste militaire dirigeante de l’Algérie ottomane et, au-delà, à la société d’allégeance qu’est la vieille Algérie : régentée par des liens personnels de subordination et d’obéissance – qui furent aussi largement utilisés, voire exacerbés par le système colonial et ses caïds au commandement musclé : dans l’Algérie, tant coloniale que précoloniale, on est plus enclin à donner des ordres qu’à dialoguer et à convaincre.

    Au surplus, la guerre de 1954-1962 ne peut s’expliquer sans la marginalisation plus que séculaire par le pouvoir colonial de vieilles familles notables de l’Algérie profonde, qui furent souvent remplacés dans les fonction s d’autorité par des parvenus aux ordres : il y a dans l’événement 1er novembre l’expression d’un ressentiment de la part d’élites rurales écartées et aspirant à diriger la société algérienne : deux des neuf chefs historiques de 1954 proviennent de très grandes familles (Aït Ahmed[2], Boudiaf) ; les autres, moins prestigieux, appartiennent pour la plupart à des élites rurales (Ben M’hidi, Ben Boulaïd, Ben Bella[3], Belkacem Krim), ou alors, professionnels de la politique, ils sont déjà des bureaucrates en devenir (Bitat, Khider, Didouche). Tous sont issus de l’école française, même s’ils ne sont pas en majorité de grands intellectuels.

    Il y a donc en Algérie deux pouvoirs affrontés : l’un régnant – le colonial –, l’autre – le nationaliste virtuel – souffrant d’un dépit de non possession face à un système colonial qui a structurellement fait preuve de violence, de discrimination et de dénis de justice. La masse algérienne, elle, est habituée à obéir, mais elle est aussi apte à se révolter : c’est ce à quoi la convie le FLN, mis sur pied par un maître organisateur, Mohammed Boudiaf[4], aussi intègre qu’il était autoritaire et cassant.

    Par ailleurs, parti quasiment de rien, le FLN a besoin d’une logistique pour l’emporter. Il aspire à être un contre-État face à l’État colonial. Il prélève donc la contribution patriotique (al ichtirâk) sur des Algériens représentés comme un grand corps unanimiste, mais auxquels il impose sa fiscalité, preuve tangible du ralliement/soumission au FLN. Le FLN contrôle en faisant régner son organisation (nizâm) et en imposant sa discipline organisationnelle (tanzîm). Il établit une justice, souvent expéditive, qui recourt volontiers à la brutalité, à l’intimidation et à la liquidation.

    L’emprise du FLN fonctionne aussi souvent selon une acception ancestrale bornée du religieux. C’est dans le cadre d’une sacralité bloquée que se meuvent les colonels de la wilâya[5] 3 (Kabylie) Saïd Mohammedi (août 1956-août 1957) et Amirouche (août 1957-mai 1959). Ce dernier mit sur pied pour les enfants, en Kabylie, une école patriotique encore surplombée par l’enseignement coranique. Le même Amirouche, tombant dans le piège tendu par la « bleuite » orchestrée par les services français, fit preuve, en 1958, d’un comportement paranoïaque à composantes sacrées qui aboutit à une effroyable vague de purges/purifications (taçfiyyât) qui fit au moins deux ou trois milliers de morts. Puis, toutes les wilâya(s), à l’exception de la wilâya 2 (Nord-Constantinois) connurent, dans son  sillage, plus ou moins de semblables sanglants soubresauts.

    Selon des modalités plus modernes, mais tout autant violentes, se développa, sous l’égide de Boussouf[6], colonel, en 1956-1957, de la wilâya 5 (Oranie, mais dirigée depuis le Maroc), l’autoritarisme et la brutalité d’une bureaucratie militaire, bien installée, au Caire puis à Tunis, à la tête du FLN, au CNRA du Caire dès août 1957. C’était un an après le congrès de la Soummam[7] (Kabylie), dont l’ordre jacobin fut enterré à la suite du naufrage du FLN politique d’Alger incarné par Ramdane Abbane[8] , cela à la suite de la répression dite « bataille d’Alger ». Abbane fut physiquement éliminé fin 1957.

    Le successeur de Boussouf fut le colonel Boumediene. Il fut porté début 1960 à la tête d’un « État-major général » extérieur, qui allait l’emporter sur les maquis de l’Algérois à l’été 1962. Cela en connivence provisoire avec Ben Bella, le plus prestigieux des chefs historiques de 1954. Le pouvoir militarisé de l’Algérie indépendante doit originellement beaucoup au système Boussouf, qui a conçu les normes d’une police politique implacable, qui devint ultérieurement la SM (Sécurité militaire), appelée à devenir la colonne vertébrale du régime de l’Algérie indépendante. La liquidation physique d’opposants devint une des caractéristiques du régime Boumediene à partir du coup d’état militaire du 19 juin 1965.

    Il reste que, tout brutalement qu’il ait pu se comporter, le FLN avait un projet national face à une société qui ne s’y reconnaissait pas toujours.

    Le FLN, ou imposer la loi du national

    Le cas de l’Aurès est paroxystique mais on en retrouve plus ou moins les données dans nombre de régions d’Algérie : pendant près de cinq ans, de 1955 à 1960, firent la loi les muchawwichûn (perturbateurs, dissidents), dressés les uns contre les autres selon des logiques d’affrontement régionalistes et claniques, et contre tout pouvoir extérieur tentant de s’imposer aux communautés locales (tribus, clans, villages, fractions) : cela avait été le cas contre le pouvoir colonial. Ce fut en partie aussi le cas contre l’État algérien en construction, cela malgré l’envoi dans l’Aurès en 1956 de troupes dirigées par Amirouche pour faire régner la loi du national. C’était que l’Algérie était encore largement un conglomérat de communautés et de chefferies. Ainsi, le Sud était rétif aux injonctions du Nord, et il fallut là aussi y dépêcher  des contingents armés kabyles. Dans le Chélif et l’Ouarsenis, régions fortement structurées par un islam populaire, eurent souvent le dernier mot de grandes familles régnant par des liens d’ascendance personnels : ainsi, le fief du bachagha Boualem, dans l’Ouarsenis, fut un considérable vivier de harkî(s). A l’inverse, l’Oranie, l’Algérois et le Nord Constantinois étaient plus politisés – certes, selon des modalités différentes – et mieux « nationalisées » ; de même, la Kabylie, dont le refoulement du particularisme berbère signait, pour un Amirouche, son appartenance islamo-algérienne.

    Parmi les fractures qui parcoururent la mouvement indépendantiste algérien, il y eut celle qui opposa le FLN au MNA : jamais Messali n’accepta la création du FLN derrière son dos et contre sa personne. Même si ses objectifs étaient les mêmes – l’indépendance de l’Algérie –, Messali, politiquement différent, fut un irréconciliable adversaire du FLN. Il lui opposa le MNA (Mouvement national algérien), qu’il fonda en décembre 1954. S’ensuivit, entre FLN et MNA, une véritable « guerre dans la guerre » (Mohammed Harbi) qui, rien qu’en France, fit 4 000 morts ; et sans doute bien plus en Algérie.

    L’ALN (Armée de libération nationale), le bras armé du FLN des maquis, dut ici et là avoir recours à une véritable conquête militaire dans les bastions messalistes – la Kabylie et le Sud des marges méridionales du Tell. C’est dans ce contexte d’affrontements meurtriers qu’il faut situer, notamment, le massacre de plusieurs centaines de personnes de la dechra Tifraten, dit « la nuit rouge », dans la Basse Soummam, le 13 avril  1956 ; et celui dit de Melouza, au nord de M’sila, le 28 mai 1957, qui fit 301 morts selon le décompte qu’en fit l’armée française. Le FLN ne l’emporta décisivement, et sans rémission, pas avant 1957-1958. Et là, il avait, comme son rival, été impitoyable : en 1956, le dirigeant jacobin du FLN d’Algérie Abbane avait ordonné d’exécuter sans jugement « les messalistes conscients » ; et, en juin 1957, d’ « abattre tous les dirigeants messalistes ».

    Le FLN eut aussi à lutter contre les harkî(s), mercenarisés par la vieille politique coloniale du diviser pour régner, souvent aussi acculés par la misère, et maintes fois encore engagés dans les harka(s) pour échapper à ou se venger de représailles violentes du FLN/ALN.

    L’autoritarisme et l’emprise militaire traversèrent aussi le FLN lui-même : les ex-centralistes, ces politiques du MTLD ralliés au FLN seulement au printemps 1955, furent finalement éliminés, dans la course au pouvoir qui emporta le GPRA[9] à l’été 1962, par l’appareil militaire professionnel dirigé, en dehors d’Algérie, par le colonel Boumediene. Les communistes du PCA[10] durent à titre individuel se rallier sous la contrainte au FLN le 1er juillet 1956. Ils y furent durablement suspectés, souvent assignés à des postes exposés à risque, quand ils ne furent pas même maltraités, voire physiquement éliminés. De leur côté, les modérés de l’ex UDMA[11] intégrèrent le FLN seulement en 1956. Leur dirigeant, Ferhat Abbas, fut bien président du GPRA de 1958 à 1961, mais il fut, pour la scène internationale, surtout un président tête d’affiche sans véritables pouvoirs face au directoire militaire qui avait pris barre sur le FLN ; et l’intimidation (l’assassinat à Constantine le 20 août 1956 de son neveu Allaoua Abbas) n’avait pas dû être étrangère à son ralliement au FLN. De même, une bonne partie des notables, se sentant pareillement menacés, rejoignirent peu après le FLN. Le 26 septembre 1956, la « motion des 61 » fut l’acte de ralliement des élus algériens modérés : cette motion, résultat de la pression du FLN, fut l’aveu que les solutions politiques avaient vécu. Quant à la Fédération de France du FLN, elle fut constamment dirigée par des responsables parachutés nommés par la direction, depuis Alger, puis Tunis, et jamais par des militants de l’émigration. Le FLN s’imposa aux Algériens de France par sa fiscalité autoritaire, par ses ordres à appliquer sans discussion, et, dans ce qui était un vivier messaliste, par l’assassinat des militants du MNA, demeurés fidèles au vieux chef malgré l’origine kabyle de la majorité d’entre eux.

    Depuis 1949, où Messali avait, au MTLD, autoritairement réprimé les interrogations de militants cultivés sur le pluralisme algérien, l’expression d’une identité berbère était un sujet tabou, jamais abordé : le pouvoir français s’était appuyé sur un mythe kabyle. Se déclarer berbère était donc considéré comme une manœuvre traîtresse de division. Il n’empêche que le refoulement pesait sur le non-dit de la construction nationale. La question linguistique et culturelle était un motif de dissensions potentielles. Alors on ne la posait pas. Le français régnait, aux échelons supérieurs du FLN et de l’ALN, comme langue de pouvoir et de commandement. Mais, aux échelons inférieurs, prévalait souvent l’arabe. L’historien ne lisant pas l’arabe ne pourra prendre connaissance de la plupart des documents de la wilâya 1(Aurès-Nememcha), et plus encore de la wilâya 6 (Sud), ce qui indique que le peuple algérien n’était pas si dépersonnalisé qu’on l’a pu dire : nombre de zâwiya(s)[12] traditionnelles avaient formé de petits cadres arabisés ; et, depuis l’entre-deux-guerres, s’étaient multipliées les écoles modernes en arabe des ‘ulamâ’[13], dont les préceptes culturalistes islamo-arabes léguèrent finalement au FLN sa norme identitaire nationale.

    Mais cela se fit assez généralement dans une certaine schizophrénie : le recours massif au français était compensé par une survalorisation verbale de l’arabe, renvoyant à vrai dire à la prégnance d’un sacré islamique intangible dans le peuple. Alors on navigua à la godille : il y eut deux versions – différentes – du journal du FLN : une en arabe (al mujâhid) et l’autre en français (El Moudjahid) ; et ce dernier contenait davantage d’exaltations de la culture islamo-arabe que son équivalent en arabe. Les dissensions plus ou moins latentes à fondements culturels étaient donc le non-dit de bien des débats au FLN, et elles ne trouvèrent d’aboutissement que dans l’imposition autoritaire finale d’une langue de bois identitaire sans nuances au détriment du pluralisme qui avait caractérisé sans malaises la vieille Algérie des profondeurs. Ce pluralisme, il exista pourtant, même jusqu’au cœur du FLN.

    Politiques et démocrates : un FLN multiforme

    Le fait qu’un système d’emprise autoritaire ait prévalu n’empêche pas qu’existèrent au FLN des démocrates. Ce fut le cas de Larbi Ben M’hidi, liquidé sous les directives du commandant Aussaresses pendant la « bataille d’Alger ». Au congrès de la Soummam (20 août 1956), il avait insisté pour que les « assemblées du peuple » (dites encore « comité des cinq »), institués à la base du nizâm, soient élues. Et, si prévalurent souvent des élections à listes uniques, il y eut dans certains cas pluralité de listes – ce que souhaitait Ben M’hidi. Ce dernier fut aussi l’incarnation d’un islam ouvert, aux antipodes de la fossilisation obscurantiste. Dans la justice du FLN, tout dépendit de la personnalité des juges. Dans le Sud, pour traditionnel qu’il était, l’islam fut loin de se confondre avec le délire paranoïaque qu’on a relevé dans le cas d’un Amirouche.

    Par ailleurs, le FLN/ALN a autorisé les mariages au maquis. Dans nombre de cas, ils furent encore traditionnellement arrangés entre les familles et les cadres, mais on a relevé aussi des exemples d’unions procédant d’une libre inclination mutuelle des futurs époux. Certes, généralement, si la ségrégation sexuelle, servie par l’emprise masculine, tendit à prévaloir aux maquis, il y eut, dans la délicate question des femmes, ici et là, de vraies avancées vers la modernité : de 1954 à 1962, la nouveauté de l’événement fit que rien ne put être vraiment comme avant. Le dirigeant du FLN d’Algérie de 1955 à 1957 Abbane fut un authentique jacobin – et personnellement il était sans doute athée. A des titres divers, furent des esprits ouverts, épris de justice et révulsés par la manière forte, un grand bourgeois comme Mohammed Lebjaoui – qui joua un rôle important dans la préparation du congrès de la Soummam, et qui fut brièvement, début 1957, responsable de la Fédération de France du FLN ; un Amar Ouzegane, lui aussi pilier de la Soummam ; le jeune cultivé tlemcénien bilingue français-arabe colonel Lotfi – qui dirigea la wilâya 5 (Oranie) de 1958 à 1960, ou, plus jeune encore, le lieutenant Hocine Zehouane – qui fut, en 1960, l’auteur d’un rapport sans concessions sur les purges d’Amirouche. Il dirige aujourd’hui la Ligue algérienne de Défense des Droits de l’Homme.

    Ajoutons que, dans les ministères du GPRA, il y eut nombre de cadres civils, de vrais politiques, et des hommes de dossiers, actifs à faire triompher la cause algérienne sur la scène internationale, qui, dans leurs fonctions, étaient caressés par les vents frais de l’extérieur : le représentant du FLN à New-York M’hammed Yazid, qui fut aussi ministre de l’Information, connaissait bien les milieux américains, et il était bilingue français-anglais (son épouse, Olivia La Guardia, était américaine) ; ou bien le jeune et brillant avocat Mohammed Seddik Benyahia, subtil négociateur à Évian, et qui chérissait Jacques Prévert ; ou encore un Mohammed Harbi, adjoint du ministre des Affaires extérieures Belkacem Krim en 1960-1961 pour les relations avec les pays de l’Est, puis qui fut expert à Évian en 1961-62. Bilingue français-arabe, de formation historienne et philosophique, il était adepte du mouvement Socialisme ou Barbarie. Et, last but not least, le dernier président du GPRA, qui avait été désigné en août 1961 par le CNRA pour mener à bien les négociations avec la France, Benyoucef Ben Khedda[14], ne fut pas, comme l’alléguèrent fautivement les services français, d’extrême gauche : il s’était simplement rendu coupable de tourisme politique en Chine pour renforcer le FLN. Et, au privé, c’était un musulman croyant, mais assez adepte de la devotio moderna : s’il avait été Européen, il aurait pu être démocrate-chrétien. Enfin, la Fédération de France du FLN ne craignit pas, pour le dernier CNRA (mai-juin 1962) d’élaborer un texte très à gauche appelant notamment de ses vœux la laïcité. Mais le sujet était tabou, et le texte ne fut jamais présenté en séance.

    Et, si le FLN fut accusé par ses nombreux contempteurs français de n’avoir pas appliqué les accords d’Évian, ce fut, outre du fait de la terreur d’arrière-garde OAS, pour l’essentiel parce que les responsables algériens qui les avaient négociés ne furent pas ceux qui les appliquèrent : les politiques du dernier GPRA furent, à l’été 1962, éliminés du pouvoir par l’appareil militaire professionnel supervisé de l’extérieur de l’Algérie par Boumediene, lequel avait hautement dénoncé les négociateurs comme des bradeurs. Boumediene s’était allié avec Ben Bella, qui avait lui aussi des comptes à régler avec les politiques du GPRA. Le peuple, lui, ne fut pas en mesure de comprendre le pourquoi de ces affrontements, et il fut laissé dans l’ignorance de la multiplicité des couleurs de la palette FLN. C’est qu’il considéra d’abord le front comme à l’unisson de ses ressentiments et de ses désirs.

    Le FLN et l’adhésion du peuple

    La plupart des rapports militaires français lucides notent dès 1955-1956 la désaffection croissante pour l’État colonial, même si quelques responsables de SAS se bercent d’illusions sur la portée de leur conquête des cœurs sous surveillance à contretemps. Le respect pour les consignes du FLN n’est pas seulement construit sur la peur. Ce n’est pas contraint et forcé que les Algériens se mettent à boycotter les impôts français et les instances judiciaires françaises, parfois, plus rarement, l’école française. Le peuple algérien épouse le combat du FLN parce qu’il voit en lui le refus radical de 130 ans de domination, d’exclusion, de discrimination coloniales. Les mécanismes juridiques français ont abouti à la dépossession de 2, 9 millions d’hectares – et de loin les meilleures terres – sur un total de 7 millions d’hectares de terres cultivables. L’Algérie française fut sans cesse parcourue par l’ « armée roulante » misérable des exclus de la terre.

    Déclarés français depuis 1865, ils étaient sujets, et non citoyens français. Jusqu’en 1946, les Algériens n’étaient pas représentés au Parlement à Paris (seuls les Français d’Algérie élisaient six députés et trois sénateurs). Et, à partir de 1946, s’ils purent élire des parlementaires à Paris et des délégués à l’Assemblée algérienne, ce fut selon la formule foncièrement inégalitaire des deux collèges : les citoyens français élisaient le même nombre de représentants que les Algériens. Huit fois plus nombreux, ils étaient donc des citoyens au 1/8. Par ailleurs, la confiscation des biens habûs (biens de mainmorte), qui servaient notamment à doter l’enseignement traditionnel, avait fait s’étioler cet enseignement. En 1914, 5% seulement des enfants algériens étaient scolarisés dans les écoles françaises ; à peine 15% l’étaient en 1945.

    Contre ces dénis de citoyenneté et de justice, le peuple était au fond d’accord avec le FLN pour s’insurger contre (thâra ‘alâ) les deux poids-deux mesures et la discrimination coloniaux. Avec le FLN, il combattait pour sa dignité, il luttait pour sa libération. La guerre de 1954-1962 est souvent dénommée en arabe « harb tahrîr » (guerre de libération). Et, compte tenu des ancrages culturels algériens, elle est aussi qualifiée, en quasi-synonyme, de « thawra » (insurrection, alias révolution), et aussi de « jihâd » (combat sacré pour la foi) : tenu pour libérateur, l’islam est vu comme le commun dénominateur du combat pour la libération. La « nuit coloniale » (Ferhat Abbas) est vue comme tellement oppressive que, au fond, le peuple adhère à l’idée que, pour s’en délivrer, il faut une rupture cathartique violente : c’est ce que promeut le FLN en sacralisant le recours aux armes.

    La résistance contre la conquête de l’Algérie, jamais vraiment terminée depuis 1830, avait dans l’imaginaire – et dans la réalité – sans cesse été à l’ordre du jour. Cela depuis l’écrasement de l’État de l’émir Abd El Kader, puis de la soumission brutale de la Kabylie, de la grande insurrection de Mokrani-Bel Haddad (1871), enfin des révoltes sucessives, sans compter les répressions de celles du Sud-Constantinois (1916-1917), du Nord-Constantinois (mai 1945, août 1955), toutes noyées dans le sang. Le mot d’ordre de recours à la violence du 1er novembre 1954 comme solution à toutes choses fut largement au diapason du désir populaire de reprise des armes pour chasser les envahisseurs. La « guerre d’Algérie », guerre de libération nationale pour les Algériens, fut, du côté français, une guerre de reconquête coloniale.

    Certes l’esprit de révolte avait relativement marqué le pas dès lors que le relais avait été pris par la politique – par les organisations indépendantistes algériennes des années 1920 à 1954. L’échec final de ce recours au politique imposa, comme solution désespérée, derechef le recours à la violence ; de 1954 à 1962, violence au jour le jour, violence artisanale du côté de l’ALN, violence industrielle massive du côté militaire français. Et si, dans plus d’un cas, les populations, en Algérie, ne répondirent pas d’emblée à l’appel du FLN, ce ne fut pas forcément par refus de le suivre, mais souvent par incrédulité devant une entreprise tenue pour hasardeuse face à ce que la France incarnait en termes de force et de puissance, ou encore, bien sûr, du fait d’une adhésion au MNA, rival du FLN. Que cela plaise ou non, le peuple algérien appelait profondément, et majoritairement, de ses vœux, à l’unisson du FLN, une rupture violente avec la domination coloniale.

    De manière synallagmatique, non dite, mais effective, les désirs du peuple furent en harmonie avec la volonté bien arrêtée des chefs de maquis de conduire ce peuple à l’indépendance ; et de ne se faire ravir par personne le leadership. La sacralisation de la violence, le peuple la portait en lui. Elle s’exprima longtemps par le refus des dirigeants des maquis de toute formule de compromis à la Bourguiba : le 22 octobre 1956, dans l’attente fiévreuse des nouvelles autour du poste de radio, dès qu’il fut avéré que l’arraisonnement de l’avion des quatre chefs historiques du FLN de l’extérieur[15] enterrait décisivement le règlement négocié conçu par le Secrétaire d’État aux Affaires tunisiennes et marocaines Alain Savary, ce fut la fête au PC de la wilâya 2 (Nord-Constantinois), alors dirigée par le colonel Ben Tobbal : l’arraisonnement de « l’avion de Ben Bella » était pour lui la garantie qu’une solution négociée ne verrait pas le jour ; c’est-à-dire que la solution par les armes, dont des cadres maquisards comme lui étaient l’incarnation, allait prévaloir, et avec elle le pouvoir qu’ils avaient construit sur l’option du tout militaire. Symétriquement, les militaires français qui avaient réalisé l’arraisonnement étaient d’accord : tout plutôt qu’un compromis. De part et d’autre, du côté activiste violent algérien, comme du côté militaire français violent, la violence était conçue comme le moyen et la fin de toute choses.

    Plus amplement, dans la douleur prédominante du peuple confronté aux œuvres de l’armée française, le rouleau compresseur répressif, d’escalade en escalade, renforçait le FLN : en martelant violemment ce peuple, l’armée française contribua à maçonner le triomphe du FLN et à arrimer à lui le peuple algérien . De même, refusant l’inéluctable compromis politique, aujourd’hui, la politique israélienne de colonisation, d’enfermement, de massacres et d’assassinats ciblés œuvre sans relâche à solidariser les Palestiniens autour du Hamâs. Quant aux Algériens, si tous ne furent pas torturés, on peut dire qu’ils furent, à un moment ou un autre, tous torturables : la torture, les historiens Pierre Vidal-Naquet, puis Raphaëlle Branche, l’ont bien montré, fut conçue et organisée en système sur ordre de l’État français. Et il y eut les exécutions sommaires, dénommées « corvées de bois », que les archives militaires françaises chiffrent à 21 132. Le traumatisme des camps de regroupement et du déracinement des Algériens a sans doute autant fait que les injonctions du FLN pour les solidariser avec son front de libération.

    Ce fut sans discussion le cas du Nord-Constantinois. Dans ce vieil espace numide de l’irrédentisme algérien, il y eut paroxysme de la violence anticoloniale lors du soulèvement orchestré par Youssef Zighout le 20 août 1955[16] ; et aussi unanimité nationaliste d’une région jusque là uniment messaliste, autour du FLN : on y passa d’un coup, sans états d’âme, de l’obédience messaliste à celle du front. En Oranie, il y eut sans discussion reconnaissance de chefs qui, de 1954 à 1958, furent à la tête de la wilâya 5, trois Constantinois[17] : en Oranie, aussi, on était dans le national. Et le colonel Lotfi, déjà mentionné, était de même dans le national. Soucieux de se différencier de tels colonels des maquis embusqués hors d’Algérie, il trouva la mort sur la frontière algéro-marocaine, le 17 mars 1960, près de Bechar en tentant de regagner son terroir maquisard.

    Le mot d’ordre de grève des huit jours, lancé début 1957 par le FLN, fut massivement suivi, cela alors même qu’il y avait risque majeur  à le suivre sous l’œil de l’armée française supervisant Alger. Les événements de décembre 1960 dans les villes illustrèrent, de même, la détermination populaire : trois ans après le traumatisme répressif de la « bataille d’Alger », les manifestations à Alger – ville que d’aucuns avaient cru matée par les parachutistes – dirent coram populo l’adhésion des jeunes Algériens des villes au combat du front. Un officier français, mélancolique, constata, selon une formule restée célèbre : « Nous avons subi un véritable Dien Bien Phu psychologique […]. Le 16 mai 1958, nous n’avions pas la situation militaire en mains, et tout le monde criait  “Vive la France !” Aujourd’hui, nous avons gagné sur le plan militaire, mais on crie “vive le FLN” ! ». Le FLN fut donc bien, pour les Algériens, indiscutablement, un emblème libérateur national. Lorsque le président Ben Khedda parlait à la radio et assortissait ses propos de quelques formules coraniques, le peuple algérien se reconnaissait en lui dans l’adhésion connivente : volens nolens, Ben Khedda incarnait ce peuple et son combat. Pour les mêmes raisons, furent ensuite reconnus indifféremment, comme dirigeants de ce peuple, Ben Bella puis Boumediene.

    De 1954 à 1962, les objectifs du FLN furent bien à l’unisson des ressentiments et des espoirs du peuple. De plus en plus majoritairement, les Algériens perçurent le FLN comme leur État. Il réussit à populariser son combat dans le monde. Il donna au peuple, avide de dignité, la reconnaissance internationale requise pour devenir un partenaire incontournable de la négociation de 1961-1962. Que les lendemains aient été moins enchanteurs qu’il avait été espéré est une autre histoire.

    Épilogue-conclusion

    En 1962, éclata le clash entre les hommes d’État du GPRA et les hommes des casernes de l’État-Major général de Boumediene (EMG), dont le fer de lance était une armée des frontières surarmée[18], qui n’avait jamais combattu sur le terrain des maquis. Ce clash aboutit au triomphe des militaires et à l’exclusion durable des politiques. Fut dès lors installée à la tête de l’Algérie indépendante une dictature originale : un pouvoir autoritaire militaire à éventuels fusibles civils. Son installation résultait de l’emprise, à la fois violente et appelée par le peuple, du FLN de 1954-1962.

    Ceci dit, nombre de questions restaient en suspens : sous le poids de l’appareil militaire dirigeant, par exemple, les questions culturelles restaient non résolues au fond : que ce soit l’option déclarée de l’islamo-arabisme, que ce soit la berbérité non dite, que ce soient les ancrages français encore moins dits : le mariage algéro-français, pour avoir été un mariage forcé, avait abouti, comme l’a bien dit Jacques Berque, à une véritable « confusion des sentiments ». Mauro/libyco/berbère, punique, romaine dans l’Antiquité, puis arabe et ottomane, l’Algérie, plurielle dans ses tréfonds, se reconnaissait aussi quelque part dans des valeurs tenues pour françaises, mais mises à mal par le système colonial. Le peuple algérien, avant 1962, avait payé le prix fort pour se libérer de la domination coloniale. A partir de 1962, il commença à réaliser qu’il aurait désormais, aussi, à se libérer de lui-même pour parvenir à se définir et à exister dans toute sa richesse plurielle.

    Gilbert Meynier

    NOTES

    [1] Le MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés démocratiques) est, depuis 1946, l’avatar légal du PPA (Parti du Peuple algérien), interdit en 1945, lui-même issu de l’Étoile nord-africaine de l’entre deux-guerres. Violemment déchiré entre un courant politique plébéien dominé par Messali (les « messalistes ») et l’élite des capacités qui finit par dominer le Comité central du parti (les « centralistes »), dont la principale personnalité était Benyoucef Ben Khedda, le parti éclate en 1954, laissant le champ libre à un courant activiste, issu de l’OS, brûlant d’allumer la mèche insurrectionnelle.

    [2] Hocine Aït Ahmed (1926-2015) : rejeton de la plus illustre famille de noblesse religieuse (« maraboutique ») de Kabylie, jeune lycéen en rupture d’études, il fut, de 1947 à 1949, le successeur de Mohammed Belouizdad à la tête de l’OS (Organisation spéciale), organisation paramilitaire du MTLD instituée en 1946. Trilingue arabe-français-anglais, Il fut actif sur la scène internationale, notamment lors de la conférence de Baondoeng (avril 1955). Il fut le pilier le plus politique de la Délégation extérieure du FLN au Caire avant d’être arrêté le 22 octobre 1956 dans l’arraisonnement de l’avion dit « de Ben Bella ». Il passa le reste de la guerre en prison en France. A l’indépendance, il fut rapidement marginalisé et il fut un des créateurs du FFS (Front des Forces socialistes).

    [3] Ahmed Ben Bella(1918-2012): originaire de Maghnia, d’origine confrérique marocaine, ancien adjudant de l’armée française à Monte Cassino, successeur de Aït Ahmed à la tête de l’OS (1949-1950) à la suite de la répression au MTLD du « berbérisme », il fut ensuite, à la Délégation extérieure du FLN au Caire, le principal interlocuteur des services égyptiens. Arrêté le 22 octobre 1956 par l’arraisonnement de « l’avion de Ben Bella », il resta en prison en France jusqu’en 1962. Allié conjoncturel de Boumediene à l’été 1962, et premier président de la République algérienne, il fut arrêté et interné pour dix-huit ans lors du coup d’état militaire de Boumediene du 19 juin 1965.

    [4] Mohammed Boudiaf (1919-1992), originaire d’une grande famille de noblesse d’épée (ajwâd) du Sud-Ouest constantinois (M’sila), fut le leader, lié aux centralistes, qui, dans la prmière moitié de 1954, cherchèrent à promouvoir une alliance entre centralistes et activistes contre les messalistes, cela en vue de refaire l’unité du MTLD : ce fut le CRUA (Comité révolutionnaire d’Unité et d’Action). Le CRUA échoua. Boudiaf devint dès lors l’artisan et l’organisateur principal de l’insurrection du 1er novembre 1954, dont il fut l’un des « neuf chefs historiques ».

    [5] Les wilâya(s) sont les circonscriptions suprêmes de l’ALN telles que les a instituées le Congrès de la Soummam. Il établit six wilâya(s) : la wilâya 1 (Aurès-Nememcha), la wilâya 2 (Nord-Constantinois), la wilâya 3 (Kabylie), la wilâya 4 (Algérois), la wilâya 5 (Oranie), la wilâya 6 (Sud).

    [6] Abdelhafid Boussouf (1926-1980): responsable du MTLD à Skikda, il fut le sucesseur de Larbi Ben M’hidi à la tête du FLN/ALN de l’Oranie. Colonel de la wilâya 5, quasi-autodidacte, fasciné par la manipulation psychologique, il fut au GPRA le redouté responsable du MALG (Ministère de l’Armement et des Liaisons générales), et, plus précisément, le concepteur et l’organisateur de la police politique qui, après l’indépendance, fut connue sous le nom de SM (Sécurité militaire). L’historien algérien Mohammed Harbi a pu parler à ce sujet de « système Boussouf ».

    [7] Le Congrès de la Soummam (20 août 1956) représenta l’apogée du FLN politique. Il définit, à la jacobine, l’organigramme national de l’ALN ; il édicta les institutions de la Résistance (le CNRA – Conseil national de la Révolution algérienne –, le parlement de la Résistance, le CCE (Comité d’Organisation et d’Exécution), son exécutif, transformé en septembre 1958 en GPRA – Gouvernement provisoire de la République algérienne). Le congrès posa deux principes politiques : subordination de l’Extérieur (Délégation extérieure du FLN du Caire, avec Ben Bella, Aït Ahmed, Boudiaf et Khider) à l’Intérieur (le groupe dirigeant d’Alger présidé par Abbane) et subordination du militaire au politique. Ces principes allaient être infirmés un an plus tard, au CNRA du Caire, par le groupe victorieux de l’appareil militaire en constitution.

    [8] Ramdane Abbane (1920-1957) fut de facto la tête politique du FLN d’Alger de 1955 à 1957. A la fois Jean Moulin et Lazare Carnot de la Résistance algérienne, il fut le concepteur principal du Congrès de la Soummam. Éliminé par l’appareil militaire en formation, il fut par lui attiré dans un guet-apens et assassiné  le 27 décembre 1957 près de Tetouan, au Maroc.

    [9] Gouvernement provisoire de la République algérienne.

    [10] Parti communiste algérien.

    [11] Union démocratique du Manifeste algérien.

    [12] Centres religieux et d’enseignement d’une confrérie.

    [13] Notables de la cléricature citadine regroupés en association politique/culturaliste depuis 1931. On doit à leur leader historique, le chaykh Ibn Bâdis, la formule célèbre : « L’islam est ma religion, l’arabe est ma langue, l’Algérie ma patrie ».

    [14] Ben Youcef Ben Khedda (1920-2003) fut à l’origine le leader du courant « centraliste » du MTLD en 1953-1954. Il représenta, à partir du ralliement des centralistes au FLN au printemps 1955, l’aile proprement politique du FLN. Désigné à Tripoli par le CNRA à l’été 1961 pour mener à bien les négociations avec la France, il fut ensuite, avec ses amis politiques, éliminé du pouvoir à l’été 1962 par l’appareil militaire régenté par Boumediene, allié conjoncturel de Ben Bella.

    [15] Aït Ahmed, Ben Bella, Boudiaf, Khider.

    [16] Le 20 août 1955, répondant aux directives de Youssef Zighout, chef de la zone 2 (Nord-Constantinois), des Algériens armés ou précairement armés, se soulevent massivement contre l’ordre français, des civils français et divers signes de la domination coloniale. Les attaques firent officiellement 123 morts, dont 71 Européens, 21 civils algériens et 31 membres des « forces de l’ordre ». La répression consécutive fit plusieurs milliers de morts.

    [17] Successivement Ben M’hidi, Boussouf, Boumediene.

    Source : Histoire coloniale et postcoloniale – Edition du 1er au 15 septembre 2026 https://histoirecoloniale.net/le-peuple-et-le-fln-1954-1962-contrainte-ou-adhesion-par-gibert-meynier/