En France, l’Algérie provoque trop souvent passions et excommunications dans un climat de guerre froide rarement rencontré depuis soixante ans. À contre-courant, l’écrivain franco-algérien Karim Amellal avance, dans La Part algérienne de la France, un plaidoyer bienveillant.

  

Peinture abstraite aux couleurs fluides, figures indistinctes et reflets lumineux.
Abdallah Benanteur, Méditerranéens, 1992, huile sur toileMusée de l’IMA, donation Claude & France Lemand

Quelque neuf millions d’habitants vivant dans l’Hexagone ont un lien avec l’Algérie. Immigrés, rapatriés, harkis, anciens de la Guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), coopérants ou travailleurs, trois générations ont eu à un moment de leur vie un attachement plus ou moins fort avec l’autre rive. Si la majorité a souvent oublié, il reste néanmoins trois à quatre millions qui « entretiennent un lien direct, charnel, familial » avec l’Algérie.

Dans La Part algérienne de la France, Karim Amellal, écrivain franco-algérien et ancien ambassadeur délégué interministériel à la Méditerranée (2020-2025), déconstruit, chapitre après chapitre, des convictions largement répandues dans l’opinion métropolitaine et montre l’intimité de la relation franco-algérienne.

Non, la Guerre d’indépendance algérienne n’est pas passée : ni chez ceux pour qui le 18 mars 1962 marque une défaite de la France ni chez les descendants des militants du Front de libération nationale (FLN) pour qui c’est le jour de la libération du joug colonial.

Les relations entre Paris et Alger ne sont pas qu’une affaire politique et concernent également la vie quotidienne d’Algériens et de Franco-Algériens qui travaillent, élèvent leurs enfants, partagent les épreuves du peuple français — du COVID au chômage et à la canicule —, fréquentent les consulats et trop souvent font les frais de crises qui les oublient.

Une diaspora hétérogène

Contrairement aux hallucinations de certains responsables politiques et de médias mal intentionnés, la diaspora algérienne ne constitue pas « un bloc compact et homogène ». Au contraire, elle se diversifie socialement et culturellement. Génération après génération, ses enfants, à force de ténacité et d’endurance, font des études supérieures — la moitié des plus jeunes est diplômée de l’enseignement supérieur et occupe des emplois qualifiés ou indispensables. Où en seraient les hôpitaux français, déjà bien malades, sans les quelque 6 000 médecins venus d’Algérie et les dizaines de milliers d’infirmiers et d’infirmières qui les secondent ?

En Algérie, les classes moyennes continuent à parler français, et la population suit avec passion la vie politique dans l’Hexagone — même si la normalisation diplomatique de la Ve République ne la mobilise plus comme il y a vingt ans au moment du voyage triomphal de Jacques Chirac à Alger en pleine guerre d’Irak1.

Enfin, les tenants d’une ligne dure vis-à-vis du régime autoritaire d’Alger, qui se recrutent très à droite et à l’extrême droite, ne réussissent le plus souvent qu’à souder la population et le régime. Un exploit !

Un livre intitulé "La part algérienne de la France" sur fond violet.

Karim Amellal La part algérienne de la France. Contribution au récit national, Éditions de l’aube, 2026, 217 pages, 20 euros

Source : Orient XXI – 16/09/2026 https://orientxxi.info/France-Algerie-Un-lien-direct-charnel-familial