Face à la guerre déclenchée contre l’Iran par une coalition menée par les États-Unis et Israël, l’Algérie avance avec une extrême prudence. Les communiqués officiels privilégient les appels à la retenue et à la désescalade, tandis que les prises de position publiques restent rares et soigneusement calibrées.

Cette réserve diplomatique- d’aucuns y verraient  une posture pragmatique-  s’inscrit dans une stratégie de petits pas, destinée à préserver les équilibres régionaux. Mais elle alimente aussi un questionnement plus large : la diplomatie algérienne traverse-t-elle une phase de crise et de perte de boussole stratégique ?

Une tradition diplomatique fondée sur des «principes clairs»

Il fut un temps lointain… Depuis l’indépendance, la politique étrangère d’Alger s’est construite autour de principes affirmés : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la défense de la souveraineté nationale, le rejet de toute ingérence étrangère et le soutien aux causes jugées «justes» dans le monde.

Ces orientations, héritées de la guerre de libération nationale et de la tradition tiers-mondiste, ont longtemps structuré la posture internationale de l’Algérie. Elles ont également contribué à forger son image de voix indépendante dans les relations internationales.

Or, ces derniers mois, plusieurs épisodes semblent révéler un écart croissant entre ces principes proclamés et les positions effectives adoptées par la diplomatie algérienne. Guidée sans doute par les pressions américano-israéliennes, la nouvelle doctrine tebbounienne tranche avec le passé diplomatique algérien. Mais à force de vouloir contenter presque tout le monde, c’est la boussole diplomatique qui en prend un coup.

Des silences qui interrogent

Premier élément marquant : le silence officiel d’Alger face à certaines actions menées par Washington sur la scène internationale.

L’intervention militaire américaine dans plusieurs théâtres extérieurs, mais aussi l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et son incarcération aux États-Unis, n’ont suscité aucune condamnation publique notable de la part des autorités algériennes.

Pour un pays qui a historiquement fait de la défense de la souveraineté des États et du refus de l’ingérence étrangère un pilier de sa diplomatie, ce silence contraste avec les positions plus affirmées adoptées par le passé. Le silence de la diplomatie algérienne face au soutien franc de l’administration américaine au plan marocain pour le Sahara occidental interroge également. On ne peut pas fulminer contre la France jusqu’au retrait des ambassadeurs et se taire contre les Etats-Unis !

La guerre contre l’Iran : une prudence extrême

La crise actuelle autour de l’Iran illustre également cette retenue. Alors que l’offensive militaire menée contre la République islamique a été lancée sans mandat explicite du Conseil de sécurité des Nations unies, Alger s’est gardée de qualifier publiquement cette guerre d’illégale au regard du droit international.

Cette prudence tranche avec la tradition diplomatique algérienne qui, pendant des décennies, a régulièrement dénoncé les interventions militaires unilatérales.

Une solidarité arabe à géométrie variable

Dans le même temps, la diplomatie algérienne a exprimé sa solidarité avec plusieurs pays arabes du Golfe après les bombardements iraniens visant certains de leurs territoires.

Dans ses déclarations, Alger évoque des attaques contre des « pays arabes frères ». Mais là encore, les communiqués officiels se gardent de désigner explicitement l’Iran comme agresseur.

Cette formulation ambiguë, qui consiste à soutenir les victimes tout en évitant de nommer l’auteur des attaques, illustre une tentative de maintenir un équilibre délicat entre différentes alliances régionales.

Une diplomatie entre prudence et repositionnement

Cette posture consistant à « tenir le bâton par le milieu » traduit sans doute la volonté d’Alger d’éviter tout alignement dans un conflit aux ramifications multiples. Mais elle révèle aussi, pour certains observateurs, un changement de paradigme dans la doctrine diplomatique du pays.

Entre fidélité aux principes historiques de non-ingérence et adaptation à un environnement géopolitique plus fragmenté, la diplomatie algérienne semble aujourd’hui chercher un nouveau point d’équilibre.

Un moment de transition stratégique

La prudence actuelle peut être interprétée comme une stratégie d’attente dans un contexte international instable. Mais elle alimente aussi l’idée d’une diplomatie en phase de redéfinition, confrontée à la difficulté de concilier ses principes fondateurs avec les nouvelles réalités du système international.

Dans cette équation complexe, Alger avance désormais par petits pas diplomatiques, tentant de préserver ses marges de manœuvre tout en évitant les prises de position trop tranchées.

Reste à savoir si cette prudence relève d’une stratégie maîtrisée ou si elle témoigne d’une crise plus profonde de la doctrine diplomatique algérienne.

La rédaction

Source : Le Matin d’Algérie – 05/03/2026 https://lematindalgerie.com/lalgerie-et-la-guerre-contre-liran-prudence-et-petits-pas-dune-diplomatie-en-crise/