Pour signer la pétition : https://c.org/b5ysQJzgCz
Plus de 500 signatures. L’appel à la constitution d’un « Forum décolonial » lancé autour de l’universitaire Olivier Le Cour Grandmaison entend mettre sur la table la proposition de fédérer les associations, Collectifs, chercheurs, artistes, militants antiracistes et acteurs politiques qui travaillent, chacun de son côté, sur les héritages de la colonisation et du racisme en France.
Parmi les signataires, figurent des universitaires, des historiens, des sociologues, des avocats, des artistes, des responsables associatifs et des élus. Plusieurs personnalités connues ont également apporté leur soutien à l’initiative, dont l’écrivaine et prix Nobel de littérature Annie Ernaux, le dessinateur Jacques Tardi, l’essayiste et ancienne ministre malienne de la Culture Aminata Dramane Traoré, le sénateur Akli Mellouli…
Des organisations et collectifs engagés sur les questions anticoloniales et antiracistes figurent également parmi les signataires, de l’Association des anciens appelés en Algérie contre la guerre (4ACG) à l’Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA), en passant par les collectifs consacrés aux massacres du 17 Octobre 1961, le Collectif national pour la reconnaissance des crimes coloniaux en Algérie (CNRCC), le Mrap ou encore le réseau féministe « Ruptures ».
Histoire de l’esclavage
L’initiative intervient dans un contexte politique français marqué par des débats autour de l’immigration, du racisme, de la mémoire coloniale, de la Palestine et de la place de l’extrême droite dans le débat public. Pour ses initiateurs, ces questions ne peuvent plus être traitées séparément. Le texte de l’appel établit un lien direct entre l’histoire de l’esclavage, celle de la colonisation et certaines fractures politiques et sociales contemporaines.
Du Code noir de 1685 jusqu’en 1848, la France a organisé la déportation vers ses colonies de millions d’Africain(e)s esclavagisé(e)s », écrivent les signataires. Ils décrivent un système « fondé sur la négation de l’humanité des peuples de ce continent », dont les effets, selon eux, continuent de peser sur les sociétés concernées. « Fondé sur la négation de l’humanité des peuples de ce continent, ce système économique, juridique et racial a bouleversé, jusqu’à aujourd’hui, les sociétés concernées.
En 1840, la conquête de l’Algérie par le général Bugeaud a provoqué d’innombrables destructions et des morts par centaines de milliers. N’oublions pas les massacres du 8 Mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, le bilan humain catastrophique de la dernière guerre d’Algérie et les massacres du 17 Octobre 1961 dans la capitale et la région parisienne. En Indochine, le conflit a fait des centaines de milliers de victimes », peut-on y lire.
Le texte s’attarde ensuite sur la conquête de l’Algérie. Il évoque « d’innombrables destructions et des morts par centaines de milliers » lors de la conquête menée notamment sous le commandement du général Bugeaud, avant de revenir sur les massacres du 8 Mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, la Guerre de Libération algérienne et les massacres du 17 Octobre 1961 à Paris et dans sa région. L’Appel cite également l’Indochine, Madagascar, Haïti, l’Afrique, l’Asie, la Kanaky, la Polynésie française, les Antilles et la Guyane. Les signataires veulent ainsi inscrire la question coloniale dans une histoire globale de l’empire français. « Plus généralement, en Haïti, en Afrique, en Asie, en Kanaky, en Polynésie française, aux Antilles et en Guyane, dans les différentes possessions conquises avant puis après 1885, la France et l’Etat colonial ont fait la terrible démonstration qu’ils étaient prêts à tout pour défendre l’empire, hier et aujourd’hui encore», affirme le texte.
L’Appel élargit aussi la question coloniale aux conséquences environnementales. Il évoque les « nombreux “écocides” liés aux essais nucléaires, à l’extractivisme, à l’exploitation sans limite des terres » ainsi que l’utilisation du chlordécone dans les Antilles françaises.
Les héritages coloniaux
Les signataires prennent acte de la loi Taubira de 2001, qui reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité. Mais ils estiment que cette reconnaissance juridique n’a pas été accompagnée d’une politique de réparations à la hauteur des conséquences historiques et sociales de ces crimes. « Si la loi Taubira de 2001 a qualifié la traite et l’esclavage de crime contre l’humanité, elle n’a pas été suivie d’une politique de réparations alors que les conséquences de ce crime perdurent », écrivent-ils. « Quant aux multiples massacres, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis dans de nombreuses colonies et au Cameroun, y compris après l’indépendance, aucune reconnaissance véritable n’a eu lieu », poursuit le texte.
Les signataires établissent un lien entre les héritages coloniaux et « les racismes et les politiques publiques liberticides et meurtrières dont sont victimes les exilé(e)s des Sud, les discriminations systémiques et les violences policières qui frappent les habitant racisés des quartiers populaires, et les héritiers des immigrations coloniales et postcoloniales ». Selon eux, les débats sur le passé colonial ne peuvent être dissociés des politiques actuelles relatives à l’immigration, aux quartiers populaires ou aux violences policières.
C’est justement l’un des objectifs affichés du futur Forum : réunir des organisations qui, jusqu’ici, peuvent agir sur des terrains différents sans nécessairement travailler ensemble. Le Forum imaginé par les signataires chercherait à créer un espace commun entre ces différentes approches. « Au regard de la gravité de cette situation politique, il est indispensable d’opposer un front commun aux extrêmes droites comme aux droites radicalisées, racistes, islamophobes et négrophobes, qui assassinent l’histoire et la mémoire du colonialisme à la propagande des médias du groupe Bolloré et à la criminalisation de la solidarité avec la Palestine », écrivent les signataires.
Les élections présidentielles de 2027 constituent, à cet égard, une échéance explicitement mentionnée. L’Appel propose « d’interpeller les candidats à l’élection présidentielle de 2027 » sur les questions de reconnaissance des crimes coloniaux, de restitutions, de réparations, de justice sociale et climatique et de transformation de l’espace public.
Parmi les signataires figurent notamment des historiens, comme Ludivine Bantigny, Sonia Combe, Franck Gaudichaud, Armelle Mabon, Pascale Pellerin ou Enzo Traverso ; des sociologues, tels que Saïd Bouamama, Eric Fassin, Christian de Montlibert, Aurore Koechlin, Willy Pelletier ou Tassadit Yacine ; des philosophes, comme Michaël Löwy, Isabelle Garo ou Christiane Vollaire ; des avocats, parmi lesquels Dalila Ahmedi, Alima Boumedienne ou Henri Braun, ainsi que des artistes, journalistes, syndicalistes et responsables associatifs.
On y retrouve également des associations de mémoire, des organisations antiracistes, des collectifs travaillant sur l’Algérie, le 17 Octobre 1961, les migrations, la Palestine, les luttes féministes ou encore les peuples autochtones. Parmi elles, figurent notamment l’Association 17 Octobre 1961 contre l’oubli, les Anciens appelés en Algérie contre la guerre, l’Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis, le Collectif national pour la reconnaissance des crimes coloniaux en Algérie, le collectif Mémoires en marche de Marseille, le comité Vérité et Justice pour Zakariyya, ainsi que plusieurs sections locales du Mrap.
Source : El Watan – 11/08/2026 https://elwatan.dz/plus-de-500-signatures-pour-un-forum-decolonial-appel-a-federer-les-luttes-sur-la-memoire-coloniale/

