« Alors que la France s’apprête à célébrer la victoire contre le nazisme, nous affirmons qu’aucune commémoration ne peut être complète tant que les événements tragiques de Sétif, Guelma et Kherrata, survenus ce même jour en 1945, demeurent relégués aux marges de l’histoire officielle. » Un ensemble d’universitaires, d’associations et d’élus appelle à ne pas hiérarchiser les mémoires.
En ce jour des commémorations du 8 mai 1945, nous rappelons une vérité essentielle : la mémoire ne se découpe pas, ne se hiérarchise pas, ne s’efface pas.
Alors que la France s’apprête à célébrer la victoire contre le nazisme, nous affirmons qu’aucune commémoration ne peut être complète tant que les événements tragiques de Sétif, Guelma et Kherrata, survenus ce même jour en 1945, demeurent relégués aux marges de l’histoire officielle.
Des centaines de milliers d’Algériens ont pourtant contribué à la libération de la France : soldats engagés sur les fronts européens, tirailleurs, résistants, travailleurs réquisitionnés dans les usines d’armement. Leur participation décisive rend d’autant plus insupportable le silence qui entoure les massacres du 8 mai 1945 en Algérie.
Ce jour-là, alors que l’Europe célébrait la paix retrouvée, des milliers d’Algériens ont été tués dans une répression d’une violence extrême.
Ces vies fauchées, ces familles brisées, ces destins interrompus appartiennent à notre histoire commune.
Les ignorer, c’est accepter que certaines mémoires valent moins que d’autres.
Les reconnaître, c’est affirmer que la République ne craint pas la vérité.

Nos demandes :
Nous appelons à ce que des stèles commémoratives du 8 mai 1945, mentionnant explicitement Sétif, Guelma et Kherrata, soient installées dans toutes les villes de France.
Non pour diviser.
Non pour réécrire.
Mais pour rendre hommage, transmettre et empêcher que l’oubli ne devienne une seconde mort.
Nous demandons également la création d’un Musée national de l’histoire coloniale, lieu de savoir, de transmission et de dialogue, indispensable pour comprendre les blessures et les héritages d’une histoire qui continue de façonner notre présent.
Reconnaître les événements du 8 mai 1945 en Algérie, ce n’est pas fragiliser la République.
C’est lui donner la force de regarder son passé en face pour construire un avenir commun, lucide et apaisé.
Parce que la mémoire est un droit.
Parce que l’oubli est une injustice.
Parce que la vérité est une condition de la paix.
*
Un texte à l’initiative d’ Halima Khiar Menhoudj et Mehdy Belabbas
Coprésidents Pour la Mémoire, Contre l’Oubli
Premiers signataires :
Kaltoum Gachi – Coprésidente du MRAP
Benjamin Stora – Historien
Gilles Manceron – Historien
Olivier Le Cour Grandmaison – Universitaire
Le Réseau Féministe Ruptures
ATMF – Association des Travailleurs Maghrébins de France
UNEF
Association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons
Rafik Temghari – Président du Cercle Emir Abdelkader
Comité Vérité et Justice pour Charonne
Institut Mehdi Ben Barka – Mémoire vivante
L’Autre 8 mai 1945
Institut Tribune Socialiste
AFA (Association amitié-franco algérienne)
ANPNPA
Louis-Georges Tin – Ancien président du CRAN
Michel Berthelemy – Ancien appelé en Algérie, membre de l’Association des Anciens Appelés en Algérie et leurs ami·e·s contre la guerre
Henri Pouillot – Militant antiraciste anticolonialiste
Élu.es signataires
Ahmed Laouedj – Sénateur de Seine-Saint-Denis
Akli Mellouli – Sénateur du Val-de-Marne
Alexis Corbière – Député de Seine-Saint-Denis
Fathia Keloua Hachi – Députée de Seine-Saint-Denis
Mezdour Samir – Conseiller territorial Grand Paris Grand Est, Conseiller municipal de Clichy-sous-Bois
Noura Dali – Adjointe au maire de Trappes
Nadia Djebrani – Conseillère municipale déléguée de Clichy-sous-Bois
Djamila Bekkaye – Adjointe au maire de Clichy-sous-Bois
Ammad Majide – Adjoint au maire de Villetaneuse
Fadila Chourfi – Conseillère départementale de l’Essonne
Idir Madadi – Adjoint au maire de Bobigny
Muriel Casalaspro – Conseillère régionale d’Ile-de-France
Kader Chibane – Conseiller régionale d’Ile-de-France
Naïma Mokri – Adjointe au maire de Noisy-le-Sec
Mohamed Chicouche – Adjoints au Maire d’Alfortville
Annie LAHMER – Conseillère régionale d’île de France
François Mailloux – Conseiller municipal de Montreuil, délégué à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie et à la promotion de la culture de paix
Nassera Definel – Ancienne adjointe au maire de Montreuil
Source : Mediapart – Tribune – 08/05/2026 https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/080526/pour-que-le-8-mai-1945-soit-pleinement-commemore-des-deux-rives-de-la-mediterranee
Voir aussi (et surtout) : https://anpnpa.fr/reconnaissance-des-massacres-du-8-mai-1945-pour-une-assemblee-decoloniale-olivier-le-cour-grandmaison/

