Entre février et mars 2026, un début de dégel diplomatique semble s’esquisser entre Alger et Paris, après une année 2025 marquée par des tensions particulièrement vives. Sans que l’on puisse encore parler d’un véritable tournant ou du « grand soir » de la réconciliation, plusieurs signaux faibles et gestes concrets témoignent néanmoins d’un frémissement dans les relations bilatérales.

Le retour des échanges diplomatiques

Ce lundi 16 mars 2026, un entretien téléphonique a réuni le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean‑Noël Barrot, et son homologue algérien, Ahmed Attaf. Si cet échange s’inscrit dans une volonté affichée de normalisation des relations bilatérales, il a surtout été dominé par les préoccupations géopolitiques du moment, notamment l’instabilité croissante au Proche-Orient et les défis sécuritaires en Afrique subsaharienne.

L’appel, intervenu dans la matinée, confirme surtout le rétablissement des canaux de communication de haut niveau entre le Quai d’Orsay et El Mouradia. Après une année 2025 marquée par le gel de plusieurs dossiers stratégiques, ce nouvel échange semble traduire l’adoption d’une approche de « réalisme pragmatique » par les deux capitales. Parmi les sujets abordés figuraient notamment la situation au Liban, l’escalade militaire au Moyen-Orient ainsi que les dossiers du Sahel et du Sahara occidental.

Un apaisement législatif inattendu

L’isolement diplomatique de l’Algérie sur plusieurs dossiers chauds y est sans doute pour quelque chose. Tebboune a compris qu’il fallait lâcher du lest pour sortir la tête de l’eau.

Le signe le plus tangible de cette détente est toutefois venu d’Alger le 9 mars 2026. Ce jour-là, l’Assemblée populaire nationale a adopté une version profondément amendée de la loi criminalisant la colonisation française.

La version initiale du texte, présentée en décembre 2025, exigeait des excuses officielles et des réparations financières de la part de la France. Dans la mouture finalement adoptée, ces conditions ont été supprimées. Ce « toilettage » juridique est largement interprété comme un geste de bonne volonté destiné à éviter de verrouiller toute perspective de dialogue avec Paris.

La reprise des canaux sécuritaires

Autre jalon dans cette séquence diplomatique : la visite à Alger du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, les 16 et 17 février 2026, qui a contribué à relancer les discussions bilatérales.

Les échanges ont notamment porté sur la reprise de la coopération sécuritaire, en particulier au Sahel, ainsi que sur la gestion des obligations de quitter le territoire français (OQTF), deux dossiers qui avaient fortement pesé sur la relation ces derniers mois. La question des visas a également été abordée, avec des engagements réciproques concernant la mobilité et la levée de certaines restrictions, contribuant à détendre l’atmosphère.

Une médiation symbolique et religieuse

À ces signaux politiques s’ajoute une dimension plus symbolique. La visite annoncée du Pape Léon XIV en Algérie, prévue pour avril 2026, pourrait également jouer un rôle de catalyseur dans le climat d’apaisement.

Dans ce contexte, le cardinal Jean‑Paul Vesco, archevêque d’Alger, a récemment estimé que « prétendre divorcer entre la France et l’Algérie est une illusion », soulignant l’idée que les deux pays restent liés par une histoire et des intérêts communs qui rendent inévitable une forme de coopération.

Du gel diplomatique au réalisme pragmatique

Dans l’ensemble, la relation semble ainsi quitter la zone de « rupture consommée » qui a marqué l’année 2025 pour entrer dans une phase plus pragmatique. Les impératifs économiques et sécuritaires tendent à reprendre le pas sur les crispations mémorielles les plus vives, même si la question du Sahara occidental demeure une ligne de fracture potentielle.

Prémices d’un dégel durable ?

Ces premiers signes de détente préparent le terrain pour les prochaines échéances diplomatiques. Pour Alger comme pour Paris, l’enjeu consiste désormais à transformer ce frémissement en avancées concrètes, notamment sur les dossiers migratoires, économiques et mémoriels, longtemps au cœur des crispations bilatérales.

Dans cette perspective, la visite du chef de l’État Abdelmadjid Tebboune en France pourrait constituer un jalon politique majeur. Initialement annoncée bien avant la réélection du chef de l’État algérien pour un second mandat, cette visite avait été ajournée à la suite de la dégradation soudaine des relations entre Alger et Paris. Son éventuelle reprogrammation serait aujourd’hui interprétée comme le signe d’un retour progressif à une relation diplomatique stabilisée. Mais c’est trop tôt pour en parler !

Lors d’un entretien télévisé accordé en février 2026, le chef de l’Etat algérien résumait d’ailleurs cette approche en déclarant : « Avec les grands pays, on s’entend. » Une formule qui, au-delà de sa portée rhétorique, a été largement perçue comme l’expression d’une volonté d’inscrire les relations avec la France dans une logique d’égalité, de dialogue et de pragmatisme, plutôt que dans celle d’une confrontation politique permanente.

Source : Le Matin d’Algérie – 16/03/2026 https://lematindalgerie.com/relations-franco-algeriennes-leger-fremissement-dune-normalisation/