Le 15 mars 1962, l’Algérie perdait l’une de ses plus grandes voix littéraires.

Ce jour-là, l’écrivain et instituteur kabyle Mouloud Feraoun était assassiné à Alger par un commando de l’OAS, quelques jours seulement avant le cessez-le-feu qui allait mettre fin à une guerre longue et meurtrière. Sa disparition brutale demeure l’un des symboles les plus tragiques de la violence qui marqua les derniers instants de la guerre d’indépendance.

Né en 1913 dans un village de Kabylie, Mouloud Feraoun avait choisi l’écriture comme un acte de vérité. Instituteur de métier, profondément attaché à l’éducation, il croyait que la connaissance pouvait ouvrir un chemin vers la dignité et la liberté. Son œuvre témoigne d’une sensibilité rare et d’un regard lucide sur la vie des siens. À travers ses livres, il a donné une voix aux humbles, aux paysans kabyles, aux familles marquées par la pauvreté mais riches d’humanité.

Son premier grand roman, Le Fils du pauvre, publié en 1950, reste l’un des récits les plus marquants de la littérature algérienne. Inspiré de sa propre enfance, il y raconte l’itinéraire d’un jeune garçon issu d’un milieu modeste qui, grâce à l’école, découvre un autre horizon. L’œuvre est devenue un symbole pour des générations de lecteurs, qui y ont reconnu l’histoire de leur propre lutte pour l’éducation et l’émancipation.

Mais Mouloud Feraoun n’était pas seulement un romancier. Il était aussi un témoin. Pendant la guerre d’Algérie, il tient un journal où il décrit avec une grande sobriété les souffrances, les espoirs et les contradictions d’une société plongée dans la tourmente. Ses mots, simples et puissants, refusent la haine et cherchent avant tout à comprendre l’humain dans toute sa complexité. Sans concession, ce journal demeure l’un des témoignages les plus justes et poignants sur la guerre d’indépendance.

Son assassinat, le 15 mars 1962 sur les hauteurs d’Alger, avec plusieurs autres membres des Centres sociaux par des tueurs de l’OAS, fut un acte de terreur destiné à réduire au silence les voix de la raison et du dialogue. Pourtant, ceux qui ont voulu l’effacer n’ont réussi qu’à rendre son héritage plus fort. Car, n’en déplaise à ses assassins, les livres de Mouloud Feraoun continuent de vivre, d’être lus et transmis.

Aujourd’hui encore, son œuvre rappelle que la littérature peut être un acte de courage. Elle peut préserver la mémoire d’un peuple, raconter ses douleurs, mais aussi porter ses espérances. Mouloud Feraoun n’est plus, mais sa voix demeure, dans chaque page où il célèbre la dignité humaine et la force de la culture.

Lui rendre hommage, c’est relire ses textes, transmettre son message, son amour de la littérature, de la Kabylie et se souvenir qu’au cœur des tragédies de l’histoire, certains hommes ont choisi la plume plutôt que la haine.

Source : Le Matin d’Algérie – 15/03/2026 https://lematindalgerie.com/hommage-a-mouloud-feraoun-un-ecrivain-de-la-dignite/